Chapitre 1 : Le départ

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Alix

 
«Ce sont nos choix qui montrent qui nous sommes vraiment, bien plus que nos aptitudes... »
DERNIER APPEL POUR LES PASSAGERS DU VOL 195 A DESTINATION DE SEATTLE !
Cette voix aiguë me sort de ma lecture, c'est le moment de fermer mon bouquin et surtout, il est trop tard pour réfléchir aux paroles de Dumbledore ainsi qu'à mes choix...
 
Je me dirige vers le terminal B, mon bagage à main sur le dos - ironique hein, je sais, la langue française a aussi ses limites -. Le reste de mes bagages a déjà été envoyé chez Tante May en début de semaine.
Je montre mon billet à l'hôtesse de l'air qui m'invite à rejoindre mon siège. Et me voici installée pour x heures sur un fauteuil bon marché, côté allée centrale évidemment... GENIAL ! Je m'assois et m'attache, tremblante, quand mon voisin se penche vers moi et me dit gentiment avec un léger accent anglais « Vous avez le temps, ils vous préviendront quand il faudra s'attacher ; le voyage sera long, détendez-vous ! » Comme si j'étais stressée... Je vous ai dit que c'était mon premier voyage en avion ? Re GENIAL ! Alors que je me demande ce qui m'a trahie : larmes aux yeux, doigts que je triture, respiration saccadée, regard affolé... mon voisin pose sa main chaude sur mon bras. Avec un regard empli de compassion il s'adresse à moi une nouvelle fois et m'explique comment mettre un film sur l'écran.
 
Satisfaite de cette distraction qui s'offre à moi, j'appuie sur lecture. Je tombe sur Nicolas Cage que je reconnais au premier coup d'œil, ce film me dit quelque chose, mais... c'est pas vrai ? C'est une blague ! Ils n'ont rien trouvé de mieux que de proposer Les ailes de l'enfer ??? Je n'ai rien contre ce film, au contraire, le jeu de Malkovitch y est formidable ; mais enfin diffuser ça pendant un long courrier, ce n'est pas ce qui va me mettre à l'aise !

J'envoie un message paniqué via What's app à mes « poulettes ». Milena se marre comme une baleine et me lance que ça aurait pu être pire... comme Destination Finale. Merde, j'ai jamais vu ces films je suis une trouillarde, mais je connais le principe et là franchement je la déteste car je panique encore plus maintenant ! Heureusement que la douce Naïs est là pour me rassurer, elle ! Lucca m'envoie le lien d'une chanson de Louane, « Je vole » évidemment... morte de rire, heureusement que mes poulettes sont là. Oui, je dis mes poulettes même si Lucca en fait partie. Je crois que depuis le temps qu'on le considère assexué, il ne se vexe même plus. Attention il est objectivement très beau et a beaucoup de succès auprès de la gente féminine, mais voilà il n'est pour aucune d'entre nous et ça nous convient à tous très bien ! Je n'ai aucun problème à me lier d'amitié avec un garçon, d'ailleurs à part avec ma tornade arménienne et ma calme provençale, je suis amicalement plus attirée par les mecs que par les poufs. Pardon, que par les filles.
Quelques délires plus tard sur Top GunY a-t-il un pilote dans l'avion ?, Maman j'ai raté l'avion, Vol au-dessus d'un nid de coucou et j'en passe, on nous demande d'éteindre les téléphones pour le décollage. Je me concentre sur le dernier message de mes amis qui m'ont souhaité un bon vol sur un célèbre air d'R. Kelly... les traitres, c'est le genre de chansons qui te restent en tête des heures ! I beliiiiiiieve, I can flyyyyyyy !!! Vois le côté positif ma vieille, tu chantonnes en anglais c'est déjà un bon début !
 
Quatre heures, un repas et deux films plus tard, je me décide à prendre un cachet pour dormir en espérant ne pas ronfler trop fort et ne pas baver sur l'épaule de mon voisin... Allez go, plus que 12h de vol et 2 escales !
 
Deux heures avant d'arriver, je reçois un message de Tante May :
 
Désolée ma puce, je ne pourrai pas venir te chercher finalement... je suis en train de chercher une solution !

Laisse tomber c'est bon, je me débrouille...

Mais non t'inquiète, je vais trouver, ça m'embête de te faire faux bond à la dernière minute !

C'est bon je te dis, je vais prendre un taxi !
 
