Il l'observe. Dans un coin de la cours, il le regarde. Il attend. De son côté, le jeune garçon sait d'avance. Il sait que s'il s'aventure un peu trop profondément dans les jardins forestiers de l'orphelinat, alors il se fera attraper et manger tout cru. Il ne sait pas s'il doit avoir peur... après tout, il a passé toute la nuit dernière à entrainer son crochet du droit.
Ce n'est pas quelqu'un de violent, mais ces années à l'orphelinat l'ont rendu méfiant et tendu. Pour dire, il fronce les sourcils si souvent qu'il en a déjà la trace.
Patrocle reste vigilant, celui qui le regarde est mauvais. Il l'attrape souvent pour le faire tomber par terre. Il lui tire fort le col, ça l'étrangle et détend les coutures de son vêtements. Parfois, il aimerait pleurer pour lui faire pitié, d'autres fois il a tellement la rage qu'il lui saute au cou comme un fauve pour lui tirer les cheveux et mordre son visage. Oui, Achille mérite de se faire frapper à mort.
Soudain, tout le monde s'éloigne. Les enfants de l'orphelinat sont partis, d'un accord commun, vers la zone de jeu. Le seul qui reste, c'est Achille qui le regarde. Ce garçon le déteste, il ne faut pas rester là. Patrocle ne comprend pas tout mais il se lève et court vers les toboggans. Les enfants l'attrapent et le force à glisser, il ne parle pas bien la langue alors son accent les fait rire. Pourtant, lorsque l'on implore, peu importe la langue, les autres ne devraient pas rire. Il se retrouve au début du parc forestier, il doit grimper une petite colline pour rejoindre la zone de jeu. Mais il décide de ne pas y retourner, il court vite pour se cacher. Hélas !... Achille a déjà descendu le toboggan et il lui court derrière.
Aujourd'hui, il ne se fera pas prendre. Patrocle a les chaussures abîmés mais ses jambes sont rapides et ses foulées sont longues. Mais Achille est dans un club d'athlétisme et il est très doué dans ce domaine. Une main terriblement efficace projette Patrocle. Il roule à plusieurs reprises et sa respiration devient violente. Il se relève, par orgueil, mais ne parle pas. S'il parle alors on se moquera de sa voix, son accent.
Achille ne bouge pas, il l'observe et sent les doigts qui ont poussé le garçon lui picoter. Sa gorge est sèche et sa tête lui tourne déjà. Patrocle en profite, le poing serré il le balance sur la mâchoire de l'autre. Achille reprend alors ses esprits et le frappe dans le ventre. Patrocle a mal et tombe par terre mais il refuse de se faire tabasser. Il serre les mollets du blond avec son buste et ses bras puis le renverse.
Ils se font la misère. Avant de donner chaque coup, ils hurlent à la bataille. Mais Achille est plus fort, bien plus, et Patrocle n'a que son adrénaline pour lui. Lorsque Patrocle comprend qu'il ne doit pas rester à portée de ses poings, il se colle à Achille pour se reposer un peu. Il frappe ridiculement le dos d'Achille et est surpris qu'il ne reçoive pas une violente contre attaque. Au fur et à mesure, il perd toute sa force et s'écroule. Le blond est effrayé, son cœur bat si fort que ça lui fait mal. Ces moments, lorsqu'il martyrise ce garçon, sont les seuls où il ressent des choses aussi fortes. Parfois, il regrette, mais c'est comme une drogue, il n'arrive pas à s'en passer. Surtout que cet imbécile sait toujours quoi faire pour qu'il en ait envie.
Lorsque Patrocle reste tranquillement dans ses bras, à respirer, il ne sait plus quoi faire. C'est bizarre, son intimité commence à lui faire mal et ça lui fait peur. Avant qu'elle ne meurt, sa mère lui a toujours répété qu'il existait des démons sur cette Terre, ce garçon était le sien. Il ne bouge plus et sent tout. L'odeur de ce garçon, sa chaleur, ses courbes. Achille s'enfuit, Patrocle l'a emporté. Mais le noir ne le sait pas, de l'extérieur, on a juste l'impression qu'Achille quitte une scène de crime.
...
Patrocle retourne au dortoir et va se cacher dans une douche pour se laisser pleurer. Il se permet quelques sanglots mais il prend garde à ce qu'on ne l'entende pas. Il tend l'oreille et entend alors des pas qui se rapprochent, des gens vont le surprendre ! "Tu ne penses pas qu'Achille va trop loin avec Patrocle ? Il ne dort même plus pour ne pas se faire surprendre dans son sommeil.
- Tu penses trop Ulysse, Achille doit avoir ses raisons, Patrocle n'est pas agréable de toute façon. Il passe son temps à tous nous maudire." Sans réfléchir, Patrocle allume l'eau et se fait asperger. Lorsque les intrus découvre qu'ils ne sont pas seuls, ils partent ailleurs. A cette heure-ci, l'eau est froide et il a gardé ses vêtements. Patrocle se maudit.
Il sort dehors et grimpe sur un rocher. Il fait chaud, s'il s'étend au soleil alors il sèchera vite. Son corps lui fait mal, il ne veut plus rester dans cet orphelinat. Achille, au loin, le contemple. Le blond ne s'est jamais compris. Il était capable de rester des heures inertes pour regarder ce garçon. Parfois, il pensait que c'était une sorte d'instinct prédateur. D'autres fois, il était convaincu qu'il était en proie à de la sorcellerie. Achille approche, à pas de loup. Patrocle n'a pas dormi de la nuit, alors il somnole. Le blond grimpe sur le rocher, il est content parce que sa victime sait où aller pour qu'ils soient seuls. Il chevauche les hanches du jeune garçon. Ils sont encore jeunes, très jeunes, aucun n'a encore conscience des plaisirs de la chair.
Que faire maintenant ? Son cœur bat vite. Achille penche son corps en avant et approche ses lèvres du cou humide de Patrocle. Il voit ses veines battre, ça l'excite. Délicatement, il pose ses lèvres sur la clavicule du garçon endormi. Son cœur semble rompre avec la mesure. Il s'éloigne, rouge. C'est alors que Patrocle ouvre les yeux et découvre son agresseur. Il lui jette un regard brumeux et lui agrippe la nuque pour poser ses lèvres sur celle du beau garçon. Le contact est fugace mais signifiant. Achille, chamboulé, est frappé par son idiotie. S'il fait la misère à ce garçon... c'est parce qu'il le veut. Sa haine se transforme en désir, une transition brutale entre l'enfance et l'adolescence.
Patrocle, inconscient de ce qu'il se passe, retourne dormir. Pourtant, ce qu'il ne saura jamais, c'est que ses lèvres ont continué à se faire réchauffer pendant un moment. Puis, son visage a été touché par des larmes qui n'étaient pas les siennes. Et enfin, on l'a laissé tranquille.
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Les coups de sa passion. (Achille et Patrocle)
General FictionAchille observe, il attend une ouverture pour se fondre sur Patrocle. Depuis sa plus tendre enfance jusqu'aux jours fertiles de désir de son adolescence, le beau blond n'a pas réussi à se lasser de ce petit jeu de torture entre eux. Achille n'hésite...
