Prologue

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— Le Roi est mort. Vive la Reine !

La Lune est catégorique. Et ce soir là, comme tout les autres, elle régnait sur la vaste nuit de sa pâle couleur. La neige l'accompagnait. Comme une partie d'elle qui sévissait dans le royaume, déposant délicatement son manteau blanc.

Immaculé.

Ensanglanté.

Les seuls bruits qui brisaient le silence, étaient ceux qui arrachaient les âmes des corps. Des pas métalliques, secs, brutaux. Un à un, ils tombèrent. Ils tombèrent comme des feuilles en automne, détachés de tout espoir de pouvoir se relever un jour. Ils tombaient, qu'importe leur camps, qu'importe la personne qui les dirigeait. Ils tombaient, morts.

Il a du faire un choix. Comme le monarque qu'il fut jadis, père eut le choix le plus important qu'il lui incombait d'honorer.

Sauver le royaume.

Se sacrifier.

Sauver le peuple.

Mourir pour lui.

Car nous ne jurons que pour sa préservation. L'ultime mission, la dernière quête d'un souverain, est de protéger ceux qui le servent. Quitte à laisser sa vie prendre son ultime chemin.

Et voilà qu'aujourd'hui. Sous ce même astre blanchâtre, bénis par la même brise hivernale, face au même peuple à préserver, la couronne sur ma tête est apposée. J'ai honoré son nom et son courage en acceptant de siéger à cette place.

Désormais, les cris de rage s'étaient fondus dans des acclamations de joie. La guerre avait laissé place à une fragile et éphémère paix. Les sangs versés ont étés vengés. Les âmes perdus ont provoqués des larmes asséchés.

Un cœur brisé n'oublie jamais ce qui l'a divisé.

Un peuple attristé n'oubliera jamais ce qui l'a blessé.

Et cette nuit, ce peuple est mien. À mon tour de jurer loyauté et protection à ces vies. Ces familles. Leur voix me parviennent toutes. Ils acclament ma présence, regrettent celui de père.

— Le Roi est mort. Vive la Reine !

Elle se répète en boucle. Comme un concerto refusant de prendre fin, cette décisive lame tente de me pénétrer la peau, de m'érafler le corps. Et elle réussit à passer au travers de mes défenses. Elle réussit à donner un affreux goût amer dans ma gorge sèche.

Ils semblent tous soulagés. De pouvoir enfin souffler sans craindre une épée dans le corps. Ils chantent cette sentence, comme une mélodie de victoire. Une hymne internationale témoignant notre exploit. Mais votre perte.

Votre mort, père.

Et je ne peux me résoudre à rejeter ce peuple que vous avez protégé. Je ne peux me résoudre à abandonner ce pour quoi vous vous êtes sacrifié. Alors j'assume, mon titre et mon devoir.

J'assume les devoirs de cette couronne.

Et son royaume.

J'assume la lourdeur de ce manteau argentée.

Et son peuple.

Je porte le fardeau d'un espoir à sauver.

D'une histoire à préserver.

Les tambours résonnent enfin, et imposent le silence dans cette immense assemblée. Des milliers de paires d'yeux se posent sur moi, alourdissant la pression d'avoir toutes ces vies entre mes mains. Je ressens leur souffles, j'entends leur cœurs battre. Ils n'ont plus que moi comme dernière alliée, plus que moi comme dernière souveraine.

C'est à moi désormais de leur montrer qu'ils vivront tant que ce trône sera mien. Ils auront un bouclier tant que cette couronne sera mienne. Ils ne seront jamais seuls, aussi longtemps que je régnerais sur ce royaume. Ils répètent, comme un accueil, un hommage, un vœux :

— Vive la Reine !

Alors je prononces, la plus solennelle de mes promesses :

— Je suis la Reine.

ALTHÉAWhere stories live. Discover now