Plus de réponse, pourtant je suis sûre qu'elle n'a pas lâché l'affaire, elle est encore plus têtue que moi ! Ça ne loupe pas, moins d'un quart d'heure plus tard, mon téléphone clignote à nouveau.
 
J'ai trouvé quelqu'un pour venir te récupérer à l'aéroport, je suis sûre que tu vas adorer ma solution... ou la détester, je n'en suis pas vraiment certaine en fait ! Mais n'oublie pas que je reste ta tante préférée et que je t'aime ! A ce soir !
 
Comment ça « à ce soir » ? Et c'est tout ? elle me laisse là, comme ça... sans indice ?!? Je pousse un long soupir, roule des yeux et marmonne dans ma barbe que j'aurais réellement préféré prendre un taxi...
La fin du voyage se passe sans embûche, j'alterne lecture, griffonnages, mots croisés et musique.
Je serre une nouvelle fois les dents à l'atterrissage, sous le regard compatissant de mon voisin d'accoudoir. Après avoir ramassé mon bazar, je me détache et me lève de mon siège, enfin j'essaie... Mes muscles sont engourdis, je décide de m'étirer afin de les réveiller. Merde – gyrophare qui clignote – mauvaise idée, je sens le poney ! Mais pas le poney fringuant, plutôt celui en fin de course. Je baisse rapidement les bras et me promets de passer par la case toilettes.

Je salue mon voisin, qui me souhaite d'ailleurs un bon séjour, et suis le mouvement de la foule.
On me bouscule dans tous les sens, je valdingue de gauche à droite ; il faut dire que ma petite taille ne m'aide absolument pas dans ces circonstances. A moins que je ne me résigne à passer entre leurs jambes et je dois presque avouer que cette échappatoire s'impose de plus en plus dans mon esprit ! Il faut absolument que je sorte de là ! Ça fait presque une vingtaine d'heures que je vis en collectivité dans un espace étriqué à vivre la garde partagée d'un accoudoir. J'ai besoin de retrouver ma liberté !
Et puis, vous vous souvenez de cette histoire de poney ?! Et ben je ne suis pas la seule à avoir besoin de me débarbouiller, et quand on fait 1m50 on a la joie d'être aux premières loges !
Je marche rapidement, je dirais même que je cours presque pour suivre le rythme de mes compagnons de voyage. J'aperçois régulièrement mon reflet et franchement je fais peine à voir ; mais merde, qui a eu la brillante idée de mettre autant de miroirs dans un lieu où les gens sont soit fatigués - donc moches - , soit pressés - et donc n'ont pas le temps de se regarder- .
Je sais ce que vous pensez, je n'arrête pas de râler, mais déjà ça me fait du bien et puis force est de reconnaitre que l'être humain ne fait pas toujours des choix intelligents.
En parlant de choix intelligent, il est temps d'aller faire un brin de toilette. Je souffle en me voyant dans le miroir, tout est froissé : mes cheveux, mon visage, mes habits... bref un lavage de dents, de l'eau sur le visage, un effaçage express de mon khôl qui me fait des yeux de panda, un ébouriffage de cheveux - quitte à être décoiffée allons-y franchement ! – un nettoyage des aisselles et hop ça ira très bien pour patienter jusqu'à chez Tante May... Je rêve d'une bonne douche, ou mieux d'un bon bain ! Putain c'est ça qui va égayer ma journée, faites qu'elle ait une baignoire !!!
Pas de bagage supplémentaire à récupérer donc soyons efficace et sortons d'ici. Bon le problème est clair, je suis loin d'être une habituée des aéroports et celui-ci est loin, mais alors très loin de celui de Marignane ! Trouver la sortie devrait néanmoins être faisable, mais je ne me languis pas de chercher ma porte d'embarquement pour le vol du retour dans ce labyrinthe. En même temps, ce ne sera pas demain, puisque je dois au moins terminer mon lycée ici, enfin ici c'est la « High School » faut que je m'habitue. Quant à mes études supérieures je n'en sais encore rien et si je les fais ici je devrais retourner au « College », c'était pas le même mais j'y ai déjà été pendant 4 ans moi, ils sont fous ces étatsuniens !
Je sors de mes pensées et me rapproche de la sortie, curieuse de rencontrer le mystérieux chauffeur dégoté par ma tante.
Et là wahou je vois... merde je ne sais pas comment le décrire, il n'y en a pas des comme ça chez nous ! enfin je suppose - et espère – qu'il est là pour moi, parce qu'il est trop mignon avec sa pancarte « Alix ».
 
 
 
 


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