THE WAY - LA RENCONTRE

By LadyRo12

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Emery Carlson a toujours tout planifié dans sa vie. Tout est organisé au millimètre près. Elle respecte scrup... More

CHAPITRE UN
CHAPITRE DEUX
CHAPITRE TROIS
CHAPITRE QUATRE
CHAPITRE CINQ
CHAPITRE SIX
CHAPITRE SEPT
CHAPITRE HUIT
CHAPITRE NEUF
CHAPITRE DIX
CHAPITRE ONZE
CHAPITRE DOUZE
CHAPITRE TREIZE
CHAPITRE QUATORZE
CHAPITRE QUINZE
CHAPITRE SEIZE
CHAPITRE DIX-SEPT
CHAPITRE DIX-HUIT
CHAPITRE DIX-NEUF
CHAPITRE VINGT
CHAPITRE VINGT-ET-UN
CHAPITRE VINGT-DEUX
CHAPITRE VINGT-TROIS
CHAPITRE VINGT-QUATRE
CHAPITRE VINGT-CINQ
CHAPITRE VINGT-SEPT
CHAPITRE VINGT-HUIT
CHAPITRE VINGT-NEUF
CHAPITRE TRENTE
CHAPITRE TRENTE-ET-UN
CHAPITRE TRENTE-DEUX
CHAPITRE TRENTE-TROIS
CHAPITRE TRENTE-QUATRE
CHAPITRE TRENTE-CINQ
CHAPITRE TRENTE-SIX
CHAPITRE TRENTE-SEPT
CHAPITRE TRENTE-HUIT
CHAPITRE TRENTE-NEUF
CHAPITRE QUARANTE
CHAPITRE QUARANTE-ET-UN
CHAPITRE QUARANTE-DEUX
CHAPITRE QUARANTE-TROIS
CHAPITRE QUARANTE-QUATRE
CHAPITRE QUARANTE-CINQ
CHAPITRE QUARANTE-SIX
CHAPITRE QUARANTE-SEPT
CHAPITRE QUARANTE-HUIT
CHAPITRE QUARANTE-NEUF
CHAPITRE CINQUANTE
CHAPITRE CINQUANTE-ET-UN
CHAPITRE CINQUANTE-DEUX
CHAPITRE CINQUANTE-TROIS
CHAPITRE CINQUANTE-QUATRE
CHAPITRE CINQUANTE-CINQ
CHAPITRE CINQUANTE-SIX
CHAPITRE CINQUANTE-SEPT
CHAPITRE CINQUANTE-HUIT
CHAPITRE CINQUANTE-NEUF
CHAPITRE SOIXANTE
CHAPITRE SOIXANTE-ET-UN
CHAPITRE SOIXANTE-DEUX
CHAPITRE SOIXANTE-TROIS
CHAPITRE SOIXANTE-QUATRE
CHAPITRE SOIXANTE-CINQ
CHAPITRE SOIXANTE-SIX
CHAPITRE SOIXANTE-SEPT
CHAPITRE SOIXANTE-HUIT
CHAPITRE SOIXANTE-NEUF
CHAPITRE SOIXANTE-DIX
CHAPITRE SOIXANTE-ET-ONZE
CHAPITRE SOIXANTE-DOUZE
CHAPITRE SOIXANTE-TREIZE
CHAPITRE SOIXANTE-QUATORZE
CHAPITRE SOIXANTE-QUINZE
CHAPITRE SOIXANTE-SEIZE
CHAPITRE SOIXANTE-DIX-SEPT
CHAPITRE SOIXANTE-DIX-HUIT
CHAPITRE SOIXANTE-DIX-NEUF
CHAPITRE QUATRE-VINGT
CHAPITRE QUATRE-VINGT-UN
CHAPITRE QUATRE-VINGT-DEUX
CHAPITRE QUATRE-VINGT-TROIS
CHAPITRE QUATRE-VINGT-QUATRE
CHAPITRE QUATRE-VINGT-CINQ
CHAPITRE QUATRE-VINGT-SIX
CHAPITRE QUATRE-VINGT-SEPT
CHAPITRE QUATRE-VINGT-HUIT
CHAPITRE QUATRE-VINGT-NEUF
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CHAPITRE VINGT-SIX

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By LadyRo12

 -Pour une première séance, je trouve qu'on a vraiment bien bossé, déclare Josh tout en conduisant à travers la ville.

-Je suis d'accord, rétorque Sam. On pourrait commencer à travailler les arrangements avec Tim.

-Oui, la mélodie est là. Les paroles suivront.

-Ne t'inquiète pas, Em, m'intime le frère de Violet. On est pas obligé de dire à Tim que tu as participé à l'écriture. Sauf si c'est ce que tu veux.

Assise à l'arrière de la voiture, j'écoute les garçons d'une oreille distraite tout en contemplant le paysage qui défile derrière la vitre.

-Je vais y réfléchir mais, pour l'instant, ne lui dites rien. Ce n'est pas utile.

-En tout cas, tu écris très bien, me dit Joshua. Tu as vraiment une plume particulière.

-Merci.

J'accepte le compliment sans vraiment y croire. Je ne vois pas ce qu'il y a de spécial dans ma façon d'écrire des mots. Je note simplement ce que j'entends la petite voix fredonner dans ma tête. Chaque fois que j'écoute un morceau, une mélodie, quelques accords par ci par là, elle est là. Je l'entends dans mes oreilles et les paroles aussi. Elles se forment dans mon esprit comme un réflexe que je ne pourrais pas contrôler.

-J'aimerai beaucoup qu'on écrive ensemble de temps en temps. Enfin, si tu en as envie aussi. Je sais que tu penses énormément à tes études et que ça te prend beaucoup de temps mais ça pourrait vraiment être cool.

-Ça pourrait, oui. J'y penserai.

Le trajet dure encore quelques minutes. Les garçons discutent entre eux mais, pour ma part, je ne participe plus à la conversation. Je ne fais que penser à ce que je fais là.

Après la séance de musique, Sam nous a proposé à Josh et à moi de venir dîner à l'appartement. Le chanteur du groupe s'est empressé d'accepter en me poussant à faire de même. Je n'ai pas osé refuser. Et puis, Sam a dit que Violet pouvait venir alors je n'avais aucune excuse pour échapper à l'invitation. J'ai prévenu mon amie et cette dernière a immédiatement répondu qu'elle venait. Néanmoins, ça n'enlève rien au stress que je ressens à l'idée de faire face à Cameron.

