toi contre moi

By leence3

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Camila cabello et Lauren Jauregui sont amoureuses. L'une a 16 ans, l'autre 18. C'est leur premier grand amour... More

un
TROIS
QUATRE
CINQ
SIX
SEPT
huit
NEUF
DIX
ONZE
DOUZE
TREIZE
QUATORZE
QUINZE
SEIZE
DIX-SEPT
Dix-huit
Dix-neuf
Vingt
vingt et un
vingt-deux
vingt-trois
vingt-quatre
vingt-cinq
vingt-six
vingt-sept
vingt-huit
vingt-neuf
trente
trente et un
trente deux
trente-trois
trente-quatre
trente-cinq
trente-six
trente-sept
trente-huit
trente-neuf
quarante
quarante et un
quarante-deux
quarante-trois
quarante-quatre
quarante-cinq

DEUX

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By leence3


Elle dévala les marches quatre à quatre et passa devant le mur couvert de graffitis – « Aimée est une traînée », « Léa suce gratos », « Tél Toby pour partager instants brûlants » - et passa la porte principale pour rejoindre la rue. Elle prit à gauche, évitant les emballages de repas à emporter et les canettes de bière éparpillés autour de l'Abribus. Elle esquiva ensuite deux vieillards qui tiraient des Caddie, envahissant tout l'espace du trottoir, et commença à courir. Camila s'éloigna de la cité, traversa la foule de gamins qui traînaient devant la boutique d'Ajay avec leurs petits déjeuners à base de chips et de coca, dépassa le boucher et le magasin de cartes et prit la direction de la rue principale.

Le ciel était bas et gris. L'air sentait le diesel et le poisson. Elle traversa le marché en courant. Les stands s'étalaient sous ses yeux, animés, arborant les couleurs incroyables des fruits et légumes entremêlés. La quantité habituelle de gars se prélassait sur les bancs du coin. Elle doubla une fille avec un landau, une femme qui comptait sa monnaie devant le Lidl. Un vieux monsieur appuyé sur une canne, une vieille dame accrochée à son bras, tous deux fragiles et voûtés.

Elle avait envie de courir jusqu'à destination. Elle allait faire sa fête à Chris Jauregui. Chris Jauregui ne vieillirait jamais.

Au feu, un type se pencha par la fenêtre de sa voiture et siffla une fille : « Fais-moi un sourire, bébé. »

La fille lui répondit en lui montrant un doigt, puis elle aperçut Camila et lui fît signe de la main.

« Salut, Camila. »

Elle continua de sautiller sur place tandis qu'elle traversait la rue pour la rejoindre.

« Salut, Sienna. Je n'ai pas le temps, là. »

Elle se pressa contre elle et lui donna un baiser rapide.

« Tu es toute en sueur.

- J'étais en train de courir.

- Tu me fuis ? »

Elle haussa les épaules comme si c'était trop compliqué à expliquer.

« Il faut que j'y aille. »

Elle croisa les bras et la regarda, boudeuse.

« Je te vois plus tard ? »

Camila eut l'impression que le monde extérieur prenait plus de place, qu'il devenait plus bruyant ou quelque chose de ce genre. On la pressait, on attendait des choses d'elle. Elle la regarda droit dans les yeux et essaya de ressentir ce qu'elle avait ressenti à peine une minute plus tôt quand elle l'avait vue lui faire des signes de la main, comme une onde de chaleur.

« Viens me voir au boulot, dit-elle. Ça ne me dérange pas.

- Ça ne te dérange pas ? Eh ben, merci, c'est sympa ! »

Elle noua ses bras autour de son corps et elle s'éloigna sans se retourner.

Elle n'était pas une file bien pour elle. Elle se demandait, d'ailleurs, si elle serait bien pour qui que ce soit un jour. La plupart du temps elle se fichait pas mal des filles. Elles posaient trop de questions, elles espéraient toujours qu'on sache ce qu'elles ressentent, or elle se trompait chaque fois.

Plusieurs minutes s'étaient écoulées maintenant, elle avait perdu son élan. Elle recommença à courir. Elle croisa la rue principale, suivit la courbe que formait Lower Road. Des groupes de gamins avançaient lentement dans la même direction qu'elle, un rassemblement, un groupe de jeunes. Sofia aurait dû être avec eux. Elle courut sur la route pour les éviter, dépassa le parking des professeurs puis le portail.

Elle s'arrêta net quand elle aperçut quelques camarades de Sofia sur le pont. Quatre d'entre elles se tenaient blotties les unes contre les autres, elles regardaient l'eau. L'une des filles l'aperçut. Elle donna un coup de coude à ses amies et toutes se retournèrent.

