J'ouvrais doucement les yeux, m'étirant agréablement dans la chaleur de mon lit. Le soleil ne s'était encore totalement levé mais je voyais que le ciel prenait lentement des teintes plus pâles. Un grognement familier attira mon attention vers l'autre côté de mon lit. Je me tournais vers elle, le sourire aux lèvres. J'avais pris toute la couverture sur moi pendant la nuit, seul une petite partie recouvrait à peine le bas de son corps nu. Elle frotta son nez contre l'oreiller avant d'ouvrir péniblement les yeux.
- Bon matin Éli.
- Bon matin ma belle... tu es réveillée depuis longtemps?
- Non, je viens tout juste.
Elle tendit un bras vers moi pour que je puisse me blottir contre elle. Je fermais les yeux de bien être et relevais la tête pour l'embrasser doucement. Ses lèvres étaient si douces contre les miennes que je ne pouvais que fondre dans ses bras. Elle sourit durant le baiser en me serra à m'en faire presque mal.
- Tu m'as tellement manquer Éli.
- De quoi tu parles? Je n'ai pas bouger d'ici.
Je fronçais les sourcils en me reculant.
- Tu ne te souviens pas?
- On dirait pas...
- L'autre jour dans la forêt avec ton père.
Elle s'appuya sur un coude, l'air perdue.
- Tu es certaine que ça va chérie?
- Je te retourne la question, comment peux-tu avoir oublier?
- Yumi, mon père est mort quand j'étais jeune et on est jamais aller dans la forêt.
- Mais si voyons! Tu t'es battue contre lui et ensuite... ensuite... euh...
Il s'était passer quoi après qu'elle se soit transformer?
- Tu as du faire un rêve.
- Mais non! Attends, c'est juste que je dois avoir un trou de mémoire. Je ne me souviens pas de ce qui s'est produit par la suite.
Elle m'offrit un regard tendre avant de caresser ma joue.
- Je suis désolée...
- Pourquoi tu dis ça?
- ...
- Tu me fais peur, réponds moi.
- Yumi... tu ne te souviens pas de la suite parce que je ne suis jamais revenue.
- Quoi? Non, c'est ridicule. Tu ne m'aurais pas abandonné.
Elle soupira avant de m'embrasser le front puis s'éloigna de moi pour se lever. Je tendis instinctivement les bras vers elle mais elle continua de reculer. Son image devenait de plus en plus flou.
- Éli!
- Je ne t'ai pas abandonné, je suis morte. Tu dois m'oublier.
- Éli, non! Reste avec moi, je t'en supplie!
- Je suis tellement désolée. Je t'aime.
Et elle disparut totalement de ma vue.
***
Je me relevais dans mon lit en hurlant son nom mais j'avais beau me retourner dans tous les sens, elle était absente. Encore ce rêve. Je secouais la tête en soupirant.
Il s'était écoulé cinq longues années depuis ce jour tragique dans la forêt. J'avais passer des mois à l'attendre, remplie d'espoir. Jusqu'au jour où je reçu un autre coup du destin. Ma mère quitta mon père sans préavis et partit pour la ville. J'avais beau ne pas en avoir été si surprise au vu de leurs disputes récurrentes, je fus prise au dépourvu par toutes les tâches qu'il me revenait maintenant de faire. Mon père doubla ses heures de travail pour rester le plus possible loin de la maison. Je devais donc m'occuper à plein temps de John ainsi que du ménage, du lavage, je devais aussi cuisiner les repas. Je du délaisser mon entraînement et l'école durant les premiers temps afin de m'adapter.
Moralement, ce ne fut pas facile. J'étais déjà très bas à cause de la disparition d'Élizabeth. Je pleurais presque tous les soirs, espérant un avenir meilleur. Maleureusement, plus le temps passait et plus les choses étaient difficiles. John commençait à aller à l'école et il ne se faisait pas accepter aussi facilement. Il passa les premières semaines à pleurer dès qu'il rentrait à la maison. Les autres enfants étaient méchants avec lui. J'en discutais avec ses professeurs mais ça ne changea pas vraiment les choses jusqu'à ce qu'on m'apprenne que je pouvais l'inscrire à une école privée pour les jeunes dans ses conditions.
C'était cher et je du trouver un petit boulot vu que le salaire de notre père ne pouvait pas couvrir les paiements de la maison, la nourriture en plus de cette école privée. Je commencais donc à travailler à la bibliothèque de nuit. Grâces aux primes, c'était plus payant et j'étais certaine d'être présente le matin pour amener mon frère à l'école et le soir pour le souper et les devoirs.
