Cher journal, ce soir j'ai eu plus peur de Kerian que jamais au part avant. Je n'oublierai jamais son poing couvert de sang, son visage rougis par la haine et son regard empli de colère. Je n'en reviens pas que tout soit allé si loin. Je ne parle pas de ce soir, je parle de nous en général ; pourquoi ai-je laissé ce blondinet me manipuler si longtemps ? Comment ai-je pu le laisser s'emparer de mon corps ainsi que de mon âme ? Il doit me détester, il doit me haïr et c'est tant mieux car ce sentiment est totalement réciproque. Comment a-t-il pu me comparer à elle ? Comment a-t-il pu avoir l'audace de me comparer à Luna ? De me balancer toutes ces méchancetés à la figure. Je revois sa mine soulagée et satisfaite lorsqu'il en a eu fini de me dire mes quatre vérités. J'aurai dû écouter Rachel, j'aurai dû écouter mon frère, j'aurai dû écouter Leo. Et puis Leo, lui qui a toujours été de mon côté, supportant mes crises envers Kerian, Leo est un type bien, pas comme Kerian. Mon « petit-ami » est pourri jusqu'à la moelle, il est irrécupérable et indomptable, comment ai-je pu m'imaginer une seconde que j'aurais la force morale et physique pour le supporter ? Un jaguar reste un jaguar, qu'importe les conditions dans lesquels il est élevé, qu'importe s'il rencontre une gazelle assez douce et minaudière pour lui offrir une ultime chance de se racheter de ses pêchés, le jaguar est un animal vivant pour chasser les gazelles et Kerian est le genre de type vivant pour détruire les filles comme moi, naïve et faible.
– Tout va bien ?
Une voix masculine me sort de mes pensées, je referme mon journal que j'enfouis sous mon oreiller et me relève de mon lit pour faire face à Leo. J'ignorais sa présence à la fête. Mes yeux rougis par les larmes lui font froncer les sourcils.
– Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
Il se laisse tomber sur mon lit avant de me tirer vers lui. Et lorsque je me met à lui raconter l'intégralité de la soirée, son visage passe de la surprise lorsque j'évoque la présence de la fille aux cheveux blonds pour se transformer en tristesse au moment où je conte sa manière de défendre Jil pour conclure sur de la colère lorsque je lui révèle la manière dont il s'est adressé à moi. Le beau brun semble désabusé et très gêné, je le vois à sa manière de passer sa main dans son cou à chaque larme perlant sur mon visage. Pourquoi est-ce que j'ai toujours repoussé Leo ? Pourquoi m'être entêtée à vouloir sauver une relation nocive telle que celle de Kerian et moi ?
– Ce n'est qu'un connard, Holly. Ne l'écoute pas, tu vaux tellement mieux que lui !
Un long silence s'installe dans la pièce, son regard plongé dans le mien me met étrangement mal à l'aise. Je suis consciente du fait que je ne peux pas me rapprocher de lui et l'embrasser chaque fois que Kerian et moi sommes en conflit ; je ne suis pas ce genre de fille ! Bien que je sente son visage me réclamer de l'embrasser je fais taire cette idée et me lève d'un bond. J'ai l'impression de suffoquer dans cette pièce ! De plus, j'ai bien besoin d'un verre.
– On devrait descendre avant que quelqu'un ne se demande ou on est passés.
Je me dirige vers la porte suivie de Leo puis nous dévalons les escaliers pour rejoindre un petit groupe s'étant formé sur le canapé, j'aperçois les visages de mon frère, Sandy, Rachel et Evy. Je ne peux m'empêcher de rire en voyant cette brochette; Owen, sa copine, son ex ainsi que sa nouvelle proie dans le seul et unique but d'oublier Sandy. C'est à mourir de rire. Owen semble d'ailleurs soulagé en nous voyant arriver.
– Ou est Kerian ? Me demande-t-il en caressant la cuisse de sa petite-amie.
– Rentré chez lui, je réponds simplement.
Il hausse un sourcil tout en bondissant du canapé, prétendant aller faire un tour. Je sais pertinemment que mon frère s'apprête à rendre visite à Kerian. Je ne peux pas lui en vouloir, après tout c'est son ami ! J'ose juste espérer qu'il ne le fera pas revenir ici, il est hors de question que j'adresse un regard à cet abruti.
Une fois parti c'est au tour de Sandy de se lever pour rejoindre un petit groupe d'amis occupés à fumer à l'extérieur. Dylan et Ryan nous rejoignent sur les canapés quelques minutes plus tard.
– Salut ! Souffle Dylan à ma meilleure-amie sur un ton excessivement enjôleur.
Je ne peux m'empêcher d'exploser de rire en la voyant lever les yeux au ciel pour finalement se lever, rejoignant un groupe d'adolescents jouant au jeu de la bouteille.
– Et encore un râteau Dylan !
Evy accompagne sa moquerie d'une petite tape sur l'épaule de ce dernier.
– Ferme-là, Evy !
