Attablée avec mes parents et Ambre dans la cuisine, nous discutons de l'état de grand-père, qui ne s'est absolument pas arrangé. Ça me fait peur. Il est actuellement dans sa chambre et se repose. Il est rentré de l'hôpital juste hier, après avoir fait un malaise.
- Je pense que c'est passager...tente de nous rassurer Ambre. Il a eu quelques coups de moi ces dernières années mais s'en est toujours remis ! Et puis, maintenant, il faut attendre les résultats de toutes les analyses, on ne va pas commencer à s'angoisser tout de suite.
J'opine, espérant de tout cœur qu'elle avait raison. Mais mon père intervient, plus pessimiste:
- Les médecins disent qu'il a peut-être une maladie dégénérative. Et au vu de son état dernièrement, je ne reviendrais pas forcément les contredire. C'est même assez inquiétant.
- Certaines sont moins graves que d'autres, alors attendons de voir, comme l'a dit Ambre.ajoute ma mère, reprenant Maena correctement sur ses genoux.
- Dans le meilleur des cas, il n'a rien. Juste un coup de fatigue.fais je, tendue.
Depuis tout à l'heure, on se met à imaginer le pire pour lui. Certes, il ne s'est pas senti très bien dernièrement mais arrivé à un certain âge, c'est tout à fait normal, non ? Pourquoi y aurait il forcément une maladie derrière cela... J'avoue préférer pour l'instant garder cette idée loin de moi. Depuis que Sharon a quitté le pays après avoir échappé de peu à une peine devant le tribunal, il est la seule vrai personne qui me relie encore à mes parents biologiques.
J'ai raté tellement de choses à ses côtés et j' adore toujours autant passé des moments avec lui. Et depuis que Maena est entrée dans nos vies, ces instants sont devenus encore plus précieux à nos yeux. Elle y a ajouté quelque chose... Plus de jeux, de sourires, de joie, d'amour tout simplement.
Il est devenu tellement important pour moi qui pensait alors ne plus avoir aucun grand-parent, il était arrivé et avait rendu ma vie plus lumineuse...
Non.
Vivre sans lui était une chose qu'actuellement je ne pouvais, et ne voulais pas concevoir.
Plus personne ne parle autour de la table. Seule le hochet de Maena résonne quelques fois.
- Bon... Et si... Et si je faisais des cookies pour le goûter ?propose ma mère. Ça nous redonnera le sourire à tous, Alfredo le premier.
- Attends... Les médecins...commence papa mais il est vite réduit au silence.
- Un cookie ne le tuera pas Miguel ! Viens chercher notre jolie patate douce Luna.
Je me suis à peine redressée que Ambre me repousse à ma place.
- NOOON ! C'est à mon tour !! Ay mi pequeñita babosa !s'exclame-t-elle en allant la chercher.
- Vous êtes au courant qu'elle a un prénom sinon ?questionné je ironiquement, au milieu des compliments que ma cousine balance à la chaîne à ma fille.
- Je crois qu'il a été depuis bien longtemps oublié! rigole mon père, en me faisant un clin d'œil. Bien. Si quelqu'un me cherche, je suis allée faire des comptes. Appelez moi tout de même quand ce sera prêt !
Il se lève sans grande motivation, va embrasser ma mère qui s'était activé dans la cuisine, et sort de la pièce.
Mon regard se pose sur Ambre qui est en train de faire de petites grimaces à Mae'. Évidemment, celle ci en rit, tout en restant quand même concentré sur un bout de carton qui a atterie dans ses mains par je ne sais quel miracle... Je ne sais même pas d'où il sort.
- Au fait, Simon m'a dit qu'il s'était fait passé un savon...
- Je ne te le fais pas dire.grogne ma cousine, reprenant soudain son sérieux. J'ai cru que j'allais le gifler. Ces deux là sont complètement...
- Déraisonnables ?
- Insensés, et irréfléchis.
- Complètement cinglés !
- Ça pu l'amour dites moi donc...réagit ma mère en prenant son sachet de farine.
Comme j'ai passé toute la journée ici, j'ai eu le temps d'expliquer à mes parents les évènements s'étant produits juste hier.
- Moi je ne suis pas en couple, j'ai tout les droits du monde de le traiter de tous les noms...
Ambre hausse un de ses sourcils, en me lançant un regard en biais, dans l'incompréhension.
- Premièrement, Lutteo, c'est plus qu'une question de semaines, et deuxièmement, si j'ai envie d'abîmer la belle gueule d'ange de Simon, je le ferai, que l'on soit ensemble ou pas, même mariés je continuerai à le critiquer ou à avoir envie de lui casser son joli nez si ça me chante.
- Tant de violence dans ta façon de parler...souligné je.
- N'importe qui aurait pu se sentir agressé.complète ma mère. Et... Lutteo? Je ne savais pas que...
- Non!l'arrêté je. Ambre s'embarque comme d'habitude dans des discours un peu trop poussés mais pour le moment, il n'y a rien et on ne veut rien.
- Rectification, tu ne veux rien. Matteo était à tes pieds ce matin, il aurait pu te bouffer entièrement tant il avait l'air hypnotisé par ta personne d'un coup...
Je la fusille du regard. Mais elle n'en a rien à faire et soulève Maena pour frotter son nez contre le sien. Ma fille ferme les yeux et rigole, remuant ses petites jambes dans le vide.
En effet, Matteo a tenu à venir à la résidence ce matin, pour me rendre un Tupperware, que je lui avais laissé hier juste avant qu'il ne rentre chez lui. Il m'a donc envoyé un message pour savoir ce que je faisais, et ayant décidé d'aller faire des courses, il a fait un petit détour pour me rendre ça. Tous les prétextes deviennent apparemment bon pour qu'on se "croise" ... Et évidemment, Ambre était avec moi, ne voulant rien rater, quand je suis allée récupérer mon récipient au portail.