Je commençais tout juste à m'y faire. J'étais toujours bien occupée donc je n'avais pas le temps de penser à l'immense trou dans ma poitrine. Je n'étais pas heureuse mais j'avais l'impression que j'allais réussir à remonter la pente. Malheureusement, une autre épreuve m'attendait et non des moindres. J'avais entendu des rumeurs sur mon père. Il s'affaiblissait, à ce qu'on racontait. J'avais moi-même remarquer qu'il était souvent épuisé mais je me disais qu'il se dépensait surement trop au travail. Jusqu'au jour ou il perdit connaissance et qu'il fut amené à l'hopital.
On appris alors qu'il était atteint de dégénérescence musculaire. Une maladie incurable qui lui ferait perdre petit à petit ses forces. Bien sur, il ne pouvait plus rester un chasseur et nous perdions ainsi le seul gros revenu de la maison. Il y aurait des frais pour des traitements qui allaient réduire la rapidité de progression de la maladie et je devais rester près de lui le plus souvent possible. Sinon, je devais engager une infirmière à domicile ce qui n'était pas envisageable. Nous en sortir me paraissait impossible mais j'eu enfin un coup de chance.
Mon ami Ethan termina son cours de médecine et connaissant bien ma situation, il me proposa d'emménager avec nous afin de m'aider. Au début je refusais son aide financière mais je n'eu finalement plus le choix de l'accepter. Puis, il faisait beaucoup d'argent avec son nouveau poste de médecin au village. Ce n'était pas autant que ce qu'il aurait pu avoir en restant en ville mais il me répétait que ça en vallait la peine pour aider sa meilleure amie.
Avec sa présence à la maison et son soutiens financier, je pu me permettre de reprendre l'entraînement. Mon poste à la bibliothèque ne pourrait me couvrir toute ma vie. C'était la raison que je donnais à mon entourage mais elle était fausse. En fait, je n'arrivais juste pas à oublier cette journée dans la forêt. Presque tous les jours, je me disais que si j'avais été plus forte, j'aurais peut-être pu l'aider. Mon cerveau répétais sans cesse le moment où les deux loups m'avaient traîner de force au travers de la forêt jusqu'à me laisser au bord de celle-ci, perdue et brisée.
J'avais rapidement retrouver mon habilité et combiné à ma nouvelle motivation, je passais rapidement mes examens et ce avec mention. Mon père en était plus qu'heureux même s'il aurait été horrifié par la réelle raison de mon retour sur le terrain. Je montais rapidement les échelons des chasseurs jusqu'au rang de capitaine. Je ne cherchais pas ce genre de notoriété, je voulais seulement me perfectionner et m'assurer que si je rencontrais le père d'Élizabeth en mission, je pourrais au moins de défendre correctement et faire honneur à mon amour décédé.
***
Ce jour là, j'accompagnais un chargement de médicament provenant de la ville et qui se rendait à notre petit hôpital. Avec mon équipe d'une dizaine de chasseurs, nous avions rejoint le véhicule à mi-chemin de la grande route. La mission était simple et récurrente, il fallait les raccompagner au village avant la nuit et les reconduire au même endroit le lendemain pour que les gardes de la ville les ramènent chez eux.
Nous étions disposé en cercle tout autour du chariot, tiré par un cheval de traie. Ils n'y avait aucune voiture par chez nous, ce genre de bruits et de pollution aurait tôt fait de provoquer les loups. J'avais encocher une flèche par pure prévention même si nous n'avions encore jamais été attaqués. J'ouvrais la marche aux côtés d'Ashey et Dorian, mes deux adjoints. La route était paisible et nous étions détendus quoi qu'attentifs. Certains discutaient tranquillement entre eux et j'entendais même quelques rires plus loin derrière.
- Hey Yumi?
- Ashley?
- Tu comptes venir à la fête de ce soir?
Ah oui... cette fête la. Elle parlait du festival d'automne qui était célébré peu après le changement de couleur des arbres. Nous en avions un pour chaque saison mais je m'étais toujours débrouillée pour travailler ces soirs là. Cette année, comme les autres, j'avais refuser de m'y présenter. Ethan avait eu beau insister lourdement pour que je l'y accompagne, je préférais rester avec John tranquillement à la maison. Il me disait que je ne pourrai rester éternellement recluse et que je devais apprendre à profiter de la vie. Je savais qu'il avait raison mais je n'en avais pas envie pour autant.
- Non.
- Sérieux? Mais pourquoi?
Je haussais les épaules pour toute réponse. Ce n'était ni le lieu, ni l'endroit pour ce genre de discussion. Je n'étais pas pour ainsi dire associable mais je parlais peu et préférais rester loin des autres. Ma famille me suffisait... enfin presque.
Je détournais mon attentions vers les arbres. Cette douleur dans ma poitrine était devenue ma fidèle compagne. Elle était parfois si forte que les larmes me montaient aux yeux mais je ne les laissais plus couler. Non, je ne voulais plus pleurer comme j'avais passer des années à le faire. J'avais maintenant 24 ans et il commençait à être temps que je laisse le passé derrière et que j'avance une bonne fois pour toute.
