Alessio habitait dans une petite résidence arborée, pas très loin de son université, qui elle-même, n'était pas bien loin de mon Starbucks. Il avait un joli appartement avec une cuisine ouverte toute mignonne et une chambre non moins cosy.
Une légère odeur de citron flottait dans l'air, comme si le ménage venait d'être fait. Je fus d'ailleurs agréablement surprise par la propreté méticuleuse des lieux, la qualité des meubles. Ça ne ressemblait guère à l'idée qu'on se faisait de l'appartement d'un étudiant.
« Wah mais comment tu arrives à te payer un truc pareil ? Demandai-je, stupéfaite, en retirant mes Converse.
─ Haha, quelle question insultante ! Bah, j'ai plein d'économies de tous les jobs que j'ai faits... Je paie le loyer moins cher que je ne devrais, aussi. En fait, cet appartement appartient à mon oncle Benoît. Le frère de mon père. Il me le sous-loue depuis trois ans, c'est tout.
─ T'as de la chance ! T'es peinard, ici, toi, en fait, hum ? C'est l'endroit parfait pour faire plein de fêtes !
─ C'est surtout l'endroit parfait pour étudier sans qu'on vienne m'emmerder. »
Alessio ne plaisantait pas avec l'école, c'est pour ça qu'il y réussissait si bien, d'ailleurs. Sauf en maths où c'était moyen, mais bon, heureusement, hein ? Comment je l'aurais rencontré, sinon ?
« Je vais brancher la console. Si tu veux boire un truc, fais comme chez toi.
─ A vrai dire... je voudrais prendre une douche. Je peux ? »
Il était déjà 22 heures 35 et je savais pertinemment que je n'allais pas rentrer chez moi ce soir. Alors autant faire les choses bien. Franchement, après la balade dans tout le Havre et... le voyage en train et... le fait d'avoir été projetée par terre, j'imagine, ben je ne me sentais pas fraîche du tout.
Je regardai Alessio, avec l'impression agréable d'être isolée dans une bulle avec lui, comme si on était coupé du monde. Personne ne savait que j'étais là, chez lui, en sa compagnie. Mes copines me croyaient encore au Havre avec Raphaël.
« J'ai dit fais comme chez toi, non ? Répéta Alessio en me souriant.
─ Cool. Mais j'ai pas de pyjama.
─ Tu veux pas dormir toute nue ? Me demanda-t-il en haussant un sourcil suggestif.
─ Non, répliquai-je fermement.
─ Bon, alors je vais te prêter un truc. La salle de bains est juste là. »
Je m'y rendis. La salle de bains était aussi mignonne et propre que le reste. La baignoire me donna envie de me faire couler un bain, mais fallait pas déconner. Je venais juste d'enlever mon pull lorsqu'il frappa à la porte.
« Tiens » me dit Alessio.
Il me tendit une pile de vêtements qui sentait bon la lessive. Je l'observai timidement. Il avait lui-même retiré son pull à capuche, révélant un t-shirt gris tout simple en dessous. Il posa un truc sur le panier à linge sale. Ce faisant, je me surpris à observer le jeu de ses muscles sous le tissu, puis baissai les yeux jusqu'à ses fesses fermes. Comme d'habitude, son jean tombait parfaitement sur ses hanches. Puis il se tourna vers moi et je notai avec un certain intérêt qu'on devinait facilement le dessin de ses abdos sous son T-shirt. Il devait faire de la muscu à ses heures perdues, j'en sais rien, mais tout à coup j'en eus l'eau à la bouche. Lorsqu'il me surprit en train de le dévorer des yeux, Alessio me décocha un sourire canaille trop sexy.
« Ralala il fait super chaud ici... »
Attrapant son t-shirt par l'ourlet, il fit mine de s'éponger le front avec. Cet enfoiré ! Il le souleva juste assez pour que je puisse voir l'élastique de son boxer et ses tablettes de chocolat juste au dessus. J'écarquillai les yeux. Il était super bien foutu et putain de merde ! j'étais grillée. Excédée, je lui jetai ma brosse à dents à la tête. Il éclata de rire et s'éclipsa en me tirant la langue.
Sans commentaire.
Je pris une douche rapide et me sentis nettement mieux une fois toute propre. Je me lavai aussi les cheveux en utilisant l'échantillon de mon shampooing que j'avais apporté pour le week-end au Havre.
Grâce au ciel, ma dernière séance d'épilation à la cire datait seulement du début de la semaine. Je me séchai, me lavai les dents et utilisai la brosse à cheveux d'Alessio pour discipliner mes boucles mouillées. Puis j'examinai mon genou, celui qui faisait mal.
J'avais une méchante coupure, peu profonde mais pas très jolie à regarder. J'ouvris l'armoire à pharmacie accrochée au dessus du lavabo et pris un petit pansement dans la boîte entamée. Heureusement qu'Alessio en avait... « Pourvu qu'il ne remarque rien » me dis-je en collant le pansement sur mon genou.
Au lieu de prendre le t-shirt propre qu'Alessio m'avait apporté, je récupérai celui qu'il avait laissé sur le panier à linge. Je le portai à mon visage et inspirai. Il avait gardé son odeur, cette odeur si familière que je trouvais tellement réconfortante...
Sur une impulsion, je le dépliai et l'enfilai avec le short qu'il m'avait prêté. Je nageais dans le T-shirt, quant à son short, je flottais tellement dedans que je dus serrer les cordons à mort. Le constat était sans appel : j'avais l'air tout à fait ridicule.
Je sortis dans le salon. Alessio était en train de brancher les manettes à la console, penché vers la télé allumée. Lorsqu'il m'entendit ouvrir la porte, il leva les yeux sur moi. Il avait mis ses lunettes et je le trouvai encore plus craquant que tout à l'heure. Je le vis se départir d'un sourire en coin en regardant mon attirail.
« Te moque pas, hein », râlai-je.
J'étais un petit peu nerveuse, je l'avoue. J'aurais mille fois, mais alors mille fois préféré qu'il me voie en nuisette ou en sous-vêtements, plutôt que dans cet accoutrement... franchement, je me sentais aussi affriolante qu'un videur de boîte de nuit. J'avais envie de soupirer.
« Mais nan, je me moque pas de toi mon raton-laveur, répliqua Alessio sans cesser de sourire. Fais pas la tronche comme ça. T'es... »
Je le rejoignis. Je le vis me regarder des pieds à la tête comme si je ne portais rien du tout. Mon souffle s'emballa aussitôt et je me mordis la lèvre, un peu gênée. Il immobilisa son regard sur mon visage. Ses yeux bleus s'assombrirent comme un lac de montagne juste avant que l'orage n'éclate.
Je l'interrogeai du regard, un peu troublée. J'étais quoi ?
Il fit courir le doigt de mon poignet à mon avant-bras. Un petit frisson me traversa.
« Je te trouve hyper sexy sans maquillage... avec tes cils encore collés par l'eau... comme ça, murmura-t-il d'une voix charmeuse en effleurant ma joue du pouce.
─ Ah... ouais, merci ? Bafouillai-je avec maladresse, d'ores et déjà troublée par sa proximité. Je n'aurais pas pensé.
─ Carrément. Je peux pas m'empêcher de te regarder. »
Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je ne peux nier que l'idée qu'il me regarde n'était pas flatteuse. Il s'approcha encore plus de moi et je rougis légèrement. Il tira tout doucement sur mes cheveux encore humides pour m'obliger à incliner un peu la tête en arrière.
« Oh la vache ! » me dis-je en sentant ses dents titiller mon cou.
« J'aurais pas pensé..., bredouillai-je, enfin je veux dire, habillée comme ça, quoi. »
Je l'entendis inspirer le parfum du savon qui traînait encore paresseusement sur ma peau.
« Ouais, ça me plaît bien de te voir dans mes vêtements, je saurais pas bien dire pourquoi au juste... »
Voilà que ses lèvres effleuraient mon oreille à présent. Ce simple contact envoyait des petites décharges de plaisir se répercuter dans tout mon corps. Bordel quel supplice. J'avais envie de lui arracher ce t-shirt si seyant.
« Hmmm, ce que tu sens booon ! Murmura Alessio. J'aurais dû te rejoindre sous la douche. »
A ces mots, je me crispai et m'éloignai de lui d'un pas. Sans le regarder, je lui arrachai ma manette des mains. Surpris, Alessio fronça les sourcils.
« Merde, j'ai dit une connerie ? »
Ben oui. Crétin. Me rejoindre sous la douche comme il avait fait avec... ? Heureusement qu'il s'était abstenu, ouais !
« Non » répliquai-je froidement en évitant son regard.
Alessio m'attira à lui en attrapant ma taille. Je me laissai faire.
« Si, tu boudes, dit-il en observant attentivement mon visage fermé. Je ne comprends pas pourquoi.
─ Ah. C'est bête, alors.
─ Allez, dis-moi ce qui va pas. Qu'est-ce que j'ai bien pu dire qui... oh ! » fit-il soudain, comprenant subitement mon malaise.
Je lui jetai un coup d'œil en biais. Il avait l'air de s'en vouloir un peu. Il se rappelait finalement ces horribles mots qu'il m'avait jetés à la figure chez mon père, alors, hum ?