- C'est compliqué...lâché je, dépité.
- On s'en doute bien...entendis je marmonner ma mère qui était en train de couper des morceaux de chocolat.
Elle a l'air soudain un peu crispée. Je la regarde étrangement, ne comprenant pas tout de suite sa réponse, m'étant apparue comme vraiment froide.
- Ça va être bizarre sans vous demain...reprend ma cousine. On s'était vraiment préparé à être tous ensemble...
- Oui...soupiré je. Sans parler des opportunités que je risque de laisser échapper. Mais c'est un mal pour un bien en fait. Je me dis maintenant que j'ai peut être voulu me relancer dans ma carrière trop rapidement... C'était pour oublier... Mais je veux prendre du temps pour Mae'. J'ai la possibilité d'attendre encore un peu, alors je le ferai...
- Sage décision.s'est de nouveau attendrie ma mère. Tu sais... Je pense que tu devrais prendre un peu de temps pour toi Luna... Nous n'osions pas trop aborder le sujet avec ton père, mais avec tout ce qu'il t'est arrivé...
- Je vais bien maman.assuré je.
Elle pose ses ustensiles, s'essuie rapidement le front, puis attrape un torchon pour ses mains.
- Ça, c'est ce que tu nous dis. Mais... On s'inquiète.avoue-t-elle en faisant le contour de l'îlot centrale pour venir se rasseoir en face de moi. Tu as maigris, tu as des cernes, j'ai l'impression de te revoir il y a quelques mois....
Elle s'avance un peu sur la table pour attraper mes mains, avec toute la bienveillance du monde. Je vois dans son regard qu'elle est vraiment préoccupée et tracassée pour moi.
Ambre decide de prendre timidement part à la discussion.
- Elle n'a pas tout à fait tort... Tu as mauvaise mine.
- Je vous jure que je vais bien... J'ai juste besoin d'un peu de repos, c'est pour ça que je ne vais pas patiner demain aussi, non ?
- Oui... Mais tu as peut être besoin de parler de tout ce qui t'est arrivé ? Je peux contacter Madame Bonvalo, elle est ici en ce moment je crois... Ou on contactera quelqu'un d'autre...
- Maman, je vais essayer de me débrouiller sans psy pour le moment. Ça ira. Mais je te promets que si vraiment j'en ressens le besoin, j'en contacterai un. Et on va partir une petite semaine à Cariló, avec Matteo...
Une bombe venait d'être lâchée. Et j'ai le droit à deux réactions différentes... D'une part, Ambre qui affiche un sourire en coin, faisant semblant de continuer à être intéressée par bébé.
Et ma mère...
- Luna...souffle-t-elle, paraissant meurtrie. Tu es sûr de vouloir lui refaire confiance ?
Je comprends mieux désormais sa réaction de tout à l'heure, lorsqu'on parlait de notre relation.
- Je... C'est juste une semaine, on veut discuter de tout ça et ça lui permettra de passer du temps avec sa fille. Et moi, je pourrais souffler et prendre l'air, m'éloigner un peu d'ici... Je ne compte pas me remettre avec lui pour le moment.terminé je.
L'air plutôt coquin de Ambre disparaît pour laisser place à une mine excédée et désespérée.
Ma mère paraît un peu pensive, les yeux rivés sur mes mains qu'elle caresse doucement, par intermittence. Puis elle revient à me fixer, un sourire à la fois chaleureux et triste collé au visage.
- Tu sais qu'on ne se mettra jamais entre toi et Matteo. Enfin... Ton père, c'est autre chose... Mais il finira par accepter si ton choix est de fondée la petite famille que vous êtes censées être. On veut juste ton bonheur après tout... Et j'ai bien conscience que Matteo n'est pas méchant... Mais... Je... fais juste attention à ne pas... Retomber trop vite dans ces bras ?
Elle cherche beaucoup ses mots, par peur sûrement de me blesser.
- Par précaution.
- Oui maman...affiché je un petit rictus. Tout ira pour le mieux. Et si on en vient à avoir le projet de se remettre ensemble, tu seras la première au courant et ça se fera calmement. Je crois qu'il a bien compris qu'il a fait une erreur...
- Si tu lui fais confiance, alors on fera des efforts pour l'accueillir de nouveau dans cette famille et essayer de... Passer outre tous ces événements.
Elle tend sa main pour venir me caresser tendrement ma joue.
- Il y a une chose que je veux que tu saches et n'oublies jamais. Et toi aussi d'ailleurs.sourit elle à l'intention de Ambre qui fait les gros yeux.
- Qu'est ce que je viens faire dans l'histoire ?bafouille-t-elle.
- On sera toujours derrière vous, peu importe ce qu'il se passe dans vos vies.
- Ça on le savait déjà.révèle ma cousine en rigolant.
- On ne sait jamais.l'accompagne ma mère dans son rire. Ça fait toujours du bien de le répéter...
-Et on vous promet qu'on sera là en retour.conclus-je fièrement. C'est le principe d'une famille, non ? Se soutenir quoi qu'il se passe.
Ambre libère une de ses mains et je comprend qu'elle veut prendre une des miennes. Maena jette enfin le bout de carton, paraissant s'en être lassé puis pousse un cri presque furieux comme si elle était offusquée qu'on ne lui donne pas sur le champs autre chose pour s'amuser. Cela nous surprend tellement que nous sommes toutes prises d'un fou rire.
De quoi mettre du baume au cœur.
***