Nous ne nous sommes pas revus depuis la dernière fois. Pas un message de sa part non plus. J'appréhende beaucoup ces retrouvailles. J'espère qu'il se conduira bien car la soirée pourrait bien se révéler très longue s'il se mettait à me servir son mauvais caractère. Je préfère ne pas envisager cette option. Je suis déjà assez angoissée comme ça. Je n'ai pas besoin de céder à la panique.

-Bon, fini de parler boulot, s'exclame Sam tandis que la voiture s'arrête. Maintenant, on va manger.

-Bien dit, réponds le conducteur. Je crève toujours de faim après avoir travailler.

Nous quittons l'air chaud de l'habitacle pour rejoindre le hall climatisé de l'immeuble. Nous gravissons les marches en silence jusqu'à atteindre le palier desservant l'appartement des garçons. Sam sort son trousseau de clés et nous ouvre la porte.

A l'intérieur, plusieurs voix résonnent depuis le salon.

-Tu dis n'importe quoi, s'écrie une voie féminine que je connais bien. Radiohead n'est pas le meilleur groupe de tous les temps et il ne l'a jamais été.

-Bien sûr que si, répond Tim. Cameron, dis-lui. Cette gamine ne connaît rien à rien.

-Je ne suis pas une gamine, sale con !

-Elle a raison, réplique une voix grave qui me fait frémir. Ce n'est pas le meilleur.

-Quoi, tu te fous de moi ?

-En revanche, il n'a pas tord quand il dit que tu es une gamine.

-Je vous déteste.

Lorsque nous pénétrons dans la pièce à vivre, les trois autres semblent être en plein débat. Violet est affalée dans le canapé, Tim s'affaire dans la cuisine tandis que Cameron, avachi dans un des fauteuils, pianote sur son téléphone. Sa présence, à quelques mètres de moi, réveille aussitôt la totalité de mes cellules et terminaisons nerveuses.

-Salut, vous trois ! s'exclame Tim en nous voyant arriver.

-Yo, lui répond Josh. Vous avez des bières ?

-Oh, super. Moi, ça va bien, et toi ?

-Ferme-la. J'ai soif.

Le chanteur se serre directement dans le frigidaire sans même demander l'autorisation. Quant à moi, je me tourne vers Violet. Celle-ci ne peut s'empêcher de jongler du regard entre Cameron et moi. Ce dernier n'a d'ailleurs pas daigné lever les yeux vers moi depuis que je suis arrivée.

Génial. Il m'ignore. Cela ne risque pas d'arranger nos affaires.

-Comment ça va, Em ? me demande mon amie d'un air gêné et trop guilleret pour être normal.

-Très bien et toi ?

-Beaucoup mieux depuis que tu es là. Ces deux-là ne sont pas de la meilleure compagnie.

-Je te crois, ricane-je d'un ton monotone.

Cameron ne relève même pas le pic que je viens de lui lancer indirectement. Il ne quitte pas son téléphone des yeux. Je me demande à qui il peut bien parler. J'imagine pendant un instant que c'est à Summer qu'il envoie des messages. Cette idée ne me plaît pas. Je me force à ne plus y penser.

Soudain, Josh apparaît derrière moi.

-Ne reste pas planté là, me dit-il. Viens t'asseoir, Blondie.

Je me contente d'acquiescer et le suis jusqu'au canapé. Violet me fait une place à côté d'elle et Josh s'installe à ma gauche. Ce n'est que lorsque je suis assise que je remarque le regard de Cameron braqué sur moi. Enfin, je ne suis pas sûre d'être la seule chose qu'il dévisage si intensément. Ses yeux ne cessent de nous fusiller, Josh et moi.

Et si Violet avait raison ? Et si Cameron était réellement jaloux ?

Ces deux questions résonnent dans ma tête bien je sache pertinemment que je n'obtiendrai jamais de réponse de la bouche du concerné.

-Vous serez là au prochain concert, les filles ?

-C'est quand ? rétorque Violet.

-Le week-end prochain.

-Il y a l'une des plus grosses soirées de l'année à la fraternité des footballeurs de la fac, ce week-end.

-Et alors ? Vous pourrez très bien y aller après.

-Depuis quand doit-on aller à cette fête ? demande-je à mon amie.

-Depuis qu'on a mit les pieds à la fac, Em. On ne peut pas rater cette soirée. Je te jure qu'on va bien s'amuser.

L'air sur-excité et trépignant de Violet me suggère de ne pas même essayer d'aller à son encontre. Nous irons à cette soirée, Violet en a décidé ainsi. Je ne me risquerai pas à lui refuser ça. Je ne la connais que trop bien pour savoir qu'elle ne me laisserai pas faire aussi facilement. Je n'ai pas le courage de me lancer dans un débat. Je préfère encore céder.

-D'accord, acquiesce-je.

-Tu n'auras qu'à venir aussi, Josh. Les garçons viendront, eux aussi.

-Pourquoi pas, répond-t-il.

Je reste dans mon coin tandis que mes deux voisins discutent entre eux. Je ne peux pas m'empêcher de lancer quelques regards vers Cameron. Ce dernier ne nous considère plus et est retourné à l'écran de son téléphone. Je me perds une nombre incalculable dans ma contemplation. Je ne reviens pas d'être passée durant si longtemps à côté de sa beauté virile et brute. Je détaille chacun de ses mouvements. J'observe ses doigts se mouvoir sur l'écran en me souvenant d'eux sur ma peau. Quelques souvenirs viennent embrouiller mon esprit.

Ma tête est tellement accaparée par Cameron que je sursaute presque lorsque la voix de Sam retentit dans l'appartement.

-Je pourrais vous faire la tourte spéciale de ma mère, crie-t-il depuis la cuisine. Qu'est-ce que vous en dites ?

-Génial ! s'écrit Violet.

-Ça me va, réponds Tim.

-Parfait, renchérit Josh tout en posant son bras sur le dossier du canapé derrière moi.

Tous acquiesce et, moi, je suis le mouvement. Je n'ai aucune idée de ce à quoi ressemble cette tourte mais je fais confiance aux autres. De toute façon, mon père m'a toujours habitué à manger de tout. Je ne suis pas difficile.

-Non, dit Cameron en coupant court à l'enthousiasme général. C'est mort.

-Et pourquoi ça ? soupire Tim visiblement habitué au comportement de cochon de son colocataire.

-Parce que Carlson n'en mangera pas.

Nos regards se croisent et je le fusille sur place.

Mais pour qui se prend-t-il celui-là ?

-Bien sûr que si, riposte-je brusquement.

-Je te dis que non.

-Mais de quoi je me mêle ?

-Tu ne sais même pas ce qu'il y a dans la tourte de Sam.

-M'en fiche, peste-je d'un ton ferme.

