Flashback

7 0 0
                                        

AELINA

2012, New York

Vivre pour les autres est mon mantra de tous les jours. Passer du temps auprès des plus démunis et les soutenir quand ça ne va pas fort - un mantra que je tiens dur comme fer de ma mère. Elle ne peut s'empêcher de venir en aide aux plus pauvres du coin de l'impasse - tout en prenant soin de sa propre famille - et j'appelle ça une preuve d'humanité.

Cela a toujours été à l'encontre de mon père qui lui, ne vit que pour lui-même. Il ne se demande pas si ses choix impacteront sa famille, ses filles ou encore sa femme, non, il se pose des questions pour lui, sur lui et sur son entreprise afin d'en tirer les meilleurs bénéfices et les meilleurs écarts entre offre et demande.

Mais la dessus, personne ne peut rivaliser, la compréhension n'est pas notre fort dans cette famille et ce, depuis ma naissance. Président-directeur général d'une grande maison d'édition à New York, mon père est une personne richement respectée pour son argent. Cela ne veut pas dire qu'il est radin, au contraire, il ne se refuse pas à donner un peu d'argent pour avoir ce qu'il souhaite tant qu'on ne marche pas sur ses pieds. Impitoyable, je doute que ma mère soit tombée amoureuse de son intelligence mais plus de son argent comme toutes ces groupies qui tournent autour de lui. À ses côtés, elle paraît des plus simplettes. Artiste-peintre, elle passe ses journées dans son atelier à dessiner ce qui lui passe par la tête, allant du plus gros au plus infime des détails et cela durant toute la journée sans une pause pour elle. Mais ça, c'est quand elle a du temps et des vacances. La réalité revient très vite au galop surtout quand il s'agit de l'Hôpital de New York. Quand le nom de River s'affiche sur son téléphone mieux vaut qu'elle décroche sinon, c'est la porte.

Ils n'ont aucun point commun ensemble, et pourtant, ils sont ensemble à rigoler au sous-sol pour des tableaux ridicules que ma mère vient de terminer au plus grand bonheur de mon père qui ne doit voir seulement son bonheur derrière ces tableaux qui peuvent le hisser plus haut en estime au sein de la société. Mais cet amour vient de bien loin, bien avant notre naissance car de ce que j'ai appris et compris, les parents ont une vie avant notre naissance.

Des filles, des jumelles qui plus est, ce n'est pas le luxe et apprendre à vivre dans une société où les enfants possèdent des cuillères en or dans la bouche dès leur naissance, cela devient vite compliqué. Mais chose promise, chose due comme dirait ma mère, ils nous ont fait une promesse, et la voilà réalisée. Une famille que l'on qualifie d'austère, en haut de la hiérarchie mondiale. Du rêve.

Assise sur le bord de mon lit, je laissais les rayons du soleil parcourir mon visage dans un silence absolu et dans une chaleur qui réchauffe les cœurs en ce mois de septembre. Le silence est mon deuxième mantra, mon cerveau ne cesse de me parler, alors le silence est primordial et pour cela, rien de mieux que de rester seule dans sa chambre. Depuis quelque temps, je suis ce qu'on appelle une personne « anxieuse ». Des journées entières voire même des semaines à me triturer les cheveux et mordre les doigts au moindre souci avant que je ne comprenne qu'il s'agisse d'une anxiété accrue. Une dizaine de médecins m'ont ausculté et ne m'ont rien diagnostiqué, et pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai parlé, décrit, mimé mes symptômes à tout le monde de mon entourage, j'ai pleuré car je voulais que ça cesse, et nous en avions déduis cela courant juillet. C'était une journée de pluie battante avec les gouttes se fracassant sur la baie vitrée. Nous avions trouvé un mot à mon problème lorsque j'ai su retranscrire les symptômes d'une anxiété sévère, les décrivant tour à tour tout en me pointant silencieusement du doigt. Toutes ces parties de mon corps martyrisées par le stress et la peur. Et à cet instant, tout est devenu clair et à ce jour, un seul moment me met en rogne, la rentrée qui approche à grands pas. Un stress qui ne fut qu'une durée très écourtée car récemment, j'ai entendu parler d'un nouveau voisin qui doit arriver aujourd'hui venu tout droit de Séoul.

La Chute des VanitésStories to obsess over. Discover now