La douce brise du matin frôlant ma nuque et mes démons resurgissent. Je me lève de mon lit et tire les rideaux avant de m'accouder au rebord de ma fenêtre.
Cet air frais qui respire la beauté du paysage de Neptune, j'en ai tellement besoin, il est si... apaisant... et doux.
Ce paysage était pour moi utopique, mais la vie m'en a montré les recoins les plus sombre.
Et je pense à ce que je ne veux pas avouer à voix haute...
J'ai trop perdu, j'ai tout perdu.
Mais même si à chaque secondes je cris intérieurement au ciel de s'être acharné sur moi, je n'ai vidé qu'une seule fois mon sac en 4 ans. 4 putains de sales années.
Je me met alors à observer ma demie-manchette tatouée sur mon avant bras gauche: les points cardinaux entourés par des créatures fantastiques portant en elle, chacune une morale de vie à mes yeux. Ce ne sont que des dessins encrés illégalement dans ma peau mais c'est comme ma source de puissance, grâce à LUI.
Et puis, je descend de mon nuage de ce qui ressemble à de la paix et du calme , aujourd'hui c'est la rentrée. Retourner à l'école après m'être éclipsée trois ans du jour au lendemain de mon établissement ne va pas me laisser indifférente.
Je m'imagine depuis maintenant deux semaines des scénarios plus catastrophiques les uns que les autres. Pas un seul positif, que des scènettes à base de jugement, rejet, insultes, moqueries et même de la violence.
Je me suis inventé au moins une dizaine de film dramatique pour avoir, j'imagine aux yeux des gens, laisser tomber tout le monde comme une lâche.
Bref, je quitte ma fenêtre bien aimé pour aller me vêtir d'un sweat noir et un jogging gris, surement ma tenue pour tout le reste de l'année.
***
- J'avais 12 ans, on étais mon groupe d'amis et les parents de ma meilleure amie en route pour Ucacia, la quatrième île de Fawizum. J'étais à l'arrière de la voiture avec Sebastian, on se chamaillait comme d'habitude mais à force, le sommeil me montait à la tête. Je lui demanda si je pouvais reposer ma tête sur ses genoux, il roula des yeux mais accepta. J'étais concentrée les yeux fermés sur les paroles de la musique qui passait quand tout à coup, je sentis des lèvres m'embrasser la joue. Je décida de ne pas réagir tout de suite.
On s'arrêta dans une station service et Sebastian me réveilla avec des mots plus doux les uns que les autres:
"-Debout sale moche!
Je me réveilla doucement et m'étira un peu.
-Certes, mais ma joue attire quand même tes bisous baveux, répliquais-je en lui embrassant sa joue de manière innocente, je sortais de la voiture en riant, sachant pertinemment qu'il était rouge de gêne...
- J'avais 13 ans et Sebastian et moi courions comme des fous dans les couloirs du bâtiment. On venait une nouvelle fois de réussir notre coups. Remplacer la lessive par du liquide vaisselle, ça apprendra à ce coincé de prof de techno à nous apprendre le fonctionnement des machines à laver. Je me laissais tomber sur une marche de l'escalier, essoufflé, mon ami de toujours me suivit. Je lui souriais fière de moi tandis que je me remettais de mon fou rire. Soudain, il eu l'air de réfléchir quelques secondes avant de dire toujours avec le sourire:
"Je t'aime mon p'tit tas de crotte, tu veux sortir avec moi?"...
- J'avais 14 ans et on répétais la dernière chorégraphie du spectacle de dans deux semaines avec Seb. On allait terminer le final et cette fois, absolument synchronisés et sans faire d'erreurs. J'étais tellement heureuse d'avoir enfin réussis que je sauta dans les bras de mon copain depuis maintenant 6 mois en criant "On a réussis! On a réussis!" Tandis que lui se foutais de mes gamineries. Je me remettais de mes émotions quand je me rendis compte j'avais mes deux bras placés autour du cou de l'homme que j'aimais le plus au monde, après mon papa bien sur. Me rendant compte de notre soudaine proximité, je rougis immédiatement et lui aussi, on se fixait ainsi pendant une minute entière. On approcha nos visages lentement et on colla nos lèvres dans un petit smack timide. C'étais mon premier baiser, et à lui aussi...
Je secoua ma tête comme pour chasser les flashbacks qui revenait de plus en plus comme je m'approchait du collège-lycée. Une fois les deux pieds à l'intérieur du bâtiment, je remarque que j'ai une demie-heure d'avance, parfait. Je souris et alla jeter un coup d'oeil aux affiches répartissant par classe les élèves de 1er F. 1er F comme ma merveilleuse année de 6F, ma fantastique année de 5F...
