Histoire entiere

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Deux jours. Voici le temps qu'il me reste approximativement avant d'accoucher. Deux jours avant qu'une partie de moi vienne au monde. Deux jours avant que ma vie ne change à tout jamais. Mon mari, Hugo, est plus qu'heureux et pourtant je ne peux pas faire de même. Un secret enfoui au fond de moi depuis 7 mois m'en empêche.

Je descends les escaliers pour rejoindre mon père et ma mère dans la salle à manger. Mes parents, Georges et Marie Dubois, sont mariés depuis plus de 40 ans. Leur mariage est pour moi une preuve que le vrai amour existe. En effet, je n'ai jamais été aussi amoureuse de toute ma vie. Hugo est tout ce qu'il me faut et même plus. Je me suis toujours dis que le vrai amour est une seule âme dans deux corps différents. J'ai eu la chance de trouver la deuxième moitié de la mienne. On est mariés depuis maintenant deux ans et on attend un enfant. J'ai tout ce qu'il me faut : des parents aimants, un mari parfait, une maison gigantesque et de l'argent. Qu'est-ce que je pourrais vouloir de plus pas vrai ? Croyez-moi toutes ces choses ont plus de grande importance quand nous n'avons pas la santé.

Je prends deux œufs et je m'assis en face de ma mère. Mon père et Hugo parlent entre eux tandis que ma mère me parle à moi.

-    Alors, comment tu te sens ma chérie ? Me demande-t-elle.

-    Très bien, maman. Répondis-je en essayant d'être la plus convaincante possible.

-    Tu es sure ? Tu es extrêmement pale ces derniers temps.

-    Je suis juste un peu fatiguée. Tu sais porter un enfant n'est pas chose facile surtout quand c'est une fille coriace comme elle, dis-je en caressant mon ventre.

-    Je sais mais tu me connais je m'inquiète toujours pour toi. Tu es et tu seras ma petite fille jusqu'à la fin des temps.

Cette dernière phrase me déstabilise complétement. Si seulement elle savait. Mais non, je ne peux pas lui faire ça. Ni à elle, ni à mon père et surtout pas à Hugo.

-    Justement en y repensant, poursuit-elle, avez-vous choisi un nom pour cette demoiselle ? Demanda-t-elle en pointant mon ventre.

-    A vrai dire, oui. Répondit Hugo en se rapprochant de moi.

-    C'est vrai et pouvons-nous savoir lequel ? Questionna mon père qui s'est à son tour rapprocher.

-    Eileen, confiait-je.

-    Eileen ? Répéta ma mère. Pourquoi celui-là ?

-    Il a une signification spéciale. En grec, Eileen veut dire "éclat du soleil". Nous voulons que notre fille se rappelle qu'il y a toujours un soleil derrière les nuages. Que si elle se sent mal, il faut qu'elle garde la tête haute et se dise que c'est seulement un passage dans sa vie. Nous voulons qu'elle rayonne quoi qu'il arrive.

-    C'est vraiment très beau comme prénom.

-    Merci, c'est Claire qui a en eu l'idée. Déclara-t-il en m'embrassant sur la tête.

"Si seulement il savait pourquoi tu veux que votre fille porte ce prénom "me souffle mon subconscient. Je retire ces pensées de mon esprit et bois une gorgée de jus d'orange. Tout à coup, je commence à avoir extrêmement mal à la tête. Je me lève et me rassois immédiatement.

-    Claire, qu'est-ce qu'il y a ? me demande Hugo inquiet.

-    Tout va bien, j'ai juste un peu mal à la tête. Pourrais-je avoir un verre d'eau s'il vous plait ?

-    Bien sûr mon amour, dit-il en servant un verre d'eau.

-    Merci.

