La chaleur d'été faisait suffoquer la ville. Même les murs semblaient suinter sous le poids du soleil. Tobias s'y réfugiait comme un chat errant, dans cette ruelle entre deux immeubles en ruines, loin des cris, loin des coups. Son t-shirt collait à sa peau moite, et ses jambes tremblaient encore, pas à cause de la chaleur, mais de la peur. Celle qui ne le quittait jamais. Celle qui avait pris racine depuis l'accident.
Depuis la voiture retournée, son père coincé à l'intérieur, et lui... vivant. Trop vivant, d'après sa mère.
- T'aurais dû y rester, c'est toi qui conduisait son attention ailleurs, elle disait. T'es qu'un monstre. T'as volé mon mari.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait le feu. Et la voix de sa mère. Il préférait les bruits de la rue.
Ce jour-là, alors qu'il tentait de retrouver un peu d'air, une silhouette s'approcha dans son dos. Des pas lourds, assurés, comme s'ils n'avaient jamais appris à se faire petits.
- T'es perdu, gamin ?
Tobias sursauta, se retourna d'un coup, le regard brouillé de peur. Devant lui, un grand gars, large d'épaules, torse tendu sous un débardeur noir. Le genre de mec qu'on regarde deux fois avant de lui parler. Le genre qui traîne toujours un peu de danger derrière lui, comme une ombre.
- Je... non, répondit Tobias à voix basse.
- Tobias, hein ? J'ai entendu ta mère hurler ton prénom dans le quartier la semaine dernière. Marrant, ça t'va pas comme prénom.
Il eut un sourire narquois, puis plissa les yeux.
- Dobi. Ça, c'est mieux. T'as la tronche d'un elfe domestique. Triste, fragile, un peu paumé. T'es mon petit Dobi maintenant.
Tobias fronça les sourcils, la mâchoire serrée. Mais il ne répondit pas.
Alex pencha la tête.
- Ah. T'as du feu, en vrai. C'est juste caché sous la peur.
Il se retourna, déjà prêt à partir.
- Fais gaffe où tu traînes, Dobi. Les endroits paumés comme celui-là, ça attire des gens comme moi.
Et il disparut au coin de la ruelle.
**
Les grandes vacances se traînèrent. Tobias évitait la maison autant que possible. Il dormait parfois chez un pote, parfois dans un local technique qu'il avait repéré derrière le gymnase du collège. Il ne parlait à personne de ce qu'il vivait. À quoi bon ? Il était invisible. Et il préférait ça.
Mais les jours passaient, et septembre arriva. Le jour de la rentrée, Tobias enfila un hoodie trop grand, rabattit la capuche sur sa tête et entra dans le lycée comme on entre dans une zone de guerre : silencieux, tendu, prêt à se fondre dans la masse.
Nouvelle école. Nouvelle classe. Nouveaux visages.
Il prit place au fond de la salle, espérant que personne ne le remarquerait. Les élèves entraient peu à peu, bavards, bruyants. Les tables se remplissaient.
Et puis il y eut un silence. Bref, mais lourd. Tobias leva les yeux.
Alex.
Le même gars. Le grand, musclé, sûr de lui. Vêtu d'un sweat sombre et d'un regard qui ne laissait pas place au doute : il savait exactement où il mettait les pieds.
Tobias sentit son cœur s'arrêter une seconde. Alex balaya la salle du regard... et ses yeux tombèrent sur lui. Un lent sourire étira ses lèvres.
Il s'avança. La seule chaise vide était juste devant Tobias.
- Salut, Dobi.
Tobias serra les poings sous la table. Il avait espéré que c'était fini. Que c'était un hasard de ruelle. Mais Alex, ce n'était pas le genre de mec qu'on croisait par hasard. C'était le genre de type qui te suit dans tes cauchemars.
**
Les jours suivants furent un enfer discret. Alex ne ratait aucune occasion de le rabaisser, surtout quand il y avait du monde autour.
- Alors Dobi, toujours planqué derrière ta capuche ? T'as peur qu'on voie tes oreilles pointues ?
Les autres riaient. Tobias se murait dans le silence. Il se faisait tout petit. C'était sa stratégie.
Mais Alex ne le laissait pas tranquille.
Et puis, un jour, ils se retrouvèrent seuls dans un couloir. Le prof était en retard, la salle encore fermée.
- T'as perdu ta langue, Dobi ? demanda Alex avec un ton moqueur.
Tobias releva enfin les yeux, le regard dur.
- Tu veux quoi à la fin ? T'as besoin de te sentir supérieur ? Tu veux te prouver que t'existes ?
Alex resta figé une seconde. Le feu dans les yeux de Tobias... il ne l'avait pas vu venir. Et il aimait ça. Ça le réveillait. Il avait passé sa vie à se construire une armure, à frapper avant d'être frappé. Mais là, Dobi le regardait comme personne ne l'avait jamais regardé.
- Voilà, Dobi, dit-il avec un sourire lent. J'me demandais quand tu sortirais les griffes. C'est ça que j'voulais voir.
Et à partir de ce jour-là, le jeu commença.
Sauf qu'Alex, lui-même, n'en connaissait pas encore les règles. Ni les limites.
Et Tobias, brisé mais pas soumis, allait peut-être les lui faire découvrir.
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jes regles du joueur
RomanceTobias est coincé entre un passé qui le hante et un présent qui le détruit un peu plus chaque jour. Sa rencontre avec Alex, le garçon le plus redouté du pays, aurait dû être un simple mauvais hasard. Fils d'un meurtrier et frère d'un homme aussi dan...
