Aujourd'hui c'est le dernier jour. Le dernier jour de ma vie à Georgetown. Mes parents ont décidé de déménager à plus de 2800 kilomètres de cette ville dans laquelle j'ai grandi, dans laquelle j'ai tous mes amis, et dans laquelle Aiden vit. Tout mon monde est en train de s'effondrer.
Des centaines de cartons remplissent le sol de la maison, allant du garage à ma chambre au 1er étage. J'ai grandi dans cette maison, j'y ai appris à faire du vélo dans la cours avec Papa qui m'aidait à ne pas tomber quand j'avais l'impression de foncer droit dans un arbre. J'ai passé des dizaines de Noël à manger la dinde de 8kg que faisait Maman tous les ans, accompagné de ses pommes de terre et de ses champignons marinés. J'y ai fêté tous mes anniversaires, entourée de mes amies et de ma famille. Tous ces souvenirs sont maintenant dans des cartons, prêt à partir pour la Californie, à Sacramento.
Mon père, David, a trouvé une maison sur la 18ème rue dans le quartier de Midtown. Heureusement que le centre-ville n'est pas loin parce que sans aucun ami je ne sais pas comment j'aurais fait seule en rase campagne. D'ailleurs je ne sortirai peut-être jamais seule parce que je ne suis pas tellement habituée aux grandes villes. Georgetown est une petite ville, je la connais comme ma poche, il m'est impossible de m'y perdre, même en pleine nuit. Ce qui n'est pas tellement le cas pour Sacramento que je ne connais absolument pas et dans laquelle je ne connais personne.
- « Emily descends s'il te plait, j'ai besoin d'aide ! », crie Maman du rez-de-chaussée.
Je marche dans le couloir en direction du salon. Je longe la chambre de mes parents qui donne sur l'avant de la maison. La salle de bain qui se trouve un peu plus loin, comporte une douche et une baignoire. Je ne peux pas vivre sans baignoire. Le bain du dimanche soir est sacré. Ma chambre quant à elle est celle au fond du couloir. Elle est décorée avec des guirlandes lumineuses accrochées au mur au-dessus de mon lit, une grande armoire se tient à droite de celui-ci et un grand miroir grand de deux mètres se trouve en face de celle-ci. Ce que j'aime le plus dans cette chambre est la vue. Elle donne sur le jardin fleuri de Maman, dans lequel des centaines de fleurs différentes sont plantées, toutes plus belles les unes que les autres. Elle a mis des années à avoir ce résultat et maintenant qu'elle l'a, nous devons partir.
En descendant les escaliers je me rends compte que les cadres qui étaient accrochés au mur ont été retirés. La maison se vide petit à petit et mon cœur se serre plus à chaque carton qui se ferme.
- « Je suis là Maman ! De quoi as-tu besoin ? »
Elle a la tête dans les cartons et tente de faire rentrer tous nos cadres en utilisant la technique du Tetris. Ses cheveux brun coupé en carré plongeant lui tombent sur les épaules et ondulent à la pointe. Elle n'a jamais eu de coupe de cheveux basique et comme « tout le monde ». Elle aime se sentir différente physiquement et ne pas plaire à tous. Elle relève la tête et ses yeux vert clair me cherche du regard.
- « Il faudrait que tu aides Papa à charger les cartons déjà fini dans le camion des déménageurs. Et que tu... Qu'y a-t-il ma chérie ? »
J'ai les yeux rouges et remplis de larmes. J'ai essayé de ne pas pleurer et de rester forte. De voir le bon côté des choses et d'avancer en restant positive, mais c'est plus fort que moi. C'est une partie de ma vie qui s'en va. Ce sont des centaines de souvenirs qui tournent dans ma tête depuis que Papa et Maman m'ont dit qu'on allait déménager, si loin.
- « Je n'y arrive pas Maman ! Je n'arrive pas à laisser toutes ces années ici. », dis-je la voix pleine de tristesse en la regardant droit dans les yeux
- « Tu n'as pas à laisser tes souvenirs ici. Tu les emporte avec toi pour ne jamais les oublier. », me dit Maman en me prenant dans ses bras et en caressant mon dos
- « Mais je veux qu'ils restent intacts à Georgetown, je veux rester dans notre ville Maman ! », lui dis-je en pleure sur son épaule
Elle soupire et je sais qu'elle me comprend. Elle sait que c'est dur pour moi et que j'ai énormément de mal à passer au-dessus de tout ça. Je ne suis pas le genre de personne qui aime recommencer sa vie tous les 10 ans dans une nouvelle ville, un nouvel état. J'aime savoir que je suis entourée de personnes sur qui je peux compter. J'aime connaitre par cœur l'endroit dans lequel je vis. Et par-dessus tous, j'aime savoir que je ne suis pas très loin de Aiden.
J'entends le camion des déménageurs se garer devant la maison. Je décide de me sécher les yeux, d'arrêter de pleurer -pour le moment- et d'aller aider Papa à charger tous nos souvenirs, notre vie.
- « Je t'aime ma chérie, sois forte ! », me lance Maman quand j'ouvre la porte d'entrée
Je me retourne, lui fais un grand sourire et lui réponds « je t'aime aussi Maman ».
En tournant la tête je vois Papa au bout de la cour, regardé le camion des déménageurs faire sa manœuvre. Il est beaucoup plus grand que Maman, environ 1m90 tandis que Maman mesure un peu plus d'1m60. Il a les cheveux noirs avec des reflets cuivrés avec lesquels j'adorais jouer quand j'étais petite. Je m'approche doucement de lui et m'arrête à sa droite. Il tourne la tête et remarque en un coup d'œil que je ne rayonne pas comme d'habitude. Il a toujours su voir quand ça n'allait pas, quand j'avais des problèmes, des coups de mou. Un jour, en rentrant du lycée, je suis monté directement dans ma chambre et j'ai claqué la porte. Papa est venu immédiatement à ma porte de chambre et m'a demandé ce qu'il se passait. Je lui ai dit que je ne voulais pas en parler et que je voulais être seule. Bien-sûr il ne m'a pas écouté et a continué à me poser des questions. Je ne répondais pas. J'étais trop honteuse pour lui en parler. Je pensais qu'il ne serait pas fier de moi. Après quinze minutes à ne pas répondre à ses questions j'ai décidé de lui ouvrir enfin la porte. Je me rappelle encore son grand sourire quand je lui ai ouvert. Il m'a pris dans ses bras et m'a serré très fort. Il m'a dit dans l'oreille « quoi qu'il se soit passé, je t'aime mon bébé ». J'ai fondu en larme et je lui ai dit ce qu'il s'était passé au lycée. Une des filles qui faisait partie de l'équipe de pom-pom girl m'avait dit que je ne pourrais jamais rentrer dans le groupe parce que j'étais nulle et que je ne savais rien faire. Elle m'avait dit ça devant plus de cents élèves qui venait elles aussi pour intégrer l'équipe. Bien-sûr, je n'ai pas été la seule à qui elle a dit ça. Plus de la moitié des filles ont reçu la même critique. En tant qu'adolescente ce n'est pas ce qu'on aime entendre alors qu'on ne sait pas trop ce que l'on veut et ce qui est le mieux pour nous. Je n'aimais pas dire à mon père que quelqu'un avait dit ça de sa fille. Je voulais qu'il soit fier de moi à chaque moment. Et je le veux toujours aujourd'hui.
- « Mon bébé, je sais que ça n'est pas facile pour toi mais n'oublie pas qu'on est ensemble, toi, ta mère et moi, et que tout ira bien ! » dit mon père en me tenant par l'épaule, les yeux rivés aux miens
- « Je t'aime Papa », lui dis-je en le regardant avec mes yeux mouillés et mon grand sourire
Il m'embrassa le front et je sentis le sourire qui naissait au coin de ses lèvres. Il se dirigea vers le camion pour saluer les déménageurs et commencer à charger nos affaires.
...
Après deux heures à faire des allers retours entre la maison et le camion, Papa et moi avons terminé de charger la moitié des cartons. Je regarde mon téléphone et je vois que Nora m'a appelé cinq fois et m'a envoyée dix messages. Nora est ma meilleure amie depuis plus de dix ans. J'ai toujours tous fait avec elle. C'est la personne en qui j'ai le plus confiance après mes parents. Elle a toujours été là pour moi, elle m'a toujours soutenue et elle me connait par cœur. On est comme des sœurs, nous n'avons juste pas de sang en commun pour l'être officiellement.
- « Allo Nono ! Je suis désolée j'étais en train d'aider mon père à... tu sais quoi », lui dis-je d'une petite voix
- « J'ai cru que tu étais déjà partie Em' ! Tu m'as fait peur ! », me dit-elle d'une voix paniquée
Nora est toujours un peu dans l'excès dans ses réactions. Mais c'est une meilleure amie en or.
- « Ne dit pas n'importe quoi Nono, tu sais bien que je ne serais jamais partie sans te dire au revoir ! »
Comme si je pouvais partir sans voir ma « sœur ». Je suis fille unique, mes parents n'ont jamais réussi à avoir d'autre enfant même s'ils avaient très envie d'en avoir un autre. Elle est un pilier dans ma vie et c'est à elle que je me livre et que je pose mes questions. Elle joue le rôle de meilleure amie et de sœur à la fois.
- « A quelle heure on se retrouve au Red Poppy Coffee ? », me dit-elle d'une voix enjouée
- « Je vous y retrouverais à 20h30, après le repas. Tu peux prévenir les autres s'il te plait Nono ? Je n'ai pas la force de le faire... », lui dis-je avec une petite voix à peine audible
- « Ouais bien-sûr ! A tout à l'heure Em' ! »
Cette fille est une vraie perle. J'ai beaucoup de chance de l'avoir. Ou plutôt, je n'aurais malheureusement plus la chance de l'avoir auprès de moi dans quelques jours.
...
