Je sais pas pourquoi je m'étais imaginé que tout irait bien.
Genre, j'avais presque cru que ce serait fluide. Que je rentrerais dans ce nouveau lycée, que je trouverais ma salle comme une pro, que je sourirais à deux-trois gens normaux et qu'on deviendrait amis comme dans une série Netflix.
Spoiler : c'est pas ce qui s'est passé.
Il est 8h07 et je suis déjà en PLS mentale.
Le lycée est énorme. Enfin... pas tant que ça, mais comparé à mon ancien collège, c'est un labyrinthe. Y'a des couloirs que je comprends pas, des escaliers qui montent sans qu'on sache où, des panneaux d'affichage pleins de feuilles que personne ne lit, et surtout : je ne connais presque personne.
Mes amies sont allées dans un autre lycée. Celui de ma ville. Moi, je suis à celui de la ville d'à côté. Parce que mes parents ont eu la lumineuse idée de m'inscrire ici « meilleur niveau, meilleure réputation » blablabla. En vrai, c'est pas si loin. Vingt minutes en bus. Mais dans ma tête, c'est à des années-lumière.
Elles m'ont toutes souhaité « bonne chance » ce matin sur le groupe. Même si je sais qu'elles sont déjà en train de rigoler ensemble dans leur salle, à poster des stories du genre « back2school😝😝 » pendant que moi je cherche un endroit pour poser mon sac sans avoir l'air trop seule.
Je suis arrivée tôt, parce que je suis stressée et que je déteste ne pas savoir où je vais. Classique. J'ai eu le temps de faire un tour rapide, de repérer les toilettes (très important, les toilettes), et de regarder les gens s'installer par petits groupes. Je suis invisible. C'est à la fois rassurant... et déprimant.
Je connais vaguement une fille dans ma classe : Nina. On était ensemble en option arts plastiques au collège, mais on s'est jamais vraiment parlé. Juste quelques échanges de colle UHU et des sourires gênés. Ce matin, elle m'a vue dans la cour, m'a fait un petit "salut" de la main. J'ai répondu. C'était mignon. Mais elle est déjà partie avec deux filles qu'elle connaît, en me laissant là avec mon sac et mon cœur un peu serré.
Je me demande si c'est comme ça pour tout le monde, ou juste pour moi.
Je sais pas comment font ces gens qui arrivent dans un endroit neuf et s'adaptent en deux secondes. Tu leur donnes un couloir et un emploi du temps, et bam, ils trouvent leur groupe, leur salle, leur rythme. Moi, je regarde l'écran de mon téléphone toutes les trois minutes pour pas avoir à croiser de regard.
Mon reflet dans la vitre d'une salle m'a fait sursauter. Visage gonflé, yeux fatigués, veste que j'ai mise pour faire genre je suis confiante. Raté. Je ressemble à une héroïne de fanfic en mode "introvertie mais attachante". Sauf que là, j'ai pas encore le love interest mystérieux et chaud qui m'a bousculée dans les escaliers.
(Et franchement, j'aimerais bien.)
Je me suis assise sur un banc, pas trop au centre de la cour, mais pas trop à l'écart non plus. L'entre-deux. L'endroit des gens qui veulent qu'on vienne leur parler, mais qui osent pas y aller eux-mêmes.
Je sais que Léo, mon frère, traîne quelque part dans ce lycée. Il est en terminale. Il s'est barré direct ce matin sans un mot, comme d'hab. Je crois qu'il fait tout pour éviter qu'on le voie avec "la petite sœur". Normal. Il a sa vie, ses potes, ses trucs. Je suis pas censée exister dans son monde. Mais un petit "ça va ?" n'aurait pas tué, sérieux.
Je respire un bon coup. La sonnerie va bientôt retentir. Et avec un peu de chance, la journée va défiler vite. Peut-être que Nina va venir s'asseoir à côté de moi. Peut-être que la prof principale sera cool. Peut-être que je vais pas trop me ridiculiser. Peut-être qu'au self je trouverai une table pas trop étrange.
Peut-être que ce lycée n'est pas encore une mauvaise idée.
Mais là, assise seule sur ce banc, avec le cœur qui tape un peu trop vite, j'ai comme un doute.
Je suis restée assise sur le banc jusqu'à ce qu'un surveillant sorte avec une grande feuille blanche et une voix qui porte trop fort pour l'heure qu'il est.
