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" L'enfant n'a pas six ans Mais jamais un sourire

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" L'enfant n'a pas six ans
Mais jamais un sourire... "


La morsure du froid faisait presque pleurer la petite fille en haillons. Ses doigts étaient engourdis, son nez coulait, et pieds nus, elle avait l'impression de poser chaque pas sur un tapis de verre brisé.

Du haut de ses cinq ans, elle avait déjà oublié le soleil écrasant de l'été, cette chaleur étouffante qui, quelques mois plus tôt, lui donnait des vertiges.
À ce moment-là, elle avait souhaité l'hiver. Elle se disait que peut-être, la misère serait moins pénible avec un peu moins de soleil...

À présent, la seule chose qui réconfortait la petite, c'était les flocons de neige qui virevoltaient doucement jusqu'au sol. Malgré la douleur, elle aimait bien la neige. C'était comme un manteau blanc que la terre enfilait quand elle avait froid, elle aussi.

Elle, n'avait pas de manteau. Elle devait se contenter de sa robe et d'un petit haut qu'une dame lui avait donné un jour. Mais cela ne l'empêchait pas de sortir pour admirer la neige. De toute façon, il faisait presque plus froid dans la petite chambre où elle dormait que dehors.

Presque tous les jours, elle sortait dès que le jour se levait. Qu'il vente ou qu'il neige, la petite déambulait toute la journée dans les rues de la ville.
Elle s'arrêtait parfois dans un coin tranquille pour faire une sieste, ou devant un fast-food assez gentil pour lui tendre un reste.

La petite fille se plaisait à observer les passants, à fixer les vitrines de jouets et de vêtements en s'imaginant les porter.
Peu importe ce qu'elle faisait, elle savait, dans son cœur d'enfant, qu'elle était beaucoup mieux dehors.

Car chaque soir, lorsque sa mère avait un peu d'argent gagné en mendiant, l'odeur de l'alcool emplissait la petite pièce.
Elle se mettait à parler fort, de choses incompréhensibles, se plaignant de sa vie, du monde, de tout ce qui l'avait abandonnée.
Et plus la bouteille se vidait, plus la femme devenait dure. Blessante. Violente.

En grandissant, la petite avait appris à reconnaître les signes. Elle savait maintenant ce qui l'attendait.
Sa mère devenait effrayante. Elle la frappait jusqu'à s'épuiser, ou jusqu'à ce que le sommeil l'emporte enfin.

Alors seulement, la petite pouvait aller se réfugier dans un coin, silencieuse et meurtrie, en attendant le matin.

[ ••• ]

Les gens ne la voyaient pas. Peut-être parce qu'elle était trop petite... ou trop sale ? Elle n'en savait rien.

Parfois, une âme charitable lui glissait quelques sous dans la main, qu'elle s'empressait de rapporter à sa maman en rentrant, les doigts serrés sur les pièces comme si elles pouvaient s'envoler.

Mais d'autres étaient méchants. Certains la regardaient avec dégoût, d'un œil fuyant, comme on évite un chaton trempé et galeux qu'on ne veut surtout pas approcher.
Personne ne semblait remarquer ses tremblements de froid, ni les bleus, ni les griffures qui marquaient sa peau fine de petite fille.

L'enfant de la misère Onde histórias criam vida. Descubra agora