Seule. C'était le mot parfait que j'employais chaque matin, et désormais, chaque soir. Je sentais le matelas et la couette trop lestes m'envelopper dans de duveteux bras auxquels je me prêtais, sans me rendre compte de l'heure qui défilait sous mes yeux. Était- t- il onze heures ? Midi ? Plus tard ? Je ne veux rien en connaitre. Je suis bien ici. Sans rien ni personne pour me défendre ou m'achever. J'attrape le bout du drap trop propre, me décidant enfin à me lever, tout en prenant soin de refaire le lit comme je l'avais trouvé. Mes pieds s'enfoncent dans deux chaussettes de couleurs similaires puis à leur tour, mes bras viennent se morfondre dans le tissu d'un gilet en cachemire. Des ses trop gros yeux gris, ma mine matinale, découvre le noir d'un matin ordinaire. Des étoiles vagabondes se dispersant dans l'espace et qui réveille les plus ensommeillés d'entre nous. Je les regarde toutes. Chacun pourrait croire ce qu'il veut, mais je me persuade encore qu'elles sont toutes différentes.
Le bruit tonitruant du réveil me fait sourciller, et je me rends compte que je me suis mise debout trop tôt, en tout contraire avec ce que je pensais. La porte devant moi s'est ouverte dans le plus grand des silences, laissant entrevoir un couloir inhumainement long qui se jette à travers nos corps trop frêles. Comme quelques matins, pour ne pas dire tous ; je m'inclinerais tout droit vers l'impasse sans couleur, ne trouverai personne à qui souhaiter le bonjour et ne danserai pas sur le parquet fraîchement ciré. Il pourrait m'arriver de croiser deux ou trois machines électroniques au cerveau soi-disant supérieur au mien, mais rien de plus. Et pourtant, j'ai toujours envie d'y croire. J'ai toujours envie de dépasser ce stade de distance incompris. Je ne veux pas me soumettre.
Comme je l'avais prédis, l'ombre d'un automate apparaît sous mes yeux encore endormis. J'entends de lui-même, le vrombissement incessant de la machine qui ne possède pas les mêmes capacités que moi.
Bonjour, annonce automatiquement l'humanoïde.
J'ai toujours considéré que l'éternel Bonjour n'avait pas lieu d'être mentionné. C'est vrai, le jour n'existe pas et pourtant il se fie aux autres mots délaissés. C'était une tradition que nos Spécialistes s'étaient gardés de nous raconter le pourquoi du comment. Et mise à part moi, il n'y avait personne d'autre qui s'y intéressait vraiment.
Le tas de ferraille se fret un chemin derrière moi aussi vite que le son lui était passé entre les lèvres. Il continue sa route bientôt suivi par un deuxième, comme si les deux robots jouaient une course poursuite. Puis je me retrouve seule, de nouveau, avec tout cet étage qui semble m'appartenir. Les murs et le sol blancs n'attendent que mes chaussettes pour les confondre à leur éblouissante physionomie. Mes yeux, quant à eux, jonchent les recoins de la pièce lointaine comme pour admirer une chose nouvelle. Néanmoins, je ne pourrais recompter le nombre de fois par laquelle je suis passé par là, si ce n'est depuis ma naissance. Une genèse qui je le crains, n'ai pas d'année. Il y a trop longtemps que nous ne les comptons plus.
Le couloir abondant, prend de nouveau la forme d'une chaine interminable, à qui la sortie n'existerai. Cependant, je me joins à la porte métallique qui surplombe ma gauche et parvient à pénétrer dans l'étroite chambre grise. J'attends quelques minutes le temps que l'ascenseur ne fasse sa routine. Monte – t- il ? Descend –t – il ? Comment le savoir ? C'est une des nombreuses questions que j'ai cessé de me poser, et que plusieurs personnes m'on recommander d'abandonner. Mais parfois elles reviennent, s'invite dans ma tête, s'installe et prennent leurs aises. Et à mon tour, je n'en suis plus maitre. Juste l'esclave.
Salle XS78Op, DESINTOXICATION
Les portes me laissent passer, jusqu'à ce que j'entre dans l'une des pièces que je préférerais oublier. L'écran tactile en face de moi me souris d'un éclat inhumain et auquel je ne prête aucune attention. Mes mains retombent le long de mon corps et je sens ma respiration haletante s'apaiser. Mes jambes cessent de trembler, se stabilisent et on rythme cardiaque reprend ses marques.
Bienvenue à toi, Lé...
Merci, dis-je coupant l'intelligence artificielle.
L'écran me fixe des ses yeux immobile, prends un temps de téléchargement, puis reprends son monologue préenregistré.
Tu es ici dans la chambre de désintoxication. Nous allons procéder au nettoyage de tous les microbes et les produits toxiques qui nuisent à ton organisme.
Je sens ma respiration s'accélérer de nouveau.
Je te sens anxieuse. Détends-toi.
Ce que cet engin peut m'exaspérer.
Procédure dans 3, 2, 1. Démarrage de la purification.
A ces mots, le cercle noir qui se tenait juste au dessus de ma tête s'abaisse de quelques centimètres, laissant transparaitre ses rayons bleutés. Le laser débute par m'entourer, formant une forme parfaite autour de ma silhouette. Je suis à présent encerclé par des lignes, qui comme à mon habitude, ne me provoquent rien. Seul l'écran continue de sourire effaçant les pixels invisibles. Je scrute les filets bleus qui continuent de jouer autour de moi, me concentrant sur ma conscience. J'ai fait cette chose des millions de fois. Pourquoi avoir peur aujourd'hui ? Les cloisons qui me séparent des autres chambres semblent à tout moment venir se rétrécir contre moi, et s'écraser comme de vulgaires monceaux. Ne panique pas. Surtout ne panique pas.
Fin du processus. Tout est en ordre.
Mes pas devenus lourds sortent automatiquement de la pièce austère, où je fausse compagnie à l'engin qui me parlait. J'enfile mes chaussures conformes aux coloris, puis me poste devant un miroir à l'angle du séjour. Des vitres gigantesques se dressent devant moi. Je peux alors continuer d'observer les splendides astres qui se propagent à travers leur vaste espace. Ils sont libres. La liberté leur à été donné. A défaut des étoiles scintillantes, je vois dans la glace le visage encore apeurée d'une jeune fille au teint blafard. Elle se tient droite et porte du haut de son crâne, d'épais cheveux d'un naturel blond. Ses pommettes se tracent au fur et à mesure qu'elle s'oblige à décliner un sourire. Cependant, quand on regarde un peu plus le visage de la fillette on s'aperçoit que ses yeux sont d'une couleur inquiétante presque effrayante.
Ses yeux, se sont les miens. Des yeux monstrueux si l'on devait leur attribuer un adjectif. Je mentirai si je disais que mes yeux sont bleus. Car la vérité est qu'ils n'ont pas de couleurs. La plupart des habitants discernent les mêmes symptômes, les mêmes angoisses en se regardant dans un miroir. Néanmoins aucune explication ne m'est parvenue jusqu'aux oreilles, alors je me contente de fixer autre chose que cette partie horripilante qui s'imprègne de mon visage.
Mes mains glissent le long de ma chevelure sournoise, retombe sur l'élastique posé sur le comptoir du meuble en verre, pour venir le saisir. Je rabats ma toison en une queue haute qui vient se poser sur le reste de mes épaules, puis m'accorde un instant devant le silence qui s'invite à moi. Il est tellement étrange que même le plus petits des sons ne se fassent pas entendre. Rien que le néant. Les constellations me regardent sûrement, se demandant pourquoi je ferme les yeux ainsi, pourquoi est-ce que je ne bouge pas. Elles pourraient se moquer de moi, si elles étaient dotées des mêmes atouts qu'un être humains. Elles pourraient même parler, me rendre moins solitaire face aux meubles qui comblent le vide. Quant à moi, je pourrais les dévisager autant que je le souhaite. Et aussi fabuleux que cela puisse paraitre, j'ai commencé à les compter, et probablement, dans mon inconscient ; à leur donné un nom. C'est ce que je m'accorde à faire la plupart de mes journées, mais l'espace est tellement beau. Toujours noir, certes mais impressionnant.
Je détourne mon regard de ma fascination astrale, puis me dirige vers l'une des trois portes qui se poste devant moi. Je prends toujours la même, celle de gauche. J'y suis peut-être contrainte, mais l'on m'a aussi trop appris à ne pas franchir les deux autres. Enfant, il y avait des mutations susceptibles de me dévorer, adolescentes s'était des rayons lasers qui peuvent me détruire, aujourd'hui, on m'a juste menacé sans me raconter de sordides histoires. Mais même si tant de créatures ont été inventées pour repousser les plus aventureux d'entre nous, une vérité semble conforme ; on protège des choses, comme dans environ toutes les chambres de là où je vis.
La main aussi blanche que la couleur qui règne sur chacun des murs du bâtiment ; je déverrouille la porte de gauche avec autant d'assurance que les jours précédents. Là, devant moi, je ne vois plus cinq, ni six vitres mais des centaines de parois vitrées qui s'alignent le long des murs devenus invisibles. La vue s'offre à moi, un des plus beaux cadeaux, et d'ici je peux enfin voir où je vis. Ici. Mon endroit. On l'appelle, La Voûte.
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The Vault
Science FictionJ'aurai aimé me noyer seule. Ne pas entraîner les autres avec moi. Rester loin d'elle, de lui. J'aurai aimé lâcher les commandes plutôt avant que ce soit eux qui ne s'en chargent.