Ma réaction semble l'amuser puisqu'un sourire se forme au coin de ses lèvres. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. Peut-être est-ce le fait de m'avoir pousser à bout en quelques secondes qui le fait autant jubiler. Je m'en veux presque d'être tombée dans le panneau aussi vite.

-Il y a des cornichons, rétorque-t-il d'un air fier.

-Oh.

Je ne sais pas quoi ajouter. Cet idiot m'a bien eu sur ce coup-là. Je me sens bête après ça. Le malaise s'ancre en moi à la vitesse de la lumière. Je me maudis d'avoir agi avec autant d'impulsivité.

-Et c'est quoi le problème ? réplique Josh.

-Elle y est allergique.

Tout le monde se met à nous dévisager. Je rougis instantanément. Je déteste être le centre de l'attention tandis que ça n'a pas l'air de déranger Cameron. On croirait presque qu'il est à deux doigts d'éclater de rire.

-Je peux très bien ne pas en mettre, Emery, me rassure Sam qui nous a rejoint dans le salon.

-Euh...si ça ne te dérange pas.

-O-K. Les cornichons sont déjà oubliés alors.

-C'est très gentil. Merci, Sam.

-Pas de soucis.

Je me sens tellement en danger à quelques mètres du tatoué qui ne se cache pas pour rire de moi que, quelques minutes plus tard, je fonce retrouver Sam dans la cuisine. Je l'observe faire pendant qu'il cuisine. Je fais semblant de m'intéresser à la recette spéciale de sa mère. Il m'en explique chaque étape. Je l'aide même à la réaliser tandis que les autres s'occupent dans le salon. Mettre la main à la pâte me change les idées et fait disparaître peu à peu la gêne qui m'avait envahi.

Lorsque nous passons à table, je prends soin de m'asseoir le plus loin possible de Cameron. Je constate rapidement que mon idée était bonne. Le dîner se passe à merveille du moment où nous ne sommes pas l'un à côté de l'autre. Je me régale en passant une excellente soirée avec ceux que je considère à présent comme mes amis. Je m'amuse tellement à écouter les anecdotes de famille de Violet et Sam que j'en oublie presque toutes les choses qui m'attendent hors de cet appartement. Je ne pense plus à mes devoirs à rendre et à mon examen en statistiques de demain matin. Je savoure l'instant en me satisfaisant de ma bande. Je suis reconnaissante de les avoir rencontrer et qu'ils m'aient tous intégrés parmi eux. Enfin, presque tous.

Après que nous ayons débarrassé la table, Tim propose une idée.

-Et si on regardait un film ?

-Ouais, un film d'horreur ! s'écrit aussitôt Violet.

-Je vous suis, rétorque Josh.

-Je peux faire du pop-corn, si vous voulez, dit Tim.

Nous sommes tous d'accord.

Tim s'affaire à remplir un immense saladier de pop-corn tandis que nous choisissons le film. Les avis divergent. Nous mettons plus de dix minutes avant de nous accorder sur notre choix. Sam loue Scream sur le serveur de vidéo à la demande et appuie sur pause en attendant que nous nous installions tous confortablement. Violet, Sam et Josh prennent le canapé et, après avoir éteint les lumières, Tim se poste au bout du sofa tandis que Cameron retrouve sa place dans le grand fauteuil qui semble presque lui être attitré.

-Il y a de la place pour deux ici, Carlson, me lance-t-il avec un clin d'œil que je suis la seule à remarquer.

Je ne me vois pas lui asséner un dur refus devant tous les autres alors je ne rechigne pas. Le grand brun se décale pour me laisser assez d'espace. Je m'assois à sa droite et ne bouge plus telle une statue. Du coin de l'œil, j'aperçois Violet nous observant avec attention.

Je ne sais pas à quoi il joue mais ça me plaît pas. Je pensais qu'il était en colère contre moi et, pour l'instant, je le trouve plutôt joueur. Je ne sais pas encore si c'est bon signe. A vrai dire, je n'ai pas vraiment envie de le savoir. Je n'ai même pas envie de lui adresser la parole. Jusqu'à maintenant, Cameron s'est comporté comme un mufle avec moi. Je lui en veux d'être aussi lunatique. Je ne comprends jamais rien à rien avec lui. Un jour, il me traite comme une moins que rien et l'instant d'après, il se montre taquin et ose venir vers moi comme s'il ne s'était rien passé. Il a le don pour me mettre en rogne.

-Tout le monde est prêt ? dit Sam, la télécommande dans la main.

Nous acquiesçons tous comme un seul homme.

-Attends, s'écrie soudain Tim. Sors les plaids.

-Bonne idée !

Sam ouvre un coffre en osier à côté de lui et en sors trois grosses couvertures.

-Et dire que tu te foutais de mes plaids, ricane ce dernier. Tu es bien content de les avoir là.

-Ferme-la et bouge-toi.

Sam, Tim, Josh et Violet se partagent deux plaids et cette dernière nous donne la troisième à Cameron et moi. Le tatoué déplie la couverture et s'installe confortablement, les mains jointes derrière la tête. Pour ma part, je suis trop nerveuse pour prendre mes aises comme lui. Je repousse même le plaid. Je n'en ai pas envie. A cet instant, je ne veux que rentrer chez moi. Être à ses côtés est trop éprouvant.

-On est bons, cette fois ? soupire Sam.

-Oui, répondons-nous en chœur.

Le frère de Violet appuie sur play et le film démarre.

La scène d'intro me donne des frissons. Je n'ai pas besoin de beaucoup de plus pour être plonger dans l'histoire. Je connais l'intrigue par cœur mais je ne m'en lasse pas. Ce genre de trucs me rend toute chose. Je ne saurais l'expliquer mais j'adore ça.

Alors que la jeune blondinette s'apprête à être attaquée sauvagement par le tueur, Cameron se penche vers moi. Ses lèvres frôlent mon oreille dans la pénombre du salon. Je retiens subitement ma respiration.

-Tu ne risques pas de faire des cauchemars, cette nuit, Emery ?

-Aucune chance, articule-je en feignant l'indifférence.

-Pourquoi est-ce que j'ai du mal à te croire ?

Cette proximité entre nous me dérange mais je n'en montre rien. Je me ressaisie en une seconde et plante mon regard dans le sien. Nos visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

-Contrairement à ce que tu pourrais penser, j'adore les films d'horreur, chuchote-je.

-Ah oui ? Et qu'est-ce que tu aimes là-dedans ? Le goût de l'adrénaline ?

-Peut-être, oui.

J'ai sûrement rêvé mais j'ai cru pendant un instant que son regard s'était attardé sur mes lèvres. L'obscurité de la pièce doit me faire défaut. Je ne dois pas me laisser impressionner par mes hallucinations.

