Préface

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À ceux qui lèvent les yeux vers la table.

On m’a souvent dit que j’étais chanceux. 
Chanceux d’avoir été invité, d’avoir trouvé une place, d’être “arrivé là”. 
Mais ce que personne ne dit, c’est que cette place, on ne me l’a jamais donnée. On me l’a assignée, et encore — avec un sourire figé, un regard inquiet, comme si j’avais réussi à tromper les gardiens d’un monde qui n’était pas fait pour moi.

J’ai appris à marcher doucement, à ne pas faire de bruit, à parler juste assez fort pour être entendu, mais jamais assez pour déranger. 
J’ai appris à dire merci même quand le plat était vide. 
J’ai appris à rire aux blagues qui me rabaissaient un peu. 
Et surtout, je me suis surpris à douter de moi, comme si on ne m’a jamais appris à avoir foi.

Cette œuvre, je l’écris pour briser ce qui devient une habitude, une normalité.

Je l’écris pour tous ceux qui se sont assis à une table, le dos droit, le cœur gonflé, pensant qu’ils allaient enfin faire partie du banquet… 
…et qui ont découvert qu’ils étaient là pour remplir un quota, pour combler un vide, pour remplir certaines exigences, certaines formalités…
…et qui ont senti qu’on ne les regardait pas dans les yeux, mais qu’on jaugeait leur accent, leur origine, leurs vêtements, leur nom, leur manière de marcher.
…et qui ont compris, parfois trop tard, que cette chaise qu’on leur offrait, c’était pour les garder à leur place, pas pour les élever.

Cette œuvre ne vous apprendra pas à vous faire accepter. 
Il ne vous donnera pas les clés de la maison des puissants. 
Il ne vous apprendra pas à parler leur langue, à rire de leurs humiliations, à intérioriser leur monde.

Cette œuvre est un refus.

Un refus de continuer à s’excuser d’exister. 
Un refus de rester silencieux pendant qu’on distribue les miettes avec bienveillance. 
Un refus de croire que l’ascenseur social est une faveur au lieu d’un droit.

Je ne suis pas un imposteur. 
Et toi non plus.

L’imposture, c’est cette société qui nous fait croire que notre valeur dépend de leur validation. 
C’est cette table autour de laquelle on nous invite à ramper. 
C’est ce système qui te tend une assiette quasi creuse avec un sourire de maître.

Voici une œuvre pour tous ceux qu’on a traités comme des chiens, alors qu’ils méritaient le respect. 
Une œuvre pour les silencieux, les en colère, les trop humbles et les trop fiers. 
Une œuvre pour ceux qui ne veulent plus quémander leur crédibilité, mais exister.

Tu n’as pas besoin d’être accepté. 
Tu as besoin d’être libre.

Et tout commence ici.

Le syndrome de l'imposteur. Stories to obsess over. Discover now