Chapitre 1 : Adieu Demain

6 1 0
                                        

Paris 1875.

Charles se tenait là, depuis près de sept minutes, fixant l'horizon, toujours rongé par ses remords et cette volonté de faire ses adieux aux lendemains.

Il essaya de repousser ses dernières pensées qui allaient à sa femme et à sa fille, sentant ses larmes monter.

Prenant une dernière inspiration, il sentit l'air frais annonçant l'hiver lui brûler les narines.

Le spectacle du lever de soleil caressant les nuages qui tranchait le ciel, était malgré tout, à couper le souffle. Il remercia le monde de lui adresser une si belle toile de fin. Il ferma les yeux.

Et il fit le pas.

Une main l'attrapa par le col et le tira avec force. Il perdit l'équilibre et tomba lourdement sur le séant. Entre frustration et incompréhension Charles ne put s'empêcher de lâcher un « merde ! ».

- De rien, entendit-il dans son dos. Il pencha la tête en arrière sans pour autant changer de position afin de pouvoir observer l'auteur de son salut.

- Je suis sensé vous remercier ? grommela-t-il.

- Cela aurait été une preuve que vous n'avez pas été bercé trop près du mur ...

-Je vous souhaite de finir dans une tranchée sous le feu Autrichien, madame, dit le rescapé tout en plissant les yeux pour observer son interlocutrice.

Le vent faisait flotter ses cheveux ébène dans la clarté de l'aube, son visage était fin et sévère mais plus que tout elle portait l'uniforme des Défricheurs d'élite. Elle dégageait une aura triste malgré son regard sévère.

- La vie n'est pas quelque chose à prendre à la légère, monsieur ! Remerciez le destin de m'avoir mis sur votre route. Qu'est-ce qui vous a pris !?

- Ça vous r'garde pas ! cracha-t-il.

-Vous souhaitez que je vous raccompagne chez vous ?

- Ça ira, j'ai besoin d'un peu de temps avec moi-même ...

- Que le créateur vous bénisse dans ce cas.

- Le créateur vous bénisse... marmonna Charles, l'observant s'éloigner, toujours assis sur le sol.

Il resta un moment silencieux. Une fois assez loin il se demanda s'il ne devrait pas remettre le couvert une deuxième fois. Elle sembla attraper sa pensée car elle se retourna au bout du pont, et lui jeta un regard qui voulait tout dire.

Le destin semblait s'acharner. Il resta un moment assis à regarder le ciel. Il sentait son cœur s'alourdir, toujours plus. Ça n'allait pas mieux et il se décida à se relever en restant néanmoins à bonne distance du bord. Il fut pris de légers frissons. Il fallait qu'il se change les idées.

Un jeune vendeur à la criée passa devant lui, Charles lui donna une pièce en échange des Nouvelles du jour.

Rien de folichon : Des révoltes ruinaient le sud du pays, les « halles » un grand complexe commerçant venait d'être inauguré et un nouvel attentat avait eu lieu vers l'hôtel de police. Un lundi comme les autres. Il s'apprêtait à le jeter par-dessus bord quand il aperçut une annonce dans le journal, « Recrutement chez les Défricheurs ». L'empereur président souhaitait lancer une nouvelle expédition dans la grande forêt conjointement avec d'autres puissances Européennes. Il repensa à la fille qui l'avait sauvé.

Charles fut envahi d'amertume. Qui était-elle pour se mêler de ses choix de vie ?

Elle pouvait crever pour la liberté et la fabuleuse République au fond de cette forêt maudite, cela lui importait peu. Une migraine commença à se frayer un chemin dans son crâne et il décida qu'il était temps de se rendre dans un bistrot. Il se rendit à celui non loin du pont, lentement, faisant de nombreuses pauses. Plus il avançait, plus ses épaules s'affaissaient.

Adieu DemainWhere stories live. Discover now