prologue

227 29 81
                                        

Dix ans avant.

— Melyna, Chase, revenez ici, tout de suite !

Chase serra ma main plus fort dans la sienne, et ensemble, on ignora les cris inquiets de ma mère, continuant de courir loin de la maison. On ne connaissait pas la ville, on ne savait pas où on allait, mais on s'en fichait, on s'en allait tous les deux, loin de tout. C'était toujours comme ça avec lui, il avait une envie soudaine, une idée, et m'embarquait avec lui dans l'inconnu, à l'aventure. On était en vacances depuis seule-ment quelques heures, qu'il m'emmenait déjà explorer les alentours, comme si c'était la seule chose qui comptait : partir avec moi.

Pendant cette course folle, je sentais mon cœur battre un peu trop rapidement dans ma poitrine, j'avais l'impression qu'il allait exploser, ou s'envoler. Comme les petits papillons au creux de mon estomac, qui dansaient. C'était toujours comme ça avec lui, mon corps faisait n'importe quoi. Mon souffle devenait plus difficile à reprendre, mes jambes étaient plus lourdes à porter, et l'épuisement se glissa en moi beaucoup trop vite. Je n'aimais pas courir, je n'étais pas douée, c'était d'ailleurs pour ça que Chase me laissait toujours gagner, en feignant que je ne savais pas qu'il faisait exprès à chaque fois. Résultat : on était tous les deux contents.

— Chase, ralentis, s'il te plaît !

Il ne semblait pas m'entendre, ou il le faisait exprès, mais il continua d'avancer, nous éloignant un peu plus de la maison à chaque secondes. Je ne savais pas ce qu'il cherchait à faire, mais s'il comptait nous faire rejoindre quoi que ce soit à cette vitesse, ce serait sans moi. Je tirai sur sa main sans qu'il comprenne, j'essayai de courir moins vite, mais il avait l'air pressé et ne comprenait pas ce que je voulais faire.

— Chase ! M'écriai-je, en espérant qu'il m'entendrait.

Par manque de chance, oui il m'entendit, mais il s'arrêta brusquement, en me lâchant la main, et sans me laisser le temps de ralentir. Mon corps tout entier tomba en avant, et sans avoir le temps de dire aïe, mon genoux heurta le sol avec violence. Une vive douleur s'éveilla quelques secondes après, et je me tournai sur le sol, tentant de chercher du soutien auprès de Chase, mais il avait disparu. Je tournai la tête, et je l'aperçus directement : il continuait de courir, seul, de s'éloigner de moi, ignorant son geste, et ma chute par la même occasion. Je le regardai s'enfuir en rigolant, en espérant qu'il se tournerait, qu'il me regarderait, mais rien. Il avançait, sans me jeter un seul coup d'œil.

Une fois toute seule dans la rue, les larmes grim-pèrent à mes yeux, avant de rouler sur mes joues la seconde d'après. J'éclatai en sanglots en comprenant qu'il m'avait laissée là et qu'il était parti sans m'attendre. La panique m'envahit, mais je ne la laissai pas me pétrifier : au lieu de rester au milieu de la route, je me traînai jusqu'au trottoir, sur lequel je m'assis, en relevant mes genoux contre moi. Pourquoi est-ce qu'il m'abandonnait ?

Je sentis une goutte perler le long de ma jambe et lorsque je compris que ce n'était pas de la pluie mais du sang, je m'écriai :

— Chase ! Tu m'as fait mal !

Je ne savais pas s'il m'entendrait, s'il reviendrait, mais c'était la seule chose que j'étais capable de faire, crier à l'aide en espérant revoir sa silhouette. Mais je restais seule, et personne ne vint me voir. Je laissai la tristesse se mélanger à la peur, et je n'osai imaginer l'état de mon visage. J'essuyai mes yeux à l'aide de ma main, avant de la poser sur mon genou, essayant d'arrêter le saignement.

— Melyna ?

Je relevai la tête en reconnaissant la voix de Chase, qui se tenait debout face à moi. Son joli sourire disparut immédiatement en croisant mon regard. Contente et énervée, je me levai aussitôt et fonçai droit sur lui, avant d'écraser ma tête contre son torse et d'enrouler mes bras autour de lui. Il glissa ses mains dans mon dos et me berça doucement, tout en me serrant contre lui. C'est la seule chose dont j'avais besoin. Rien de plus.

— Je suis désolé, lâcha-t-il seulement.

