-Sider, on pourrait peut-être parler? demanda son géniteur alors qu'il lui servait des pommes de terres rissolées.
-Puisqu'on a des cordes vocales, oui. Parler ensemble, non.
Il claqua la cuillère en bois dans la poêle à moitié pleine et se redressa.
-Parle moi sur un autre ton, veux-tu? Je suis ton père, merde!
-Je vais faire mieux, je ne vais pas te parler du tout.
-Tu ne peux pas m'en vouloir indéfiniment! soupira son père.
-Tu étais trop occupé à m'en vouloir pour Aurore que tu n'as pas été capable de retenir Maman et de voir qu'elle allait mal. Tu as préféré coucher avec ces filles, cracha-t-elle, remplie d'hostilité et de rancune.
Un ange passa, et elle reprit:
-Mais bon, on fait un pari? Je vais gagner, crois-moi; tes regrets ne sont rien comparés à la haine que j'éprouve pour toi. Sur ce, ajouta-t-elle en se levant et en saisissant son assiette et ses couverts, je vais finir mon repas en haut.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle monta à l'étage et s'assit en tailleur sur son lit. Sider saisit sa télécommande et appuya sur le bouton «power» afin de laisser parcourir la voix mélodieuse de Lana Del Rey dans toute sa chambre.
Sider, désormais une cigarette au bec et une tasse de thé dans la main, songeait à sa sœur. À sa famille détruite et déchirée. Qu'est-ce qui avait engendré tout ça? Une simple plaque de verglas. Une simple plaque de verglas sur la route qui les avait fait déraper et faire des tonneaux. Une simple plaque de verglas qui avait tué sa sœur.
Si seulement elle avait pu la sauver. Elle aurait pu être plus insistante. Elle aurait pu passer aux actes, vomir dans la belle BMW de son père et les adolescentes se seraient arrêtées sur le côté de la route.
Elle se souvenait de l'enterrement de sa défunte aînée. Le prêtre, lors de son discours, avait dit «Nous regarderons vers le ciel pour apercevoir Aurore qui est devenue maintenant une étoile qui veillera sur nous.» alors Sider s'était mise à rire, puis la fin de son rire s'était évanoui en sanglots.
Elle avait ri à l'enterrement de sa sœur. Tout ça parce qu'elle avait pensé à ce qu'aurait dit celle-ci à la fin de cette phrase: «T'entends ça, Sider? C'est tellement cliché.» Puis, Aurore, sa sœur tant aimée, se serait esclaffée. Avec son petit rire qui flotte dans l'air, qui vous caresse tel la brise, empli de joie, qui pourrait sortir de la dépression les plus malheureux.
Sider avait, autrefois, un rire similaire. Mais depuis la mort de sa sœur, celui-ci était devenu fade, triste. Puis de toutes manières, elle ne riait même plus.
Elle était assise sur l'appui de fenêtre, sa tasse chaude tenue d'une main. Elle repoussa ses pieds contre le mur et colla son dos à celui-ci. La position n'était pas des plus des confortables et, les joints mal faits causaient le passage de l'air frais par le trou entre la fenêtre et ces-derniers. Mais en contre partie, elle pouvait voir le monde de dehors, réfléchir posément. Avant, elle allait dans la cuisine pour faire ça, assise sur le plan de travail. Mais elle ne voulait plus croiser son père.
***
-Qu'est-ce que tu viens de dire?
-Je voudrais avoir ton numéro, répéta Kyle, les yeux fuyants. Pour se contacter pour l'exposé.
-De un, vieille technique d'obtention de numéro. De deux, je n'ai pas de téléphone.
Kyle ricana puis, voyant l'air sérieux de Sider, se stoppa.
-Sérieux?
-Oui. Je ne vois pas ce qu'il y a de dingue à ne pas avoir de téléphone.
-Non, c'est sûr.. opina le jeune homme, gêné d'avoir rit pour ça, même si il trouvait ça assez troublant de leurs jours. Mais, que penses-tu de..
-Bon, l'interromput-elle, je dois y aller Kyle.
***
-Arrête la voiture!
Mais l'adolescente, âgée de dix-huit ans et venant d'avoir fraîchement son permis, ne l'écoute pas. Au contraire, elle appuie sur l'accélérateur volontairement, et passe sa langue sur ses lèvres, jubilant de l'adrénaline qui se propage dans tout son corps svelte.
-Pourquoi tu fais ça, Aurore? Je t'en supplie, arrête cette fichue voiture!
La plaignante se cramponne au tableau de bord, le bout de ses doigts rougis et les jointures blanches. Elle a la bouche pâteuse, sèche et elle a un goût bizarre dans la bouche, comme du fer ou des fleurs fanées. C'est sûrement l'alcool qui lui donne cette sensation. Elle passe à son tour sa langue sur ses lèvres, mais, contrairement à Aurore, c'est pour humidifier ses lèvres gercées, désormais pincées en une ligne stricte, essayant de se retenir de vomir.
-Aurore je vais vomir! couina la fille de seize ans.
-Tu n'avais qu'à pas boire.
-C'est toi qui dit ça? On dirait que tu as bu un tonneau de tequila, ce qui ne m'étonnerait franchement pas.
-On s'en fout! Apprécie la vitesse, on est jeunes! Et tu ne vomis pas dans la BMW, surtout!
Elle contracte ses muscles, plus stressée que jamais.
Elle ferma les yeux et s'imagina dehors, en train de cueillir les flocons qui tombaient en ce moment-même, comme quand elle était plus jeune. Il neigeait alors qu'il était fin Février, et les deux adolescentes étaient parties dans une soirée alcoolisée.
Elle rouvrit les yeux. Elle aurait préféré ne jamais les rouvrir.
La voiture passa sur une plaque de verglas, extrêmement vite. À cause de cette plaque de verglas, la voiture fit une embardée.
Glissade impardonnable. Tonneaux infernaux.
Elle tourna la tête vers la conductrice, presque inconsciente.
-Je ne.. vais pas m'en.. sortir, murmura Aurore, un filet de sang coulant de la tempe et de la bouche, très faible. Sors..
La passagère se débattit avec sa ceinture en pleurant. Le magnifique visage de Aurore était déformé par les blessures. Cette-dernière eut une quinte de toux, qui
-Je t'ai..me.
Sider tourna la tête vers la défunte qui venait de rendre son dernier râle. Une larme coula sur sa joue. Car oui, ce fut la dernière fois que sa sœur lui parlait.
Elle se réveilla en sursaut. Ses cauchemars paraissaient si réels. C'était exactement la même scène, et elle la revivait dans ses terreurs nocturnes depuis deux ans.
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Avis, critiques? Je suis toute ouïe.
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Raise the dead.
Teen FictionSider Green âgée de dix-huit ans, revient dans le Westchester après un an d'exil chez son oncle ; vivant désormais avec un père ingrat, avide de luxure, et un trou béant d'un noir insondable à la place de son organe vital. Elle reviendra dans son ly...