-Le danger ?

-Sûrement aussi.

Il se tait mais revient rapidement à la charge.

-Sous tes airs de jeune fille sage, tu aimes tout ce qui pourrait te donner des frissons, pas vrai ?

J'ai la sensation que cette phrase est à double sens. Je ne suis pas idiote, je le sens bien. Il fait référence à notre relation. Je ne peux pas le nier, il est la cause première de mon adrénaline. Néanmoins, je n'avouerai jamais cette faiblesse. Il n'attend que ça.

J'arrache donc mon regard au sien et me plonge de nouveau dans le film. Ma méthode est peut-être puéril mais je ne vois pas d'autre solution que de l'ignorer. Je fixe mon attention sur la télévision en tentant d'oublier le fait que nos coudes sont près de se toucher. Mes manœuvres ne fonctionnent pas au début mais plus je me fais violence plus mon esprit se met à coopérer. Je fais abstraction de sa présence.

Les minutes passent et le film défile à l'écran. Pas un bruit ne vient perturber l'atmosphère excitante de l'horreur et du macabre. La seule source de luminosité nous provient de la télévision. Nous sommes tous hypnotisés par le tueur au masque et ses aventures sanglantes. Du coin de l'œil, je surprends Violet qui sursaute de peur. Visiblement, mon amie est loin d'être aussi courageuse que moi.

Personnellement, je passe un bon moment et je suis incapable de détacher mes yeux de l'écran.

-Pssst, chuchote Tim en me tendant le saladier géant remplit de pop-corn. Vous en voulez ?

J'acquiesce sans même demander son avis à mon voisin et prends le saladier en plastique.

-Merci.

Ni une ni deux, j'attrape une grosse poignée de pop-corn et engouffre le tout dans ma bouche. Quelques grains de sucre se déposent sur mes lèvres. Je les fait disparaître d'un coup de langue avant de prendre une seconde poignée. Le goût légèrement caramélisé me rappelle les nombreux dimanche après-midi où mon père nous amenait, Charlie et moi, au cinéma. Pendant plusieurs années, c'était comme un rituel chez nous.

-Je peux peut-être en avoir avant que tu ne manges tout ? marmonne Cameron à côté de moi.

Je ne réplique rien et lui tend le saladier. Je profite ensuite du fait d'avoir les mains libres pour retirer mes chaussures d'un coup de talon. Tous les autres ont déjà eu cette idée bien avant moi. Je les imite et saisis une partie du plaid qui recouvre Cameron pour me couvrir moi aussi. Je me cale confortablement dans le fauteuil en prenant garde d'instaurer une distance raisonnable avec le tatoué.

L'heure qui suit se déroule sans encombre. Nous suivons le film avec attention sans jamais rien commenter. Cameron et moi nous partageons le pop-corn puis le repassons aux autres pour qu'ils puissent en profiter également. Le saladier finit néanmoins par nous revenir quelques minutes plus tard. Je tiens celui-ci en équilibre sur moi puisque le fauteuil n'est pas assez grand pour que je puisse caler le saladier entre nous.

Dans le film, le massacre final démarre et s'intensifie de manière crescendo.

-Alors, comment c'était ? murmure Cameron à mon oreille.

-Quoi ?

Sa voix est si faible qu'elle en est presque noyée par le bruit de la télévision.

-Avec Josh, poursuit-il.

-Je ne vois pas où tu veux en venir.

-Au contraire, tu vois très bien.

Je me risque à un regard vers lui. Ses pupilles noires brillent dans l'obscurité tout comme son piercing à la lèvre. J'ai la soudaine envie de la lui mordre. Mais je ravale cette idée grotesque. Je ne dois pas me laisser avoir par sa gueule d'ange. Il ne va pas tarder à être exécrable, je le sens bien. Et puis, ce genre de comportement ne me ressemblerait pas.

-Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? rétorque-je en plissant les yeux.

-Simple curiosité.

-Tu sais où tu peux te la mettre ta curiosité.

Les mots sont sortis tout seuls de ma bouche. Ce n'est pas le genre de chose que j'ai l'habitude de dire. Seulement, Cameron a le don de faire ressortir ce côté de moi. Le côté que j'ai moi-même le moins envie de côtoyer. Celui qui ne refait surface que lorsque je suis en colère ou quand je me sens en danger. Cameron peut combler ces deux critères et c'est bien ça qui le rend aussi dangereux pour moi. Je ne veux pas devenir cette personne haineuse et pleine de rancune.

A côté de moi, il ricane doucement.

-Mais c'est qu'elle griffe en plus.

Je me renfrogne contre le dossier du fauteuil en ramenant mes genoux contre moi en imaginant peut-être que ça va me protéger du loup avide de sang qui est assis à ma gauche.

-Tu te sens en danger, Carlson ? susurre-t-il à quelques centimètres de mon visage.

-Non.

-Alors pourquoi est-ce que tu montres les crocs ?

-Je ne montre pas les crocs, articule-je en serrant les dents. Laisse-moi tranquille.

-Pas envie.

Ce minable prend un malin plaisir à me mettre en rogne.

-Il n'y a rien entre Josh et moi, réplique-je le plus doucement possible. Je te l'ai déjà dit.

-J'ai du mal à te croire.

Je pousse un soupir et le harponne de nouveau d'un regard froid et électrique.

-Même s'il s'était passé quelque chose, qu'est-ce que ça peut te faire, Cameron ?

-J'ai horreur qu'on marche sur mes plates-bandes.

Ses paroles sont prononcés d'un ton si dur que j'en trésaille.

-Tu plaisantes, j'espère.

-J'en ai l'air ?

-Tu ne veux pas être avec moi, c'est toi qui me l'a dit.

-C'est ce que j'ai dit, oui.

-Alors où est le problème ? peste-je à voix basse.

-Ecoute-moi bien, Carlson, dit-il en m'attirant brusquement vers lui par le coude. Ce n'est pas parce que je ne veux pas être ton petit-ami ou une connerie du genre que j'ai envie qu'un autre abruti te touche.

Mon cœur subit les soubresauts de cette soudaine montée d'adrénaline. Je vérifie d'un coup d'œil que personne n'a remarqué notre rapprochement. Heureusement, ils sont tous bien trop plongés dans le film pour faire attention à nous.

Les paroles de Violet résonnent alors dans ma tête. Cameron est jaloux. Cette idée ne me paraît plus aussi absurde qu'avant. Son comportement d'ours mal léché est proche de la possessivité. Pourtant, il avait été plutôt clair quant à notre relation. Il ne veut pas de moi. Et voilà qu'il me dit qu'il ne veut pas qu'un autre s'approche de moi. Est-ce ça, la jalousie ?

