Ce jeu était un pacte impitoyable, un jeu au nom de la rédemption. Accéder au paradis, mais au prix de ton corps. Ton âme seule était jugée digne de s'élever, d'obtenir cette vie éternelle et pleine de richesses, tandis que ton enveloppe charnelle se consumait, grain par grain, en une fine cendre grise. Le vrai dilemme n'était pas seulement de savoir si le paradis valait ce sacrifice, mais si une âme mutilée pouvait encore ressentir la plaisirs qu'on lui promettait.
Le rituel se déroulait dans un silence lugubre. Allongé sur une plateforme froide, tu partageais l'espace avec d'autres corps, réduits à l'état de silhouettes désespérées. Devant toi, un écran projetait des visions hypnotiques - un déluge d'images, d'émotions, un piège pour détourner ton esprit de ce qui arrivait à ta chair. Lentement, inexorablement, ton corps commençait à s'effriter. La cendre tombait en volutes sinistres sur une grille en dessous, tandis que des fragments d'âme s'arrachaient de toi pour s'élever vers une lumière indistincte, perchée au-dessus de tout. Mais cette ascension était un supplice fracturé : il fallait revenir, encore et encore, pour achever une désincarnation où tous les participants n'avançaient pas au même rythme.
Certains Passagers avaient atteint un état grotesque, dénué de toute humanité : un bras solitaire flottant comme un spectre, encore animé d'une volonté incompréhensible ; un œil suspendu dans le vide, scrutant avec une intensité insoutenable. D'autres étaient à peine réduits, mais leurs regards trahissaient une peur viscérale, comme s'ils comprenaient ce qui les attendait. L'atmosphère était saturée d'une tension morbide, entre fascination et horreur.
Lorsque le film s'est arrêté, je me suis redressé, troublé par la perte tangible d'une partie de moi. Ma main droite tremblait, moins complète qu'avant. Mais ce n'était pas seulement une question de chair : quelque chose dans mon esprit s'effritait aussi, comme si le lien entre ma conscience et mon être se délitait. En quittant la salle, je suis tombé sur un couple de femmes qui avaient aussi participé. Elles m'ont invité chez elles, leur voix douce mais brisée trahissant une lassitude accablante.
Dans leur appartement obscur, nous avons parlé. Elles semblaient aveugles au véritable enjeu du jeu, réduisant leur transformation à une simple dégradation physique. Leurs mots étaient empreints de déni, comme si elles refusaient d'admettre ce que leur perte signifiait. J'ai tenté d'expliquer. De leur faire comprendre que ce n'était pas qu'un abandon de chair, mais une aliénation progressive de l'âme, un effacement de soi au profit d'une promesse creuse.Elles ne m'ont pas écouté. Ou peut-être que leurs âmes, déjà trop fragmentées, ne pouvaient plus entendre. Et alors que je quittais leur appartement, une pensée glaçante m'a traversé : peut-être avais-je déjà perdu trop de moi pour les convaincre. Peut-être que, bientôt, je ne serais plus qu'une cendre consciente, prisonnière d'une quête sans fin.
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Les Passagers.
General FictionCe jeu était un pacte impitoyable, un jeu au nom de la rédemption. Accéder au paradis, mais au prix de ton corps. Ton âme seule était jugée digne de s'élever, d'obtenir cette vie éternelle et pleine de richesses, tandis que ton enveloppe charnelle s...
