Chapitre 1 : Faisons plus ample connaissance

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Et si je vous parlais de nous plus en détails ? Parce qu'à part le fait que Lydia ait eu un accident de voiture en faisant son footing matinal, qu'elle adore le basket, qu'on s'adore et qu'elle est ma fierté, mon petit prodige, vous ne savez pas grand-chose de nous. Je crois que c'est plus simple que je commence par elle, c'est toujours plus facile de parler des autres, que ce soit en bien ou en mal...

Lydia a 19 ans, maintenant, mais elle en avait 16 quand elle a eu son accident. Elle était la joie de vivre incarnée avant l'accident, c'était le soleil de notre vie. Elle se prenait pas la tête. Si un problème existait, elle avait forcément la solution sinon elle considérait qu'il n'y avait pas de problème. Elle adorait me répéter ceci « Jaymie, pourquoi tu te prends la tête ? T'as pas la solution ? Personne ne l'a même moi ? Okay. Il n'y a pas de problème alors. ». Ça pouvait sembler de la vantardise mais je vous assure que ça n'en était pas. C'était tellement apaisant de savoir qu'elle était là pour résoudre votre problème si vous n'y arriviez pas. Maintenant, la joie de vivre c'est plus trop cela, mais je reste persuadé qu'un jour elle redeviendra comme ça et ce jour là, ce sera moi le plus heureux je peux vous le garantir. A part être joyeuse, habituellement, ma sœur est très intelligente, c'est la première de la classe mais pas seulement. Il lui a été décelé un QI supérieur à la moyenne lui ayant permis de sauter 2 classes sans aucun soucis d'adaptation. Elle est très sociable, très bavarde : un vrai moulin à paroles. Le pire c'est qu'elle ne parle pas inutilement. Il m'arrive de me demander comment elle fait pour parler autant tout en racontant des choses intelligentes. Elle a beaucoup d'humour aussi. Enfin, moins maintenant qu'avant. C'était toujours la première pour faire des bêtises, elle se faisait même pas engueuler, c'était la petite chouchou alors on lui pardonnait tout mais je ne lui en ai jamais voulu pour ça. Elle est très gentille, très volontaire, très serviable, toujours là pour aider : porter les courses de la voisine âgée, aller chercher le pain pour Mamie, réaliser quelques travaux pour le voisin, etc...et elle faisait tout ça sans jamais rien demander en retour. Elle est très sportive. Elle joue au basketball depuis toujours, ça a toujours été sa grande passion, sa raison de vivre. Elle aurait été prête à abandonner les études pour ça. Sa plus grande fierté c'était d'avoir été sélectionnée pour jouer en Équipe de France (dans sa catégorie bien-sur). Représenter la France à travers le basketball, sa plus grande passion, c'était ce dont elle avait toujours rêvé et être sélectionnée à 16 ans c'était pour elle avoir une possibilité de le refaire mais, cette fois, en tant qu'adulte. Aujourd'hui, ça va faire environ 2 mois qu'elle est sortie du coma après y être restée plus de 2 ans et demi. Quand elle s'est réveillé, la première chose qu'elle a demandé au médecin c'est si elle pourrait rejouer au basketball et nous, on avait déjà posé la question après l'accident. Je connaissais la réponse et je savais que ça la briserait. Ce que j'avais prévu est arrivé. Elle a plongé dans une grosse dépression après que le médecin lui ait dit que c'était impossible de reprendre le rythme sportif auquel elle se tenait avant. Annoncez ça à une gamine de 19 ans qui dans sa tête n'en a encore que 16 et elle vous détestera pour le restant de ses jours. Elle est aujourd'hui dans un centre de rééducation mais il est encore difficile de lui faire reprendre goût à la vie. Je vais la voir tous les jours, mais nous deux c'est plus pareil.

Je vous ai fait un long paragraphe sur Lydia et je pourrais encore parler d'elle pendant des heures, mais ça vous agacerait plus qu'autre chose. Pour moi, ce sera assez court : il n'y a pas grand-chose à dire. J'ai 21 ans maintenant et j'en avais 18 quand l'accident est survenu. J'étais prêt à passer mon bac, tout comme ma sœur d'ailleurs mais l'événement m'ayant totalement perturbé, je n'ai pas réussi à obtenir des notes correctes ni au dernier trimestre ni au bac. D'ailleurs, j'allais quasi plus en cours sur la fin, je voyais plus l'intérêt de réussir ma vie alors qu'elle était clouée au fond de ce lit, emprisonnée dans ce putain de coma...J'ai redoublé et je suis allé plus sérieusement en cours quand j'ai réalisé que Lydia ne voudrait pas que je gâche tout et que je me serais sacrément fait engueuler si je n'avais pas mon bac quand elle se réveillerait. Je l'ai d'ailleurs eu avec mention bien, c'était comme si on avait eu le bac tout les deux parce que j'aurais jamais espéré une mention et que je me suis toujours dit que c'était elle qui l'aurait. Je suis maintenant à l'université où j'étudie la sociologie. Sinon je suis tout l'inverse de ma sœur. Dans la famille, ils disent souvent : « Lydia, la ''good girl'' et Jaymie le ''bad boy'' ». Je suis plutôt renfermé sur moi, enfin pas avec ma sœur. Elle avait ce don de me rendre bavard alors que je ne lui suis pas. Je ne suis pas sportif, j'aime pas ça, enfin j'aime pas en faire. Au contraire, regarder le sport ça me plaît bien et c'est voir jouer ma sœur que j'aime par dessus tout. Je ne suis pas quelqu'un de très drôle à fréquenter, je n'ai pas beaucoup d'humour ou alors un humour très noir que peu de gens comprennent. Je suis pas con, je suis intelligent dans la moyenne mais j'ai toujours eu beaucoup de mal à m'en sortir en cours et plus on avançait et pire c'était. J'ai toujours été en admiration devant ma petite sœur. J'aurais pu la jalouser mais j'ai préféré l'admirer pour ce qu'elle était et ce qu'elle faisait, ce que peu de gamins auraient fait s'ils avaient eu une sœur comme elle, mais on a vécu dans une famille qui nous a montré qu'on était appréciés à notre juste valeur et qu'il n'y avait aucune différence entre nous deux. La vérité c'est qu'elle me tirait vers le haut et que je n'aurais pas accompli le tiers de ce que j'ai accompli aujourd'hui sans elle. J'ai toujours été très protecteur avec elle et je l'ai toujours défendu, je le ferais toujours parce que c'est ma petite sœur, « mon petit prodige » comme je l'appelle.
Aujourd'hui, je n'ai qu'un espoir : qu'elle revive, qu'elle nous éblouisse à nouveau avec sa joie de vivre et je m'évertuerai à nous faire revenir la Lydia d'avant l'accident. D'ailleurs, je crois avoir trouvé la solution. Cependant, je dois bien préparer mon coup sinon elle m'en voudra pour le restant de nos jours.

DESTIN BRISÉ... [En Pause]Onde histórias criam vida. Descubra agora