Point de vue Reina
Je suis surprise par le claquement de la porte d'entrée de la suite. C'est mon colocataire qui rentre de ses achats alors que je sors de la douche. Il n'a aucun sac et c'est sans tarder que Cristiano s'affale sur le lit dans un soupire de satisfaction. Je me plante face à lui, cheveux dégoulinants d'eau et poings sur les hanches en secouant la tête de gauche à droite.
Moi: Désolée de briser ton rêve mais on ne peut pas se reposer maintenant. On a des tas de choses à faire.
Il se rassoit sur le bord du lit en soufflant bruyamment d'agacement je crois bien cette fois ci. Ça m'exaspère de le tendre souffler de cette façon autant que ça m'amuse, je l'avoue.
Moi: Et si je t'entends encore souffler comme ça, tu vas rester cloîtré chez mon père dorénavant.
Cristiano: À vos ordres princesse.
Il se redresse puis se lève. Il allait défaire complètement sa valise mais j'intercepte l'intention avant qu'il n'en étale partout.
Moi: Ne ranges pas tes habits mais sors ton costume Fiesta, tu sais le noir et blanc avec la chemise à boutonnière rouge. Je te donnerais tes armes après.
Cristiano: Et toi comment tu vas t'habiller ?
Moi: Surprise mon cher.
*******
Nous avons bien rattraper notre nuit un peu courte pour la suite de la journée, chacun de notre côté. Nous ne sommes pas sortis de l'hôtel, je ne voulais pas que des indicateurs de Béné nous repère dans la ville avant ce soir. Aucun membre du clan espagnol ne doit savoir que nous sommes à Madrid. Il va falloir être en forme pour ce soir, je sens que la réception va être exténuante. Heureusement pour lui donc, Cristiano a beaucoup, beaucoup, beaucoup dormi et par chance, sans faire de bruit tandis que je me suis remise à travailler.
J'ai réussi avec des messages, des coups de fils et des infos à déterminer la position de nos marchandises enfin, ce qu'il en reste. Je compte me concentrer finalement sur la récupération de nos biens plutôt que sur la discussion avec Béné pour ce soir mais si j'ai l'occasion de coincer cette crapule, je ne la manquerais pas.
Cristiano se réveille alors qu'il est maintenant à peine plus de 18 heures. Il s'étire longuement mais paraît plus en forme que ce matin tandis que je clos mon travail pour ce soir.
Moi: Môssieur est un gros dormeur, le gros bébé se réveille.
Je lui parle avec une voix d'attardée mentale ou pré adolescente en extase devant un petit animal, vous choisissez, pour le réveiller me moquer de lui. J'ai l'impression que c'est la quinzième fois qu'il se réveille aujourd'hui. Il hausse les épaules et ses lèvres dessinent en léger sourire en coin.
Cristiano: Je suis quoi en fait ? Une demoiselle, un « môssieur », une marmotte, un imbécile ou un gros bébé ?
Moi: Tout à la fois. Aller prépares-toi maintenant, tu mets un temps fou et puis la réception est dans peu de temps.
Cristiano: Tu as raison mais je suis en pleine forme maintenant.
Moi: Oui c'est ça, bon arrêtes de jacasser et dépêches toi.
Il se lève rapidement et se dirige vers la salle de bain tandis que je sors les armes nécessaires pour les déposer sur le lit. Je me prépare ensuite en me changeant ; j'enfile une robe noire sage qui ne dévoile qu'une partie de mes jambes. Il n'y a pas de dos nu ni de décolleté plongeant, je n'aime pas ça de toute façon. J'ajoute des bijoux pas trop clinquants et des chaussures simples noires. Mais je prends soin de porter sous ma robe une jarretière, une seule pour y coincer mon pistolet le plus important, mon père me l'a offert à mes seize ans.
Je finis de me maquiller en traçant un trait d'eye-liner noir au ras de mes cils lorsque j'entends les pas des chaussures italiennes de Cristiano arriver derrière moi. Je sens son regard de feu se poser soudainement sur mon dos et je ne tarde pas ainsi à me retourner pour l'observer et lui faire face. Je crois que nous avons la même réaction l'un à l'égard de l'autre quant à notre tenue respective. Il est très beau dans ce costume, ses épaules larges et puissantes sont parfaitement mises en valeur grace à la coupe et sa taille est marquée par la ceinture bien positionnée. Ses habituels cheveux noirs plaqués rajoutent à son charme mais il manque un tout petit quelque chose. Je regarde autour de moi et trouve une rose dans un bouquet. Je l'arrache à sa tige et la coince sur la veste de costume. Le mouvement s'est fait de lui même, par une simple pulsion ou une envie de soigner les détails, je ne le distingue plus vraiment.