— Tu m'as blessée, Chase. La blessure brûle, mais tu m'as lâché la main, ça fait encore plus mal.

Il recula et je lui désignai mon genoux, dans un mauvais état. Le sang coulait toujours, et quelques graviers étaient présents sur la plaie. Quelle idée de courir sur du béton, les dégâts n'étaient jamais beaux à regarder lorsqu'on entrait trop rapidement en contact avec le sol. Il prit ma main dans la sienne une nouvelle fois, et la serra un peu plus fort, comme pour me signifier qu'il était là, qu'il ne partirait pas.

— Est-ce que tu peux marcher ?

Je hochai la tête, sans réellement savoir si je pouvais le faire. Après quelques pas, je sentais la douleur devenir plus présente, mais je conclus silencieu-sement que j'allais prendre sur moi, ne pas me plaindre, même si j'avais mal. Nous n'étions pas vraiment loin de la maison, et rentrer n'était pas la tâche la plus difficile à faire, même si c'était dérangeant. Je redoutais plus la réaction de ma mère, lorsqu'elle nous verrait entrer après cette fuite, et blessée. Je savais d'avance qu'elle nous dirait à quel point nous étions inconscients de partir de la sorte, sans même prévenir où l'on allait, si on avait un problème comme celui-ci. Je soufflai, pris mon courage à deux mains, et on rentra ensemble à la maison, main dans la main.

— Mely ! cria maman, en me voyant entrer dans la maison, tu vas..

Ses yeux tombèrent sur ma blessure, qui ne passait pas inaperçue à cause de la coulée de sang le long de ma jambe, jusqu'à glisser sur ma chaussette blanche. Rouge maintenant.

— Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-elle, le visage non plus fou de rage, mais paniqué.

— Elle est seulement tombée, expliqua Chase.

— Seulement ?

Il haussa les épaules et ma mère m'ordonna de la suivre dans la cuisine. Je m'assis sur une chaise et elle sortit la trousse à pharmacie. Elle s'occupa de désinfecter la plaie, et je luttai pour ne pas me plaindre des spray piquants. Chase me tenait toujours la main, et j'en profitai pour la serrer un peu plus fort dès que j'avais mal.

— Voilà, c'est fini mademoiselle. Plus de peur que de mal.

Elle avait déposé un joli pansement bleu sur la blessure, m'assurant que ce n'était rien, et que ça partirait. Elle nettoya le sang sec qui collait à ma peau avec un gant trempée, et je fixai Chase, toujours à mes côtés, qui me souriait. Une fois la tâche finie, ma mère rangea le matériel utilisé pendant que je me mettais debout.

— Veille à ne plus jamais partir comme ça, tu m'as fait une peur bleue !

Je lui fis la promesse de toujours la mettre au courant, et Chase dû lui jurer la même chose pour qu'on puisse s'en aller dans le jardin. On alla rejoindre la grande balançoire à l'ombre, sur laquelle je m'assis sans lui laisser le temps de le faire en premier. Il me lança un sourire avant de sortir quelque chose de sa poche. Un pansement. Il avait dû le prendre avant que ma mère ne les range. Il avait été discret, parce que je ne l'avais même pas remarqué, pourtant, je l'observais presque tout le temps.

— Je t'ai blessée, dit-il en s'avançant vers moi.

Il enleva les bouts de papier qui enveloppaient le pansement, avant de le déposer sur le dos de ma main, qu'il tenait encore quelques secondes avant. Il était concentré et s'appliquait, comme si c'était la chose la plus difficile à faire. Je le regardai sans comprendre.

— Si je n'avais pas lâché ta main, m'expliqua-t-il, tu ne serais pas tombée. C'est de ma faute. Je t'ai fait du mal. J'espère que ce petit pansement soignera cette blessure invisible.

Il le caressa doucement, fier de son travail. Je ne l'avais jamais vu comme ça, soigné et délicat pour quelque chose de simple, qui ne nécessitait qu'une seconde. Il ne me lâchait pas du regard et moi, j'étais incapable de le quitter des yeux, obnubilée par les siens. On se fixait tous les deux, comme si c'était la chose la plus intéressante à faire. Je sentis mon cœur s'emballer.

— Je ne veux plus te blesser, Mely. Je déteste savoir que tu as mal. Et si ça arrive encore, parce que ça arrivera sûrement, je volerais tous les pansements du monde pour te soigner.

un pansement pour soigner ton cœurStories to obsess over. Discover now