Le Soleil transperçait la vitre, faisait briller le flacon en verre d'encre bleue. Ses rayons filaient à travers la Plume. Un nouveau jour se levait, prêt à affronter son regard vitreux. Encore un. Il était un de plus parmi tous ceux qui envahissaient son esprit et se marchaient dessus. Peut-être était-ce le même. Le jour. Qui ne changeait jamais. Toujours le même. Il était incapable de faire la différence entre le prochain, et le suivant, le premier et le dernier qui surgira. Pourtant, assurément capable de les compter. Tous autant qu'ils étaient. Qu'ils furent différents ou une pâle copie du jour, il les comptait, tous, assidûment. Chaque jour. Un par un. Les uns à la suite des autres. Les yeux brûlants du Soleil ne l'atteignait plus. La vitre était maintenant de l'épaisseur des murs qui l'entouraient. Elle s'était élargie cette petite fenêtre. Fine comme du papier le premier jour. La vitre, d'un papier transparent qu'on ne peut pas voir. Ses yeux poussiéreux se reflétaient dans ce mur de pierre. Le Soleil avait frappé, encore. Il tourna la page. Désespérément blanche. Vide. Vide. Vide. Sans aucunes lignes. Pas une seule. Il ferma les yeux. Toute la pièce était vide. Les murs d'un tendre blanc, brillaient d'eux même. Ses poumons essayaient de s'emplir de cet air de liberté fantasmé. Le Soleil l'observait toujours. Sa pièce était pleine à ras-bord. Pupilles fermées, il s'accrochait. Ses yeux voulaient admirer encore un instant de plus la perfection du blanc, la plénitude du vide. Sa pièce était pleine à craquer. Elle était remplie de tout ce qu'on puisse imaginer pour remplir une pièce. Bientôt, Tout commençait à se multiplier. A l'infini. Le Tout devenait un Tout encore plus gros. Le Tout était plein de Tout. Ses yeux s'accrochaient. Il voulait capter une image de plus du calme. Tout devenait plus. Encore. Il fut enseveli. Tout dégringolait dans un vacarme qui aurait pu briser la vitre de papier du premier jour. Tout se serait échapper. Tout aurait longuement couler contre les murs. Il aurait pu respirer. Ce n'était plus du papier qui lui faisait face. Il était coincé sous ce Tout. Piétiné par Tout et par le jour qui se répète. Il ouvrit les yeux. Brûlé par le Soleil pour une seconde, il baissa la tête. La page était vide. Il avait un jour de plus sur l'épaule. Sa main tremblante saisit la Plume. Pleine d'encre. La page était blanche. Mille quatre-cent soixante. La page était comme lui. Elle allait se remplir. Chaque mot allait être aussi à l'étroit que lui, dans ce trop plein de Tout. Chaque lettre serait coincée dans les mots, submergé par les phrases, enseveli dans ces longs paragraphes, enfermée à jamais sous les mille quatre-cent cinquante-neuf pages du cahier. Il avait la Plume dans sa main. Elle paraissait trop petite pour qu'il ne puisse même l'attraper. La seconde d'après elle était trop grande pour qu'il ne puisse en voir le bout. Elle était légère. Il imaginait émerveillé qu'elle s'envole, glissant entre la vitre et le mur, s'en allant observer ce qu'il avait oublié. Elle lui raconterai alors, à l'encre bleue, tout ce qu'il se passe dehors. Ce que disent les gens dont il ne voit que les lèvres parler. Si le monde est si vaste qu'on le raconte. Elle lui écrirait combien, il l'est, que de partout, les gens vivent, au-delà de ce que la vitre voit. Mais la Plume tombait comme une ancre, la seconde d'après. Elle était lourde. Le nouveau jour prenait de la place, il prenait toute la place. Il se déplaçait dans toute la pièce à une vitesse effrayante. Il devenait Tout. Tout ce qui envahissait. Il s'envahissait lui-même. Il fila entre la Plume et le papier, et fit baver l'encre. Les lettres se mélangeaient. Elles n'avaient plus de sens. Ses poumons se gonflèrent. Quelques secondes. Avant de souffler, bruyamment, sur ce jour déjà bien trop lourd. La Plume put glisser librement et enfermer les lettres sur le papier. La page était pleine à craquer. Il prit celle d'en face. Elle était blanche. Vide. Vide. Toujours aussi vide. C'était si simple de se débarrasser de Tout sur ce cahier. Il suffisait de changer, de tourner, de déchirer. Quelques centimètres et on pouvait tout changer. Il était seul dans la pièce. Il n'y en avait aucune autre. Il ne pouvait pas changer. Tout se marchait dessus. Tout se recouvrait d'encre continuellement. Le jour formait des couches innombrables d'encre. Il aurait pu les compter. Il n'était pas sur qu'un jour dessine une couche. Il y avait des jours longs, infiniment longs. Des jours qui renversaient Tout. Il y avait des jours qui dessinait des couches qu'il ne pouvait plus compter. Il ne comptait que le jour. Tout n'était pas mesurable. Il ne pouvait pas compter cette nasse noire et bruyante. Il se noyait dedans. Plusieurs fois. Dans le même jour.
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Tout, la Plume et le Soleil
Short StoryLa vie, telle est une pièce de théâtre. Tout, le Soleil et la Plume sont les acteurs.
