Impossible. Il était tout bonnement impossible qu'elle reste là, la voir disparaître sans pouvoir faire quoi que ce soit. Elle avait tourné les talons, et comme si ce n'était pas suffisant, il fallait que la seule voiture disponible soit la sienne. Bien évidemment, son odeur y était encore, elle pouvait encore entendre ses insultes d'il n'ya même pas un jour, quand elle s'était emporté contre un piéton qui s'attardait un peu trop sur la route. Prête à agir elle l'avait raisonné comme d'habitude, comme à chaque fois. Et dire que ces minutes sans elle n'est que le début d'une longue série.
C'est seulement deux semaines plus tard qu'ils sont rentrés à Genoa, n'étant pas encore prête de vivre dans cet appartement autrement dit cette caverne à douleur, elle eut préféré prendre d'abord un peu de temps.
La porte se referme derrière elle en même temps qu'un soupire. Penser que ces jours d'aparté auraient changé l'intensité de ses ressentiments était une idée bien stupide, bien insensée. Il est bien vrai, qu'elles s'écrivent presque tous les jours depuis le premier jour, mais un « Je t'aime » à trois heures du matin et un « moi aussi » à quatorze démontre encore plus l'importance des kilomètres les séparant. La seule chose que Salva se demandait c'était si elle vivait les choses comme elle les expérimente, si elle pleure tous les soirs ou rêve de leurs baisers, encore moins si elle a l'impression de voir son visage sur n'importe quel inconnu, si elle ne parle plus à ses amis et passe des journées entière à revoir leurs photos et vidéos.
~ Hey <3
Son portable signale que c'est envoyé et elle le balance à travers la pièce avant d'aller prendre une douche. Bien évidemment, elle voit son reflet à travers la glace de la salle de bain et c'est là qu'elle réalise que vivre seule ici serait un saut suicidaire dans les abysses profondes de la dépression. Une fois douchée, elle s'en va prendre un pyjama dans le placard et là, un boom dans sa poitrine qui s'alourdit instantanément. D'une poignée de main elle récupère l'objet de son trouble, la caresse un instant avant de le porter à son coeur affaibli. Encore, là voici, sous la couette entrain de verser sa mélancolie sur cette fameuse veste fétiche. Les yeux fermés elle aspire sa présence du nez, essayant de créer un instant où elles seraient dans les l'une de l'autre.
[~ Hey ❤️
Tu fais quoi ? Je peux t'appeler ? ]
Pas le temps de répondre que son portable vibre déjà sur le drap. Son oreille ne se fera jamais à l'euphorie qui l'emporte dès que le son filtré de sa voix arrive à sa perception.
— Je t'ai réveillé ?
— Jamais.
Elle entends son sourire à l'autre bout du fil et l'impression de toucher le summum du bonheur lui surgit.
— J'ai plus personne avec qui regarder les kardashians maintenant...
— Je croyais que tu détestais ça
— Imparfait de l'indicatif. Tu as réussi à me faire voir le fond de cette émission
— Désolé Salva mais il n'y a aucun fond a cette supercherie, elle se fout complètement de ta gueule jamais elle regarde ça ! Intervient Malika, la faisant réaliser qu'elle était en haut parleur
— C'est n'importe quoi ce qu'elle raconte
Salva sourit et elles entament une conversation anecdotique qui ne se terminera que quelques heures plus tard.
La semaine qui suit, Cris est déjà installée, en faite, il ne lui avait pas fallu vingt-quatre heures pour qu'elle le fasse. Elle est devenue en quelque sorte sa morphine, à certains moments en tout cas. Et puis, heureusement, dans deux semaines, c'est la rentrée mais aussi, c'est le début de sa formation dans l'une des école professionnelle de formation, sous le parrainage de Pepino, elle allait enfin pouvoir faire de la cuisine son métier permanent. Elle sentit quand même le besoin d'en parler à sa mère malgré le faite que son avis ne comptait pas, cette dernière, comme prévu s'y opposa en premier lieu mais compris vite qu'elle était seulement venu la prévenir.
19:38
— M'ennuie, on sort ? Demande la blonde, affalé sur une chaise.
De son côté, allongé sur le canapé, elle tire longuement sur sa cigarette avant de démander :
— Pour faire quoi et où ?
— Chai pas... On peut traîner un peu par ci par là
— Nan, j'me vois pas m'amuser là maintenant..
— Tu dis ça à chaque fois !
— Mais t'as qu'à partir non ? J'te donnes les clés si tu veux.
