Novembre 1950, dans les rues voilées de Montréal, une brume de novembre se mêlait à la vapeur des usines, noyant l'horizon dans un voile opaque. L'air portait une odeur de charbon brûlé, mêlée à celle de la pluie glaciale. Le ciel, étouffé par des nuages lourds, laissait tomber de légers flocons qui disparaissaient dès qu'ils touchaient le sol.
Une voiturette noire s'arrêta au bord du trottoir. La portière s'ouvrit dans un grincement, laissant apparaître un talon rouge, suivi d'une femme élégante. Sa robe vermeille contrastait avec la grisaille ambiante, capturant les regards d'un groupe d'hommes en costume. Leurs regards s'accrochaient à elle, happés par la silhouette qui s'avançait, imposante et sûre d'elle. Sous un large chapeau de velours rouge, ses longs cheveux châtains ondulaient dans le vent. Le couvre-chef était peu commun : près d'un mètre d'une pointe à l'autre, rehaussé d'un ruban noir noué en une boucle parfaite.
Cette femme s'appelait Marie-Hélène Roussel.
D'un pas mesuré, elle se dirigea vers un imposant édifice de trois étages. Un cabinet d'avocats. Entre chaque claquement de talon sur le trottoir, des murmures naissaient et s'estompaient aussitôt. D'un geste fluide, elle poussa les portes vitrées du bâtiment.
Dans le hall, une jeune femme assise au bureau d'accueil releva la tête et lui adressa un sourire courtois. Marie-Hélène s'approcha du comptoir et demanda :
« Salut, Charlotte. Dis-moi... le directeur est-il passé aujourd'hui ? »
« Non, il a appelé ce matin, il prend congé pour le reste de la semaine, répondit-elle d'un ton lâche. »
« Je vois... merci, passe une bonne journée. »
« Ah, j'oubliais. On t'a laissé ce bouquet de roses. »
Marie-Hélène s'arrêta. Un bouquet ? Elle baissa les yeux sur le comptoir. Un petit panier tressé contenait une dizaine de roses rouges, attachées par un ruban satiné. Le parfum intense s'en dégageait, envoûtant l'air autour d'elles. Elle fronça imperceptiblement les sourcils avant de soupirer. Un admirateur, sans doute. D'un geste distrait, elle s'empara du panier et se dirigea vers l'ascenseur.
Les portes métalliques se refermèrent dans un claquement feutré. Dans l'espace confiné, l'odeur des roses sembla s'intensifier. Un frisson la parcourut. Une sensation fugace, insaisissable. Elle serra les doigts sur l'anse du panier.
Lorsque les portes s'ouvrirent au dernier étage, ce fut l'horreur.
Marie-Hélène gisait sur le sol, inerte, les roses éparpillées autour d'elle. Elles n'avaient plus leur teinte éclatante. Elles étaient fanées, séchées, comme si des années s'étaient écoulées en un instant.
Aucun rapport ne put expliquer ce qui s'était passé.
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La dame au long chapeau de roses
Mystery / ThrillerDans les rues de Montréal, une femme portant un drôle de long chapeau contenants des roses, erre en quête d'un homme qui la désire. C'est un certain Francis, agent immobilier opportuniste, qui fera sa malencontreuse connaissance...