« Mais ma Dani sois pas jalouse... Ça signifie rien pour moi, c'était juste du sexe. J'en ai rien à foutre.
─ Rêve pas, je suis pas du tout jalouse », dis-je en tripotant les boutons de la manette, les yeux baissés.
Mais si, j'étais jalouse. Épouvantablement. Pas seulement parce qu'il s'était probablement amusé à coucher avec Viola dans toutes les positions – la pensée seule suffisait à me soulever le cœur - mais aussi parce qu'elle avait sûrement vu des aspects de lui que je ne verrais peut-être jamais, moi. Tout ça parce que ça m'avait pris mille ans de reconnaître mes sentiments, puis que je le voulais, et d'avoir le courage de lui demander... et puis de toute manière, je n'étais pas Viola. Je ne verrais jamais Alessio venir en cours avec moi, ou manger vite fait sur le campus de la fac, ou rire à une blague en bossant sur un dossier ensemble à la bibliothèque... j'étais jalouse de tous ces moments qu'elle avait eus avec lui.
Alessio se pencha de façon à ce que je puisse le voir sans avoir à lever la tête. Il me sourit et ses adorables fossettes se creusèrent dans ses joues. Il en avait trois : deux à gauche et une à droite. Le fait de détenir cette information sans avoir besoin de le voir m'indiqua que j'étais sacrément mordue quand même.
Pourquoi, comment faisait-il pour me faire un tel effet, je n'en avais aucune idée. Je n'arrivais pas à m'habituer à toute cette insécurité que j'éprouvais lorsqu'il était dans les parages. Tout ceci me déstabilisait. Tout ce que je voulais c'était lui plaire, qu'il me trouve jolie, qu'il me désire... S'il lui venait l'idée de me courir après, j'étais prête à ralentir juste pour qu'il m'attrape. J'étais à lui depuis... depuis qu'il avait eu le culot de donner cette pichenette dans ma boucle d'oreille, le matin où il avait fait irruption dans mon Starbucks.
C'était tout ce qu'il lui avait fallu.
Ce qui me parut tout à fait troublant, à vrai dire. Presque... pathétique.
Mais il y avait eu ces deux années passées à étudier ensemble, puis les trois ans de manque, puis son sourire ravageur alors que je ne m'attendais absolument pas à le croiser... comment aurais-je pu résister ? J'étais déjà si près du bord de la falaise, en ce temps.
Mais mes réactions, mon manque de confiance en moi devant lui, tout ça... était-ce normal ? L'amour n'était-il pas censé vous rendre plus fort ? Pourquoi moi je me retrouvais à la ramasse comme ça ?
Alessio taquina ma joue avec son nez et je tournai vivement la tête vers lui, pour pouvoir le regarder dans les yeux.
« Hé, Dani. J'ai rien fait avec personne depuis le soir du bowling. D'accord ? »
Autrement dit, le soir où il s'était rendu compte qu'il voulait quelque chose avec moi, finalement. Je lui fus reconnaissante de ne pas prononcer le nom de Viola. Il me caressa de nouveau la joue, avant de prendre finalement mon visage entre ses mains. Je crus qu'il allait m'embrasser et mon souffle se fit plus heurté, mais il se contenta de me regarder.
« Pourquoi t'as rien fait ? M'entendis-je demander. Avec la tête que t'as, c'est pas les occasions qui doivent te manquer. »
Bien sûr, je le testais. J'étais curieuse de voir ce qu'il allait me dire. Je m'éloignai un peu de lui pour essayer de reprendre le contrôle de moi-même.
« La tête que j'ai, c'est-à-dire ? » Releva Alessio, l'air faussement innocent.
Je lui fis les gros yeux.
« Tu le sais très bien que t'as une belle gueule.
─ Je m'en fous d'avoir une belle gueule, ce qui m'intéresse c'est ce que tu penses de moi, toi.
─ Pff ! Tu l'as bien vu dans la salle de bains.
─ C'est vrai que t'étais à ça de me réclamer un strip tease..., fit-il pour me taquiner.
─ T'es louuurd, Alessio, t'es lourd, je te jure.
─ Bah oui mais toi, aussi, c'est quoi ces questions ?! Comment tu veux que j'aille coucher avec une fille alors que je pense à toi toute la journée comme ça ?? »
Mon moral remonta sensiblement à ces mots. Réponse plutôt satisfaisante.
A présent Alessio avait l'air de se moquer de lui-même.
« C'est irrespectueux... pour la fille. Et puis j'ai pas trop envie d'aller vérifier si je pourrais bander correctement. Alors que toi à peine je te vois entrer dans une pièce... tintintin, la magie opère ! »
Il était hilare, cet idiot.