Il est désormais près de minuit et je pense pouvoir dire que je suis saoule ! Cette sensation m'avait manquée, je dois l'avouer. Ce qu'il y a de bien lorsque vous êtes saouls c'est que, qu'importe vos capacités en chant ou en danse, vous avez l'impression d'être digne de passer dans des émissions telles que The Voice ou encore Danse avec les stars ! C'est le moment où vous vous foutez pas mal du regard et des jugements des autres invités de toute manière également avinés ! Et pour ma part, c'est le moment propice pour mettre de côté tous mes problèmes.
Quittant la piste de danse haletante et essoufflée, j'attrape une bouteille dans la cuisine, vidant dans mon verre les quelques goûtes restantes. Le goût de la cerise papillonnant sur ma langue n'est pas désagréable, au contraire.
– Tu vas bien ?
La voix de mon frère me ramène sur terre, enfin en quelque sorte. Je pouffe de rire sans savoir pourquoi et le prend chaleureusement dans mes bras.
– Ouaiiis ! Je pec... euh je pète le feu !
Il explose de rire tout en me repoussant sans doute dérangé par l'odeur de mon haleine plus qu'alcoolisée.
Je ne sais pas depuis combien de temps mon frère est revenu, en fait je ne l'ai plus revu depuis que Leo et moi sommes descendus de ma chambre. Et si je l'avais laissé m'embrasser ? Je veux dire, si j'avais accepté, capitulé sous son regard inquisiteur ? Non, Holly ressaisis-toi ! Tu ne peux pas te venger de Kerian en embrassant un autre.
– Tu as entendu ce que je viens de te dire ? Grogne mon frère en attrapant mon menton.
– Hein ? Quoi ?
– Tu devrais arrêter de boire, je n'ai pas envie d'appeler les pompiers ce soir.
Je grogne mais me laisse tout de même reconduire sur le canapé aux côtés de Leo, Evy, Ryan et Dylan. Mon amie aux cheveux désormais bruns semble légèrement moins saoule que moi tandis que les trois garçons ne semblent pas le moins du monde émoustillés.
– Holly, pour combien tu embrasses Leo ? Ricane Ryan en se poussant pour que je puisse m'asseoir.
Désormais entre Ryan et Leo, je me demande si participer à un tel jeu est une bonne idée. Pesant le pour et le contre je me rends compte que je suis bien trop saoule pour trouver des raisons de ne pas y jouer !
– Dix.
Leo semble surpris mais amusé. Le compte à rebours commence et je me concentre le plus possible pour trouver un chiffre et tenter de deviner celui de Ryan.
– Six.
– Six.
Et merde ! Evy ainsi que les deux garçons se mettent à hurler de rire tandis que je lance un regard gêné à mon ami Leo. Son visage étrangement trouble le rend d'autant plus attirant.
– Tu sais ce qu'il te reste à faire ! Roucoule Evy.
Après tout je n'ai pas le choix, si ? C'est le jeu et Kerian est rentré chez lui ! Je me redresse et dépose mes mains de part et d'autre du visage de beau brun. Mes yeux à demi fermés semblent le faire rire, faisant ressortir ses adorables petites pommettes. Je repousse son éternelle mèche retombant sur son front et dépose un doux baiser sur ses lèvres. Ce baiser est pâteux et pas vraiment agréable, cette sensation est sans doute due à l'alcool !
– Oh merde, jure Evy tandis que je retire mes lèvres de celles du beau brun.
La mine effarée de mon amie me fait me retourner et imaginez ma surprise en voyant Kerian, planté tel un piquet à quelques mètres de nous, sa main enveloppés dans un bandage et son regard dénué d'expression plongé dans le mien.
Ce n'est pas vrai, qu'est ce qui m'a pris ? Qu'est-ce que je viens de faire ?
– Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Beugle-t-il à travers la pièce sans que la moindre expression ne traverse pourtant son visage.
Ma tête se met à tourner et une horrible envie de vomir mes tripes s'empare de moi.
– Attend, Kerian ! Je hurle à travers la pièce en tentant de le rattraper.
Je le suis jusqu'à l'extérieur de la maison et au moment où je parviens enfin à agripper le tissu de son tee-shirt, l'adolescent me repousse violemment en arrière, manquant de me faire tomber à la renverse.
– Putain, quoi ? Attend quoi ? Que tu m'expliques ? J'n'en ai rien à foutre de tes explications. T'as cas aller te faire sauter par ton connard de Leo je m'en contre fous.
Sa voix cassée me hurlant dessus déchire d'autant plus mon cœur déjà réduit en morceau plus tôt dans la soirée.
– C'était je... juste un ga... gage, j'en ai r...rien à faire de lu... lui ! Je hoquette sous le regard furieux du blondinet.
– Et tu es saoule en plus ? Tu te fous vraiment de ma gueule, Jensen. Je t'ai tout donné, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour devenir une saloperie de mec bien pour toi et tu me remercies en allant voir cette petite merde ? J'étais venu pour m'excuser, mais tu sais quoi. Oublie-moi, oublie-nous.
Je sanglote de nouveau à chaudes larmes. Si vous saviez à quel point je suis épuisée de pleurer, épuisée de me prendre la tête à longueur de journée.
– Alors c'est terminé ? Je hurle.
– Toi et moi c'était foutu d'avance, je ne sais pas ce qu'on a voulu se prouver en sortant l'un avec l'autre mais je regrette la Holly que t'étais avant.
– La Holly que j'étais avant ?
– Ouais, je te préférais grosse et tu sais pourquoi ? Parce qu'aucun de ces foutus mecs n'aurait daigné poser un regard sur toi. Parce-que je ne serais pas venu non plus. Rien de tout ça ne serait arrivé et...
Je m'écroule par terre en entendant la hargne de Kerian, chaque parole qu'il prononce me coupe un peu plus le souffle, coupe un peu plus ma respiration saccadée. Chaque mot sortant de sa bouche semble entrer en moi comme des lames transperçant mon corps de tout part. Kerian ne déroche plus un mot mais ne bouge pas d'un millimètre pour autant. Ma douleur ne semble pas l'atteindre le moins du monde.
– Tu ne m'as jamais aimée alors ? C'est seulement mon corps qui t'attirait ! Dis-le, allez Kerian, dis-le putain !
Je me relève d'un bond, me postant face à lui, mais ce dernier reste silencieux. Il m'a déjà brisé le cœur, il a déjà réduit à néant toutes mes attentes, toutes mes espérances et balayé d'un revers de main toute notre histoire, il a détruit tout ce que nous avions construit depuis quelques mois sans le moindre remord. M'avouer la vérité ne sera qu'une manière de plus de m'achever alors pourquoi refuse-t-il de le dire ?
– Dis-le ! Je hurle de plus belle en levant les bras au ciel.
Ma tête tourne de plus en plus et mon envie de vomir me reprend. Son visage semble pourtant s'être radoucit et ce dernier affiche un regard empli de peine. C'est bien ce que je pensais, il n'a pas besoin de prononcer ces mots, ses yeux suffisent à témoigner de sa pensée. Il s'est servi de moi depuis le début et toutes les fois où il a prétendu me défendre n'étaient que des manières de se donner bonne conscience. Je le hais, je hais tout chez lui désormais.
– Tout va bien ? Souffle une voix dans mon dos.
Kerian semble contrarié, je me retourne et tombe nez à nez avec Leo. Génial ! Comme si la situation n'était pas déjà assez compliquée il faut qu'il remette le couvert.
– Oui, tu devrais rentrer Leo.
– Non, je reste, hors de question qu'il ne te fasse encore du mal.
– Tu ne l'as pas entendue ? Elle veut que tu te casses espèce de connard.
Comment ose-t-il encore prendre mon parti et ma défense après tout ce qu'il vient de me dire ? Comme s'il était décisionnaire de ma vie, comme s'il était le seul à avoir le droit de me manquer de respect, me blesser ; que dis-je, m'assassiner, me briser et même me détruire.
– Ferme ta gueule, Kerian.
– Tu crois vraiment que j'ai peur d'une petite merde dans ton genre ?
Leo grogne et s'élance en direction de Kerian. Il lui saute dessus tel un animal enragé avant que le blondinet ne lui livre le plus violent uppercut que je n'ai jamais vu. Leo vacille sur le sol, la lèvre en sang tandis que le blond ne daigne pas bouger d'un pas.
– La prochaine fois assure toi d'être à la hauteur, blaireau.
Il crache par terre et contourne le corps de Leo pour s'approcher de moi.
– Quand à toi...
S'en est trop, mon corps ne peut plus supporter tout l'alcool contenu en lui. Je me retourne et revomit tout ce liquide verdâtre sur la pelouse à quelques centimètres du pas de la porte. Je sens de grandes mains agripper mes cheveux et me les retenir pour ne pas me les salir. Je comprends vite que ces mains sont celles de mon Kerian. Mon ? Non, il n'est de toute évidence plus mien. Je me retourne dans sa direction quelques minutes plus tard tout en agrippant son tee-shirt à pleines mains. Mes jambes ne peuvent plus s'arrêter de trembler tout comme mes bras. A vrai dire la moindre parcelle de mon corps devient tremblante.
– Tu vas bien ?
Non, Kerian ! Je ne vais pas bien. Quelle question stupide quand on y pense ! Je ne daigne même pas répondre, il est évident que je ne suis pas dans mon état normal et que je suis très loin d'être « bien ». Je vacille sur le côté, sentant des mains me retenir puis c'est le trou noir. J'ai comme l'impression d'entendre des voix que je n'arrive pas à discerner. Des « elle ne va pas bien ? », « monte la dans sa chambre » ou encore des « ça va aller » et pour finir, contre toute attente j'ai la vague impression d'entendre le murmure d'un « dors bien, mon ange » caressant délicatement mon oreille.