LE TEMPS S'ÉCOULE
- Peter, fais moi descendre ! Je demandais en criant presque.
Je m'agrippais comme je le pouvais à ses cheveux. Ce dernier grogna.
- Tu vas me les arracher !
Je hurlais comme une souris, mes cuisses se resserrant sur sa tête.
- Et là tu vas m'étouffer ! Dit-il.
Je tenais fermement mon pot de peinture blanche dans ma main. Le pinceau, imbibée du liquide, y reposait. Nous tentions de peindre le plafond et ce dernier était presque terminé.
- Allez Peter, met toi à quatre patte ! Je lui demandais en riant.
Ce dernier se mit à marcher dans la bibliothèque, me faisant tanguer dangereusement sur ses épaules. Je m'accrochais deux fois plus à sa tête, et son rire étouffé par mes jambes parvenait à mes oreilles.
- Eh, vous deux ! Dit Yato un peu plus loin. C'est pas le moment de rien faire !
Peter se tourna vers Yato, m'arrachant un hurlement.
- Casse lui la gueule Ali !
Je riais.
- Vas-y ! Fonce vers lui ! J'ordonnais.
- Attendez ! Cria Hiyori en courant vers nous. Ali donne moi ton pot de peinture... C'est pas gratuit ce truc.
Elle attrapa l'objet et le posa un peu plus loin. Se frottant les mains l'une contre l'autre, elle passa ses cheveux derrière ses oreilles, et continua à nettoyer les fenêtre qui étaient grandes ouvertes.
Je m'accrochais à Peter, mes mains reliées sous son menton. Les siennes attrapèrent fermement mes tibias. Yato se leva du tabouret en face du piano qu'il tentait depuis ce matin d'accorder.
- Ok, les gars, calmez vous... dit-il, imitant une voix apeurée.
- Allez mon tout beau, je chuchotais à Peter en lui donnant une claque amicale sur la joue.
Ce dernier imita un hennissement de cheval. Il se mit à courir, du mieux qu'il pouvait avec mon poids sur ses épaules, vers Yato. Beuglant, ce dernier tenta de s'enfuir. Peter attrapa mes fesses du plat de ses mains, me projetant au dessus de lui. Comme un chat, je sautais vers Yato, et, enfin, je lui atterrissais dessus.
- PUTAIN MAIS ALI ! Hurla le brun tandis que je m'asseyais sur son dos.
Peter éclata de rire.
- Coupe lui la tête ! Hurla Hiyori.
Je pouffais, légèrement gênée.
- Ca ferait super jolie au dessus de la porte d'entrée... dit Peter, une main sous le menton.
- Il faudrait l'empailler, dit Hiyori en se dirigeant vers nous.
Ses yeux brillaient d'amusement. Je me mis en tailleur et Yato grogna.
- Dégage gros cul !
- C'est quoi ce boucan ? Raisonna une voix féminine dans la pièce.
Nous nous turent au même moment, pétrifiés, nos regards fixant la grande porte. Y apparut Helke, ses cheveux courts légèrement ébouriffés.
- Oh tient, c'est la petite stagiaire Ali ! Dit-elle en me lançant un sourire.
Je me levais tout de suite du pauvre Yato qui lâcha une exclamation étouffée.
- Salut, je dis en mettant mes mains derrière mon dos.
Je me tripotais les doigts, légèrement angoissée.
- Et vous êtes des gamins de la 97eme ? Demanda-t-elle.
Yato se releva avec peine, une petit sourire collé au visage. Je rougissais légèrement. Peut être m'étais-je montrer trop amicale ? Trop violente ?
Les trois adolescents mirent leur main droite sur leur coeur, faisant ainsi leur salut militaire. Helke le balaya d'un coup de main.
- Oh, je suis pas gradée, dit-elle.
- Vous êtes notre supérieur quand même, dit Peter d'un air solennelle.
Elle leva les yeux au ciel. Elle s'avança dans la pièce.
- Vous savez qu'on parle de vous ? Dit-elle soudainement.
Nous la regardions tous les quatre en silence.
- Pourquoi ? Demanda Yato.
Je levais un sourcil.
- Pour ce que vous faites ici... c'est une riche idée.
Helke se tourna vers moi. Elle me lança un franc sourire auquel je répondis rapidement.
- C'est surtout celle du Caporal Livaï, dit Peter.
Je me mordais la joue.
- Ah bon ? Demanda notre supérieur.
- Il m'a demandé de réarranger la bibliothèque du Bataillon pendant son absence, je dis d'une petite voix.
- Ah... je ne savais pas qu'ils cherchaient du monde pour retaper cet endroit.
- Pourquoi d'ailleurs ils l'ont pas réaménagé avant ? Demanda Hiyori.
Je haussais les épaules.
- Notre Ali n'est pas très bavarde, dit Helke d'un air taquin.
Je souriais sans rien répondre, me tordant mes doigts plus fort.
- Ca dépend, dit Peter, quand elle nous fait chier là elle cause.