Les minutes passent et je me sens déjà mieux. Ça commence. Le pire moment de ma vie commence et je ne peux rien y faire. Après le petit-déjeuner, je monte dans ma chambre et me change. J'ai décidé de faire un portrait de moi et Hugo. Je veux qu'il ait un souvenir de tous les moments qu'on a passé ensemble. Je décide de mettre une longue robe verte et me place à coté de mon lit en attendant que mon mari arrive.

Ça fait maintenant une heure que le peintre est occupé avec ses pinceaux. Je me sens de plus en plus faible mais je décide de ne rien dire. Hugo regarde droit devant lui et ne se laisse pas déconcentrer. J'aime le voir heureux comme ça. Il a toujours été plein de vie. J'aurais voulu pouvoir passer plus de temps à ses côtés. Je laisse ses pensées derrière mon esprit et me concentre sur ma posture. J'ai vraiment mal aux dos et ma tête commence à tourner. Je fais d mon possible pour tenir debout mais malheureusement je sens mes jambes devenir de plus en plus faible. Avant que je puisse réagir, je tombe par terre et perd connaissance.

Mes jambes me font mal. Mon dos et ma tête aussi. Je me redresse avec force et regarde autour de moi. Je suis dans mon lit. Avant de pouvoir dire quoi que ce soit une femme rentre dans ma chambre des feuilles à la main. Elle semble plus qu'attristée. Elle s'approche de moi et prend place sur le fauteuil à côté de mon lit. Oh non.

-    Je sais. Dis-je avant qu'elle commence à parler. Ne le dites pas aux autres. C'est la seule chose que je souhaite.

-    Mais madame, répondit-elle visiblement étonnée.

-    Non. Je vous en supplie. Ils ne doivent pas souffrir. En tout cas pas maintenant. Je leur dirais en temps voulu mais pour l'instant, ne leur dites rien.

Elle acquiesce malgré elle et sors de la chambre. Quelques minutes après, mes proches viennent à mes côtés. Ils me demandent tous si ça va et je leur dis oui. Si seulement ils savaient.

Je me réveille la nuit toute en sueur. Mon ventre me fait extrêmement mal. C'est l'heure. Je réveille Hugo et il appelle mes parents. Tout se passe extrêmement vite. On me conduit à l'hôpital, on m'amène dans une salle et différentes personnes se placent autour de moi. C'est maintenant. C'est l'heure. Pour ces derniers instants, je me remémore les paroles écrites dans la lettre que Hugo va découvrir en rentrant à la maison.

"Hugo,

Si tu lis cette lettre, sache que tout ce que j'ai fait c'est pour toi.

Tu veux surement des explications, les voici.

Il y a 7 mois, quand j'ai été faire une deuxième échographie, le médecin n'est pas venu avec des bonnes nouvelles. Il m'a annoncé que ma grossesse n'allait pas bien du tout. Mon corps n'était pas prêt pour accueillir un enfant. J'avais deux possibilités : soit j'avortais, soit je continuais ma grossesse. J'ai choisi la deuxième option. Jamais je n'aurais pu tuer un enfant innocent. Mais il y eu des conséquences. Si ma grossesse arriverait à terme, c'était soit notre fille soit moi. Une de nous deux allait mourir. Je ne savais pas comment te l'annoncer. Tu étais si heureux. Je ne pouvais pas t'enlever ce bonheur, j'ai donc décidé de garder ce secret.

Maintenant, je suis partie et je veux que tu me promettes une chose : tu seras toujours là pour Eileen. Ce n'est pas pour rien que j'ai voulu l'appeler comme ça. Elle est votre éclat de soleil. Je veux que toi et elle rayonnez à tel point que de là ou je suis, je pourrais vous voir. Tu lui montreras le tableau et lui dira que c'est un cadeau de ma part. Dis-lui que je veillerais toujours sur elle et que je l'aime à un point inimaginable.

Vivez heureux car vous le pouvez. Vivez pour moi. Je vous aime Hugo et Eileen. A jamais"

Soit elle soit moiWhere stories live. Discover now