« Allez, sois pas fâchée. Ma chérie doucette, mon bébé... »
Il fit un pas vers moi, en me regardant d'un air enamouré. Je croisai les bras sur ma poitrine en m'efforçant de ne pas rire.
« Stop, reste où tu es, lui lançai-je, et Alessio s'immobilisa aussitôt. Donc t'es en train de me dire, là, si j'ai tout bien suivi, qu'une nana arrive et te chauffe, et rien ?
─ Oui. Rien du tout ma poupée.
─ Menteur ! Tu m'as prise pour une imbécile ? Arrête de me baratiner. »
Il leva les mains comme si j'avais braqué un pistolet sur lui, moue coupable à l'appui, yeux bleus innocents, tout le tralala. Je le trouvai irrésistible, ce qui me consterna un petit peu plus encore.
« Rooooh oui bon, rigola Alessio. Bien sûr que je mens. Mais ça change rien au fait que je peux pas baiser une fille en pensant à toi, c'est trop tordu. Donc ouais, j'ai pas touché une nana depuis quelques temps. Pas envie. Sens-toi flattée au lieu de faire mon procès ! »
Son procès ? Bon, effectivement, c'était un peu vrai... Alors que je riais avec lui, je le regardai passer la main dans ses cheveux, les ébouriffant un peu au passage. Incapable de me retenir, je fis exactement la même chose, et glissai les doigts entre ses mèches.
Il me fit un sourire et plia obligeamment les genoux pour que je n'aie pas à me hisser sur la pointe des pieds. Bon sang, il était doué, cet idiot. Mon cœur bondit dans ma poitrine de voir ses yeux juste à hauteur des miens.
« Ils sont pas un peu trop longs, tes cheveux ? Dis-je pour l'embêter, alors qu'ils étaient à la parfaite longueur et que j'adorais la façon dont ils bouclaient l'air de rien.
─ Oh oui, continue ! Ronronna Alessio, aux anges. Et nan, ils sont pas trop longs. D'ailleurs les filles adorent les toucher quand je les porte à cette longueur. »
Une fois encore, sa réplique m'exaspéra et j'immobilisai ma main. La jalousie m'étouffait de nouveau rien qu'à l'écouter dire ça. Surtout que précisément j'adorais toucher ses cheveux, moi. Je me sentis bête, tout à coup.
« Ah ouais ? M'agaçai-je. Et si je te disais de les couper, parce que moi j'aime pas ? »
Alessio se redressa en riant.
« Ben je couperais pas, figure-toi. Déjà parce que je sais que tu les aimes comme ça, aussi. Ensuite parce que je fais ce que je veux, tu n'as pas ton mot à dire, ma douce. Maintenant tu veux pas continuer tes caresses, au lieu de chercher à provoquer une dispute ? J'adore quand c'est toi qui le fais. Et tant qu'on y est, tu voudrais pas aussi me masser un peu ? J'ai eu une dure journée ! »
Mais quel culot, celui-là ! Je le poussai. Pas très crédible avec le grand sourire que j'arborais, certes. L'air malicieux, Alessio souleva la main qui était dans ses cheveux pour la porter à ses lèvres et y déposer un baiser.
Puis il se figea. Son sourire se fana et disparut. Que...
Je suivis son regard et me liquéfiai intérieurement. Oh non ! Il venait de remarquer la marque laissée sur ma peau par les doigts de Raphaël, un peu plus tôt. Je l'avais totalement oubliée, et je n'avais plus les manches longues de mon pull pour la cacher. Mon souffle se tarit alors que je voyais l'incompréhension s'inscrire sur le visage d'Alessio.
« Dani ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
─ C'est rien, répondis-je un peu trop vite. Bon, ou joue à Mario Kart ou quoi ? »
Je me détournai, mais il m'obligea à reprendre ma position initiale. Nos regards se croisèrent. La douleur intense, soudaine, que je lus dans ses yeux me tordit le ventre. Il avait mal parce que j'avais eu mal, et moi, maintenant, j'avais mal qu'il ait mal.
Je baissai le nez pour ne pas qu'il lise la vérité dans mes yeux.
« Je t'en supplie, me dis pas que c'est Raphaël qui... »
Mon Dieu.
Mon Dieu une idée, n'importe laquelle, vite.
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Heeeey !
Alessio et Dani sortent ensemble. Cool ! Mais ça commence fort déjà.
Mentir, ne pas mentir... ? 🤔 Attention Dani. Alessio a moyennement confiance en toi déjà...
A bientôt plus sinon 😋
Kaziski