-De toute façon, aucun d'entre eux ne te satisferait, ajoute-t-il avec un rictus prétentieux.

-Comment ça ?

La salive se fraye difficilement un chemin dans ma gorge.

-Personne ne t'avait touché avant moi, répond-t-il.

D'un mouvement discret, sa main frôle ma cuisse sous le plaid. Mon épiderme réagit instantanément à son toucher à travers le tissu de mon jean.

-Aucun d'eux ne sait comment te toucher.

-Parce que toi, si ?

-Oh, Carlson.

Caché aux yeux de tous, son geste s'affirme. Ses doigts s'emparent définitivement de ma cuisse et commencent à faire des volutes aériennes. Ma peau se recouvre de frisson et mon cœur fait une embardée.

-Une nuit avec toi m'a suffit pour te comprendre, murmure-t-il contre mon oreille. Je sais comment faire pour te rendre dingue.

-Ce que tu peux être présomptueux.

-Je suis seulement réaliste, Emery. J'ai peut-être encore beaucoup à apprendre de toi mais j'ai la sensation d'en connaître déjà un rayon.

-Ah oui ?

Je ne sais pas trop à quoi je joue mais j'ai l'étrange désir de creuser pour voir jusqu'où cette conversation peut nous mener. Il a piqué ma curiosité. Je veux en savoir plus. Cameron est si sûr de lui. Je veux connaître ses arguments même si ceux-ci se révèlent bidons.

-Tout le monde te pense prude mais j'ai la certitude que tu ne l'es pas tant que ça, rétorque-t-il avec assurance. Je l'ai senti dès la première fois où je t'ai embrassé. Dans ta façon de répondre à mon baiser. Tu parais si douce et délicate alors que, au fond, tu brûles comme un feu de forêt. Tu t'enflammes d'un seul coup du moment où on te touche comme tu en as envie.

La personne qu'il me décrit me semble inconnue et, en même temps, pas tant que ça. J'ai l'impression que Cameron me sonde bien mieux que ce dont je serais moi-même capable de faire.

-Je sais que tu préfères qu'on t'embrasse vraiment. Tu aimes la douceur mais tu ne tiens pas longtemps avant d'en vouloir plus.

Mon pouls s'emballe au fur et à mesure que les mots sortent de sa bouche. Je me sens affreusement mal à l'aise d'être analysée ainsi. Mais ça a quelque chose d'excitant aussi. Je suis comme hypnotisée par ses lèvres remuant dans l'obscurité.

-Je sais que tu t'agrippes à mes cheveux quand tu commences à perdre le contrôle, continue-t-il toujours aussi sûr de lui. Peu importe si tu tires trop fort, tu ne peux pas t'en empêcher.

Sous la couverture, ses doigts tracent toujours des cercles sur ma cuisse. J'ai de plus en plus chaud. Je vais finir par étouffer, c'est certain. Des fourmillements crépitent le long de ma colonne vertébrale et entrent mes jambes. Cette sensation est encore nouvelle pour moi. Je n'ai pas encore apprit à la contrôler.

Mon cas ne s'arrange pas quand Cameron se penche un peu plus vers moi si bien que son souffle glisse contre mon cou.

-Je sais que tes seins sont plus sensibles que n'importe quel autre partie de ton corps. Enfin, presque.

Un rictus mi-arrogeant mi-taquin relève le coin de ses lèvres parfaites. Mes capacités respiratoires s'essouffle progressivement si bien que j'ai l'impression de suffoquer. Son corps contre le mien me procure trop de chaleur. Je bouillonne littéralement alors qu'il me touche à peine. J'en ai presque oublié les autres dans la pièce.

-Et je suis presque sûre que, au fond de toi, ça t'excite qu'on puisse nous surprendre, là, tout de suite.

J'avale de nouveau ma salive mais celle-ci a un mal fou à franchir la barrière de mon œsophage. Je pourrais m'évanouir sans même m'en rendre compte.

-Quand je te touche, tu n'es plus la même. Tu n'es plus si réservée et sage que tu veux le faire croire. Tu es bien plus délurée qu'on ne le pense. Je n'ai eu qu'à passer la nuit avec toi pour le comprendre. Tu n'étais plus la Emery que tout le monde connaît.

Ses mots s'entre-choquent en moi. Je ne laisse rien paraître mais, dans un coin de ma tête, je me demande s'il n'a pas raison. Il est tellement fort et complexe qu'il parvient à me faire douter de ma propre identité. Son analyse n'est peut-être pas si absurde que je le voudrais. Peut-être suis-je cette fille qu'il me décrit. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il m'a complètement retourner le cerveau.

-Tu étais aussi sauvage qu'une lionne.

Mon corps tout entier n'est plus qu'une boule de tension géante. Mes cuisses me démangent et mon cœur frappe violemment contre ma cage thoracique. Je ne suis pas sûre de survivre à ce tête-à-tête.

-Tu ne l'avoueras certainement pas mais je suis le seul à vraiment te connaître ici, dit-il d'une voix rauque tandis que sa main plonge entre mes jambes.

Cette fois-ci, s'en est trop.

Je bondis du fauteuil en manquant de renverser le saladier de pop-corn. Heureusement, je parviens à le rattraper avant qu'il ne rencontre le sol. Tous les regards se braquent sur moi alors que je me dresse sur mes pieds. Je suis bien contente que le salon soit plongé dans le noir. Personne ne peut voir à quel point je suis rouge de honte.

-Ça va, Em ? me demande Violet en m'observant d'un air perplexe.

-Oui, oui. Euh...je vais juste...aux toilettes.

Sitôt dit sitôt fait. Je fonce me réfugier dans la salle de bain. Mon pouls frappe brutalement contre mes tempes au même rythme que les battements de mon cœur. J'ai besoin de respirer loin de Cameron. Nous sommes restés assez longtemps l'un contre l'autre pour que mon corps se mette à déconner comme s'il avait été victime d'un court-circuit.

A peine ai-je franchi la porte que je me précipite vers le lavabo. J'ouvre le robinet et m'asperge d'eau fraîche. J'en recouvre mes joues brûlantes et mon front fiévreux. Je me risque ensuite à regarder mon reflet dans le miroir. Mon visage a reprit quelques couleurs à peu près normales mais ma poitrine se soulève toujours de manière désordonnée. Néanmoins, ce qui me frappe le plus ce sont mes yeux. La lueur qui scintille au fond de mes pupilles m'est inconnue. Je ne reconnais pas mon propre regard, chose qui ne m'était encore jamais arrivée auparavant. J'ai la sensation étrange de me tenir devant une toute autre fille. Une inconnue qui me ressemble pourtant trait pour trait.

