Chapitre 1 : Nefertari

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Je peux le faire.

Je suis belle, je suis forte, et j'en suis capable.

Ces phrases tournent en boucle dans ma tête tandis que je vais au-devant de la scène. Mon cœur bat à mille à l'heure, mes mains tremblent et l'excitation me tord le ventre.

Tous les regards sont posés sur moi et me détaillent avec attention dans un silence opaque. J'adopte la position initiale de ma chorégraphie avec autant de grâce que possible, puis adresse un hochement de tête aux musiciens qui commencent à jouer un air oriental.

Une mélodie saccadée se propage dans la pièce. 

Peu à peu, mon corps se laisse emporter par le rythme. Il s'adapte à ses nuances, cède à ses caprices. Le tissu de mon costume glisse sur ma peau et se soulève avec légèreté lorsque je tourne. Je veille à sourire et à faire virevolter mes boucles brunes afin de donner plus de vie encore à mes enchaînements.

Les clients de la taverne sont plongés dans le noir. Tous les regards sont sur moi. Je brille et j'éblouis mes spectateurs. Mon costume turquoise satiné est en parfaite harmonie avec ma peau mate. Les pièces de ma ceinture accompagnent la cadence des musiciens.

Inutile de détailler le public pour savoir qu'ils sont surpris, non pas par ma danse, mais par mon tatouage de serpent dans le bas du dos. Il n'est pas courant pour une femme d'en avoir, mais peu m'importe. C'est mon corps, mon choix.

La musique adopte un rythme plus lent et je m'y soumets. Ma danse se fait plus sensuelle, plus sombre. Je me meus et veille à contrôler ma respiration, en rien intimidée par la masse noire qui me fait face. Tandis que j'effectue un huit, mon regard croise celui d'un homme au fond de la pièce. L'obscurité masque en grande partie son visage, mais ses yeux sont rivés aux miens.

Mes mouvements s'adoucissent et je sens de plus en plus le poids de l'attention de certains hommes du public, cependant seul celui au fond de la pièce m'intrigue. Il ne me dévisage pas d'un air pervers, ni même de dégout. Son expression est neutre.

Soudain, la musique reprend vie. Je brise ce contact visuel et me laisse emporter pour proposer des techniques plus travaillées et énergétiques. La mélodie vibre en moi, elle s'insinue dans mon corps et guide mes gestes. La fin de la danse approche et mon cœur est sur le point d'éclater. 

Je suis à bout de souffle. Lorsque les musiciens s'arrêtent, le public m'applaudit avec ferveur. Ma poitrine monte et descend à toute vitesse. Je souris, fais une petite révérence puis quitte la scène.

Une fois dans le petit vestiaire qu'on m'a attribué, je troque mon costume contre une longue robe beige ainsi que des sandales à la semelle en cuir. Moins séduisant, certes, mais bien plus confortable. Je prends ensuite quelques secondes pour arranger mes cheveux avec mes doigts, puis sors.

A peine ai-je quitté la pièce que le gérant, un petit homme avec une dent en moins, m'apostrophe pour me féliciter et me remercier de ma prestation.

-Je vous en prie, c'était un plaisir, surtout que votre taverne est vraiment populaire !

-Je serais ravi de vous accueillir plus souvent ! Les clients vous adorent Nefertari. Restez encore un peu pour voir les autres passages, la maison vous offre le dîner.

Il me tend son bras et j'accepte sa proposition.

La salle principale est toujours plongée dans l'obscurité. L'odeur des épices me donne l'eau à la bouche. Il m'indique une table dans un coin calme avec une vue sur la scène. Je commande une assiette de kefta et assiste à la suite des animations. Je repense alors à l'homme qui avait retenu mon attention et tourne machinalement la tête vers l'endroit où il se tenait.

Sa place est vide et l'un des serveurs débarrasse la table.

Nefertari - ancienne versionWhere stories live. Discover now