Je me traîne le long des rues d’un pas lourd. Mon cœur martèle douloureusement. Je suis en colère. Cette fois, c’est fini, j’arrête ! Je n’en peux plus de sa mauvaise humeur.
Alors que je m’apprête à traverser la route, des doigts s’enroulent autour de mon bras. Par pure réflexe, je passe sous le bras de la personne, enlevant sa prise et lui bloque son bras dans son dos, en faisant pression dessus.
Adam- Bordel ! Sa fait mal !
J’ouvre de grands yeux en reconnaissant cette voix. Je repère un tatouage d’ange, que je reconnais immédiatement. Je relâche aussitôt ma prise. Je découvre Adam, haletant d’avoir couru pour me rattrape. Celui-ci se frotte le bras en grimaçant.
Shaïna- oh, dios mio ! je suis désolé.
Adam- C’est pas grave.
Je le regarde septique et, hoche la tête avant de continuer à marcher. Ce n’ai pas de sa faute, mais je ne suis pas d’humeur à discuter.
Adam- Attend Shaïna.
Je pivote face à lui, le considère froidement. Je suis assez énervée et triste comme ça. Il n’a pas besoin d’en rajouter une couche.
Adam- Laisse-moi deux minutes, s’il te plaît.
Shaïna- Pour me dire quoi ?
Adam- Je suis désolé. Pour te dire que je suis Désolé.
J’esquisse un sourire mauvais et tend le doigt vers l’entrepôt dans lequel vit Colin.
Shaïna- Tu n’y es pour rien ! C’est au crétin de le faire, mais il ne vient pas s’excuser.
Adam me renvoie un sourire amusé, presque tendre. Il hausse les épaules d’un air impuissant.
Adam- Je crois que tu le connais assez pour savoir que, même s’il se sait en tort, il est pas trop du genre a l’accepter, encore moins a demander pardon.
Shaïna- Donc, moi, je dois lui pardonner un comportement complètement inacceptable qu’il ne songe même pas à changer ?
Je le regarde ahuri. S’il accepte ce caractère de merde sans broncher c’est son problème. Moi je ne suis pas comme ça.
Adam- Non, ce n’est pas ce que je dis. Je t’expliquerai seulement qu’il n’est pas capable de s’excuser. Cela ne signifie pas qu’il ne s’en veut pas. Il est stressé. Il a peur qu’on soit tourné en ridicule, le jour du concert.
Pourquoi prend-il la défense de Colin, alors qu’il sait qu’il a tort.
Shaïna- C’est supposé me rassurer ?
Il pouffe de rire et passe sa main dans ses cheveux, l’air un brin nerveux.
Adam- Non, mais je suis sûre que tu sera parfaite. Tu es juste aussi tendu que lui. Faut trouver un moyen de cous détendre tous les deux. J’ai deux ou trois idées en-tête, mais vous avez pas l’air enclin à prendre ce chemin.
Je n’en reviens pas qu’il insiste encore, alors qu’on est au bord de l’implosion, Colin et moi. Il sourit plus largement et pointe du doigt la porte que j’ai franchie en coup de vent.
Adam- Reviens, s’il te plaît. Je t’assure qu’on a besoin de toi. Et colin aussi. Bien plus qu’il ne l’imagine, si tu veux mon avis.
Shaïna- T’es plus aimable que ton coño de copain.
Adam- On me le dit souvent.
Je soupire et acquiesce. Je leurs ai promis de les aider, et je ne rompt jamais une promesse. Et si j’arrête, je ne verrais plus Colin. Je peux m’accommoder de lui…. On doit juste trouver une méthode pour parler sans se crier dessus.
Adam- Au faite rappel moi, de ne plus jamais, te reprendre par surprise.
Je rigole avec lui et retourne chez Colin.
Je me rend compte, en retournant à la salle de répèt', que, depuis que je connais Colin, nous avons passé la plupart de notre temps à nous disputer. À croire que c’est notre façon de communiquer : nous regarder dans le blanc des yeux pendant de longues minutes, puis balancer des vacheries.
Nous sommes très doués, a ce jeu-là ! En pénétrant dans le sous-sol, tout est calme. Vraiment trop calme. Zack me voit le premier et, me sourit, avant de me prendre dans ses bras. Je resserre son étreinte.
Mes mon regard est sur Colin, qui s’est pris la tête dans les mains. Ses cheveux cachent son visage, m’empêchant de deviner son expression.
Il relève finalement la tête et plonge son regard dans le mien. Aussitôt, cette chose en moi, sur laquelle je refuse de mettre un nom, prend toute la place. Chaque fois que nos yeux se rencontrent, j’ai l’impression qu’il peut lire à travers moi. Cette sensation est à la fois si agréable et déroutante….
J’ai peur de mes sentiments. Colin sent le cœur piétiné à plein nez. De toute façon après que Doris soit revenue, nous reprendrons nos vie chacun de notre côté. Je n’aurais plus a le revoir aussi souvent voir pas du tout. Et peut-être que ces sentiments contradictoires, partirons. Je détourne mon regard, quand je sens les mains de Zack encadrés mon visage.
Zack- On ira au cimetière après la répétition et, si c’est fermé, nous irons demain matin ensemble.
J’acquiesce d’un signe de tête en lui offrant un sourire . Il m’embrasse le front avant de s’éloigner. Mes yeux se dirigent vers colin, qui m’accorde un vague signe du menton, en homme des cavernes. Je suppose que c’est sa façon de s’excuser.
Il se dirige vers sa guitare, passe la lanière de cuire sur son épaule et se positionne près du micro.
Zack- Hé, Adam. Il t’est arrivé quoi à ton bras ? T’es vachement rouge.
Adam me jette un regard en souriant.
Adam- Disons que j’ai, en quelque sorte, fait peur à Shaïna.
