Cette histoire commence dans un monde oublié, que l'on appelait autrefois, Darven, la Terre des Vivants, en l'an deux mille deux cents selon le calendrier humain.
Tylianir-Edowindël d'Arkwannen venait de terminer ses études au château d'Argannax ; à présent, il était spécialisé en magie des éléments, et prêt à servir son roi et le royaume de Wotam.
Cet adolescent, considéré comme un homme adulte par les gens de son époque, était devenu assez célèbre et admiré, car il était honnête et avait été un élève brillant ; il se servait de la magie destructrice avec habileté : il n'avait encore jamais blessé qui que ce soit avec.
Lorsqu'il sortit du château pour la première fois en tant que mage, le trente-six de l'année deux mille deux cents, le Roi lui avait ordonné de venger la mort de son frère, tué par le dragon Gardanor, au-delà de la frontière Nord.
Selon le droit d'aînesse, Antaryl, le cadet de la famille royale, devait devenir moine et le rester jusqu'à la mort, mais son frère le Roi avait décidé de le faire chevalier.
Tylianir partit seul, emportant sa cape et son précieux bâton magique. Il devait se diriger vers le fort Arkar, au milieu de la frontière Nord du royaume, au-delà de laquelle se trouvait le Désert bleu, ainsi nommé à cause de la couleur des lichens qui y survivaient. Le Roi en personne avait conseillé à son meilleur magicien de passer par l'auberge du Troll Riant, un endroit où, paraît-il, l'on pouvait se faire aussi bien de puissants alliés que de grands ennemis.
Il se mit donc en route, et se dirigea vers le Nord-Ouest, coupant à travers la Forêt d'Arkentis. C'était l'une de ces journées d'hiver ensoleillées, et ainsi, le cœur en fête, Tylianir se mit à siffloter gaiement. Au bout d'une heure de marche, il aperçut une maison solitaire au centre d'une clairière. L'aspect en était reposant et chaleureux.
Il s'approcha à grands pas, gravit trois marches, et frappa à la porte. Une voix grave répondit :
- Qui est là?
- Mon nom est Tylianir-Edowindël d'Arkwannen ; je suis magicien arkadrich des éléments. Je ne viens pas vous apporter de petit pot de beurre, je cherche seulement quelqu'un pour m'accompagner.
Soudain, la porte s'ouvrit ; un homme dans la force de l'âge, portant un mèche brune tressée derrière l'oreille droite, apparut.
- Ne tirez pas la chevillette, et la bobinette ne cherra point. Je me présente : Dalawin–Linantawël, paladin solitaire. Que me vaut l'honneur de votre visite?
Ils entrèrent, et le guerrier posa deux gobelets sur une table, prit deux tabourets, alla chercher une amphore sur une étagère, et enfin invita Tylianir à s'asseoir.
- Je désire aller à l'auberge du Troll Riant, où, paraît–il, il est bon d'aller si on veut se faire des amis.
- Ah ! Cette auberge est le lieu idéal pour rencontrer toutes sortes de gens, de toutes races et de toutes espèces. Moi–même, j'y vais assez souvent.
Dalawin remplit les deux gobelets d'un liquide verdâtre.
- Qu'est-ce donc ? Demanda Tylianir.
- On appelle ça du sang de dragon. C'est fait à partir d'une plante spéciale qui pousse dans le Désert Bleu, tout au Nord–Ouest d'ici. Ca réchauffe, et c'est bon pour le cœur.
Le magicien porta le pot à ses lèvres, prit une petite gorgée, mais le regretta aussitôt : il avait la gorge en feu et il lui semblait que sa tête allait exploser.
En voyant sa grimace, Dalawin éclata de rire :
- Vous savez, ça me faisait le même effet quand j'étais jeune, mais après, on s'habitue, hé, hé !
Il y eut un silence. Puis, le vieil homme reprit, fronçant les sourcils :
- Vous voulez aller à l'auberge du Troll Riant... pour quoi faire, exactement ?
- Eh bien, le Roi m'a donné une mission : venger la mort de son frère, tué il y a quelques jours par Gardanor, un dragon vivant dans le Désert Bleu, qui attaque régulièrement le fort Arkar, dit–on. Vous ne semblez pas mauvais ; aussi vous demanderais–je de m'aider à le tuer, si vous le voulez bien...
- Et comment ! S'exclama Dalawin, jamais je n'aurais osé vous laisser partir seul ! Je vous resterai fidèle jusqu'à la mort, s'il le faut. Enfin, voilà le moment que j'attendais ! Je vais pouvoir m'amuser un peu !
Sur ce, il décrocha du mur une énorme hache à double tranchant, qui parut scintiller alors qu'il la tenait.
- Allons maintenant !
Loin, très loin au Sud–Est d'ici, au–delà du fleuve Ergallen, à l'extrémité Sud des Montagnes d'or, au sommet du Mont des Vents de Minuit où la Rivière Blanche prenait sa source, vivait un être étrange, ni homme, ni dieu. Il était l'un des cinq créateurs de l'air et du vent, l'un des premiers Sages de Darven. Il voyait tout et connaissait tout.
Depuis maintes générations humaines, sa volonté était de combattre le Mal venu du Sud, au–delà des Plaines Interdites, où de nombreuses batailles s'étaient déroulées. Car le Mal ne pouvait être entièrement vaincu, il revenait sans cesse afin de conquérir les royaumes humains. Sans l'aide précieuse de Minlincanthagorn, le demi–dieu protecteur de la race humaine, et de son allié Arthanox, le plus puissant des Grands Aigles Noirs des Montagnes d'or, les armées réunies de Wotam, Galerux et Vartal ne pourraient repousser celles de l'Empire Noir. Voilà pourquoi Minlincanthagorn était vénéré par tous.
Il adorait voyager, et allait parfois si loin, pour se tenir au courant des conflits entre puissances, qu'on ne le voyait plus en Wotam pendant des lunes entières.
Ce jour–ci, il avait voyagé jusqu'à la frontière Sud du royaume et désormais, il savait qu'une grande bataille s'y préparait, et qu'il devrait aider les hommes à combattre le Mal. Le Roi avait reçu un message indiquant que l'ennemi tentait d'envahir le royaume en passant par la Trouée Grise. Il ordonna à toute son armée d'y aller combattre.
Pendant ce temps, Dalawin et Tylianir arrivaient à la lisière de la forêt et se préparaient à traverser une zone marécageuse.
Le soleil se couchait, flamboyant et rougeoyant. Mais à l'Est, d'énormes nuages s'amoncelaient. Les deux compagnons pressèrent le pas. Ils préféraient arriver avant la nuit. Les herbes hautes gênaient leur progression et les ralentissaient. Des moustiques gros comme le pouce les assaillaient. Au bout d'un moment, ils retirèrent leurs bottes car les marais devenaient de plus en plus profonds. La fatigue les ralentissaient considérablement.
- Ne pouvons–nous donc nous reposer un peu? Demanda Tylianir, essoufflé.
- Je suis d'accord. Arrêtons–nous et reprenons des forces.
Etourdis par l'incessant bourdonnement des insectes, ils stoppèrent leur marche et posèrent leurs paquets sur un rocher sec.
- J'ai soif, déclara Dalawin. Ne pourrait–on boire de cette eau?
- Non, répondit le jeune mage. Ne buvez jamais l'eau des marécages : elle est empoisonnée.
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Darven
FantasyTylianir est un jeune mage orgueilleux qui va découvrir la dure réalité du monde en-dehors des murs du château dans lequel il a étudié. Histoire écrite lorsque j'étais au lycée.