— T'es trop relou, en faite, qu'elle soit là ou pas y'a aucune différence. Jamais on se capte toute les deux, et même quand elle est pas là tu préfères lui parler par message que de sortir avec moi. Je vois pas à quoi je te sers ici si c'est pour m'ignorer h24.
— Euh par contre t'ignorer h24 t'abuses un peu là..
— Tsé quoi ? Vas-y laisse tomber, je vais pas m'empêcher de sortir à cause de toi, et ça m'étonnerait qu'elle aussi s'empêche de sortir à cause de toi.
Cette dernière phrase la fit réfléchir un instant, et c'est peu de temps après qu'elle finit par capituler.
Le temps passe vite et lentement à la fois. Quatre mois déjà qu'elle a commencé sa formation en même temps que la rentrée universitaire dont elle avait préféré rayer de sa liste. De toutes les façons, retourner sur les bancs n'était pas son plus grand désir, maintenant elle faisait ce qu'elle aime et était entourée des personnes qui lui sont semblables. Le changement d'environnement et d'atmosphère faisait défaut au début, apprendre la théorie plus que la pratique, subir des évaluations et tout autre système académique ne l'aida pas vraiment. Fort heureusement, elle s'est parfaitement entendu avec ses camarades apprenant, considérée comme le petit génie de la panoplie. Il est vrai que pour une personne n'ayant reçu aucune formation professionnelle débutant directement en avant dernière année, était forcément le Mozart des mozzarellas. Des contacts elle s'en est fait en quantité pendant ces semaines, se faisant connaître de plus en plus dans ce monde des couverts et micro ondes. Les sorties et les fêtes par-ci par-là, sans pour autant perdre contact avec sa petite amie, à qui, elle racontait toutes ses péripéties et anecdotes même si ce n'était que deux fois par semaine. L'américaine ayant elle aussi, recommencé les études, se parler régulièrement n'était pas tâche réalisable, du moins pas facilement.
Le partage de loyer avec sa meilleure amie se passait à merveille. Malgré les multiples propositions d'Alaïs sur le paiement définitif de l'appartement, elle avait catégoriquement refusé, voulant être totalement indépendante. Car, il est vrai, maintenant que l'américaine n'est plus là, certaines choses facilement acquises n'étaient plus à sa disposition. C'est seulement à cet instant là qu'elle se rendit compte qu'elle vivait la belle vie à ses côtés. Pas de problème de loyer, électricité ni eau, encore moins d'approvisionnement de première nécessité. Maintenant, elle devait payer chaque mois toutes les factures imposées. Si Cris n'avait pas été là, cela aurait tout simplement été mission impossible. Tout se compte et s'économise et elle préférait la vie ainsi du moins, partiellement.
[ ~ Vraiment désolé princesse, la prochaine fois ?
~ T'avais promis.
~ Pardon, je manquerai pas la prochaine fois. ❤️ Je t'aime, joyeux anniversaire. ]
Salva verrouille son téléphone en même temps que le craquement de son coeur. Il était prévu qu'Alaïs vienne ces congés de Noël, elles en avaient très longuement en parler et tout semblait bien jusqu'à ce que cet empêchement de dernière minute vienne tout gâcher. Elle en avait rêvé de ces congés, dans le sommeil comme dans tous les endroits où elle se trouvait. Revoir son visage même pour vingt quatre heures, mais maintenant, il en était rien de cela. Le soir même, elle fêta son anniversaire seule avec Cris dans l'appartement, ne voulant pas montrer de faux sourires à ses connaissances. Ce fut une petite fête bien triste où son amie passa la nuit à éponger ses pleurs plus qu'à couper des gâteaux.
