f l e w

By OreWaBakaDesu

581 125 12

Flew est libre. Libre comme l'air, comme un oiseau errant, cherchant sa place dans ce monde erroné. Tellement... More

2 - In my mind
3 - Drown
4 - Early
5 - Fly
6 - Flew

1 - Thorn

178 26 1
By OreWaBakaDesu

         « Naël ? Tu es sûr que ça va ? Tu es tout pâle !

- Oui. La forme.

Je vais bien.

Enfin j'essaye d'aller bien.

Ou de faire comme si j'allais bien.

La vérité, c'est que je n'arrive plus à me tenir sur mes jambes. Que ce soit métaphoriquement ou non. Faire un pas est douloureux. Dire un mot est douloureux. Cligner des yeux est douloureux. Respirer est douloureux.

Vivre est douloureux.

- Oh, d'accord. Je te laisse alors !, finit Kim en partant.

- Ouais, à plus. »

« À plus ». Mais je n'ai pas envie de te revoir. Je ne veux voir personne. Plus jamais. Je veux juste mourir, seul.

Enfin, si. Je veux revoir Flew. C'est à cause d'elle si je suis comme ça.

Flew Brambles. Si on tape son nom dans Google Traduction, on obtient « ronces volées ». Parce que « flew » veut dire « a volé » et « brambles » désigne les ronces.

En me disant son nom, elle m'a dit qu'elle m'attirerait des problèmes. Mais je ne l'ai pas écoutée.

Je suis têtu, parfois.

Mais Flew l'est encore plus. Quand Flew décide qu'on mange ensemble, on mange ensemble. Quand Flew décide qu'on est amis, on est amis. Quand Flew décide de voler un livre, elle vole un livre.

Et quand Flew décide que Flew doit mourir, Flew meurt.

Je savais qu'elle m'attirerait des problèmes. C'était même gravé sur son visage. Dans ses yeux noisettes pétillants, sur son sourire naïf et innocent, près de son nez quand elle le plisse en rigolant... C'était écrit, que je souffrirai à cause d'elle. Je m'y étais préparé. Je savais dans quoi je m'embarquais quand je suis tombé amoureux d'elle.

Mais putain, Flew... Sur tous les problèmes du monde, pourquoi tu as décidé que le meilleur à m'attirer c'était le suicide de ma copine ?!

Flew Brambles. Elle était très attachée à son prénom. Enfin, son faux nom. Flew ne s'appelait pas vraiment Flew Brambles. Mais elle a décidé que son véritable patronyme ne la définissait pas bien. Alors elle a changé. Elle l'a choisi avec soin. Elle a passé des nuits entières à réfléchir sur elle-même pour savoir lequel lui correspondait le mieux.

Je pensais que ça lui allait bien. Parce que Flew était libre comme l'air. Parce que Brambles était aussi agressive et inapprochable qu'une ronce. C'était une certitude, ce nom était fait pour elle. Elle l'aimait beaucoup. Peut-être un peu trop.

« Peut-être un peu trop », c'est ce que j'ai pensé hier soir. Quand je me suis rendu chez elle. Et qu'elle n'y était pas. Que la porte était ouverte, et que je suis rentré. Que j'ai marché jusqu'à sa chambre et que j'ai trouvé sa fenêtre ouverte.

Oui, peut-être qu'elle aimait un peu trop son prénom. Puisqu'elle a décidé de finir sa vie en volant dans les ronces.

Flew n'a volé qu'une seule fois. Je parie qu'elle a aimé ça. Qu'elle s'est sentie libre. Qu'elle n'a pas eu peur. Qu'elle n'a pas regretté.

Non, les regrets n'ont jamais fait partie de la vie de Flew Brambles. Elle était impulsive. Elle était impulsive, mais elle était aussi réfléchie. Je me suis toujours demandé comment c'était possible que son cerveau soit si rapide à prendre des décisions, et toujours la bonne décision.

