Depuis maintenant cinq jours standards, le Proximo fonçait à travers l'espace. Encore quelques heures et il atteindrait le but de son voyage : la planète Kaldar, un petit monde sur où l'on avait découvert les saphirs les plus purs de tout l'espace connu.
Étalé de tout son long sur sa couchette, Max remua un peu afin de dégourdir ses jambes. Avec Wayde, il se relayait au pilotage du Proximo et il profitait de ses dernières heures de repos avant de reprendre son service. Il se plongeait dans la contemplation de son écran personnel sur lequel l'image de Kaldar se dessinait d'une manière de plus en plus nette. Le cœur du jeune homme battait dans sa poitrine. Une planète nouvelle, un monde encore méconnu... C'était tout ce qu'il aimait.
Trois ans plus tôt, une mission d'exploration abordait Kaldar dans un pur but scientifique. Angelica Swann, la chef de mission, s'était vue plus tard offrir en cadeau de bienvenue un pendentif incrusté d'un saphir. C'était un geste pacifique de la part des chefs de clan Kaldari qui voyait là l'occasion de pactiser avec des alliés venus du ciel. De retour dans l'espace de la Fédération, Swann remit aux autorités le pendentif qui fit aussitôt sensation. Il fut analysé sous toutes les coutures. Sa pureté fut vite reconnue, mais ce qui en fit un artefact de premier ordre c'est lorsqu'on découvrit qu'il surclassait en tous points les cristaux de Kabarium. Ces cristaux, qui une fois rafinés, servaient à réguler les réactions matière/antimatière fournissant l'énergie nécessaire à la distorsion spatiale et au saut quantique. De quoi faire perdre la tête aux dirigeants de la Lyre qui se voyaient déjà faire des économies considérables en utilisant un saphir à l'état brut au lieu du Kabarium obtenu au terme d'un long et coûteux processus de raffinage.
Trois ans plus tard, c'était une toute autre mission qui venait sur Kaldar. Il ne s'agissait plus de rencontre avec une autre civilisation, il s'agissait cette fois de commerce. La mission du Proximo et de son équipage était d'acheter le moins cher possible, voir même pour rien, les droits d'exploitation d'un gisement de saphir de la planète. Les Kaldaris avec leur civilisation pré-industrielle étant considérés comme de gentils arriérés par la République de la Lyre, ce serait, leur avait-on dit, un jeu d'enfant.
Max fut rappelé à ses devoirs et prit la place de Wayde au pilotage. Bientôt, les manœuvres d'atterrissage commencèrent. Par mesure de prudence, Kordell avait d'abord ordonné que l'on fasse plusieurs fois le tour de la planète afin de déterminer avec exactitude le point précis où le Proximo devrait se poser. D'après les règlements établis pour les atterrissages sur une planète primitive, le capitaine devait faire poser son vaisseau dans une région désertique et, ensuite, expédier un groupe chargé de prendre contact avec les habitants. Grâce aux relevés de l'expédition de Swann, ils possédaient des renseignements sur la pesanteur de Kaldar, sur son climat et sur la composition de son atmosphère, ne restait plus qu'à trouver le site atterrissage idéal. Capelli localisa finalement une zone à l'écart des grands axes, sans en être trop éloignée.
Une heure plus tard, sous les commandes de Max, le Proximo se posa lentement au milieu d'une grande clairière située à quelques kilomètres du premier village.
— Atterrissage en douceur, terminé, annonça fièrement Max.
— Ok, se contenta de répondre Kordell (et activant son intercom) Tout le monde sur le pont. On a un mot à vous dire.
Luuna, Wayde et Slide arrivèrent au poste central avec plus ou moins de célérité. Wayde, notamment, qu'on venait d'extirper de sa couchette avec force, baillait de façon effroyable. Le lieutenant Capelli dévisageait avec mépris chaque membre d'équipage. Max se demandait vraiment ce qu'elle pouvait préparer cette fois. Elle garda pourtant le silence ;
— Les gars, commença Kordell sur un ton qui se voulait ferme, voilà le programme : Capelli et moi, on va se rendre sur le marché de Raxos. C'est le plus important marché de la planète. On va voir comment ça se profile et si on peut conclure notre affaire.
— Euh... et nous ? demanda Wayde entre deux décrochages de mâchoire.
— Vous, vous restez à bord jusqu'à nouvel ordre, lança Capelli sans préambule.
— Quoi ? s'écria Luuna, scandalisée.
— C'est une plaisanterie ? chercha à comprendre Slide.
Max, lui-même n'en revenait pas. C'était quoi cette histoire ? Pourquoi étaient-ils consignés sur le Proximo ?
— Explique-nous Kordell, réclama-t-il, on s'est fait vacciner contre je ne sais plus quelle maladie, on s'est farci des hypno-cours sur les coutumes et la langue de Kaldar, et on reste à bord ?
Kordell, visiblement ennuyé, s'efforça alors de rester rassurant.
— C'est juste pour la prise de contact, prétexta-t-il. Ensuite, il n'y aura pas de problème.
— N'importe quoi ! s'énerva Luuna.
— Vous n'interviendrez qu'en cas d'absolue nécessité, si quelque chose tournerait mal, ajouta Capelli manifestement satisfaite d'elle.
Max la dévisagea, interdit.
— Qu'est-ce qui pourrait tourner mal ? s'étonna-t-il.
— Contentez-vous de vous tenir prêt à décoller à tout moment, Major Leron, finit-elle par dire avant de retourner à son poste.
— Hé ben, je m'en souviendrais de cette mission ! déclara Wayde en baillant ostensiblement, vais me recoucher, moi !
— Bon, ce sera l'occasion pour moi de rafistoler un peu les pompes à laso-convecteurs, fit Slide, philosophe. Luuna, tu me donnes un coup de main ?
— ça ou autre chose ! répondit-elle en haussant des épaules.
Max qui n'en revenait toujours pas de s'être préparé pour cette mission pour rien, resta planté face à Kordell.
— Est-ce qu'au moins on peut prendre un peu l'air ? demanda-t-il.
— Pas pour l'instant, refusa Kordell.
Max souffla avec force, comme un enfant capricieux et partit sans un mot vers sa cabine.
Une heure plus tard, Kordell et Capelli quittèrent le vaisseau sous les regards désapprobateurs des autres membres d'équipage.
Max décida de faire sa mauvaise tête. Il était déçu et avait l'impression d'être puni. Le jeune homme aurait tant aimé explorer la planète ! Du coup, il avait hâte que ça se termine. Kordell et Capelli n'étaient partis que pour une mission commerciale qui n'offrirait que peu d'intérêt à ses yeux. Ils reviendraient dans la journée avec un titre de propriété sur une mine et ce serait directement le voyage de retour. « Tout ça pour ça ».
Malgré l'avis de son capitaine, Max comptait sortir du Proximo. Il avait ouvert la rampe d'accès et se tenait debout dessus pour admirer le paysage. On était au début de la matinée. Le vent frais du matin soufflait dans ses longs cheveux et faisait onduler la forêt d'arbres bleu-verts qui entourait le Proximo. Il n'y avait pas de montagnes dans cette région de Kaldar. Les plus hauts sommets étaient des collines arrondies, couvertes d'herbes. À l'ouest, Max savait qu'il y avait des espèces de mers, des étendues d'eau peu profonde parsemées d'îles. C'étaient sur l'une de ces îles qu'on trouvait des gisements de saphirs presque à ciel ouvert.
Max s'assit d'abord au bout de la rampe. Puis, après un moment, il posa ses pieds sur le sol parsemé d'éclats de roches de Kaldar.