- Ta gueule, je dis doucement.
Tout le monde se mit à rire. Helke soupira en s'étirant.
- Ah ! Ca fait longtemps en tout cas que je rêvais d'une bibliothèque.
- Pourquoi ? Je demandais.
- Je ne sais pas... je trouve ça calme, et en plus, certains soldats mériteraient très clairement de plonger leur nez dans un livre.
Elle me fit un clin d'œil et je riais.
-Bon, j'aimerai vous donner un coup de main, mais j'avoue être lessivé par ma journée.
- Tu as fait de la tridimensionnalité ? Je demandais.
Elle hocha positivement la tête. C'était donc ça, ses cheveux décoiffés, l'éclat dans ses yeux et cette petite odeur de pin qui trainait sur elle. Je l'enviais pendant quelques instants.
Helke resta discuté encore quelques temps, puis nous souhaita une bonne soirée. Rapidement, nous rangions nos affaires, et je fermais la porte à clef derrière moi. J'étais heureuse que le Major ait accepté que je m'occupe de cette tache.
Dans quelques semaines, la Bibliothèque serait opérationnelle. Yato me donna un coup de coude dans les cotes tandis que nous descendions les marches du château. Le ciel était déjà d'un bleu foncé. Quelques étoiles apparaissaient.
- T'es dans la lune, dit-il.
- Ca t'arrive souvent, dit Hiyori. Comme si t'étais autre part.
Je hochais la tête.
- C'est vrai, je dis, c'est juste que parfois... Je vais dans mon monde.
Les trois soldats hochèrent la tête. Je serrais les poings.
*
- Aujourd'hui, me dit Hanji, on va parler du Culte des Murs.
- Quoi? Dis-je, affalée sur son bureau.
Elle soufflait.
- Tu m'écoutes Ali ? Arrête d'être dans tes pensées.
Je soupirais et reportais mon attention sur elle.
- Donc, le Culte des Murs.
Elle posa un livre devant moi, minuscule.
- C'est une secte qui commence à avoir de plus en plus d'engouement au sein de notre société. J'aimerai que toi et moi on s'en approche de plus près. Ton esprit critique pourrait aider.
- Aider à quoi?
- À savoir quel est leur problème. Ils vénèrent les murs à un point démentiel. Heureusement, ils ne sont pas encore très nombreux mais la secte s'étend quand même.
- Quel est le soucis alors ?
Elle me regardait avec des yeux ronds.
- Eh bien ils sont fous ?
- Ils font du mal à quelqu'un ?
- Non, pas que je sache...
- Donc ils vénèrent juste les murs pour essayer en vain de penser à autre chose que leur misérable existence enfermée ici ?
- Euh.. oui c'est à peu près ça.
- Alors qu'est ce qu'on en a à foutre ? Si ça leur fait du bien de croire en ça, si ça leur donne de l'espoir, tant mieux, du moment qu'ils ne blessent personne.
Je m'affalais à nouveau sur son bureau sans rien dire de plus. Du coin de l'œil, je voyais Hanji réfléchir.
- Bon allez, dis-je, sujet suivant, on a fait le tour du Culte.
- Hahaha, très drôle, repondit-elle ironiquement.
Et nous passâmes à un sujet suivant.
*
Très tôt ce matin, comme tous les matins depuis plus d'un mois, mon réveil m'arracha de mon sommeil. En grognant, je l'éteignais, et essuyais mes larmes. Je faisais toujours des cauchemars. J'oubliais l'angoisse de ma nuit en courant dans la forêt, derrière les habitations des soldats.
La course me fortifiait et améliorait ma cardio. Mon souffle se stabilisait avec mon corps. Mon esprit se vidait entièrement. Je n'étais plus qu'une masse de chaire, plus qu'un soldat parmi tant d'autre.
Je prenais une douche, et mettais mon uniforme, comme tous les matins depuis plus d'un mois. Je rentrais dans le réfectoire, me servait ma ration de petit déjeuner, et m'installait en face de Hanji. Elle buvait tranquillement sa mixture étrange auquel je ne voulais pas gouter. Je sirotais mon thé, mon regard perdu par la fenêtre.
Hanji avait plusieurs livres à moitié ouvert, les uns sur les autres, devant elle, étalés sur la table. Ses lunettes étaient fermement posées sur son nez, dessinant des cratères dans sa peau.
- Tu dors parfois ? Je lui demandais.
- Je pourrais te poser la même question, me répondit-elle sans lever son regard vers moi, fixés sur son ouvrage.
Je haussais les épaules et ne dis rien de plus. La porte du réfectoire s'ouvrit, et je reconnus rapidement le visage de mes trois camarades.
- ALI ! Hurla Yato en se précipitant vers moi.
Légèrement angoissée, je lançais un appel à l'aide silencieux à Hanji. Cette dernière sourit.
- Accueille tes amis, me dit-elle.
Je me tournais vers ces derniers et me forçais à sourire.