Elle savait qu'elle aurait dû s'arrêter. Elle aurait dû les rejoindre pour leur donner des nouvelles de Sofia, les remercier de sa part pour les messages et les petits cadeaux qu'elles continuaient de lui envoyer. Mais elle savait ce qui allait se passer si elle le faisait, elles la bombarderaient de questions. Des questions du type : « Quand est-ce qu'elle va accepter de nous voir ? » Ou bien : « Pourquoi ne répond-elle pas à nos textos ? » Ou encore : « Quand aura lieu le procès ? », « Tu crois qu'elle reviendra à l'école un jour ? » Elle se verrait contrainte de leur dire qu'elle ne savait pas, que rien n'avait changé depuis la dernière fois qu'elles avaient posé les mêmes posé les mêmes questions.

Elle se fendit d'un sourire et leur fît un signe de la main. « Je suis pressée. »

Elle esquiva les voitures, elle se dépêchait vraiment, maintenant. Elle traversa le carrefour, dépassa la gare et remonta Norwich Road. Un pied devant l'autre, comme les guerriers. Pendant qu'elle courait, elle pensait à Sofia. Elles n'avaient pas de grand frère et c'était son devoir de veiller sur elle. Elle n'avait jamais ressenti cela avant, cette terrible responsabilité que cela représentait. Elle se sentait adulte, coriace, déterminée. Elle était capable de le faire, vraiment. Ce serait facile. Elle vérifia qu'elle avait toujours la clé à molette dans sa poche. Elle était là. C'était juste et bien.

Ses jambes brûlaient maintenant. Elle avait un goût salé sur la langue, comme si l'air, dans cette partie de la ville, était davantage imprégné de mer, comme s'il était plus frais, plus sauvage. Il y avait plus d'espace, aussi. Elle arriva à Wratton Drive, dépassa Acacia Walk et Wilbur Place. Même les noms étaient différents. Les arbres aussi étaient plus grands.

Elle ralentit, continua sa route au petit trot. Elle était arrivée à ce chemin qui aurait pu figurer dans un magazine sur la vie à la campagne. La clôture apparut, et derrière elle la maison, lumineuse avec sa pelouse et ses fenêtres, ses rideaux et tout cet espace. Il y avait même une Jag XJ étincelante garée dans l'allée.

Camila sauta par-dessus la barrière et traversa d'une traite l'allée de graviers. Une fois qu'elle aurait frappé à cette porte, tout changerait. Elle en était convaincue, comme si c'était gravé dans le marbre. Elle allait butter Chris Jauregui, elle le regarderait se vider de son sang sur le pas de la porte.

Le heurtoir en cuivre représentait un lion avec une crinière agitée et des yeux dorés. Elle le laissa retomber durement, trois fois. Elle voulait qu'on sache que c'était sérieux.

Rien. Aucune réaction.

Au lieu de cela, elle perçut une sorte de silence, comme si autour d'elle tout s'était tu pour l'écouter, comme si tous les objets contenus dans cette maison chic retenaient leur souffle. Elle s'appuya contre le mur pour reprendre contenance et cogna une nouvelle fois à la porte.

Une fille lui ouvrit. Elle portait une jupe et un tee-shirt. Jambes nues, bras nus.

« Oui ? »

Elle ne s'attendait pas à tomber sur une fille. Elle semblait être un peu plus âgée que Sofia. Elle eut du mal à la regarder dans les yeux.

« Vous faites partie de l'équipe du traiteur ? dit-elle.

- Pardon ?

- Vous êtes là pour le buffet ? »

Peut-être qu'elle s'était trompée de maison. Elle vérifia le numéro de la porte, mais il n'y en avait pas. Elle jeta un coup d'œil dans le vestibule, comme si cela allait répondre à sa question. La pièce était immense, avec un sol en parquet et des tapis luxueux. Il y avait une table, un banc, un porte-parapluie, un endroit pour mettre les bottes et les chaussures.

La fille dit :

« Vous voulez que j'aille chercher ma mère ? »

Elle reporta son regard sur elle. La petite jupe qu'elle portait, le bleu et le violet de son tee-shirt, la manière dont elle avait noué ses cheveux en une queue de cheval qui se balançait.

« Tu es la sœur de Chris Jauregui ?

- Oui.

- Il est là ? »

Elle plissa les yeux.

« Non. »

Un chien aboya dans la maison, puis s'arrêta. Le silence revint.

« Il est où ? »

Elle sortit, ferma la porte derrière elle et s'appuya contre celle-ci.

« Vous êtes une de ses amies ?

- Oui.

- Alors vous savez où il est. »

Elle palpa la clé à la molette dans sa poche.

« Eh bien, je sais que l'audience de mise en liberté sous caution est aujourd'hui. Mais je me demandais quand il rentrerait chez lui.