Quatre jours plus tard Noël. Cris n'est plus là, elle est avec sa mère à Florence. Alors c'est contre son gré qu'elle accepte l'invitation de la sienne. Une fois là bas, il ne lui faut pas deux secondes pour regretter : son père est là. Elle ne put que rester une heure de plus et ça, seulement grâce aux implorations de sa mère et la présence de sa grand mère. D'autres membres de la famille sont là, et c'est autour d'une table hypocrite qu'ils se content leurs vies, arborant les sourires les plus factices qui soient. Pendant tout ce temps, la seule chose qu'elle avait en tête était de s'en aller de là, de se sauver de ce cauchemar éveillé. Bien évidemment, pour rajouter de l'huile sur le feu, le sujet de sa relation "déviante" tomba sur la table, et c'est avec beaucoup de haine niché dans l'intonation de leurs voix qu'elle se faisait descendre, seule contre tous. Personne n'ayant daigné l'aider une seule seconde, même pas sa grand-mère. Les entendre décrédibiliser toute humanité à la personne d'Alaïs après l'avoir comparé à la fille de l'ange déchu lui-même, devant elle et sans scrupule mit l'italienne dans une colère innommable :
— Vous êtes tous de gros connards tous autant que vous êtes. Hein... Miliano, avoue que tu te tapes royalement de ce dîner de merde et que t'aurais préféré un bon vieux kebab au grec près de chez toi avec ton millième ticket loto comme le gros con que tu es, avec tes faux airs de noble t'es juste un crève la faim célibataire depuis sa puberté. Et toi grande tante Marta t'arrêtes pas de crier haut et fort que tu appartient à Jesus, que la cathédrale c'est ta deuxième maison pourtant on sait tous ici que tu baises des jeunes de ton quartier, oui tu les baises tu sais comment on appelle ça ? De la For-ni-ca-tion en plus d'être une sale pédo-
— Ça suffit sors de ma maison ! S'écrie son père, voyant rouge.
Elle se mets à applaudir avant d'entamer :
— Mais oui ! Le meilleur pour la fin. Ricardo Santana Gíno, l'homme de Dieu si respecté, le fils caché de Marie. Allez dis moi père, qu'est-il devenu de ce cher migrant ? C'est fou quand même, il s'est volatilisé d'un coup ! Un jour seulement après avoir assassiné ton fils, que dis-je ton esclave. Maintenant dit nous Ricardo, ne me dis pas que tu l'as aidé à rejoindre les flammes de l'enfer, que tu as précipité la volonté du seigneur.
— Salva ! Donna Gino tape sur la table
Il se leva aussi pour la gifler une énième fois, mais elle eut un mouvement de recul à temps pour esquiver.
— Ne pose plus jamais tes sales pattes de meurtrier sur mon visage. Glisse t-elle entre ses dents.
— Ne rôde plus jamais autour de cette maison, je te banni, considère que tu es née orpheline.
Elle esquissa un sourire ironique avant de lui cracher en plein visage, extirpant des réactions outrées du reste de sa famille.
— Joyeux Noël à tous. Dit elle, avant de claquer la porte, pour la dernière fois de sa vie.
Toutes les insultes du monde ne suffirait jamais à qualifier ni quantifier la haine noire et profonde qu'elle éprouve pour cet homme. En tant normal, elle aurait pleuré comme une madeleine. Mais cette fois-ci, elle en avait tout simplement rien à foutre.
Et puis, comme d'habitude, elle roule, une playlist mélancolique dans les oreilles, clope entre les lèvres. Elle admire les décorations comme chaque année sauf que là, il n'y a qu'elle. Sur le point de retomber dans un vortex de souvenirs trop insupportables, une notification empêche son suicide émotionnel.
[ Akim
~ Hey mademoiselle, ça fait longtemps dis donc. Si tu n'as rien à faire comme moi, tu peux me retrouver où tu sais, comme d'habitude. ;) ]
Elle sourit et n'hésite pas à y aller.
Les dizaines de personnes habituels sont remplacées par des centaines. Elle ne peut que se réjouir de la réussite de son ami, alors, elle s'assoit au fond. Il fait son show sur la scène pendant que baby se défoule sur la batterie, il a l'air de prendre son pied, cet atmosphère la fit vite oublier les événements précédents. Et, pendant un instant, comme si il pouvait la sentir à chaque fois qu'elle était à un mètre de lui, il posa son regard sur elle et, derrière ses binocles, il l'observe sans pour autant cesser de chanter. « Quel ange » pensait-il, et comme si sa sérénité n'était pas assez troublée, elle attrapa son regard, posant ses iris miel à travers les siens. Un instant, la foule disparaît, les musiciens disparaissent, en un instant il savoure leur intimité, elle remet une mèche derrière son oreille et lui sourit. Son cerveau ne fonctionne plus, il semble avoir quitté le bord, son coeur prend les commandes et les mots ne sortent plus, putain ça faisait si longtemps, il l'aime tellement.
— Je- je vous laisse avec Baby, il a une nouvelle composition, et joyeux Noël encore.
Ce dernier le regarde avec l'air le plus surpris et irrité possible. Comment avait-il pu s'arrêter de la sorte en pleine chanson ?
Sans prendre en compte les regards assassins de son ami, il se presse, la foule lui semble si épaisse et si tortueuse à traverser, le temps passe et il veut être près d'elle à la seconde même. La tête levée, sous ses pare-brises, ses yeux survolent l'assemblée en quête du visage de ses rêves.
— Super show, j'aurais aimé entendre la fin quand même !
Elle avait posé sa main sur son épaule, un sourire amusée floquée sur les lèvres. Soudainement, il fait trop chaud, il étouffe à l'intérieur, c'est insupportable. Sans crier gare il prend sa main et l'attire à l'extérieur. Ses mains gantées s'engouffrent dans les poches de son manteau après avoir réajusté son bonnet noir, elle est trop mignonne.
— Il fait très froid.. Ajoute t-elle, arborant un énième sourire
— C'est mieux pour moi. Dit il à la volée
Il la regarde sans rien dire et elle ne sait pas vraiment comment agir. Ses cheveux devenu trop long était réuni en une mini queue de cheval et sa barbe était parfaitement rasée, il avait vraiment beaucoup de charme.
— Joyeux Noël Mlle Gíno. Formule t-il finalement
— Joyeux Noël Mr Hammad.
Il la prend dans ses bras et pose son menton sur son crâne. C'était un câlin vraiment apaisant, elle resserre ses bras autour de lui et ferme les yeux sur son torse imaginant à quel point ça aura été un Noël parfait si sa petite amie était là. Sa main caresse ses cheveux de manière ascendante et l'intensité qu'elle mets dans leur étreinte lui pousse à lui demander :
— Qu'est-ce qu'il se passe Salva ?
— Elle avait promît.
Tout de suite les larmes suivent et son coeur l'agresse dans sa cage, il a à la fois mal pour elle mais ne peut s'empêcher d'être jaloux. Il se dit que lui, il ne la ferait jamais pleurer de la sorte, il se demandait comment on pouvait attrister un être si pure. Comment il était possible d'avoir la chance inouïe de l'avoir et de ne même pas en prendre soin, la vie est une vraie salope à former des relations sans même peser le bon et le mauvais.
— Viens, on va chez moi. C'est plus tranquille.
— Et ton spec-
— Tu viens ?
Sans plus broncher elle hoche simplement la tête.
23:52
Comme d'habitude, elle se livre et partage ses doutes et sentiments, et comme d'habitude il l'écoute avec la plus grande des sincérités. En aucun cas ses conseils sont tournés en son avantage, même s'il aurait vraiment voulu profiter de sa faiblesse pour lui monter la tête contre Alaïs.
— Tu sais... Manquer d'une personne c'est aussi se rendre compte à quel point on l'aime, et c'est une bonne chose, car ce manque se transformera en un feu de patience. Considère la distance comme un vent, il embrasse les grands feux et éteint les simples flammes, si tu l'aimes aussi fort que tu le dis, tu n'aura pas à t'inquiéter. Et, quand vous vous retrouverez, parce que c'est ce qui va se passer tôt ou tard, vous vous brûlerez à en devenir des cendres.
Elle le regarde un instant avant de rétorquer :
— Ne sort jamais de ma vie s'il te plaît.
Il sourit avant de faire son humble comme d'habitude.
— Je suis vraiment désolé, je devrais pas te parler de tout ça sachant très bien tes sen-
— Ça va t'inquiètes, peu importe le sujet sensible ou pas, tu sais bien que moi, je suis toujours là.
— Je suis vraiment désolé de ne pas t'avoir rencontré avant.
— Allez c'est pas grave. Il lui pose un bisou sur la joue, puisque tu as interrompu mon concert de super star, tu vas devoir subir un show privé.
Il retire le tissu couvrant son piano, dépoussière légèrement avant de s'installer. Elle est allongée sur le canapé dos au piano et ça l'arrange car elle ne le voit pas.
— C'est trop d'honneur que tu me fais là.
— Tu diras pas ça à la vingtième chanson, je compte déballer tout mon répertoire, tiens toi bien.
— Tu te mets le doigt dans l'œil si tu crois que je vais rester là à écouter tous ça.
— Tu n'ira nulle part, j'ai fermé la porte à clé.
Elle se lève partiellement pour le regarder avant de menacer :
— T'as un balcon. T'es arabe, j'ai juste à crier n'importe quoi, et n'importe quel raciste refoulé viendra à ma rescousse.
— J'abandonne, je rends les armes, ou plutôt les lames si tu préfères.. Deux chansons et c'est bon.
Elle sourit avant de se re-coucher.
Dès les premières notes des frissons l'emparent tel un électrochoc, il transcende les esprits à travers ses accords et malmène les symphonies comme un arc-ange grattant les cordes de sa harpe divine. La musique l'oxygène il n'y a plus de doutes, emportant avec lui les âmes de ses victimes, parce que jouer de la sorte devrait être un crime.
