Livre 1 : Chapitre 1 : Il pleurait.

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Il pleurait. Il ne hurlait pas, ne chouinait pas, il n’hyperventilait pas non plus, mais Martin Martin pleurait. Il pleurait, non pas à cause du braquage dans lequel il était coincé mais parce que son meilleur ami, Martin Tinmar, ne pleurait pas lui-même. Martin Tinmar, lui, hurlait, chouinait, il hyperventilait même, mais ne pleurait pas. Pleurer, c’était la spécialité de Martin Martin, pas la sienne. Il y a un aspect apaisant dans le fait de pleurer mais quand on n’en est pas capable, voir un ami verser quelques larmes en notre nom a le même effet. C’est la compassion et l’empathie.
Les deux Martin étaient assis derrière la caisse d’un restaurant kebab. Le braqueur leur avait demandé de s’y asseoir avec le personnel. Il n’y avait pas de clients.

-Y a aucun espoir… haleta Martin Tinmar. Il est neuf heures du matin et on est lundi, à Crimée.
-Je comprends pas le lien, je t’avoue. avoua Martin Martin.
-C’est un petit braquage donc seuls les super-héros actuellement en patrouille vont prendre le temps d’intervenir, sauf qu’il n’y a que Situation 0 qui patrouille dans ce coin de Paris. Le problème, Mamar, c’est que le lundi, à neuf heures, on est plein dans la plage horaire où Situation 0 est soit au travail soit à l’école, donc pas en costume, pas en patrouille et clairement pas sur le point de nous sortir de ce merdier. Comment je sais qu’il est au travail où à l’école en ce moment alors que personne ne sait rien de sa vie privée, c’est parce que c’est le seul moment de la semaine quand on ne l’a jamais vu intervenir pour des petits délits. Et on ne peut pas compter sur la police non plus puisque l’agence de Situation 0 a secrètement négocié un contrat avec la préfecture lui garantissant une demi-heure d’avance sur toutes les interventions dans le quartier. C’est pas légal, donc rien d’officiel, mais si c’est qu’une rumeur, Mamar, explique-moi pourquoi la police est toujours si lente autour de Crimée !

En réalité, Martin Martin, que Martin Tinmar surnommait Mamar, savait tout cela car son ami lui en avait très souvent parlé. Mamar n’avait donc dit ne pas comprendre le lien que pour permettre à son ami de se calmer en parlant de Situation 0, son sujet de conversation préféré.

-T’es bien renseigné. dit le braqueur. T’es aussi un de ses fans ?
-Oui, j’ai même fait des fancomics de lui sur Internet avant que son agence ne me menace de faire un procès pour vol d’image et marque déposée. Ils sont au taquet. Heureusement que personne ne m’a fait de dons parce que sinon, j’aurais eu plus qu’une menace.
-M’en parle pas. L’Agence A.M.U.S.A.N.T.E. m’a tout pris dans un procès. Je vendais des t-shirts avec des fanarts de lui et puis… Bah maintenant, je braque des kebabs, quoi. Vous savez, chez les artistes ratés, c’est très tendance de se tourner vers le crime.
-Je devrais peut-être faire pareil.
-Il en est hors de question. intervint Martin Martin.

***

-Y a aucun espoir… haleta Martin Tinmar.
-Tu l’as déjà dit, ça.

Après le braquage, les Martin étaient retournés chez eux, dans une chambre de bonne parisienne. Ils étaient allongés sur le matelas double qui occupait toute la surface du sol dans la chambre. Leurs quelques affaires étaient posées sur des étagères. Faisant tous les deux environ un mètre huitante pour septante kilos, ils partageaient leurs vêtements (essentiellement des t-shirts et pantalons en jean ainsi qu’un unique sweatshirt blanc porté le plus souvent par Martin Martin).

-Je le redis parce que la situation n’a pas changé depuis tout à l’heure.
-C’était pas à cause du braquage ?
-Si, bien sûr. Parce qu’à cause de ça, le kebab est ruiné et j’ai pas pu être embauché. Du coup, on n’a pas d’argent et on va devenir sdf sans avenir ou pire, retourner à Erisme-sur-Mer.
-T’es sûr qu’Erisme est pire que Paris ?
-Situation 0 n’y est pas donc oui, c’est pire.
-Implacable argument. souffla Mamar avec ironie.
-Je sais, c’est pour ça que je le dis. Mais surtout, j’ai pas envie de donner raison à mes parents quand ils disaient que tu ferais de moi un raté.
-Tu sais, Martiste, c’est pas parce qu’on a arrêté nos études qu’on est des ratés et qu’on n’a pas d’avenir.

Larme LuneHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora