J'ai été vendu à l'âge de treize ans à celui qui s'est proclamé roi il ya dix ans. Je suis devenu une esclave parmi tant d'autre. Enfermés dans une salle sombre la nuit jusqu'à ce qu'on décide qu'il soit l'heure de travailler, alors on nous enchaine les mains et les pieds, avec des chaines assez longues pour qu'on puisse travailler sans être trop gêné mais pas assez pour nous permettre de nous enfuir. La vie au château n'était déjà pas joyeuse mais les choses ont empiré un après mon arrivée, à la mort du roi lorsque son fils, Élias, a pris la relève. Les médecins disaient que le cœur du roi s'était arrêté sans vraiment d'explication mais je ne serais pas étonnée d'apprendre que son fils l'a aidé à partir plus vite étant donné la joie qui se lisait sur son visage lorsqu' il est monté sur le trône la veille de ses dix-sept ans. Ses grands yeux bleus regardaient la foule prosternée à ses pieds pendant qu'on déposait une couronne dorée ornée de quelques pierres précieuses rouges sur ses cheveux bruns. Il ne se soucie pas du bien-être de ses sujets, les justifie pourrir dans des prisons pour ce qui lui désobéissent, si on tente de s'enfui on est alors pendu et laissé sur la place publique quelques jours pour donner l'exemple. Les villages alentours sont attaqués par des piliers, les hommes sont tués, les femmes violées et les enfants enlevés et personne ne semble venir en aide. La peur et la violence sont les véritables maîtres du royaume de Tephilghar. Le nouveau roi se contente de s' amuser avec les femmes qui ont le malheur de lui plaire ou bien de boire plus que de raison avec les hommes qui lui sont le plus proche. Il y a le chef de la garde Marius, un veille homme dont les cheveux et la barbe commencent à grisonner, il ne quitte jamais son armure et a toujours son heaume à proximité, il rigole fort et boit beaucoup au point de devoir être raccompagné jusqu'à à chez lui, On vend sans cesse ses talents de chef ainsi que sa dextérité sur les champs de bataille. Il y a également plusieurs soldats hauts gradés, je ne connais pas leurs noms mais ils sont tous aussi vulgaires les uns que les autres, toujours à parler de leurs conquêtes où bien à se battre pour un rien. Il y a aussi un traqueur, celui qui cherche les personnes qui ont leur tête mise à prix, il s' occupe également de quelques affaires que le roi lui confit tant que celle-ci lui rapporte quelque chose. Il s'appelle Dorian je crois, il n'est pas souvent présent, souvent sur les routes à chercher une nouvelle victime à traquer, mais lorsqu'il est là il est difficile de ne pas le remarquer, il a à peu près le même âge que le roi, il a donc commencé à manier les armes très tôt et vu sa notoriété il a commencé à traquer très jeune, il est plutôt grand et à un côté un peu terrifiant avec ses yeux foncés et ses cheveux noirs, cependant il attire beaucoup le regard de la plupart des femmes et il ne semble pas s'en plaindre, je dirais même qu'il en profite beaucoup. J'entends souvent des personnes dire qu'il manie fort bien l'épée, je ne l'ai jamais vu combattre mais j'ai déjà pu constater qu' il pouvait assommer un soldat bien entraîné d'un simple coup de poing. On parle de lui avec admiration et crainte.
Cinq ans que je vis au château. J'ai des marques aux poignets dû aux chaines et quelques marques sur mon dos perdu à cause d'une assiette que j'ai accidentellement fait tombé en faisant la vaisselle hier. Je suis épuisée à cause du peu de sommeil qu'on nous accorde, de toujours faire les mêmes taches, d'avoir peur des représailles si je fais quelques choses de mal. Je peux m'estimer heureuse de ne pas avoir procuré l'attention du roi cela m'évite quelques désagréments en plus. Comme chaque matin on nous réveille aux aurores puis on nous fait sortir un par un de notre cellule pour nous mettre les chaines. Comme chaque matin j'observe toutes ses personnes. Les deux gardes qui semblent ne prêter aucune attention à la souffrance de chacun, les femmes dont les visages ont été creusés par les années et les mains abimés par les années, les hommes blessés lors des entraînements pour faire d'eux des soldats qui rejoindront l'armée du roi, enfin ceux qui survivent. Cette pièce transpire le désespoir et la cruauté, s'en est étouffant, l'idée de mourir ici me donne d'horribles frissons. Quand vient mon tour je m'approche des soldats, je ne les reconnais pas, ce sont des nouvelles recrues. Mon regard se pose sur la sortie, la porte est ouverte, ils ont oublié de la fermer ? ou alors peut-être qu'ils ont arrêté de la fermer et on ne l'a jamais remarqué à cause de la fatigue ou parce qu'on était trop habitué à la voir fermée. Quoi qu'il en soit je ressens soudain une vague de liberté me traverser, l' adrénaline fait battre mon cœur si fort que je suis persuadé qu'il résonne dans toute la pièce. Je vais m'enfuir d'ici ou alors mourir en tenté. Lorsque le premier garde approche les chaines je lui lance mon genou dans les parties puis j'enchaine en donnant un coup de poing au visage du second garde et je cours vers la sortie le plus vite possible. Le choc et la surprise devraient me permettre de m'éloigner assez loin pour qu'ils me perdent de vue. Il y a peu de monde dans le château en raison de l'heure très matinale à l'exception de quelques gardes que je parviens à esquiver. Je me retrouve dans la cour du château et je continue à courir le plus vite possible. J'atteins la place du marché, je vois les remparts s'agrandir, je suis presque à la sortie.
- Ou vas-tu comme ça ?
Je ne sais pas quoi répondre, j'observe son cheval et je lance sans réfléchir :
- On m'a demandé de nettoyer les écuries.
- Ah oui ? Je vois son sourire s'élargir. Tu veux dire les écuries qui se présentent en haut du village, près du château ?
Je n'ai pas le temps de chercher une excuse plausible, j'entends soudain des pas au loin derrière moi. Ils arrivent. J'attrape la première chose qui se trouve à ma portée, je ne sais pas ce que c'est, une pelle je crois. Je le frappe au ventre avec l'extrémité de l'objet puis à la tête avec l'autre extrémité. Je lâche l'objet et je reprends mon cours. Tous s'enchaînent si vite que je ne réalise même pas ce que je fais. Je passe devant les gardes qui surveillent l'entrée qui ne réagissent pas. Je vois la forêt à présent je dois pouvoir l'atteindre avant qu'ils ne me rattrapent. Mon dos me brule à cause des coups de fouet, mes jambes sont douloureuses mais j'y suis presque, je peux y arriver. Je les entends derrière courir, hurler. J' arrive enfin à la forêt je commence à avoir du mal à respirer mais je ne dois surtout pas m'arrêter, je m'enfonce le plus possible dans la forêt, elle est assez dense je dois pouvoir les semer. Les soldats commencent à avoir du mal à me suivre, je les entends se crier dessus les uns les autres mais leurs voix semblent lointaines. Je décide donc de ralentir un peu l'allure, de toute façon je ne pense pas être capable de courir plus longtemps.
Le soleil commence à se coucher, j'ai alterné entre marche et course toute la journée. Je suis épuisé, j'ai faim, soif et je ne pense pas que mes jambes vont pouvoir me tenir plus longtemps. Je n'entends plus la voix des soldats ou le bruit de leurs pas. Ils ont dû faire demi-tours pour annoncer au roi qu'une esclave s'est échappée et qu'ils n'ont pas réussi à la retrouver. Je dois trouver un endroit où je pourrais passer la nuit, après quelques minutes de recherche je finis pas trouver une petite grotte. Je finis par m'endormir sur l'herbe, dans le calme, avec comme uniques sons le bruit du vent dans les arbres et des oiseaux qui chantent.
VOUS LISEZ
Tephilghar
ActionUn grand roi, aimé de tous, vivait avec sa femme et ses trois enfants dans le royaume de Tephilghar jusqu'au jour ou une révolution éclate. La famille royal est tuée, excepté la fille cadette qui doit à présent se battre pour survivre.