Mon répit est de courte durée.

Derrière moi, Cameron pénètre dans la pièce. Il referme la porte derrière lui et s'y adosse avec une nonchalance désarmante. Il semble tellement sûr de lui. Son regard trouve le mien dans le reflet du miroir. Ses iris noirs me transcendant en moins d'une seconde. Je serre les dents en tentant tant bien que mal de contrôler ma respiration. Le fait qu'il ne me quitte pas des yeux n'arrangent en rien mon cas. Je me sais prise au piège avec lui dans cette foutue salle de bain. Il se tient contre la porte comme s'il voulait ne me laisser aucune voie de sortie. Son menton dressé fièrement en l'air paraît me mettre au défi d'essayer de m'enfuir.

Je sais pertinemment que je n'essayerai même pas. Je me suis déjà faite une raison depuis longtemps. On n'échappe pas à Cameron.

Mes doigts se contractent nerveusement sur le bord du meuble jusqu'à ce que mes jointures en deviennent d'une transparence inquiétante. Je desserre ma prise et me retourne lentement pour affronter son regard autrement que dans le reflet du miroir. Je m'appuie contre le lavabo en espérant qu'il n'approchera pas plus. La distance qui nous sépare me paraît déjà trop courte.

-C'est dur d'affronter la vérité, pas vrai, Carlson ?

Sa voix grave emplit la pièce tandis qu'aucun de nous ne bouge d'un millimètre.

-De quoi est-ce que tu parles ?

-Du fait que personne ne te connaît aussi bien que moi, répond-t-il en se décollant de la porte. Tu détestes savoir que j'ai raison et pourtant c'est la vérité. Je suis le seul à avoir vu la véritable toi.

Il avance d'un pas. Mon rythme cardiaque s'affole de nouveau. Ce traître bousille toute tentative d'indifférence. Je suis incapable de lui mentir effrontément. Mon corps parle pour moi.

-Je ne sais peut-être pas quelle est ta couleur préféré ou ton pull fétiche mais, de toute cette foutue planète, je suis le seul à connaître le goût de tes lèvres.

Il franchit d'un second pas la distance qu'il y a entre nous.

-Je suis le seul à avoir vu ce qui se cache sous tes robes de gamine et tes chemises de première de la classe.

Je ne pense même plus à m'enfuir en courant. Son regard perçant et sa démarche de félin m'en dissuadent. Je sais pertinemment que je n'ai aucune chance. Et puis, même si je parvenais à lui échapper ce soir, il finirait par me coincer ailleurs. Mieux vaut l'affronter maintenant plutôt que de repousser l'échéance à plus tard.

Je me contente donc de me tenir droite en essayant de faire bonne figure, en vain.

-Je suis le seul à savoir que tu as un minuscule grain de beauté juste là, ajoute-t-il en désignant le carré de peau entre mes seins.

Le frôlement de ses doigts sur ma poitrine me fait l'effet d'un coup d'électricité. Je trésaille en battant rapidement des paupières à la recherche d'un peu de contenance.

Cameron fait encore un pas et réduit l'air entre nous à une masse infime. A partir de là, je ne respire plus. Je ne demeure que pour son souffle à lui. Celui-ci glisse contre moi tant nos visages sont proches. Nos pieds se touchent presque et ma poitrine effleure son torse à chaque fois qu'elle se soulève.

-Et je suis le seul à connaître les bruits que tu fais quand tu jouis.

L'air se coince dans ma gorge. Je me sens rougir à une vitesse fulgurante. Je ne m'attendais pas à autant d'honnêteté et pourtant j'aurai dû m'en douter. Cameron ne prend pas de pincettes. Il dit ce qu'il pense et c'est tout. Il ne passe jamais par quatre chemins. C'est ce qui fait qu'il est lui.

Je suis désarçonnée par tout son discours. Je ne sais plus où donner de la tête. Ça me tue de l'avouer mais il a raison. Il est le seul à connaître ces choses-là. Personne d'autre que lui et moi ne sait ces détails de ma vie. J'aimerais pouvoir le contre-dire mais j'en suis incapable. Notre relation est spéciale. Nous en avons la preuve là. Il me connaît comme nul autre. Peut-être même plus que moi-même.

-Qu'est-ce que tu veux, Cameron ? parviens-je à articuler entre deux respirations chaotiques.

-Je n'en sais rien mais je sais ce que je ne veux pas.

-Et qu'est-ce que c'est ?

-Que tu laisses un autre te toucher comme moi je te touche. Et, par d'autre, je veux surtout parler de Josh.

-Je ne te le redirais pas, rétorque-je en retrouvant une once de courage en moi. Il n'y a absolument rien entre Josh et moi.

Je ne sais même pas pourquoi je me défends une fois de plus mais j'en ai besoin. Je ne m'imagine pas faire autrement. Je dois lui faire comprendre qu'il se trompe sur ce point là. Je ne veux pas de Josh autrement que comme un ami. Je veux désespérément qu'il me croit.

-Je l'espère, dit-il.

-Tu me crois ?

Une lueur d'espoir s'allume brusquement en moi si bien que je la sens presque s'enflammer et grandir dans mon ventre.

-Peut-être.

Tout en disant ces mots, il repousse une mèche de mon front avec son index. Ce contact délicat me fait frissonner. Je papillonne des yeux sans le lâcher du regard. Mes lèvres brûlent de rencontrer les siennes. Comme à chaque fois qu'il se trouve près de moi et qu'il se montre aussi attentionné, j'oublie ce pourquoi je lui en voulais. Je me sens différente avec lui.

Soudain, Cameron ricane doucement et ça me fait presque revenir à la surface comme si j'avais gardé la tête sous l'eau pendant trop longtemps.

-Sympa tes chaussettes, glousse-t-il.

Je suis son regard et baisse les yeux vers mes pieds. Je porte des chaussettes sur lesquels des petits singes sont représentés en costard. Je sais qu'il se moque de moi par simple amusement et qu'il n'y a rien de méchant dans son attitude mais je me sens tout de même stupide. Il doit me prendre pour une gamine. Je suis à la fac et j'ose porter ce genre de trucs. J'aurai dû mettre ses chaussettes à la poubelle dès mon arrivée sur le campus.

-Alors, qu'est-ce qu'on fait ? lance-je dans le seul but de détourner son attention de mes chaussettes.

Ma manœuvre fonctionne puisqu'il redresse la tête et me harponne de ses yeux noirs comme la nuit. Je plonge dans ses iris jusqu'à me baigner dedans. Je suis enfin parvenue à réguler ma respiration même si celle-ci menace de se fracasser au moindre choc. Je respire le même air que lui et j'aime cette sensation.