Moi: Voilà.
J'admire mon œuvre alors qu'il garde un sourire en coin auquel je commence à peine à m'habituer. Il ne relève pas pour autant.
Cristiano: On va faire quoi là-bas ?
Moi: Récupérer la cargaison d'abord et parler à Béné après, si on a le temps.
Cristiano: C'est pas ce qui était prévu. Tu penses que ça peut marcher ?
Moi: Ça marchera. Il faut partir.
Je lui donne ses armes qu'il installe seul dans son costume avec maladresse et je fais de même. Nous quittons l'hôtel dans la plus grande discrétion possible tout en nous hâtant. Une dizaine de minutes en voiture a suffit pour que nous arrivions au palais. Je suis en mode « mission », enfermée dans une bulle de concentration et de maîtrise des gestes comme les boxeurs avant un match. Il est temps de passer à l'action.
*******
Voilà une demie heure que nous sommes là et je ne fais que de danser avec de parfaits inconnus pour passer inaperçue, en faisant mine d'adorer me mêler à ce genre de personnalités comme si j'étais réellement invitée ici. Les personnes présentes sont pour la grande majorité êtres proches de la famille de Béné, tous du même genre. Je les observe avec méfiance car trop connaisseuse de leurs agissements et leurs manières de faire.
D'un coup, un contact me fait me raidir et je sens un bras passer sous mon dos alors que je danse avec un homme d'une trentaine d'années et que la musique s'apprête à changer. Je suis donc arrachée des bras de cet homme pour atterrir entre ceux de Cristiano. Je suis surprise et agacée qu'il pense pouvoir disposer de moi comme ça. Je me débats un peu pour ne pas trop attirer l'attention non plus mais il me maintient bien. Nous commençons à danser lorsque je reconnais l'air joué, un orchestre magistral se met à jouer l'air qui symbolise ma vie : Brucia la terra. Elle est revisité en style tango argentin magistral sans paroles, le genre histoire d'amour impossible tragique. Cristiano mène parfaitement la danse et cet air me porte, finalement ce n'est pas si désagréable de danser avec lui et cela fait l'effet d'une parenthèse superbe suspendue dans le temps. La musique rend tout plus agréable et même adoucit mes réactions
Une fois la musique terminée c'est à moi de le tirer hors de la piste de danse, les gens nous regardent nous éloigner en nous prenant pour deux amants un peu trop émoustillés par leur danse. Mais non... Une fois bien à l'écart, ma main part rencontrer la joue de Cristiano. Il me regarde en souriant malicieusement, ce qui signifie qu'il est content de lui mais à la fois énervé, c'est visible dans son regard froid et dur.
Moi: Ça va pas bien de m'arracher comme ça des gens ? Tu veux qu'on se fasse remarquer ?!
Cristiano: Et toi, tu sais bien que je n'aime pas ça alors pourquoi tu danses avec des mecs que tu connais même pas ?!
Moi: Pour me fondre dans la masse et aussi parce que j'aime danser. Il n'y avait rien de malsain là dedans enfin !
Cristiano: Je n'aime pas te voir avec d'autres hommes.
Moi: Il va falloir t'y faire, je suis la seule femme du clan à travailler.
Cette jalousie me sidère réellement, je n'ai jamais été la cible d'une jalousie aussi mieux placée que celle de Béné. Néanmoins, Cristiano ne décolère pas et enfonce les mains dans ses poches, porte son regard maintenant au loin et pousse un petit soupir. Je me calme un peu et reprends :
Moi: Bon, il faut y aller maintenant. Restes sur tes gardes et observes tout. N'oublies pas que tu as tes armes pour te défendre.
Il fait un signe de tête positif sans ajouter de mots et nous nous séparons pour trouver chacun ce que nous cherchons. Et attention nouvelle tactique : Cristiano cherche Béné et moi je cherche la cargaison. Béné peut se montrer très malin quand il s'agit de s'attaquer aux autres mais très très bête quand on contre-attaque alors il s'attend forcément à ce que ce soit l'inverse. On va ainsi le prendre par surprise.