— Classes de seconde, les listes sont affichées sur la grille. Allez voir vos noms, les salles sont notées à côté !
Et là, panique générale.
Des dizaines d'ados se sont levés d'un coup, comme une armée de fourmis. Certains avaient l'air excités, d'autres comme moi : paumés, silencieux, un peu pâles.
Je me suis levée aussi, sac sur l'épaule, cœur dans les talons. J'ai longé les groupes sans trop m'approcher, jusqu'à cette fameuse grille où les listes dansaient au vent, scotchées de travers.
Mon nom était sur la troisième feuille.
Classe : 2nde 3 — Salle B104
B104. Ok. Je peux le retenir. Je peux y aller. Je peux survivre.
J'ai repéré la salle dans le bâtiment principal, au premier étage. J'ai marché doucement, pour pas arriver trop tôt. Je déteste être la première. On me regarderait comme si j'étais en avance par angoisse (ce qui est exactement le cas).
Quand je suis arrivée devant la salle, il y avait déjà quelques élèves. Deux filles parlaient entre elles, un gars était assis par terre avec son téléphone, et Nina... était là. Debout, adossée au mur.
Elle m'a vue, m'a souri.
— Hey, t'as vu ? On est dans la même classe, dit-elle.
J'ai hoché la tête, un petit sourire aussi.
— Ouais, trop bien.
Un silence un peu gênant s'est installé.
— Tu vas bien ? a-t-elle ajouté, comme pour meubler.
— Oui. Enfin, j'crois. Et toi ?
— Pareil. J'ai mal dormi, j'stressais de ouf.
J'ai souri. Rien de fou, mais c'était réconfortant. Même si elle s'est vite retournée vers une autre fille qui venait d'arriver en criant son prénom. Et moi, j'ai regardé mes baskets.
Quand la prof principale est arrivée tout le monde s'est rangé dans une sorte de file molle. Elle a ouvert la porte et on est entrés.
J'ai choisi une place au fond. Deuxième rangée côté fenêtre. Ni trop devant, ni trop derrière. L'entre-deux, encore.
La matinée est passée lentement. Présentations, papiers à remplir, règles du lycée, liste des fournitures, trucs administratifs. J'ai pris des notes mécaniquement, comme si mon stylo savait quoi faire tout seul. Personne ne m'a vraiment parlé. À part Nina, à un moment, qui m'a demandé si j'avais bien noté l'adresse du site du lycée.
J'ai répondu oui. Et c'était à peu près tout.
Les autres parlaient entre eux comme s'ils se connaissaient déjà. Peut-être qu'ils étaient ensemble au collège. Peut-être qu'ils étaient juste doués pour ça : créer des liens en deux phrases. Moi, j'avais l'impression d'être un fantôme avec un sac Eastpak.
À midi, on a été libérés pour aller manger.
Je suis descendue jusqu'au self, j'ai galéré à comprendre comment fonctionnait leur système de badge, et je me suis retrouvée à prendre un plateau un peu au hasard :
coquillettes, steak trop cuit, yaourt nature, pomme. Festin de rentrée.
Et j'ai mangé seule.
Je me suis installée à une petite table du fond, dos au mur, comme pour pas être vue. Autour de moi, des éclats de voix, des rires, des groupes déjà formés. Nina était deux tables plus loin. Elle m'a pas vue. Ou elle a fait genre. Je sais pas.
J'ai pas pleuré. Mais j'aurais pu. Si j'avais cligné un peu trop fort des yeux.
L'après-midi, il y avait encore quelques trucs à remplir, mais c'était flou. À 14h30, ils nous ont laissés partir.
Je suis sortie sans attendre personne. J'ai remis mes écouteurs, traversé la cour sans me retourner, et j'ai marché lentement jusqu'à l'arrêt de bus. Le ciel était gris. Mon sac me faisait mal à l'épaule. Et j'avais juste une envie : rentrer.
Rentrer, enlever ce jean trop serré, me glisser sous ma couette, et me dire que demain, peut-être, ce serait un peu moins nul.
Peut-être.
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L'ami de mon frère.
RomanceMaé, 15 ans, rentre au lycée. Elle ne connaît presque personne mais elle va faire la rencontre d'un garçon un peu spécial...