-J'ai bien une petite idée.

Je l'interroge du regard avant que tout ne s'éclaire subitement dans ma tête.

D'une poigne de fer, Cameron passe ses mains sous mes cuisses et les agrippe avec force pour me soulever. J'ai le bon réflexe de m'accrocher à ses épaules alors qu'il me dépose sur le meuble du lavabo. Sans attendre, le grand tatoué se fraye un chemin entre mes jambes et je lui accorde l'accès sans rechigner. Je n'aurai envie d'être nul part ailleurs à part entre ses bras.

Dans ma poitrine, mon cœur s'emballe un instant mais je le fais taire. J'ai envie de savourer cet instant sans avoir à me concentrer sur autre chose que son corps contre le mien. Cameron semble du même avis.

D'une lenteur me laissant presque agonisante, il glisse ses mains de part et d'autre de mon visage. La peau de mes joues s'enflamme sous ses doigts experts qui ont le pouvoir de me rendre aussi brûlante que le soleil lui-même. Je bouillonne d'impatience d'en obtenir plus.

Je réalise alors que Cameron avait raison. J'aime être vraiment embrassée, j'en veux toujours plus. Je ne me satisfais pas d'une caresse délicate. Je meurs pour quelque chose de passionnément hardant et dévastateur.

-Redemandes-moi ce que je veux, murmure-t-il dans un souffle.

Je ne sais pas encore où il veut en venir mais je suis prête à le suivre quelque soit l'issu. A cet instant, je pourrais presque lui faire confiance jusqu'à le laisser me guider les yeux fermés.

-Qu'est-ce que tu veux ?

-Je veux goûter tes lèvres, encore une fois.

-Fais-le.

Mes paroles sonnent comme un ordre. Je me fiche de tout le reste. Je le veux et je veux lui donner ce qu'il souhaite. Je le réclame comme si j'allais en mourir s'il me laissait là, maintenant. Je n'en peux plus d'attendre. Son échauffement quand nous étions encore dans le salon m'a rendu totalement ivre de désir. J'ai le regret de constater que Cameron avait raison. Je suis quelqu'un d'autre lorsque je suis avec lui. Cette personne est-elle vraiment la véritable moi ?

Je n'ai pas le temps d'y réfléchir plus car Cameron franchit la dernière barrière qui nous sépare. Ses mains englobant fermement mes joues, il m'embrasse avec une fougue proche de la sauvagerie tout en appuyant son torse contre ma poitrine. Instinctivement, mes cuisses se resserrent autour de ma taille pour qu'il ne puisse plus m'échapper. Je réponds à son baiser avec autant d'intensité. La tendresse n'a rien à faire ici. Nos lèvres se dévorent sans aucune délicatesse. Si je devais déterminer quel est le baiser parfait, ce serait celui-là.

Rapidement, je glisse mes mains dans ses cheveux sombres et tire légèrement sur les mèches afin d'accentuer notre étreinte. Cela doit lui plaire car il grogne contre mes lèvres. Ce son provenant du fond de sa gorge se répercute en moi et m'enivre un peu plus. Je ne relâche pas ma prise autour de sa taille. Au contraire, mes jambes s'enroulent d'elles-même autour de ses hanches tandis que sa langue chaude et douce s'insère dans ma bouche. Je ne prends même pas le temps de respirer. Je n'ai pas besoin d'air tant que j'ai le sien.

Mon corps est la délicieuse victime d'un électrochoc lorsque Cameron interrompt brièvement notre baiser pour mordiller ma lèvre inférieur. Ses dents jouent avec ma peau jusqu'à m'en faire gémir. Je me venge aussitôt en emprisonnant sa lèvre entre mes dents. Je lui rends la pareille et suçote sa lèvre afin d'apaiser ma morsure. Mon initiative a l'effet escompter puisque Cameron sourit contre ma bouche. Je parviens à prendre les commandes tout en jonglant avec son piercing. Je pensais que ce petit anneau planté au centre de sa lèvre inférieur serait difficile à manier mais au contraire, j'ai la sensation de ne pas savoir faire autrement. Le métal froid a le don de me donner des frissons.

Nos respirations s'essoufflent à travers nos baisers. Je ne sais plus où donner de la tête. Ses lèvres m'enivrent au fur et à mesure qu'elles s'attaquent aux miennes. Nos langues se cherchent et se répondent avec une facilité déconcertante. J'ai la sensation de l'avoir embrasser toute ma vie. Je me cambre sous ses mains tandis qu'elles quittent mes joues et s'emparent de mes hanches. Cameron me plaque contre lui comme s'il voulait fondre nos corps l'un dans l'autre. Je savoure la sensation de ma poitrine s'écrasant contre son torse dur. Je ne veux pas tarder à défaillir.

Mes terminaisons nerveuses sont assaillies par les multiples stimulations. Mon cœur bat fort. Mon pouls cogne et pulse sous ma peau brûlante de désir. Mon corps tout entier boue et s'impatiente d'être exploré. Mes mains agissent avec frénésie et mes doigts sont entreprenants, en quête d'un défouloir. Je n'ai plus le contrôle de moi-même.

Plus notre étreinte s'intensifie, plus nos voix se libèrent. Je gémis contre sa bouche tandis que sa gorge émet des grognements sourds qui m'incitent à poursuivre sur cette voie. Je soupire lorsque les mains de Cameron se frayent un chemin sous mon t-shirt. Je frémis en réponse à ce contact. J'arrache mes doigts à sa tignasse brune pour m'accrocher à ses épaules. J'entreprends alors de rompre notre baiser. J'embrasse sa joue ainsi que sa mâchoire et vais nicher ma tête au creux de son cou. Mes lèvres parcourent sa peau de long en large. Je dépose une nuée de baisers suaves dans son cou jusqu'à le sentir trembler sous mes doigts.

-Bordel, l'entends-je gronder.

Sa réaction me pousse à poursuivre mes attaques fougueuses. J'embrasse, lèche, mords et chéris la peau fine de son cou jusqu'à sa clavicule. Je vais même jusqu'à repousser le tissu de son t-shirt pour atteindre sa peau. Je suis si entreprenante que celle-ci rougit sous mes lèvres avides de lui. Il sent si bon que s'en est presque hypnotisant.

Soudain, Cameron plonge sa main dans mes cheveux et tire ma tête en arrière. Il arrache mes lèvres à son cou pour foncer vers le mien et inverser les rôles. Je me cambre violemment sous sa bouche dévorante. J'en ai le souffle coupé. Mon pouls frappe tellement fort contre mes tempes que s'en est assourdissant.