Je ne dis pas qu'elle n'a jamais fait de mauvais choix. À vrai dire, elle faisait constamment le mauvais choix. Mais elle assumait. Elle n'avait jamais de remords, jamais de regrets. Elle savait qu'elle avait fait ce qu'elle pensait juste. Flew agissait toujours justement. Avec sa justice à elle, certes, mais avec justesse.

Oui. J'aimais Flew Brambles. C'est pourquoi je me sens si vide maintenant qu'elle n'est plus là pour me rappeler pourquoi je l'aime.

D'ailleurs, Flew et moi on n'avait pas vraiment de point commun. Je suis immuablement effrayé. Elle n'a jamais peur de rien. Je réfléchis beaucoup trop. Elle adore prendre les devants. Je suis loin d'être sociable. Flew sait se mettre les gens dans la poche.

Je n'aime pas particulièrement ma vie.

Mais elle, elle adorait sa vie.

Alors pourquoi ?... Pourquoi a-t-elle décidé de sauter du sixième étage de son immeuble ?... Elle savait que ça me ferait du mal. Elle savait que je n'avais qu'elle. Flew est si... Si égoïste.

Je suis certain que c'était pour une raison stupide. Du style : « J'ai une vie formidable, mais tout ce qui monte finit par redescendre, pas vrai ? Mais je ne veux pas être malheureuse. Alors autant mourir joyeuse. ». Parce que comme je l'ai déjà dit, Flew est impulsive.

Sa vie n'a pas été facile, je le conçois. Mais quand on parlait de ça, avec nos chaussures qui trempaient dans le lac des Bleuets, elle souriait. Elle disait que ça n'avait plus aucune importance. Que malgré tout ce qu'elle avait traversé, elle était en paix maintenant, et qu'elle ne pouvait aller mieux qu'à cet instant précis.

Je sais qu'elle n'allait pas aussi bien qu'elle le prétendait. Ça a été dur, pour elle. Mais elle avait l'air... D'être heureuse...

Je croyais vraiment... Je croyais sincèrement... Que je la rendais heureuse...

Mais je me suis trompé.

Je me suis manifestement trompé, puisqu'elle s'est jetée de sa fenêtre sans rien dire à personne. Sans rien me dire à moi.

Même pas un « au revoir ». Même pas un « désolée ». Ou un message. Des explications. Quelque chose auquel je pourrais me raccrocher en me disant que c'était la meilleure chose à faire. Qu'elle en avait besoin.

Même si je sais que ce n'était pas le cas.

Elle aurait dû rester. Elle aurait dû rester avec moi. Et par dessus tout...
Elle aurait dû rester en vie.

Mais comme d'habitude, il a fallu qu'elle ne pense pas aux conséquences de ses actes. Qu'elle ne pense pas à moi.

Quand on n'était pas ensemble, une petite partie de moi se demandait ce qu'une fille comme elle pouvait trouver à un type comme moi. Mais quand on était ensemble, mes doutes s'effaçaient, et je voyais bien pourquoi c'était si agréable d'être tous les deux. C'était simplement évident.

Mais maintenant, je me rends compte à quel point je ne devais pas compter pour elle. Combien elle jouait seulement avec moi. Ça me dégoûte de penser ça d'elle, alors que je l'aime si fort, mais...

Ce n'est pas la première fois que Flew Brambles trompe les gens.

Ça aurait sûrement été la dernière, cela dit.

Mais il faut que j'arrête de penser comme ça. Je ne veux pas que mon souvenir d'elle s'endommage. C'est vrai quoi, je n'en aurai plus jamais. Les derniers mots qu'elle m'a dit seront véritablement les derniers. Ses plaisanteries ne parviendront plus jamais à atteindre mes oreilles. Et sa présence n'illuminera plus mon existence longiligne.

C'est fini, tout ça.

La seule chose qu'il me reste, ce sont ces souvenirs.

Quoique, elle m'a laissé pas mal d'autres choses. Comme un vide, un manque, un deuil, une absence ou une déprime. Ça, elle a bien fait en sorte de me les laisser.

Pour que je souffre encore plus.

Je parie que durant la nuit d'hier, quand je pleurais en silence tout en vomissant ma purée et mes haricots verts, elle riait de moi en contemplant cette scène pathétique.