***
Les reste du trajet c'était fait calmement. J'avais échanger le minimum de paroles possible avec mes adjoints, ne répondant que pour être polie. Nous n'avions même rien entendu de suspect, le calme plat mis à part quelques petites animaux et des oiseaux passant par là. En arrivant au village, j'avais féliciter mon équipe comme je me devais de le faire malgré que nous n'avions rien fait de plus que marcher. Ils me saluèrent poliment avant de retourner chez eux alors que je retournais au centre d'entraînement pour écrire mon rapport. Il serait rapidement terminé puisqu'il ne s'était strictement rien passé alors je comptais bien profiter de mon temps libre pour m'entraîner un peu.
Je savais que John en avait encore pour une bonne heure avec son éducatrice. Revenir plus tôt pour, en bout de ligne, être seule à la maison avec mes pensées était une très mauvaise idée. Je préférais encore aller courir. Au moins, dans ce temps là, je ne réfléchissais pas trop. Je laissais donc de côté mon rapport terminé pour aller mettre mes vêtements de sport et sortis dehors au pas de course.
Quelques mois plus tôt, nous avions fait ajouter une piste en terre tout autour de la zone d'entraînement extérieur. J'ignorais pourquoi ça n'avait pas été fait plus tôt car elle était plus que pratique. Mes supérieurs avaient fait ajouter la course comme nouvelle pratique obligatoire pour les recrues. Au départ, ils avaient voulu la faire en asphalte mais je m'y était opposer.
- S'ils doivent courir, ce sera dans la forêt. Aussi bien rendre l'expérience un peu plus réaliste et puis ce sera moins dispendieux.
Ils avaient tous été d'accord et puis comment ne pas l'être? Notre budget était, en effet, très serré et nous étions déjà sous payés. Je ne voulais pas non plus que mon salaire soit coupé pour une piste de course.
Je pris quelques bonnes inspirations en entamant mon premier tour. Au départ, je ne songeais qu'à ma respiration ou encore au bruit de mes pas et à ma vitesse. Mais une fois que mon corps eu prit son rythme de croisière, mon esprit retourna à cette journée dans les bois ou plutôt à quand on m'avait laisser sur le bord de la forêt. Je me souvenais m'être roulée en boule dans l'herbe, épuisée de m'être débattue tout au long du trajet de retour. Je pleurais sans être capable d'arrêter, mon monde s'était écrouler. Élizabeth n'avait même pas pris la peine de me dire au revoir, elle ne s'était pas même retournée. Son attitude m'avait blessée presque autant que l'ignorance quand à l'issue du combat.
C'est Ethan qui m'avait trouvé après m'avoir chercher durant des heures partout dans le village. Il m'avait ramener chez lui et m'avait laisser pleurer durant des heures sans me poser de questions. Ce n'était pas pour rien qu'il était mon meilleur ami depuis si longtemps. Il savait toujours ce dont j'avais besoin et ne m'avait jamais presser pour des explications.
J'avais tout de même fini par tout lui raconter, quelques jours plus tard. J'avais bien remarquer que mon état l'attristait et que c'était une vraie torture pour lui d'en ignorer la raison. Il m'avait écouter débiter toute l'histoire de cette nuit dans les bois jusqu'au combat contre le père d'Élizabeth.
Comme j'aurais du m'y attendre, il ne m'avait pas juger et s'était contenté d'être là pour moi dès que ses études le lui permettait. Il était devenu ma bouée dans l'océan tumultueux de ma détresse. Il m'avait garder la tête hors de l'eau durant toutes ces années et continuait de le faire encore aujourd'hui. Sans lui, je ne serais pas là sur ce chemin de terre à courir. Je me serais noyée, étouffée par mes problèmes, mes angoisses et mes peines. Avec lui, j'arrive à me relever chaque jour de plus en plus. Peut-être qu'avec encore un peu de temps, j'arriverais à l'oublier elle et à retrouver ce bonheur auquel j'ai été arrachée.
***
Je sais, je sais... vous voulez me tuer!
J'avoue ne pas être tendre avec nos deux amoureuses mais toutes les histoires d'amour ne sont pas forcément roses et vous devez avouer que celle-ci était bien trop facile jusqu'à maintenant.
Pour ce qui est de Yumi, la vie ne l'a pas épargné. Avez-vous déjà remarqué à quel point les "badlucks" ont tendance à s'enchaîner les unes aux autres? Dès que vous croyez que les choses vont s'arranger, le monde vous tombe à nouveau sur la tête! Mais en restant fort et positifs, il est possible de passer au travers et d'en ressortir grandit. Continuez d'avancer et la vie vous récompensera.
Combien de temps la malchance continuera t'elle de s'abattre sur Yumi? Finira t'elle par voir le bout du tunnel? Le bonheur est-il plus près qu'elle ne le pense?
Au prochain chapitre!
-Anna-