/ Si je ne réussis pas à nous rendre éternel, qu'on me tienne pour criminel.
Échapper aux terrible lois du temps en écrivant des passages insignifiants de notre histoire. Conserver le détail de nos échanges et renoncer à ce que nos illusions puissent disparaître..
Grâce à quelques mots, un peu d'encre,
Et beaucoup de ratures sur mon carnet
J'ai voulu nous rendre immortels,
Pour pas que de nouvelles larmes s'en aillent avec nous vers le large
J'ai voulu nous rendre immortels,
Pour que chaque trait de ton visage désobéisse au temps qui passe.. /
Il déverse un avalanche de paroles encore plus belle les unes après les autres. Ses oreilles saignent, il l'assassine la pureté de sa gamme.
[ Tesoro mia ❤️
~ Si tu penses que vivre sans moi est difficile à vivre, alors tu devrais essayer de vivre sans toi. Joyeux Noël signorina je t'aime ]
Elle lit et re-lit le message, impossible de décoller ses yeux de son téléphone, on aurait dit que sa poitrine avait organisé un feu de camp sans son consentement. Un sourire étiré sur son visage qui semblait éternel, il a juste fallut d'un seul message pour lui refiler la migraine et les bouffées de chaleur. Elle pose son écran sur sa poitrine et balance la tête en arrière, les yeux clos, son coeur aspirant la mélodie d'Akim mêlée à ce sentiment venu chambouler cette soirée où Noël avait déjà prit fin.
Les jours qui suivent sont calmes en attendant le nouvel an. Prise d'un dévouement qu'elle ne comprenait pas, sa mère l'avait rappelé deux jours après, essayant encore de sauver la situation. Elle montrait une façade de glace mais au plus profond de son inner self cet attention venant de sa génitrice la touchait énormément. Elle la mettait automatiquement dans le même panier que son père mais vu finalement qu'elle n'avait en effet rien avoir avec lui.
— J'arrive toujours pas à croire que t'as fais ça, Alaïs a déteint sur toi mais sur tous les plans ! S'exclame Cris, n'en revenant toujours pas du récit que sa meilleure amie venait de lui conter.
— N'importe quoi. T'as plutôt intérêt à vite rentrer, je n'ai jamais été aussi seule. Dit elle sincèrement
— Je dois encore passer le nouvel an avec ma famille, mais après je te promets j'te lâches plus jamais.
— C'est chou mais j'en ai marre des promesses..
— Tu penses encore à ça.
— Tu sais quoi, j'ai pas envie d'en parler encore, ciao on se rappelle plus tard.
— Bisous je t'aime.
Sans même répondre, elle balance son portable de l'autre côté du lit. Bien sûr qu'elle pense encore à ça, bien évidemment. Comment ne pas ? Rien ne l'aide à ne pas y penser. En plus d'être extrêmement seule, chaque millimètre de cet appartement parle de l'américaine, bien sûr qu'elle pense encore à ça. Pire encore, cela fait exactement quatre jours, quatre journées entières que celle qui a mit la pagaille dans sa vie ne répond pas à ses messages, creusant encore plus le puit de douleur qu'est devenu son coeur. Quatre jours qu'elle s'était mise à lire sur son ordinateur les nouvelles parfaitement rédigés d'Alaïs. Encore à cet instant, son Mac sur les genoux, ses yeux glissent de lignes en lignes savourant la langue polie de ses textes en même temps que ses pains au chocolat fait maison et son coca.
Milles émotions contradictoires se disputent la ligne méthodique de son coeur. Un vacarme assourdissant cogne dans ses veines. Elle ne sait qui de son coeur ou de ses yeux pleure le plus, qui de sa raison ou de son amour a le plus mal à l'âme. Chacun des mots d'elle qu'elle lit la déchire les entrailles comme s'il s'agissait d'une lame aussi rapide qu'acérée. Chaque tournure de phrases lui fait l'effet de sa voix qui glisse contre son tympan. Cette histoire qu'elle raconte, cet héroïne dont elle manie le destin à sa guise, elle ne parle pas d'elle même, ni de Salva, elle parle de Jules, de leur histoire.
D'un coup, la pensée que sa compagne soit encore un temps soit peu obsédée par cette femme la plonge dans une psychose immense. Elle parle d'elle si divinement, ses écrits louent la grande beauté de cet ex infernale ainsi que sa personnalité enflammée, elle parle d'elle comme de l'or en bouche, comme un Ruby interdit et sauvagement convoité. Elle la décrit avec une tel passion à en décocher les larmes de l'homme le plus dur qui soit, elle chérie son être et son existence dans ses premiers chapitres. Une jalousie vorace lui tord les poumons dans tous les sens et elle referme son ordinateur la main tremblante. En cette veille de St sylvestre, elle s'endort sous l'effet alourdi de ses paupières trop faibles pour les litres qu'elles ont écoulés.
Le soleil de l'aurore la trouva là, abandonné sur son lit, les yeux rougis scrutant chaque traits du plafond, la messagerie d'Alaïs passant en boucle dans le haut parleur de son portable. À chaque bip elle laissait un message, des messages encore plus tristes les uns après les autres, des messages de détresse plus que de colère, des messages de dénis aussi, ou d'imploration. Il est neuf heures net, et cela dure depuis cinq heures trente. Elle n'a pas l'intention aussi infime qu'elle puisse être de se lever de ce matelas, encore moins de prendre une douche ou de sortir en ce trente-et-un décembre. De toutes les façons elle irait où ? On ne l'attends nulle part, et elle non plus n'attends personne.
Alors, c'est le cerveau complètement momifié qu'elle reste stoïque, prête à faire face à la famine et aux fourmis dans les jambes et puis, qu'est-ce qui est pire en soit ? Aucune douleur encore plus physique ne surpasse celle de sa déception. Les pires congés de Noël de toute sa vie, là c'est ce qu'on pouvait qualifier d'un tunnel sans fin, un tunnel sombre et d'emblée d'insectes en tout genre. Elle est en pleine dépression.
Il est douze heures, le temps passe d'une lenteur maléfique, elle peut entendre d'une oreille ses compatriotes italiens se saluer et s'exciter sur la soirée à venir, la fenêtre est grandement ouverte. Pour ce qui sera considéré comme le seul geste de la journée, elle se lève et ferme le battant, tirant les rideaux par la même occasion. Sa chambre replonge dans la pénombre comme cette nuit, et, en quête de plus de souffrance, elle se remet à la lecture du florilège de sa bien aimée.
Les heures défilent et la confusion que cet histoire lui produit est insoutenable, les événements prennent une tournure inattendue, ce qui se referait à l'amour parfait semblait en faite être le sentiment le plus toxique et le plus meurtrier Qui soit. Elle lit l'énorme souffrance que cet ex de l'enfer a pu infliger à Alaïs. Cet adoration du début se transforme malédiction, l'américaine dessine de ses mots les morceaux éparpillés de son coeur après le passage de cette tornade. Détruite, est le mot répétitif qui ne cesse de se camoufler dans la sémantique et la morphosyntaxe. Ses phrases sont tellement soignées que certains passages lui échappe, c'est clairement un autre niveau d'anglais, un anglais de l'époque shakespearienne. Comme elle se doutait, la fin est loin d'être heureuse, il fallait être un génie de la langue, des figures de styles et de la haute littérature pour réussir à s'apercevoir dans la phrase finale du récit qu'elle apparaissait comme le messi, celle qui la sortît de de cette souffrance métaphysique, mais ça elle n'en su rien de cela et ferma son ordinateur une énième fois.
D'un geste lent et robotique, elle prend son portable légèrement perdu dans les draps. Il est dix-neuf heures, mais aussi, son écran affiche une centaine de messages et appels de Cris. Sur le moment elle est en colère, furieuse contre son amie de lui avoir indirectement fait croire que ça aurait put être des messages d'Alaïs. Son coeur l'agresse encore une fois, et ses yeux n'ont tous simplement plus la force de pleurer. Elle s'apprêtait à paresser sur son matelas comme la loque humaine qu'elle était devenue quand la sonnerie retentit au salon.
— Cazzo ! Jure t-elle profondément irrité
Espérant que la personne s'en aille, elle ne bouge pas. Malheureusement pour elle, cet individu qu'elle haïssait déjà était déterminé. Elle saute dans ses pantoufles Simpson et traîne le pas jusqu'à la porte. Elle reste encore un instant face à celle-ci, espérant vraiment que cette personne finirait par abandonner, mais une énième sonnerie la fit soupirer tellement fort que c'était perceptible de l'autre côté.
— A- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Oh mon Dieu tu devrais pas me voir comme ça.
— Il est trop tard maintenant. Ricane t-il
— Vas-y entres, reste pas planté là.
Elle se précipite pour ramasser quelques bouteilles ou paquets de cigarettes de par et d'autres, espérant qu'il ne porte aucun jugement sur son hygiène. « Alaïs n'aurait jamais laissé une pagaille pareille » pensa t-elle avant de se forcer à oublier son prénom le temps d'une soirée.