Je cours et file dans les couloirs jusqu'à descendre au sous-sol. Je finis par trouver le reste de MA cargaison, non pas sans efforts. J'envoie l'ordre à mes hommes qui se trouvent à l'extérieur de venir la récupérer par micro et ouvre le portail grâce au système pas du tout protégé du palais. Plus simple qu'au début, finalement. Je laisse mes hommes arriver et reprendre le peu de choses qu'il reste. Ensuite, je remonte au deuxième étage en suivant sur mon portable le petit point bleu qui clignote, c'est Cristiano, en effet grâce à la puce qu'il y a dans son costume spécial, je sais exactement où il est d'ailleurs, c'est pour ça que je le lui ai fait mettre.
Je remonte tous les escaliers, reprends tous les couloirs à l'inverse sans me soucier de la deco qui laisse à désirer et qui n'a pas changée depuis le temps de mes « bonnes ententes » avec Béné, un avantage puisque je connais la maison et je trouve d'ailleurs que le système de sécurité devrait être tout simplement installé.
Je suis maintenant tout proche de le retrouver, il est derrière cette porte. C'est donc avec un air vraiment naturel que j'ouvre la porte toujours avec la merveilleuse magistralité italienne qui coule dans mes veines. Mais je ne comprends plus rien quand je découvre Cristiano seul dans la chambre qui est celle de Béné, je le sais je suis venu ici étant plus jeune un bon nombre de fois.
Moi: Il est où ?!
Cristiano: Il est parti. J'ai vu une voiture partir par là, ce con me faisait signe.
Je m'approche de la fenêtre pour regarder et observe le paysage. Je reconnais peu à peu les alentours.
Moi: Par où tu dis ?
Il s'approche et pointe son doigt dans la direction de l'extérieur de la ville. Ça me fait sourire, il n'est pas si intelligent que ça finalement mon ami d'enfance.
Moi: C'est bon, je sais où il est allé. Mais toi, qu'est-ce que tu as fait toi ?
Cristiano: Je suis monté ici comme sur les plans que tu as fait dans l'hôtel et...
Moi: Tu as regardé mes plans ?!
Cristiano: Ben oui, je me disais que ça rendrait les choses plus faciles et surtout plus rapides, ça nous aurait évité de nous faire prendre au cas où.
Je fais une pause : Béné a compris ce qu'on faisait quand il a du voir les quelques caméras de surveillance installées dans sa maison, il a pris la fuite pour sauver sa peau d'imbécile couard en pensant me mettre sur la touche alors que c'est totalement l'inverse. Par dessus tout ça, je viens d'apprendre que Cristiano avait fouillé mes affaires mais pour la bonne cause... je le regarde un instant pour le considérer et reprends.
Moi: Tu as raison, c'était une bonne idée même si ça m'énerve beaucoup.
Je bouillonne et ça le fait sourire. Oui c'était plus simple que ce que j'imaginais mais c'est pas une raison...
Moi: Pourquoi tu ris ?
Cristiano: Tu me fais rire princesse, tu es tellement belle quand tu t'énerves même quand tu pètes un câble et que j'en fais les frais.
Moi: Pfff... en attendant, on doit s'activer pour trouver un plan pour aller chercher ce fumier. Rentrons, on a plus rien à faire ici.
Comm d'habitude, je n'attends rien de sa part et tourne les talons. Nous sortons du palais et passons par les sous-sols pour retrouver les hommes. La cargaison est chargée soigneusement dans les voitures et les caméras ont été coupées, envoyées directement à l'ordinateur de Fernando qui s'occupera de tout effacer sans laisser de traces. Parfait pour nous. Vraiment pas malin ce Béné... et ça me donne une idée.
Nous reprenons le trajet pour retourner à l'hôtel et, même si je sais où il est et que j'ai récupéré nos biens, je suis affreusement énervée de ne pas avoir eu Béné mais c'était le risque. Je suis énervée et confuse à la fois, il faut dire que le moment passé avec Cristiano était pour le moins étrange. Un mélange peu agréable, comme un malaise. Je ne sais plus quoi penser ni vraiment comment faire avec lui. J'essaie de m'adoucir alors que je ne devrais pas, c'est très mauvais pour moi et pour mon travail. Ces pensées me font mal à la tête tant elles tournent sans cesse.
Média 1: la danse de Reina et Cristiano
Média 2: musique du bal