Chapitre 1

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D'un geste huilé par l'habitude, je recharge mon Beretta 92 FS calibre 9 mm et pousse un long soupir en entendant le rugissement du métamorphe. Je saute derrière une table et la renverse pour me protéger.

— Il est encore temps de te rendre ! hurlé-je. Ne m'oblige pas à te tuer !

— Tu ne m'auras jamais, humaine !

Grand bien lui fasse. Cela ne m'enchante guère de l'achever, mais la prime précise bien « mort ou vif ». Eh bien, ce sera mort.

En temps normal, je tenterais tout pour ne pas faire souffrir mon ennemi et le livrer le moins abîmé possible. Cependant, je suis face à un métamorphe de classe D. En tant qu'humaine, je ne suis pas de taille à le saucissonner et à le trimbaler dans le métro marseillais incognito, pour l'installer ensuite sur ma moto garée dans un parking souterrain. En voulant lui laisser la vie sauve, je risque surtout de me faire écorcher vive et ça, ce n'est pas dans mes projets.

La table derrière laquelle je me cache vole sur le côté, dévoilant une bête immense. D'allure humanoïde, son corps est bien plus massif que celui d'un homme normalement constitué et couvert de poils bruns et drus. Ses mains immenses possèdent trois doigts aux griffes aussi impressionnantes que mortelles, et son nez se transforme en truffe noire. Le métamorphe passe d'humain à ours.

Je n'hésite pas un seul instant : je plonge sur le côté pour éviter la main griffue, me redresse un genou au sol, vise... La bête s'élance vers moi. Une seconde de plus et elle s'abattra avec violence sur moi pour me massacrer. Je tire.

La créature est coupée net dans son élan et tombe lourdement à mes pieds. Un trou béant perfore sa poitrine, libérant quantité de sang. Échevelée, je grimace et recule de quelques pas pour ne pas être salie. Je tente, vainement, de ne pas penser à cette vie que je viens de voler. Le métamorphe a assassiné du monde, il était mauvais. Sa prime s'élève tout de même à plusieurs milliers d'euros et il a tenté de s'en prendre à moi alors que je lui ai proposé de se rendre.

Tant de bonnes raisons de l'avoir abattu. Tant de bonnes raisons qui n'en sont pas vraiment.

J'ai tué.

Encore.

Je crois que je ne m'y habituerai jamais. Ce qui est clairement un comble pour une mercenaire.

Ma poche vibre, me privant momentanément de mes sombres pensées. D'un geste mécanique, j'appuie sur mon oreillette pour accepter l'appel.

— Ici Jane, cible abattue, soufflé-je.

— Hein, quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes, bon sang ? Peu importe, je m'en contrefous, tu es où ? Je t'attends !

Je me mords la lèvre. Merde. Voilà que ma soirée va de mal en pis.

— J'ai un peu de retard, tenté-je.

— Un peu ? crie la voix masculine. Plus d'une heure !

— Écoute, Quentin...

— C'est qui Quentin ? Je m'appelle Eude espèce de...

Je ferme les yeux et attends que la tempête d'insultes se calme. J'ai de plus en plus chaud, mon cœur cogne fort dans ma poitrine et je me retiens de ne pas soupirer à plusieurs reprises. Inspire. Expire. Je reconnais quand ma colère essaye de prendre le pas sur mes émotions. Inspire. Expire. Il faut surtout que je garde mon calme. Caaaaaalme...

— ...tu es une garce, tu le sais ça ? Allez, avoue-le que tu me trompes avec ce Quentin, sale...

C'est trop. La vue du sang m'a déjà mise sur les nerfs, je n'ai vraiment, mais alors vraiment pas, besoin d'un imbécile supplémentaire pour le moment. Tant pis si ça me fait perdre un job !

Griffes d'Encre: De Magie et de Sang T1 [Publié]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant