Express, Partie 1 : Piège

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  - Emma ?

  - Oui Léo ?

  - J'ai peur.

  - Je sais Léo. Tu me l'as déjà dit. Mais souviens toi de ce que nous a dit maman.

  - Oui je sais... Le troisième wagon, on fait attention aux tickets...

  - Non. Je ne parle pas de ça.

  - Alors de quoi parles-tu ?

  - Elle nous a dit d'avoir confiance.

  - Tu as raison.

  - Alors fais moi confiance.

  - Mais Emma... Je... Je ne... Je n'y arriverai pas ! J'ai peur qu'on ne puisse jamais revoir maman !

  - Aie confiance en elle aussi ! Quand on s'installera, la vieille dame ne devrait pas être bien loin.

  - La vieille dame ?

  - Tu ne te souviens pas ? Maman avait demandé à une dame de veiller sur nous. Elle avait remarqué qu'elle avait une place proche de la nôtre.

  - Bien. C'est notre train qui arrive. La troisième classe est par là.

   "Troisième wagon, sièges onze et douze... Troisième wagon, sièges onze et douze...". Emma marmonait cette phrase sans arrêt. Elle veillait sur moi mais j'avais peur. Nous nous dirigions dans un endroit qui nous était inconnu. Nous étions censés y retrouver notre tante que nous n'avions vu qu'une fois alors que nous étions encore bébés. Les raisons de notre départ étaient encore obscures. Maman ne voulait surtout pas entrer dans les détails. Elle nous a simplement promis qu'on la "reverrait". C'était facile à dire. Partir à l'autre bout du pays à bord d'un train express alors que nous étions pauvres. Pourquoi se donner tant de mal pour nous voir nous en aller ?

  - Léo ! Arrête de rêver ! Le contrôleur s'approche de nous, prépare ton ticket.

  - Dit' dont les enfants ! Vous m'avez tout l'air de deux vagabonds ! Montrez moi vos billets de train ou je vous jette par la fenêtre !

  Ce grand bonhomme aux airs menaçants jouait très bien son rôle, et heureusement pour nous, nous avions nos papiers en ordre.

  - Très bien. Si j'étais un bon employé je vous indiquerai l'emplacement du wagon restaurant mais comme vous êtes en troisième classe je vais vous laisser là. Je préfère m'occuper de gens qui sont susceptibles de revoyager avec notre compagnie. Alors s'il vous plaît, ne traînez pas trop dans les couloirs, vous feriez tâche aux clients de marque avec vos accoutrements.

  Cette personne était absolument effrayante. Je le regardai sous un air apeuré.

  - Et retire ton chapeau, veux-tu ! C'est impoli de garder ça là !

  Il m'arracha mon béret et le jeta au sol. Emma le ramassa, le secoua en tapant dessus pour faire disparaître le nuage de poussière, et me le remit sur ma tête.

  - Garde ton béret quand même. Il ne t'embêtera pas plus. Il fait froid ici et je ne voudrais pas que tu t'attrapes du mal.

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