— Je me rappelles que t'étais déjà venu une fois mais, comment t'as su le numéro de mon appartement ?
— Ton amie Cris m'a dit que tu avais besoin de compagnie et m'a donné les informations nécessaires. Dit il, s'installant sur le canapé
— Mais tu n'as rien d'autre à faire ? J'veux dire, bientôt le nouvel an, tu devrais être avec baby, tes proches et tout ça.
— C'est le nouvel an pour vous, pas pour les musulmans. Donc par conséquent, baby et mes proches s'en tapent un peu tu vois ?
— Ah.
Après avoir terminé son mini ménage improvisé, elle vient s'installer aussi sur le canapé, face à lui. Elle est légèrement gênée car simplement vêtue d'un large maillot de basket et ses cheveux bataillent pour rester accroché sous l'élastique. Mais en vrai, elle a trop la flemme de s'échanger.
— Comme tu peux voir, j'en ai rien à foutre aussi.
— C'est pas grave, je suis là pour rester avec toi.
— Ça ne sert à rien, t'aurais pas dû faire le déplacement sérieux, y'a rien à voir ici.
C'est la première fois qu'elle lui répond avec une telle dégaine, une désinvolture qui ne lui ressemble pas, tous dans ses gestes et sa voix l'incite à s'en aller, mais il voit bien qu'elle va très mal.
— T'as rien mangé.
— Cool Monsieur est perspicace c'est bien.
— Je vais te faire un truc, je sais pas encore quoi mais tu dois manger. Dit il, se dirigeant vers la cuisine
— Putain t'as rien à foutre de ton temps ?
— Sur Allah ta cuisine c'est le feu, hyper high-tech et tout.. Je sais même pas quoi utiliser.
Cris l'avait prévenu qu'elle agirait ainsi, qu'elle aurait un comportement qui ferait fuir n'importe qui. Elle l'avait aussi prévenu que s'il prétextait vouloir cuisiner elle ne resterait pas de marbre, c'était son point faible.
— Effectivement, c'est pas pour les novices.
— Pas grave.
Il commença à mijoter des choses dont elle ne percevait pas et puis, il lui fallut deux minutes pour craquer.
— Vas-y laisse, je vais préparer un truc.
— D'accord, et tu me laisse t'aider aussi.
— Bien, mais ne touche à rien.
— À tes ordres chef.
Cette dernière phrase frappa dans sa tête comme une enclume, l'attirant bientôt dans cette nostalgie malsaine qui l'enchaine depuis des mois déjà. Elle allait retomber, mais le bruit d'un saladier qui se brise au sol la sort immédiatement de sa transe.
— Je t'avais dis de rien toucher !
— Désolé mais j'ai voulu casser cet œuf mais c'était vraiment trop difficile
Elle ne peut pas s'empêcher d'éclater de rire devant sa bêtise, il était couvert de jaune d'œuf sur son T-shirt, planté là comme un gamin du bac à sable.
— Comment tu peux pas casser un œuf Akim, un œuf !
Il se met à rire avec elle pendant qu'elle l'aide à nettoyer la pagaille.
23:53
Finalement, elle avait prit une douche et s'était toute vêtue de blanc. Elle se dit qu'au bout du compte ça lui ferait un nouvel an particulier, et que malgré les circonstances, c'était quand même le nouvel an. Le brun ne s'était pas gardé de lui faire des compliments durant la soirée, et sa présence l'apaisait vraiment beaucoup. Comme d'habitude, Cris avait eu raison. Ils avaient recréé une ambiance plutôt chaleureuse, qui les convenait parfaitement.
— C'était divin Salva, merci. Dit il posant sa fourchette et son couteau de table
— You are welcome. Mais dis moi, tu fais comment pour manger chez toi ?
Il sourit.
— Bof, quelques resto par ci par là.
— C'est pas une vie tu sais..
— Je survie t'inquiètes.
Elle secoue la tête avant de commencer à débarrasser la table, il se propose de le faire à sa place. Pendant qu'il est à la cuisine, elle jette un dernier regard désespéré à son écran et bien évidemment, ce qu'elle voit la déçoit énormément.
— C'est pas vraiment mon genre mais... Ça te dit une danse ? J'ai vu qu'il y'a de la bonne musique et je me suis dis pourquoi pas.
— Ça tombe bien, j'ai toujours rêvé d'un slow avec le roi du bal. Sourit elle
Il lui tendit la main de manière solennelle et ce geste lui rappelle encore des souvenirs mais elle décide de vite les oublier et lui prend la main.