Le diner avec Papa et Maman se passe dans une atmosphère dans laquelle nous n'avons pas l'habitude de vivre. Je n'ai pas très faim et Maman l'a bien remarqué. Elle nous a concocter des palets de légumes qu'elle fait à merveille, accompagné d'une viande rouge et d'une sauce. En temps normal j'aurais sauté dessus et j'aurais certainement terminée mon assiette en moins de 10 min, mais pas ce soir. Ce soir j'ai une brique dans le ventre qui m'empêche d'avaler ce festin. Ma tête est remplie de questions, de peurs, de doutes et je ne sais pas si j'arriverais à passer au-dessus, si je pourrais recommencer autre part, si je réussirais à l'oublier, lui.
Papa me sort de mes pensées et me demande à quelle heure je vais rejoindre les autres. Il sait que j'aime être avec mes amies et que cette rupture est très compliquée à encaisser.
- « Je les rejoins au Red Poppy Coffee dans quarante-cinq minutes. Je peux pendre ta voiture s'il te plait ? », lui demandais-je en faisant les yeux doux
La voiture de Papa est bien mieux que celle de Maman. Il attache beaucoup plus d'importance à la couleur, au modèle, à la marque, et aux détails dont Maman ne connait sûrement pas l'existence. C'est une des choses que nous avons en commun tous les deux. Je suis un grand fan de voitures -de belles voitures- alors dès que je le peux, je demande à Papa si je peux lui emprunter sa BMW M5. Elle est gris métallisé, avec des jantes à tomber par terre et un confort extrême. Je pourrais la conduire pendant des heures sans jamais me sentir mal installée ou avoir une douleur quelque part.
- « A une condition ! » me dit-il en me lançant un regard
- « Laquelle ? Que je ne me prenne pas un arbre ? Je te rassure, je n'ai pas envie de l'abimer et de finir à l'hôpital Papa ! Même si ça serait une assez bonne idée pour devoir rester à Georgetown. » lui dis-je en essayant de me retenir de rire -ou de pleurer-
- « Tu ne bois pas ! Pas même une goutte ! Sinon ça sera la dernière fois que tu conduiras mon 2ème bijou jeune fille. »
Papa croit toujours -même après des années à lui répéter le contraire- que quand je sors je fais comme les autres et je bois jusqu'à ne plus me rappeler mon propre prénom. J'ai beau lui répéter encore et encore que je ne bois pas, il continue de penser le contraire et de croire que je ne lui dis pas pour ne pas qu'il sache que sa petite fille grandie et fais des « choses de grandes personnes ». La seule fois où j'ai réellement touché un verre, c'était du champagne pendant le mariage d'une amie à Maman. Je n'aimais pas tellement le goût mais ça n'était pas non plus désagréable, alors j'ai continué et finie ma coupe. Mais ce que je ne savais pas, c'était que le champagne allait très vite me monter à la tête. J'ai terminé la journée allongée dans la voiture de Maman, à essayer de ne pas vomir entre coups de chaud et tête qui tourne sous 30 degrés. Depuis ce jour, je n'ai jamais retouché une coupe de champagne et je me porte très bien.
- « Promis Papa ! » lui répondis-je avec un sourire, « D'ailleurs, qui est ton premier bijou ? »
- « Tu devrais le savoir. C'est ma femme ! »
Il la regarda avec des yeux remplis d'amour qui faillissent lui faire verser une larme. Ils sont toujours aussi fusionnels voire peut-être même plus après toutes ces années ensemble. Maman lui lança une petite tape sur l'épaule et lui embrassa la joue.
...
Je monte à l'étage pour commencer à me préparer, mettre un peu de crème hydratante, du mascara pour faire ressortir mes yeux brun clair et du crayon à sourcils pour les remettre en forme. Pour une fois je me laisse tenter par un peu de rouge à lèvre très foncé et finis par mettre du shampoing sec dans mes cheveux. Ils m'arrivent en dessous des omoplates et ont des ondulations sur les pointes comme ceux de ma mère. Ils sont brun foncé et ont de très légers reflets dorés.
Je reçois un message de Nora me prévenant que tout le monde est arrivé au Red et qu'ils m'attendent avec impatience ; en tout cas je pense que c'est ce qu'elle veut dire par « Grouille toi ! ». Le Red n'est qu'à deux minutes en voiture de la maison. On s'y retrouve souvent entre amis puisqu'il est à peu près à mi-chemin entre les maisons de chacun.
Je mets mes bottines à talons, prends mon sac et descend prévenir Papa et Maman que je vais partir, mais surtout prendre les clés de la BMW avant que Papa ne change d'avis.
- « Fais attention à toi ma chérie, n'oublie pas de nous envoyer un message si tu as un problème ! » me lance maman allongée sur le canapé avec Papa à ses cotés
| Merci d'avoir lu. C'est pas première histoire. Ce n'est pas parfait mais je suis ici pour m'améliorer et avoir des avis, des conseils et tout ce qui sera bon à prendre pour continuer à m'améliorer.|
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