Un jour, peut-être...

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La valise est presque bouclée.

Laissant échapper un soufflement épuisé, je me dirige vers mon bureau. J'avais prévu de n'emmener que le strict nécessaire ; mais l'échéance du départ se rapprochant, je suis bien obligée de me rendre à l'évidence : l'université Stendhal est loin, très loin, et partir sans un minimum d'effets personnels et de souvenirs me fait trop mal au cœur.

Je parcours le meuble du regard, réalisant peu à peu la longue tâche que je m'inflige, puis m'agenouille sur le sol pour ouvrir un des nombreux tiroirs pleins à craquer. Aussitôt, son contenu se déverse sur le sol dans un grand fracas. Cela doit bien faire dix ans que je n'ai pas fait le tri ici, me contentant d'y fourrer tout ce qui traînait sans y regarder de trop près. Et quel meilleur moment de le faire que la veille de mon déménagement ?

Quand il faut s'y mettre... songé-je.

La première chose que je sors du tas d'objets non identifiés, c'est un vieux cahier de maths de primaire, que je jette directement à la poubelle. La deuxième chose, un vieux cadeau d'anniversaire que j'ai reçu à mes neuf ans et que je n'ai probablement jamais utilisé.

La troisième chose me fait un choc. Je déglutis, la gorge soudain sèche, et les mains moites.

Une photo. Ce n'est qu'une photo.

Mais elle est dessus, et ça fait toute la différence.

« - Arrête de bouger ! »

Je sursaute. La voix, sa voix, a retentit si fort dans ma tête que j'ai eu l'impression de l'entendre en vrai. À côté de moi. Près de moi.

« - Arrête de bouger ! »

C'est ce qu'elle m'a lancé, d'une voix entrecoupée d'éclats de rire. Juste avant d'appuyer sur le bouton et de capturer ce moment dont je me souviens encore parfaitement.

Le cœur battant, j'approche la photo de mes yeux pour en apercevoir les moindres détails. Mon attention se concentre sur elle. Ses cheveux roux éclatants. Ses yeux noisette rieurs. Ses taches de rousseur. La petite tache de naissance à la base de son cou.

Andréa.

Elle a un nom à son image : magnifique.

Lentement, j'effleure du doigt son visage.

Je me souviens...

« - Arrête de bouger !

Andréa fronce les sourcils dans ma direction, comme pour donner plus de poids à son ordre, mais le rire qu'elle retient la décrédibilise. Elle m'attrape par la taille pour me tenir immobile, et je pivote pour poser mes lèvres sur les siennes, juste comme ça, sans raison particulière, juste parce qu'elle est là et que ça me fait du bien.

Libre. À ses côtés, je me sens libre.

- Et... souris ! »

Je m'échappe de mes souvenirs en secouant la tête. Cette époque est désormais révolue. Lointaine, même. Depuis combien de temps est-elle partie ? Deux ans. Deux ans que je n'ai plus entendu sa voix, son rire, que je n'ai pas ressenti sa présence.

Trop tard... trop tard pour la regretter.

Repoussant tant bien que mal la peine qui vient m'assaillir, je me relève et, après un instant d'hésitation, glisse la photo dans ma poche. Puis, l'envie de trier m'étant passée, je remets tout le tas d'objets non-identifiés dans le tiroir.

Et je ferme, définitivement cette fois, ma valise.

***

Ce n'est que le lendemain matin, au moment du départ, que je n'y tiens plus. Je ressors la photo de ma poche pour la contempler à nouveau. Cette fois, je regarde l'image dans son ensemble. Nous posons toutes les deux, enlacées, devant un arbre auquel est accrochée une balançoire, une de ces balançoires qu'on peut trouver dans les vieux films en noir et blanc. Andréa trouvait ce paysage poétique. Moi, je le trouvais glauque. Elle a toujours su voir la beauté des choses, là où je ne voyais que le mauvais côté. Comme avec moi.

Un jour, peut-être...Stories to obsess over. Discover now