Le monde était sur le point de s'éteindre et de laisser place à quelque chose. Peut-être une nouvelle ère, ou peut-être un grand vide, tout simplement.
Dans un paysage immense laissant suggérer une histoire s'étant déjà produite, on n'entendait que le vent, soufflant au travers des ruines et des plaines vides de vie faites de roches sombres. Mais un autre son commençait à devenir de plus en plus insistant. Celui d'un tapotement sur une porte semblant lourde, très lourde. Cette porte n'était pas une simple porte, il s'agissait de celle que les habitants de ce monde appelaient "la porte des enfers". Elle se trouvait sur une petite île volante, lévitant à une centaine de mètres du sol grâce à une sorte de colonne d'énergie rose. Cet immense objet de métal mesurait une quinzaine de mètres de haut. On pouvait voir gravés dessus de nombreux motifs étranges. Certains ressemblaient à des plantes, d'autres à des êtres vivants. Mais rien de tout cela ne ressemblait à ce que l'on pouvait observer dans ce monde.
Cette île volante se trouvait au-dessus d'une immense ville entourée de plaines. La cité était faite des mêmes pierres sombres que l'on pouvait trouver dans les plaines. Mais tous les bâtiments avaient en plus de cela des dorures dans les angles. Cela donnait un important contraste entre l'obscurité et la lumière. La ville était formée de très nombreuses maisons de tailles très variables. Certaines étaient gigantesques, que ce soit aussi bien en hauteur qu'en superficie. Tandis que d'autres étaient bien plus petites. Au milieu de toutes ces habitations se trouvait une grande tour dominant tout et dont le sommet était un peu plus haut que l'île flottante se trouvant à un peu plus d'une centaine de mètres. Cette tour était comme tout le reste sombre et dorée, mais en plus de cela elle présentait des motifs d'épines un peu partout. Elle arborait également sur son sommet une immense épine de ronce noire profonde dont les bords étaient de couleur rose foncé.
Cependant, malgré la taille de cette ville et donc le nombre d'habitants qu'elle pouvait contenir, il n'en émanait pas un seul bruit. Et cela s'expliquait par une observation plus que simple. Partout, que ce soit dans les rues, les places publiques, les habitations ou même les bordures de la ville, on pouvait voir des corps sans vie. Ils n'avaient pas été tués par une créature, par des blessures ou même une maladie. Ils semblaient simplement épuisés. Le seul témoin de cela étant leurs yeux fermés, comme s'ils étaient en train de dormir.
Mais ce paysage à la fois calme et angoissant était dominé par une grande entité. Il s'agissait de la seule chose ressemblant à une plante présente dans cet univers. Une sorte d'immense ronce sans feuille de couleur noire profonde et dont les bords arboraient une couleur rose foncé. Cet immense être végétal parcourait la voûte céleste dans son immensité grâce à ses millions de branches formant un réseau gargantuesque. Il prenait racine en un point unique, non loin de la grande ville, au milieu d'une sorte d'océan d'une matière également rose foncé, paraissant gélatineuse. Entre ses branches se trouvait la voûte céleste elle-même qui ne formait pas simplement une étendue de gaz. Elle était une sorte de réseau de bombements entre les branches, de couleur bleu très foncé avec à l'intérieur des étoiles jaunes, vertes ou encore bleu clair. Tout cela ressemblait à une sorte de ballon à moitié dégonflé, posé sur des ronces. C'était par ailleurs cette voûte céleste qui éclairait ce monde d'une lumière terne, le ciel ne contenant pas de soleil.
Au milieu de tout cela, sur l'île volante sur laquelle se trouvait par ailleurs la porte des enfers, se tenaient les deux derniers êtres. Ils étaient face à face, se regardant d'un air très sérieux et déterminé. Ces deux créatures ne se ressemblaient pas le moins du monde, arborant deux apparences semblant totalement opposées.
Celui se tenant à gauche de la porte s'appelait Cémo. Il était celui des deux qui ressemblait le plus à un "humain". Il mesurait dans les 2 mètres. Il possédait une silhouette fine et élancée semblant très légère. Sa peau était extrêmement pâle, tout aussi blanche que ce que pouvait être la neige. Ses longs cheveux descendant jusqu'au tiers de son corps étaient d'un blanc si éclatant qu'ils illuminaient réellement le décor autour de lui. Son visage était lui aussi assez fin et allongé. Ses yeux possédaient de très fines iris vertes, faites d'une matière similaire à des pierres précieuses. Ses pupilles quant à elles étaient roses foncées. Il était habillé d'une tenue faite de plusieurs couches de tissus très fines et très longue, laissant tout de même voir le bas de ses jambes. On pouvait voir ses pieds chaussés dans une paire de sandales faites du bois noir profond de l'immense être végétal. Derrière lui flottait dans le vent une très grande cape formant un demi-cercle dans son dos. Sur la partie intérieure de ce demi-cercle trônaient des dizaines d'yeux qui recouvraient presque entièrement cette face. Ils étaient tous jaunes avec des iris de la même forme et de la même couleur que ceux de Cémo. Ils n'étaient pas de simples décorations, mais bien une extension de ceux de l'être vivant. Il possédait également un œil en plein milieu de sa poitrine, de la même couleur que ceux de sa cape. Au milieu de ce dernier, dans la pupille, était comme plantée une épée dont on n'apercevait que le manche en croix fait d'un matériau doré. De plus, trois choses apparaissaient comme des détails supplémentaires. Ses deux avant-bras ainsi que ses mains présentaient une légère dissymétrie. Celui de droite était plus large et plus long que celui de gauche, mais ce dernier était par ailleurs moins pâle que tout le reste de sa peau. Au-dessus de sa tête tournait en cercle une dizaine de cristaux blancs purs, en forme de lame de dague, formant une sorte d'étrange auréole. Et enfin, quand il ouvrait la bouche, on pouvait voir sa langue d'une couleur argentée et d'une forme similaire à celle d'un serpent.