The power of love de Frankie goes to hollywood fait valser les deux amis dans un rythme romantique et plein de pureté. Salva se dit à cet instant qu'Alaïs avait vraiment un énorme registre sur les chansons à l'eau de rose, cette musique collait parfaitement au moment présent.
La main du pianiste se resserre sur le bas de son dos, venant la mettre en évidence avec l'affolement de son coeur. Son visage est confortablement posé sur son torse et elle ferme les yeux quand ses lèvres se posent sur son front. Sa main libre cherche la joue de l'italienne et il réussit à connecter leurs regards, il pose son front sur le sien et leurs pas de danse cessent instantanément. Le bruit des feux d'artifices à l'extérieur accompagnent ce moment rempli d'intensité.
— Bonne année Salva
Elle ne répond pas qu'il rallie leurs bouches ensemble, le baiser reste statique jusqu'à ce qu'elle y réponde à son tour. La chanson se termine et enchaîne sur une autre, et là, elle fond en larmes contre ses lèvres. Someone you loved vibre dans sa chair et la fait frissonner de regrets, elle pleure sans réserve, et il la tient toujours plus fort, pendant qu'elle se déshydrate sur sa chemise.
— Tu mérites tellement mieux mon amour.. Murmure t-il à lui-même. Tellement mieux..
*
Elle s'était faite une raison, ça ne servait plus à rien d'attendre. Il n'y avait définitivement plus d'espoir. Neuf mois entiers sont passés depuis ce soir là. Neuf mois nom de Dieu. Les premiers mois furent les plus éprouvants, elle nageait dans le déni, sa dépression avait atteint un stade incontrôlable par son entourage. La boîte vocale de l'américaine devint un moyen subtil pour elle de l'écouter, entendre sa voix peu importe la boucle infernale qu'elle faisait. Une fois, elle s'était même décidé à prendre le premier avion pour Atlanta, mais avec les multiples raisonnements de ses amis, l'idée tomba vite dans l'oubliette. Un soir, pendant qu'elle cuisinait au restaurant, elle avait passé son couteau acérée sur sa paume plusieurs fois. Elle ne voulait pas se suicider contrairement à ce que son entourage a pensé, elle voulait juste ressentir une douleur plus forte que celle qui cognait sa poitrine à chaque réveil seule le matin. Sa vie sociale était inexistante, si ce n'était sortir travailler ou passer à l'école de formation, elle fermait toutes les portes de sa vie.
Et puis, il y'a eu ces mois-ci, elle abandonna tout simplement tout espoir, convaincue que Alaïs avait fait un trait sur elle depuis longtemps et qu'il fallait qu'elle fasse de même. Alors, à petit Pas elle redevenait la Salva d'avant, celle d'avant sa rencontre. Son activité catholique avait repris, elle acceptait les visites quotidiennes de sa mère. Table rase, c'était ça son but. Plus de temps pour ses amis, son travail et surtout Akim. C'était tôt, bien trop tôt pour se plonger dans une nouvelle relation, ils étaient encore au stade de quelques rendez-vous improvisés et d'étreintes strictement formelles. Elle ne l'aimait pas, mais savait très bien que ce n'était qu'une question de temps.
Elle venait d'entrer chez elle, et il se tenait sur l'embrasure de la porte, la regardant avec le regard le plus doux qui soit.
— On se dit à Samedi alors ?
— Samedi 20h. Termine t-elle, un léger sourire aux lèvres
Tentant le tout pour le tout, il se pencha et déposa un baiser tendre sur ses lèvres. Il s'étonna quand elle glissa une main sur son cou intensifiant ce qui n'était alors qu'un baiser très chaste. C'est la première fois qu'il goutte à sa langue, et c'est encore mieux que dans ses rêves et fantasmes. Quand au lieu de fermer sa porte comme prévu elle l'attira à l'intérieur, elle sût qu'après ce qu'ils s'apprêtaient à faire, il n'y aurait plus de retour en arrière.
Elle se rongeait nerveusement les ongles, on était le lendemain de cette nuit là, et les remords la tourmentaient comme des esprits derrière sa nuque. Plus elle le regardait dormir plus elle regrettait, malgré toute sa tendresse ça avait été la pire nuit de toute sa vie. Elle essayait tant bien que mal de se convaincre que c'est de lui qu'elle a besoin dans sa vie, qu'il était le seul à lui rendre au moins la moitié du bonheur qu'elle a connu, mais rien. Tout ce qu'elle voit c'est une trahison, elle l'a trahie.
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