Chapitre 1 - La fuite.

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     Un jour, mon amour, tu devras apprendre à survivre par toi-même. Ça sera dur et éprouvant, mais tu y arriveras. Je te protégerai jusqu'à mon dernier souffle...

     Tu avais raison, maman, mais j'espérais que ce jour n'arriverait jamais. Sans toi, cette balle m'aurait transpercé, et ça aurait été mon corps qui se serait vidé, laissant une marée de sang sur le plancher de notre maison. Tant de rouge et tant de sang sur mes mains. Tout ça à cause de quelque chose dont nous ne sommes même pas responsables. Nous subissons toujours les conséquences des  décisions des plus forts. Encore plus lorsque nous sommes en période de guerre. Celle-ci m'a d'abord prise mon père, ensuite mon frère et maintenant ma mère... Bientôt, elle m'aura aussi englouti comme tous les autres qui vivaient ici... Mais elle ne m'aura pas aussi facilement, ni elle, ni eux. Qu'ils viennent me vendre entière ou en morceaux, je donnerai tout ce que j'ai pour leur donner du fil à retordre. Je ne souhaite pas une vie d'esclave !

     Alors, je me suis relevé. J'ai récupéré le couteau que ma mère tenait encore dans sa main frêle et froide, puis j'ai couru en passant par la porte de derrière. Sans me retourner, j'ai couru à perdre haleine. Je voyais à peine devant moi, le regard flou, j'entendais mes ravisseurs à mes trousses. Vite, ne t'arrête pas, n'abandonne pas si vite. Je leur dois au moins ça. Court malgré la pluie, le froid, la douleur, le chagrin et la peur... Oublie tout cela un court instant et concentre-toi sur le moment présent. Réfléchis. Nous ne sommes pas très loin de la frontière voisine, là-bas, ils ne pourront plus agir à leur guise. En attendant, je vais me cacher quelque part, profitons de l'orage. Je connais ce village comme ma poche, puisque c'est ici que j'ai vécu jusqu'à maintenant, alors j'ai peut-être une chance. Même infime, je dois la saisir. Si je ne me trompe pas, il doit y avoir une grange par là-bas, juste après cette épicerie, je pourrais m'y camoufler parmi les bêtes et dans le foin. Les deux Patou qui gardent le troupeau devraient les dissuader de continuer à me poursuivre. Du moins je prie pour que le sort me soit favorable.

     Sont-ils partis ? Cela fait un moment que j'attends sans oser respirer de peur qu'ils m'entendent. Pourtant, les chiens se sont calmés par rapport à tout à l'heure. La voie doit être libre. En attendant que la pluie cesse, je vais continuer de guetter les alentours depuis ma cachette. Ensuite, je m'introduirai dans la vieille épicerie afin de récupérer un maximum d'affaires qui me seront utiles durant ma fuite. Puis j'entamerai mon périple en direction de la frontière appartenant au pays voisin.

     Cela fait déjà plusieurs heures que je marche sur ce même chemin. Le silence compact et lourd qui s'est installé progressivement autour de moi me fait réaliser que je suis complètement perdu. À la fois géographiquement et mentalement. Je me répète pour me rassurer que je suis dans un cauchemar, c'est évident, non ? Je vais me réveiller d'un moment à l'autre. Pour réaliser que toute cette histoire était dans ma tête, ensuite comme d'habitude, j'embrasserai ma mère et lui raconterai ce truc de dingue, puis ce très mauvais rêve disparaîtra petit à petit de ma mémoire pour ne plus jamais refaire surface.

     Bientôt, tout redeviendra comme avant... En attendant ce miracle, je continue de marcher droit devant moi. Marche. C'est tout ce que je me disais car au moins ainsi je pouvais m'empêcher de trop y réfléchir. Je poursuivis de cette façon ma marche, jusqu'à ce que la nuit tombe et que le soleil termine sa course en teintant par sa course inévitable, le ciel d'un dégradé rouge omniprésent. Encore et toujours du rouge... À force de tourner en rond dans ma tête, je réalise que je n'ai pas mangé depuis l'accident. Alors, je sortis une conserve de petits pois, que je mangeais cru faute de moyen de cuisson. Avec comme seule compagnie le bruit métallique de la cuillère contre ma misérable conserve d'aluminium.

     Une fois allongé sous une couverture improvisée et prête à me reposer un peu, une pensée m'assaillit comme si elle venait d'une autre partie de ma conscience dont je subissais la présence, elle me chuchota à l'oreille ; la nuit me rappelle quelque chose, elle est devenue si froide, presque aussi froide, calme et silencieuse que son corps...

     Le lendemain, les premiers rayons du soleil me sortent de ma terrible nuit avec un mal de dos atroce et presque autant de fatigue que la veille. Pourtant, je repris facilement ma route, une chose en moi me poussait à continuer d'avancer. Donc après avoir remballé mes bagages, mes pieds repris de plus belle notre voyage pas après pas. Je ne dois pas oublier que les mercenaires qui me poursuivaient peuvent encore ressurgir derrière moi. Je vais essayer de trouver un village dans les environs pour rechercher des informations à propos de la frontière et aussi récupérer des vivres car je serai bientôt à court d'eau. De plus, il va très vite se faire tard.

     Pendant que la lumière des dernières lueurs se mettait à disparaître dans la pénombre installée par la lune, l'une d'entre elles persista, mais elle ne venait pas du soleil. Elle venait d'une maisonnette au milieu de ruines. Sûrement causé par des bombes. Une fois devant la porte, j'avais peur de tomber devant la mauvaise personne. Je toquai timidement trois fois contre le bois de la porte presque imperceptiblement. Je tends l'oreille. Au début, rien. Puis des pas se rapprochent. Ils s'arrêtent. Une voix grave et âgée qui s'adresse à moi :

- Qui es-tu, jeune fille ? Il est tard, pourquoi me dérange tu ici, au beau milieu de la nuit ? Tu sais que ce n'est pas très prudent dans les environs. Tu pourrais facilement te faire tuer par une de ces bêtes errantes, voire pire...

- Je vous promets que je ne vous veux aucun mal, j'ai simplement besoin d'un endroit où dormir puis je repartirai demain.

- Mmmh... Qu'as-tu à me donner d'intéressant en échange ?

     Je pris quelques minutes pour réfléchir à ce qui pouvait intriguer une vieille dame vivant seule. Je n'ai pas grand-chose dans mon sac, principalement des vivres, j'ai peut-être une idée.

- Madame, je n'ai pas pu emmener beaucoup d'affaires avec moi, mais je réussis à récupérer ceci avec le reste de mes vivres, une confiture. Et je vous offre aussi ma compagnie. Vous avez sûrement dû vous sentir seule plus d'une fois, alors je vous raconterai mon histoire pendant que vous dégusterez de la confiture.

- Ce n'est pas grand-chose mais ça me suffit, entre et essuie-toi les pieds avant d'entrer.

     Ainsi, la soirée se termina par un long monologue de tout ce qui s'est passé en l'espace de ces deux petits jours en évitant les moments les plus désagréables...



Fin du chapitre 1

-Chapitre 2 - Le début des problèmes

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La suite au prochain chapitre ><

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⏰ Dernière mise à jour : Jun 08 ⏰

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