Face à lui, à droite de la porte des enfers, se trouvait le deuxième être vivant. Il se nommait Kayle. Il était deux fois plus grand que son opposant mesurant dans les 4 mètres. Sa peau était bleue très foncé et un peu lumineuse avec des contours noirs. Il possédait une paire de cornes courbées de la même couleur que sa peau, partant légèrement vers l'avant. Ses cheveux étaient jaune clair presque translucide, avec eux aussi des contours noirs. Son visage ne possédait quasiment pas de détails, comme un nez par exemple. Ses yeux étaient faits de deux cercles. Un petit de couleur rose foncé et un grand de couleur noire entourant le premier. Le haut et le bas de sa bouche étaient reliés par des traits verticaux qui se voyaient quand il l'ouvrait. L'intérieur de cette dernière pulsait une lumière encore une fois rose foncé. Il était habillé d'une espèce d'armure constituée de plaques similaires à des écailles. Deux d'entre elles lui servaient d'épaulettes et il en avait de plus grandes au niveau du torse. Cette armure était faite d'une matière semblable à de la roche, mais de couleur grise partiellement brillante. Son ventre était pourvu d'une immense mâchoire équipée de dents pointues. Tout comme sa première bouche, l'intérieur pulsait la même lumière. À ses pieds il portait de grandes bottes remontant jusqu'en dessous de ses genoux, faites de la même matière que le reste de son armure. Il possédait de plus une queue très fine et assez longue, arborant au bout une sorte de boule de poils de la même couleur que ses cheveux. Enfin, il possédait une paire d'ailes très étranges. Elles étaient également jaune clair translucide, mais leurs membranes semblaient en très mauvais état, comme si elles fondaient continuellement sans jamais complètement se dégrader. Cela faisait tomber au sol des gouttes visqueuses qui, au moindre choc, faisaient s'échapper une fumée bleue très foncée.
L'être blanc immaculé finit par briser le silence de la situation en s'exprimant d'une voix semblant à la fois douce et très forte : "Je ne peux te laisser vivre plus longtemps. Tu as provoqué bien trop de catastrophes. Même si ce monde est sur le point de disparaître quoi que l'on puisse faire, tu dois mourir."
L'être sombre se tenant devant lui fut comme énervé en entendant ces paroles, il s'exprima alors à son tour d'une voix puissante mais étonnamment peu grave : "Tes sermons, tu peux te les garder. J'en ai déjà bien assez entendu depuis notre naissance. Je te signale que c'est toi le fautif dans tout ça. Ne me mets pas tes propres échecs sur le dos."
"De toute façon, je ne sais même pas pourquoi nous continuons à parler. Nous n'avons jamais été d'accord une seule fois dans notre vie", dit Cémo d'un ton lui aussi agacé.
"Si les mots ne peuvent pas nous aider, il n'y a plus qu'une seule solution, et tu sais très bien de quoi il s'agit", annonça Kayle.
"Nous ne nous sommes jamais affrontés. Je t'ai toujours vu ne faire que te battre sans cesse, alors montre-moi que toute ton expérience de massacre contre de pauvres créatures t'a servi", dit-il froidement.
"Tu te voiles la face comme tu l'as toujours fait. Je vais rapidement enlever toute forme de confiance que tu peux avoir en toi", dit l'être sombre en commençant à bouger.
En voyant cela, Cémo fit de même et les deux sortirent leur arme. Kayle tapa violemment le bout de sa queue au sol, ce qui eut pour effet de faire apparaître la même fumée que celle créée par la fonte de ses ailes. La fumée se mit alors à se rassembler et finit par former une immense hache à un seul côté que seul son propriétaire était capable de manier à cause de son poids. Le manche était fait du bois de l'immense être végétal tandis que sa tête était forgée dans la même roche grise brillante que son armure.
Son opposant, quant à lui, attrapa de sa main gauche le manche de son épée plantée dans l'œil qu'il avait sur le torse. Il la retira sans aucunement sentir de la douleur et la présenta en avant. Sa lame était assez fine et surtout faite pour transpercer. Mais le plus étonnant était sa taille. Elle devait mesurer quasiment un mètre et demi de long. Malgré cela, jusqu'à maintenant, elle était plantée dans son torse sans dépasser de l'autre côté.
À présent, avec leur arme en main, les deux opposants adoptèrent une posture agressive, prêts à se bondir dessus.
"Que notre monde et notre mère soient témoins de ma victoire contre toi, mon frère. Et qu'elle apparaisse comme le dernier grand point de l'histoire", dit Cémo d'un ton déterminé et froid.
"Tu crois cela, mon frère ? La seule chose que le monde ainsi que notre mère observeront sera le cycle naturel des choses s'effectuant une ultime fois avant la fin", annonça Kayle du même ton froid et déterminé.
YOU ARE READING
Les épines de la fin des temps
FantasyAu crépuscule des temps, des fracas se faisaient entendre, provenant de la porte des enfers. Et devant cette objet annonciateur d'un avenir incertain, deux êtres ce faisait face, Cémo et Kayle. Ils étaient sur le point de s'affronter. Pourquoi cela...