-Il va falloir qu'on règle le problème, Carlson.

-Quel problème ? réponds-je, terriblement essoufflée.

Cameron ne cesse d'embrasser mon cou tout en passant sa langue le long de ma carotide. Je tremble de tous mes membres lorsqu'il plante ses dents dans ma chair et apaise la brûleur par un baiser. Sa voix vibre contre moi et ajoute quelque chose d'indescriptible à cette étreinte.

-Toi.

Je gémis en oubliant totalement que nous ne sommes pas totalement seuls. Je suis incapable d'être muette alors que Cameron me savoure comme la plus friande des pâtisseries.

-Vierge, ajoute-t-il entre deux succions de ma peau à vif.

-Parce que c'est un problème ?

-Oui, grogne-t-il pendant que l'une de ses mains écarte le tissu de mon t-shirt pour faciliter l'accès à ma poitrine.

Un gloussement s'échappe d'entre mes lèvres. Il se met à déposer une multitude de baisers humides et chauds sur mes seins. Je m'étrangle avec ma propre voix. L'air est de plus en plus rare dans mes poumons.

-Je ne coucherai pas avec toi, Cameron.

-Ah non ?

-Non, réponds-je dans un souffle.

Cameron s'interrompt pour ancrer son regard au mien. Il me regarde avec une telle profondeur que j'en tremble un instant. Je peine à reprendre mon souffle après tout ça. Mes nerfs sont au bord de la rupture. Je ne pensais vivre quelque chose d'aussi intense un jour. C'est au-delà de tout ce que j'aurai pu imaginer. La passion qui habite en Cameron est si puissante qu'elle me consume dès qu'il me touche.

-Parce que tu veux me faire croire que tu n'en as pas envie ?

La lueur de défi qui brille dans ses iris est déstabilisante. Je ne sais pas quoi dire. Sa question tourne en boucle dans ma tête. En ai-je envie ? Oui. Je pense que oui. En revanche, une nouvelle interrogation se pose alors. En serais-je capable ? Je n'en ai aucune idée. Je n'ai jamais couché avec personne et je ne souhaite pas donner ma virginité à n'importe qui. C'est quelque chose qui compte pour moi. Je veux le faire avec quelqu'un en qui j'aurai tellement confiance que je serais prête à lui confier mon corps dans son entièreté. Ai-je confiance en Cameron ? Non. Ça, c'est une certitude. Il est bien trop lunatique, complexe et imprévisible pour que je puisse avoir totalement confiance en lui. J'en suis incapable. Et pourtant, cela n'empêche qu'il m'a touché bien plus de fois que n'importe qui. Il est le seul à s'être aventuré aussi loin. Il est le seul à qui j'ai accordé mes caresses. Tout ça n'a aucun sens.

Je n'ai donc aucune réponse à lui donner.

Comme si le destin en avait décidé ainsi, on frappe à la porte.

Cameron et moi sursautons, prit sur le fait et interrompu en plein duel de regards. Le grand tatoué ne décampe pas de son poste pour autant. Il demeure entre mes jambes, son torse contre ma poitrine et son visage près du mien.

-Emery, est-ce que ça va ? entendons-nous la voix de Violet retentir à l'extérieur de la salle de bain.

Nous jetons un coup d'œil vers la porte avant de revenir l'un vers l'autre. Nos poitrines se soulèvent au même rythme et nos respirations résonnent étrangement dans la pièce. L'atmosphère est électrique et chargée de la tension qui nous anime depuis que nos corps sont entrés en collision.

-Tu lui as dit, pas vrai ?

Mon corps se raidit contre le sien. J'appréhende déjà la sentence. Nous nous étions promis de ne rien dire à personne et j'ai failli à notre promesse. Je m'apprête à en payer les conséquences.

-Euh...je...

-Pas la peine de mentir. J'ai vu comment elle nous regardait toute la soirée.

Je suis mise au pied du mur sans aucune échappatoire. Je ne regrette pas d'en avoir parler à mon amie mais je crains ce qui pourrait me tomber sur la tête maintenant que Cameron est au courant.

Pourtant, il esquisse un sourire malicieux et ricane. Je fronce les sourcils en voyant l'air amusé qu'il affiche à présent sur son visage. J'étais loin de m'attendre à cette réaction. Je pensais qu'il m'incendierait dans la seconde en me reprochant tout et n'importe quoi. Je croyais qu'il me ferait du mal pour l'avoir trahi. Néanmoins, il n'en fait rien. Je reste tout de même perplexe. On ne peut jamais se préparer avec lui. Il pourrait très bien me servir une des ses remarques affreuses pour me faire payer.

Le plus calmement du monde, Cameron se penche vers moi si bien que ses cils frôlent mes paupières. Nos regards se croisent et mon souffle ne coupe brusquement.

-En plus de ça, je peux lire en toi comme dans un livre ouvert, Carlson.

Et il dépose un rapide baiser sur mes lèvres.

Je suis encore surprise par son attitude joueuse lorsqu'il s'éloigne de moi et se dirige vers la porte. Je sors rapidement de cette bulle d'incompréhension pour descendre de mon perchoir et retrouver une certaine contenance avant qu'il n'ouvre la porte.

Deux secondes plus tard, Cameron et Violet tombent nez-à-nez sur le seuil de la salle de bain.

-Oh, dit simplement Violet en écarquillant ses yeux de chats. Cameron...

Ce dernier la fait taire d'un signe de la main.

-Pas un mot, c'est compris ?

Mon amie acquiesce sans même ouvrir la bouche. Cameron se satisfait de cette réponse. Il me lance un dernier regard, m'observant rapidement des pieds et la tête, et s'en va rejoindre les autres dans le salon. Ce n'est que lorsqu'il a disparu que je pousse un long soupir. Je reprends ma respiration après plusieurs minutes de suffocation. Je passe une main sur mon front fiévreux et ose regarder Violet. Cette dernière a retrouvé le sourire dès lors que nous nous sommes retrouvées seules. Elle me considère avec un amusement non dissimulé.

-Je t'expliquerai plus tard, soupire-je en la rejoignant.

Je sors la pièce après avoir appuyé sur l'interrupteur. Néanmoins, Violet me stoppe avant que je ne m'éloigne.

-Euh, Em ?

-Oui ?

Elle glousse comme un petit lutin et se mord la lèvre comme pour étouffer un éclat de rire.

-Tu devrais...tu devrais te recoiffer un peu, ricane-t-elle en désignant mes cheveux. Sinon votre secret ne le restera pas bien longtemps.

Mon Dieu ! Cette soirée est loin de ressembler à ce que j'avais imaginé.

Foutu Cameron...   

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