"Tomber amoureux...
J'aurais dû m'en douter, dans "tomber amoureux", il y a quelque chose qui ne va pas...
Comment pouvons-nous croire à une fin heureuse quand l'expression même de l'amour tombe inexorablement ?
Puisque tomber fait mal, tomber d'amour est douloureux, fait doucement souffrir et délicieusement mourir."
***
J'ai des milliers de choses à peindre qui décorent l'horizon devant mes yeux et pourtant, ma toile reste vierge. Comme si ma main refusait de figer la vie sur un tableau, il ne me restait que mon regard qui admirait. J'épousais alors, de mes prunelles d'eau, le bord de la rivière qui passait ici, cette rivière que le soleil tentait de séduire en offrant à sa surface des reflets d'or. Capricieuse rivière qui ne lui répond pas, infidèle rivière qui laisse, la nuit, la lune la courtiser en la revêtant d'argent. Je crois que la rivière préfère les arbres puisqu'elle se laisse mollement caresser par les saules pleureurs qui lèchent ses vaguelettes... Je crois qu'elle préfère les arbres puisque son courant emporte leurs feuilles tombées vers d'autres contrées. Peut-être a-t-elle un penchant pour les fleurs, en particulier les nénuphars qui la décorent. C'est beau, si beau que mon corps refuse de figer la rivière qui coule, qui ne s'arrête jamais de couler.
Pourtant, cela fait des années que je pratique le même métier: peindre le réel pour l'exposer, pour décorer l'intérieur des habitations comme si mes œuvres étaient un bout de nature. Je suis réputé pour ça, réputé pour figer le temps qui lui, jamais ne s'arrête. Offensais-je la nature en la capturant ainsi ? Est-ce pour cela que la mélancolie s'empare lascivement de mon esprit ?
Oh, la jouissance de mes débuts, l'euphorie du commencement, j'en rêve. J'aspire à me renouveler, à continuer de vivre de ce qui m'anime en figeant ce qui m'inspire mais je crois stagner. Je suis entré dans un cercle où la rivière, si belle, courtise mon inspiration pour la noyer entièrement et ne jamais me la rendre. Alors, des heures durant, j'attends. J'attends que ma main se remette à peindre, que mon esprit s'incline à nouveau, s'excusant d'inanimer ce qui ne s'éteint jamais. Cela fait des mois que je viens ici, au même endroit, de jour comme de nuit. Je regarde encore et encore le soleil faire son manège et la lune prendre la relève alors que la rivière coule inlassablement. J'ai vu des fleurs mourir à mes pieds, des nénuphars se faner, des feuilles tomber, l'herbe s'incliner face à la chaleur du soleil et des enfants jouer dans tes eaux, Ô ma douce rivière. Mais moi alors, que deviens-je ? Comme si la terre s'arrêtait de tourner, je refuse de continuer, continuer à ternir la beauté de ce que tu es, de la parade à laquelle vous vous adonnez, le soleil, la lune et toi. Je veux continuer à te regarder les tromper avec les arbres et te jouer d'eux en faisant harmonieusement danser leur reflet sur ta douce surface.
L'euphorie de la peinture m'a fuit puisque, chaque jour, je me rends compte de l'écart entre le vrai et le peint. Chaque jour, je me rends compte à quel point je te ternis et je pourrais en tomber malade.
Alors là, assis sur ce tabouret que j'ai depuis des années, face à toi, bien ancré dans l'herbe, devant ma toile, je te le demande ; brise ce cercle et permets-moi de la retrouver, l'inspiration.
— Que faites-vous ?
Je me retournai, surpris de voir quelqu'un ici. Cet endroit est caché et y accéder est compliqué. Déçu, mon regard quittait le paysage qui s'offrait à moi et je le savais, la lueur qu'il abritait devint las puisque je l'étais, lassé de ma toile vierge.
— Je peins, répondis-je en discernant une jeune fille sortir des buissons qui camouflaient ce havre de paix.
— Pourtant votre toile est vierge, répliqua-t-elle avec malice.
Mes prunelles formaient un arc vers le ciel avant de se reposer sur cette femme qui s'approchait. Et puis d'un coup, la rivière me parut terne tant elle semblait avoir dérobé sa beauté aux anges.
KAMU SEDANG MEMBACA
Muse
Cerita Pendek"Tomber amoureux... J'aurais dû m'en douter, dans "tomber amoureux", il y a quelque chose qui ne va pas... Comment pouvons-nous croire à une fin heureuse quand l'expression même de l'amour tombe inexorablement ? Puisque tomber fait mal, tomber d'a...