- On ne sait pas. »

Quelques secondes s'écoulèrent, peut-être même des minutes. Tout d'un coup, elle remarqua une méchante cicatrice qui courait du coin de la lèvre de la fille jusqu'à son menton. Elle surprit son regard et la fixa à son tour. Elle connaissait les filles : elle était complexée par cette cicatrice.

Elle sourit.

« Comment tu t'appelles ? »

Elle rougit mais ne détourna pas le regard.

« Mon père a écrit un message sur la page Facebook de mon frère pour dire à ses amis ce qui se passait. »

Camila haussa les épaules.

« Ça fait des jours des jours que je n'ai pas allumé mon ordinateur.

- Tu le connais du lycée ?

- Ouais.

- Je ne t'avais encore jamais vu. »

Elle pensa au lycée du centre-ville dans lequel elle s'était rendue un jour pour se renseigner sur les cours de restauration. Elle la regarda.

« J'ai tellement de boulot, je n'ai plus le temps de voir des gens. Je ne veux pas me planter aux exams. »

Manifestement, elle était tombée dans le panneau. Son expression se radoucit.

« Raconte-moi comment ça se passe. Les miens commencent en mai et j'ai à peine attaqué les révisions. »

Le mois de mai, c'était dans une éternité, pourquoi se faisait-elle du souci ? Mais le seul fait d'en parler avait changé quelque chose dans son attitude. Elle s'était penchée vers elle, comme si elle avait soudain décidé de lui faire confiance.

« Ecoute, dit-elle, on organise une fête tout à l'heure. » Une fête ? Pour célébrer la mise en liberté sous caution de son frère ?

« Viens, si tu veux. Chris sera content d'avoir ses amis autour de lui ce soir. »

Avant même qu'elle puisse réagir, une femme apparut au coin de la maison et la salua de la main. Elle semblait très agitée.

« Ah, enfin ! cria-t-elle. Je commençais à paniquer. » La fille lui jeta un coup d'œil d'excuse.

« Elle te prend pour le traiteur. »

La femme s'approcha d'eux, le regard rivé sur Camila. Elle brandissait un bloc-notes.

« Vous êtes de l'équipe de Saveurs Bonheur, n'est-ce pas ? »

La fille soupira.

« Non, maman. Elle n'en fait pas partie.

- Ah, mais qui êtes-vous, dans ce cas ? Vous êtes chargé d'installer le chapiteau ? »

Il fallait qu'elle réponde. Elle devait dire que non, qu'elle n'avait rien à voir avec la tente, mais elle était obsédée par l'idée qu'elle comprendrait tout de suite, qu'elle ne serait pas aussi dupe que sa fille. Elle appellerait le chien, le service de sécurité, la police.

« C'est une amie de Chris, maman.

- Oh, je vois. Eh bien, nous n'attendons pas Chris avant un moment.

- C'est ce que je lui ai dit. »

La femme se tourna vers elle.

« Tu as bien fait, mon cœur. Pourquoi ne retournes-tu pas à tes révisions ? »

La fille adressa un rapide sourire à Camila avant de tourner les talons et de refermer la porte derrière elle. Elle se retrouva seule avec la mère.

« J'espère que vous ne m'en voudrez pas, dit-elle. Nous avons du pain sur la planche. »

Elle la détesta. Elle ne la connaissait même pas et elle l'envoyait promener sans autre forme de procès.

« Revenez pour la fête. Les amis de Chris sont tous les bienvenus. »

Elle s'éloigna d'un pas vif, serrant fermement son bloc-notes, son cul remuant à peine. Pas une once de déhanchement chez cette femme.

Camila resta planté là pendant une minute, se demandant si tout cela n'était qu'une vaste plaisanterie.

Elle détailla l'allée, les nombreux arbres qui longeaient la clôture, le portail électrique. Tout cela était si différent de sa cité, si loin du bruit familier des gens qui vivaient les uns à côté des autres. Où étaient les voitures, les cris, les portes qui claquaient, les sons de la vie des autres ?

Elle sentait la pression de la clé à molette sur ses côtes. Elle fît deux fois le tour de la Jag en souriant. Sofia lui avait raconté que le bâtard conduisait une voiture de frimeur. Elle était là, jaune canari, tellement récurée que le ciel se reflétait dans ses fenêtres.

C'était simple comme faire courir un crayon sur du papier, et tellement satisfaisant de savoir que cela leur coûterait es yeux de la tête de la faire réparer. Elle laissa a clé à molette tracer sa route, former des zigzags sur la portière, graver un passage dentelé en travers de la jante et sur le capot, comme s'il s'agissait d'une boîte de conserve dont on entaillerait tout le tour avant de soulever le couvercle pour l'ouvrir. Il ne manquait que le sang.

Pour ça, elle reviendrait plus tard.

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