Je l'ignorais jusqu'à hier, mais trouver la fille que l'on aime morte dans un bosquet de ronces, ça donne une putain d'envie irrépressible de vomir.

Mais j'ai tout de même attendu de rentrer chez moi pour déposer mes excès. J'étais sur une scène de crime après tout. Je ne voulais pas d'ennuis avec la police. Alors j'ai vomi chez moi, pour ne laisser aucune trace.

Bien qu'avant de fondre en larmes, j'ai réussi à appeler la police, sous le choc et sans dévoiler mon nom. Tracer mon numéro leur prendra un petit peu de temps, et je n'ai pas besoin que des flics viennent me demander ce que je faisais chez Flew le jour de sa mort, alors que j'aurais dû être en train de dormir.

Mes parents n'ont jamais été au courant de mes escapades nocturnes, bien qu'elles étaient récurrentes. Ils ignoraient tout jusqu'à l'existence de Flew. Oui, Flew Brambles était mon secret. Alors la nuit, je sortais discrètement de mon appartement, et j'allais la rejoindre.

Ça l'amusait beaucoup, de faire la fête la nuit.

On faisait la fête, comme elle disait. Même si tout cela était probablement très différent de ce que les gens normaux appellent « une fête ». Parfois on allait chez elle, parfois on allait dans la forêt, parfois on faisait des batailles de boules de neige, et même qu'une fois, on s'est baignés nus dans le lac des Bleuets. Une autre fois, on est allés jusqu'à la campagne à pied, et on a libéré les chevaux de l'écurie.

Flew a dit qu'ils étaient sûrement morts, maintenant. Qu'ils avaient dû se faire écraser par une voiture, ou qu'ils n'avaient pas assez à manger. Et elle avait sûrement raison. Mais en voyant mon air coupable d'avoir organisé un assassinat de masse de mammifères herbivores, elle a ajouté qu'ils avaient l'air heureux, quand ils s'enfuyaient en galopant. Et elle avait raison. Les chevaux étaient heureux.

On faisait la fête, et dès que l'aube pointait le bout de son nez, on se disait au revoir, et on rentrait chez nous. Le lendemain matin, on avait de grosses cernes et on baillait en cours, mais on recommençait quand même constamment, parce que c'était ça, le bonheur. Faire la fête tous les deux.

Aller dans le parc et utiliser les balançoires dans l'obscurité, chanter dans les rues endormies, discuter de l'amour et de la haine, allumer des bougies dans le grand cimetière toujours vide, et prier pour des gens que nous ne connaissions pas, c'était ça, le bonheur.

On ne prévoyait jamais rien, parce que « les emplois du temps ne sont que des graphiques stupides faits pour nous mettre dans des cases et anéantir l'amusement de l'inattendu », selon Flew. J'aimais bien les emplois du temps, moi.

Mais explorer l'inexploré avec elle, ça avait beau être effrayant pour un garçon stressé comme moi, c'est vraiment la seule chose au monde que je n'ai jamais désirer arrêter.

Et maintenant, me dire que sortir la nuit est vain et que personne ne m'aidera à planifier un non-emploi du temps, ça me donne juste envie de m'endormir dans mon lit, et de ne plus jamais me réveiller.

Continue Reading

You'll Also Like

96.2K 4.4K 19
On ne nait pas parfait. Le devenir est un travail de chaque seconde. Pour Madison, dix-huit ans, tout tourne autour de son désir de perfection. Se fa...
437 4 39
La vie peut parfois être toute pleine de surprises là où l'on ne s'y attend pas... quel sort peut-être réservé à cette mère de famille que la jeuness...
9.5K 646 65
Si on avait dit un jour à Erwan Stark qu'il rencontrerait quelqu'un comme Cassiopée Bonham, il ne l'aurait jamais cru. Tout simplement parce que les...
1.1M 80.5K 71
Après une tentative de suicide et plusieurs rendez-vous chez le psychologue, Danaé se voit forcée d'aller dans une colonie de vacances pour l'aider :...
Wattpad App - Unlock exclusive features