Le tic-tac de ma montre troublait le silence de la pièce.
Comme chaque mois, j'avais un rendez-vous pour ma « normalité ». Des prises de sang et des IRM pour contrôler toutes les cellules de tous mes tissus et organes qui me constituent, pour voir si elles étaient toujours « normales ».
Mais qu'était-ce que la normalité et qui la dictait ? Voici des questions qui me venaient tard le soir dans mon lit, à l'heure où tout enfant dort et la nuit règne sur ce monde si pur.
Ce jour-là, assis sur ma chaise dans cette salle d'attente aux murs et au sol blancs, aux tables et aux autres meubles tout aussi immaculés, je guettais le moment où mon nom résonnerait dans ce vaste espace. Je remarquai que la seule chose qui se distinguait de ce décor lumineux était ma combinaison bleue de patient.
Il y avait aussi cette femme, une infirmière à l'accueil à quelques mètres de moi, une blouse blanche avec l'insigne de l'hôpital, ses cheveux argentés tirés en chignon strict.
Je me levai, marchai jusqu'au miroir et m'examinai. Regardai toutes mes imperfections, tous mes pores, mes yeux gris tachetés de vert, mes cheveux blonds et courts. J'étais assez grand pour mon âge, j'avais une bonne musculature après des heures de sports acharnées. Tous mes gestes étaient dictés et contrôlés avec précision. Je remarquai que la seule chose qui se distinguait de ce décor lumineux était ma combinaison bleue de patient.
Sur ma chemise bleue était cousu mon nom : « James District, 1 ».
Nos noms étaient aussi choisis à notre naissance par notre médecin attitré. Je fais partie du premier district, mais il n'y a pas de hiérarchie ou de « podium ». Le district 1 est le même que le 4, ainsi que le 2 et le 3. Le favoritisme n'existe pas, le fait de diviser ainsi notre territoire vient des Supérieurs : « Divisés pour mieux régner ». Personne ne les connaît ni ne les a déjà rencontrés, on sait juste qu'ils sont là et tout le monde les craint.
Dans notre société, aussi divisés que semblables, les discriminations sont bannies. Les Supérieurs disent que c'est pour notre bien, pour que notre épanouissement soit complet, sans moquerie aucune ni insulte sur notre physique ou notre mentale. D'où la sélection de tous nos caractères.
Que ce soit au collège, dans la rue, dans les magasins, tous étaient blonds argentés avec un teint porcelaine et les yeux gris. La couleur blanche constituait tout notre univers : tout était pur et lumineux. Aucune maladie, aucun virus, aucune saleté.
L'infirmière m'appela enfin de sa voix cristalline, et de ma démarche souple et féline, je me dirigeai vers elle. Puis c'est au détour d'un couloir que je la vis. Son visage était beau, elle avait les cheveux un peu plus foncé que le blond argenté traditionnel, ils étaient blonds vénitiens, un beau blond chatoyant. Ses yeux étaient d'un bleu intense, un bleu océan. Elle était adossée nonchalamment au mur. Son visage anormalement pigmenté de taches de rousseur. Cette fille était différente dans tout ce qui la constituait.
Je ne la vis que quelques secondes avant de continuer mon chemin et j'espérais secrètement qu'elle serait encore là quand je ressortirais de mon examen.
J'étais couché sur mon lit d'hôpital quand mon médecin, M. Mederic, m'affirma que rien n'avait changé et que mes cellules étaient toujours normales. Je n'étais ni rassuré, ni excité, je trouvais ça complètement stupide de me faire perdre mon temps avec ces examens.
Le visage de cette jeune fille me revenait sans cesse en tête. Elle devait avoir mon âge, seize ans tout au plus. Elle troublait toute la normalité de ma vie.
Je remis mes habits blancs puis partis en direction de la sortie. J'éprouvai une grande frustration lorsque je me rendis compte qu'elle n'était plus là et que je devais rentrer chez moi sans connaître son prénom.
Dans l'aéromobile, je conduisais prudemment, mais quelque chose vint me troubler. À la radio, on parlait de quelques attentats et plusieurs accidents suspects étaient survenus au cours des dernières 48 heures. J'éteignis cette voix monotone et sans émotions.
J'habitais loin de l'hôpital, éloigné de la ville, vivant seul avec ma mère. Il me fallait environ une heure pour faire le trajet.
YOU ARE READING
District
Teen Fiction"Le tic-tac de ma montre troublait le silence de la pièce. Comme chaque mois, j'avais un rendez-vous pour ma « normalité ». Des prises de sang et des IRM pour contrôler toutes les cellules de tous mes tissus et organes qui me constituent, pour voir...