Shaïna- Tu m’as prise par surprise. Je me suis juste défendu. J’aurais pu te faire bien pire. C’était juste une clé de bras.
Zack éclate de rire, ce qui me fait lever les yeux au ciel. Je suis éberluée par l’attitude er le silence de Colin. Je reprend place derrière mon piano.
Adam me lance un sourire amusé, en dardant un regard moqueur sur le dos de colin. Celui-ci est un handicapé de la conversation.
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Pendant la pause déjeuner au boulot, je lâche mon surplus d’émotions auprès de Matt. Après tout, il connait bien Colin. Il saura peut-être m’aiguiller un peu, ou me donner des astuces pour diriger son comportement.
Je dois apprendre à communiquer avec lui, encore faut-il que nous puissions rester dans la même pièce sans avoir envie de nous écharper. Je mange du bout des lèvres. Je suis sur qu’avec tous ça, j’ai perdu du poids.
Shaïna- Ça fait longtemps que tu le connait Colin ? Tu ne m’en as jamais parlé, avant.
Matt relève les yeux, concentré sur une paire de fesses qui passe sous son nez, et hausse un sourcil.
Matt- Oui, pas mal. Pourquoi ?
Shaïna- Es-tu sur qu’il est humain ?
Ma formulation lui arrache un grand éclat de rire. Il donne une claque à la table, faisant dangereusement vaciller les verres.
Matt- Ça dépend des jours. Pourquoi tu me demandes ça ?
Shaïna- Parce qu’il est imbebible (Imbuvable), doloroso ( pénible ), arrogante ( arrogant), pedante ( pédant). Je n’ai plus de mots assez fort pour le décrire.
Matt me sourit largement. Le menton calé contre son poing, il me dévisage longuement, cherchant à percer les mailles de ma carapace. Matt est mon frère.
Même si je cherche à lui dissimuler des choses, il va s’en rendre compte et pourrir mes journées, ainsi que mon portable d’appel et de Sms, jusqu’à ce que j’avoue.
Matt- Il t’en fait baver ?
Shaïna- Ce n’est plus le terme exact. Je suis très conciliante. Je m’adapte facilement. Je peux faire des sacrifices. Mais ce qu’il demande, c’est…
Matt- Trop ?
Shaïna- C’est exige de la mauvaise manière plutôt.
Matt- Colin n’est pas connu pour être expansif. Il en montre le moins possible et il n’est pas très doué pour exprimer ses sentiments.
Pour un chanteur, je trouve ça plutôt cocasse.
Shaïna- Non, ce que je veux dire, c’est que j’ai toujours travaillé dans la bonne humeur. Alors que là, l’ambiance est morbide. Je sais être sérieuse, mais quand je fais de la musique, je le fait tout en me donnant à fond et, je m’amuse. Là, j’ai l’impression qu’on me force a jouer et, j’aime pas ça !
Quand il est sur scène , il est totalement différent. Il sort de sa carapace. Sa voix rampe en moi a chaque fois qu’il commence à chanter. Ce n’est pas le même homme sur scène et en dehors.
Ce type a deux personnalités. Je me souviens du concert. Sa manière de chanter, d’aborder la scène, de concilier son jeu de guitare et son chant ; ce type est Imbuvable, mais il a un vrai talent.
Je m’en suis rendu compte en cinq minutes, sans compter la tempête émotionnelle qu’il a suscité en moi. Mon cœur se froisse . Colin a été capable de provoquer une vague d’émotions contradictoires en quelques minutes, lors de notre rencontre.
Même si ce que je ressent me perturbe, je ne peux nier qu’il ne me laisse pas indifférente. Qu’il ne laisse personne indifférent. J’aimerais tellement que ça se passe mieux entre nous. Je souhaite vraiment l’aider à réussir.
Un moteur qui lui permet de s’exprimer davantage sur scène. Si j’ai accepté de jouer avec eux, au-delà de rejouer du piano, c’était aussi pour qu’il s’épanouisse, qu’il poursuive ce qu’il aime. Je suis qu’une pauvre idiote. Je me suis bien trompée.
Matt- Je t’ai averti qu’avec Colin, il fallait gratter la surface.
Shaïna- Tu ne m’avais pas précisé à quelle profondeur.
Il lâche un sourire amusé et avale une gorgée de son café.
Matt- Tu sais que tu n’es pas facile à vivre non plus. Sa fait vingt-cinq ans que je te supporte.
Shaïna- N’importe quoi ! Je suis un amour !
Matt- C’est ça… un amour qui ne mord pas. Qui ne sort jamais les griffes. T’es pas si différente de Colin.
Il exagère beaucoup trop. Je ne suis pas si terrible ! Je ne me laisse pas marcher sur les pieds, cela ne signifie pas que je ne suis pas facile à vivre.
Shaïna- Je sais communiquer et partager mes sentiments. Ce n’est pas son cas.
Matt- Il les partages, mais pas comme le commun des mortels. Ecoute, je lui parlerai ce soir. J’essaierai de lui faire comprendre où se trouve son intérêt.
Je pousse un long soupir, en m' étirant.
Shaïna- Si tu savais comme j’aimerai que les répèt' se passe mieux !
Matt- Je sais hermana. Repose-toi pour demain. T’as encore toute une journée pour répéter avec eux. Concentre-toi sur la musique. Pas sur Colin.
Shaïna- Adam et toi, vous n’arrêtez pas de me le répéter, mais est-ce que tu sais seulement ce que ça fait quand quelqu’un passe son temps à attendre la faute ?
Il secoue la tête, manifestement gêné. Il se lève, vient derrière moi, avant d’enrouler ses bras autour de mon cou, m’embrasse le dessus de la tête et chuchote :
Matt- Je te promet de lui parler.