- Salut les garçons, salut Hiyori, je dis.
Ils s'avancèrent jusqu'à la table, me saluèrent avec joie, et firent leur salut militaire à Hanji.
- Bonjours soldats, dit-elle sans même les regarder, toujours occupée à lire.
Peter tira la chaise sur laquelle le Caporal avait l'habitude de s'assoir.
- Cette place est réservée, je dis presque méchamment.
- Ah ? Dit-il en haussant un sourcil. Par qui ? On attend d'autres gens ?
Je fronçais les sourcils. C'était idiot.
- Non. Juste cette place est déjà prise, je répondais froidement.
Peter ne comprit pas, hésita un instant, puis finalement s'installa aux cotés d'Hiyori qui s'était mise à coté de moi.
Le réfectoire devint au fur et à mesure de plus en plus animé tandis que les soldats se réveillaient. D'autres membre de la 97eme s'installèrent à notre table, et ma réaction face à la place du Caporal fut rapidement oubliée. Hanji n'oublia pas cependant de me retenir quand ma promotion se leva pour se rendre à notre première classe.
Ma prétendu tante m'attrapa par le bras et me dit tout bas :
- Essaye de te montrer un peu plus... agréable ?
Elle me le disait avec gentillesse. J'arrachais mon bras de ses mains en soufflant.
- Laisse moi, je répondais seulement.
*
- Aujourd'hui, nous dit le Capitaine Asuma, nous allons faire un exercice différent. A la place de se taper dessus sans réel sens, nous allons nous battre avec un but.
Je me retenais de lever les yeux au ciel. Les cours de combat étaient ceux que je détestais le plus.
- Vous aurez tous un couteau en bois, commença à expliquer notre professeur. Il faut que vous désarmiez votre adversaire. Tous les coups sont permis, sauf bien sûr les morsures (son regard se dirigea vers moi), les coups dans les partis intimes (il regarda un garçon à sa gauche) et de lancer du sable dans les yeux de son partenaire (il regarda une autre fille). Et autre sorte de plan foireux comme ceux là. Bien, venez prendre vos couteaux. Prenez en chacun un. Arrêtez de vous précipitez sur moi !
Une masse humaine s'était avancée vers le professeur qui tendait la boîte remplit de faux couteaux. Je m'avançais tant bien que mal essayant d'en avoir un.
- Tiens, dit quelqu'un en m'en tendant un.
C'était Peter et il me mettait le couteau de bois juste sous le nez.
- Merci, dis-je en le prenant.
Yato s'approchait de nous et faisait virevolter son arme dans ses mains.
- Ca va être marrant, dit-il.
- Parle pour toi, je répondais, terriblement stressée de l'exercice.
- Oh t'inquiète pas, disait Peter, je suis sure que tu vas bien t'en sortir.
Je fis la moue. Yato me donna une tape sur l'épaule et alla avec un partenaire se mettre en duo.
- Allez arrête de tirer cette tronche, me dit Peter.
Il regarda les soldats se mettre en groupe dans un fort brouhaha.
- Mais je vais me faire exploser, je répondais.
Mon ventre se tordait.
- Fais juste tout ton possible pour survivre ! Ricana-t-il.
J'ouvrais grands les yeux. Il me lança un sourire et s'éloigna lui aussi.
- On va commencer ! Mettez vous avec un duo, au choix. Juste une chose, l'exercice - ÉCOUTEZ MOI!
Les soldats se tournèrent tous vers le Capitaine Asuma. Ce dernier, content de son effet, en profita pour allumer théâtralement sa cigarette avec un briquet argenté. Hiyori en profita pour s'approcher de moi.
- Pss, me fit-elle.
Je portais mon attention sur elle.
- On se met ensemble ?
Je hochais positivement la tête.
- Merci, reprit notre supérieur. Bien, l'exercice sera comme un concours. Dès que vous arrivez à désarmez votre coéquipier, vous gagnez, et il perd. Le perdant sort du terrain, le gagnant se trouve un nouveau duo, ainsi de suite. A la fin, il n'y aura donc plus qu'un seul duo.
- Ca va être marrant ! Dit Hiyori.
Je lui lançais un regard courroucé. Elle pouffa.
- Surtout de l'extérieur du terrain surtout, je lui chuchotais.
Hiyori secoua négativement la tête. Elle ouvrit la bouche, prête à me parler. Mais le Capitaine hurla soudainement :
- COMMENCEZ !
Tout le monde se mit en position de combat. Je ne voulais pas perdre. Mais je crevais de peur rien qu'à l'idée de me battre. Mais j'avais progressé, non ? Et puis, je pouvais survivre ? Le Caporal l'avait bien vu ? N'était ce pas la raison pour laquelle il m'avait choisis, moi, pour m'entrainer ?
Je serrais la mâchoire, resserrai mes doigts sur mon arme. Je fixais la soldate en face de moi. Il fallait que je me concentre. Il fallait que je progresse.
Il fallait que je change.