ONE SHOT :
C'était un soir d'été, j'avais quinze ans. Le soleil se couchait lentement sur la mer, projetant des reflets dorés sur les vagues bleutées. L'air était imprégné de sel, le ciel teinté de rose, de jaune et de bleu, tandis que le sable, à la fois chaud et frais, s'insinuait sous mes pieds. J'étais assise avec Thomas sur une serviette. Il jouait distraitement avec mes cheveux, parfois se tournant pour construire des châteaux de sable. De mon côté, je m'étirais sous le soleil, profitant de la chaleur sur ma peau, vêtue de mon maillot blanc, un des rares cadeaux de mon père. Thomas, lui, portait un bas de jogging noir et était torse nu.
Je devais passer la nuit chez lui. Ses parents étaient séparés depuis bientôt six ans, et sa mère, adorable et toujours accueillante, vivait près de la mer. Mes propres parents, quant à eux, étaient en voyage d'affaires, comme souvent.
Autour de nous, l'agitation régnait. Des enfants criaient de joie, des chiens jappaient, et leurs parents, supposés les surveiller, s'abandonnaient à la cigarette et à l'alcool. Un petit garçon, tout roux avec des yeux marron qui ressemblaient aux miens, s'approcha en courant maladroitement. Il avait trois ans, portait des brassards assortis à son short turquoise et, sans faire exprès, nous envoya sa balle. Je la lui rendis avec un sourire. Étrangement, j'eus la sensation d'être liée à cet enfant, comme si sa solitude faisait écho à la mienne. Il me remercia d'un signe de tête avant de retourner jouer, me ramenant à mes propres souvenirs d'enfance.
Thomas, qui finissait de me coiffer, m'observa, un brin perplexe.
— Ça va ? Tu es toute pâle.
Je secouai la tête, tentant de chasser ce sentiment étrange.
— Oui... ça va.
Je me levai, secouant le sable qui s'était glissé sur mes jambes malgré la serviette.
— Tu es sûre ? insista Thomas. Tu n'as pas l'air dans ton assiette...
Je soupirai, évitant son regard.
— J'ai juste besoin d'une minute...
Sans attendre de réponse, je me dirigeai vers le bord de l'eau. Le ciel se teintait désormais d'une lueur plus douce, annonçant la fin de la journée. Alors que je marchais, perdue dans mes pensées, j'aperçus une silhouette familière au loin. C'était Klarck, mon frère de dix-sept ans. Il m'avait vue et s'approchait. Quand il fut à ma hauteur, il me serra dans ses bras.
— Tu as besoin de parler, non ? demanda-t-il doucement.
J'hochai la tête, observant sa chevelure blonde, bouclée et éclatante, qui attrapait les derniers rayons du soleil. Il portait un débardeur et un short, avec un pull noué autour de la taille. Il le défit pour le poser sur mes épaules, comme si j'étais une petite fille, ce qui nous fit rire tous les deux.
— Pourquoi est-ce si compliqué d'adopter ? murmurai-je. Quand on veut aimer et aider un enfant de tout son cœur, on doit passer par tant d'obstacles... Alors qu'à la naissance, personne ne teste si les parents sont réellement prêts à assumer leur rôle...
Klarck soupira, se mordillant la lèvre inférieure.
— Si c'était le cas, père aurait échoué, lâcha-t-il, l'amertume dans la voix.
Il soupira de nouveau, avant de reprendre, plus doucement :
— J'ai commencé à bosser comme serveur au bar près de la plage. Quand on rentrera de vacances, je continuerai... pour qu'on puisse partir de chez lui. Loin de lui. On s'enfuira ensemble, je te le promets. Je ne partirai jamais sans toi.
Il posa son bras sur mes épaules, et je sentis son souffle calme. Alors que nous revenions vers Thomas, je ressentis une vague de panique à l'idée de perdre Klarck. Je ne voulais pas qu'il parte sans moi, qu'il m'abandonne dans cette famille avec notre père. Je ne voulais pas non plus revivre ce que j'avais traversé avec Milan, notre autre frère... Sa disparition avait été la fois de trop. Même maman ne s'en remettait pas. Parfois, je l'entendais dans la cuisine, parlant à Milan comme s'il était encore là. Elle se confiait à lui, à ce fantôme, comme si cela l'apaisait. Je savais que sa schizophrénie ne faisait que s'aggraver.
Klarck, sentant mon trouble, murmura :
— Tu penses à maman, hein ? Ne t'inquiète pas... Elle va bien. Au moins, dis-toi qu'elle a quelqu'un à qui parler, même si c'est à Milan. Ça la soulage.
J'hocha lentement la tête, ses mots résonnant en moi comme des coups que je ne pouvais esquiver.
En arrivant près de la serviette, Thomas m'accueillit dans ses bras, m'embrassa doucement sur le front, puis demanda :
— Avec qui tu parlais ?
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One day
General FictionC'est une Nouvelle. Un petit avant gout de l'histoire que j'écris "Quand le sang coule dans nos veines".