Alla la... Ces souvenirs me tueront un jour.
Pour ne pas avoir de mauvaise surprise et ducoup, de mauvaises réactions, je détailla les noms sur la liste face à moi.
La plupart des noms me sont inconnus, quelques personnes que je n'appréciais pas, d'autres à qui je parlais vaguement et putain... Ambre, Angelo, Austin, Matt et... Sebastian.
Comme par hasard je suis dans la même classe que mon ancienne bande, vive ma vie.
Après avoir malheureusement pris connaissance de ma classe, je partit à la recherche du bureau du directeur qu'on remarquait assez facilement. Je frappe à sa porte et rentre dans la pièce après qu'il m'y ait invité. Il referme soigneusement la porte derrière lui et je relève ma capuche pour le prendre dans mes bras. 1,2,5 min... J'ai pas compté.
Cet homme, pour moi, est celui qui m'a tout simplement sortit de ma merde, pour être directe. Il a su me dire les bons mots, m'a fait rencontrer les bonnes personnes et à présent, je me porte presque bien.
- Comment vas-tu aujourd'hui?
- Ça peut aller :)
- Tu es prête à affronter l'année?
- Eh bien... Vu la répartition des classes... Ça va être vachement dur.
- Ah oui? Pourquoi?
- Hé bien, comme le karma est toujours contre moi, je me retrouve dans la même classe que mon ancienne bande.
- Oh... Ça risque de devenir délicat... J'aimerai vraiment t'aider mais je ne peux vraiment rien n'y faire...
- C'est pas grave.
- Et sinon... tu as réfléchis à ma proposition?
- Penses-tu que je suis capable de refuser?
- Et bien ce n'est pas comme un entrainement, cette fois ci c'est ta vie qui est en jeu... J'ai même honte d'être capable de te demander ça...
- Je rappelle que c'est moi qui ai demandé, ne t'inquiète pas.
Un léger bip bip bip se fit entendre et Jack me souhaita de passer une bonne année, c'est bientôt l'heure de son discours annuel.
Je l'enlace une dernière fois et redescend dans la cour. Je prend soin de remettre ma capuche sur la tête et cherche un coin isolé en attendant la sonnerie.
Par chance, personne ne me remarque vraiment, alors je m'installe sur des marches tapies dans l'ombre et ressors mon dessin en cours.
Je m'amuse à mettre sur papier des figures de breakdance, en réalité, ce sont plutôt des photos de moi prise par mon meilleur ami, pendant que j'exécutais une chorégraphie. Tout ça pour dire que je danse toujours.
Cet art, ce sport, me permet d'évacuer mes émotions en trop, celles qui ne m'aide pas à vivre correctement, c'est mon échappatoire.
Alors à chaque freestyle, c'est pour moi comme frapper dans un punching ball.
* 8h10 - sonnerie*
Je pars me mêler à la foule d'élèves en restant la plus discrète possible. Jake, ou M.Blake, récite son discours et appelle les classes à rejoindre leurs professeurs, afin de rejoindre leur classe respective.
Je pensais me placer au fond de la file avant que je n'entende mon ancien groupe refermer le rang.
Garde ton sang froid s'il te plaît. Ne fous pas la merde.
Je me focalise sur les conversations du groupe de devant et re-adopte une attitude normale, jusqu'au moment où en montant les escaliers, Ambre repère je cite:
"Hé regardez une nouvelle! J'vais aller lui parler, j're les gars"
Il ne manquait plus que ça. J'opte pour l'ignorer, mais c'est tellement dur, c'était ma meilleure amie après tout...
- Hey! Salut ça va? Je suis Ambre et toi? Je suppose que tu es nouvelle ici.
Je me souviens de son habitude à toujours essayer de se faire intégrer les nouveaux élèves, mais non Mi Ambrela, je ne suis pas nouvelle.
-...
- Hé, tu n'as pas besoin de capuche ici tu sais.
-...
- Bon, si tu n'as pas envie de discuter...
Elle fit marche arrière et je l'entendis dire à voix basse:
"Elle est vachement louche cette fille, elle est aussi insociable la bite à Sebastian! *rires*"
Ils me manquent, c'est fou.
***
- Dany Baria?
- Présent.
- Ellyb Berst?
- Présente!
- Jade Break?
- Présente.
Bienvenue en enfer, je pensais. Je sentais une dizaine de regards sur moi et entendais et comprenais plus au moins les chuchotement dans mon dos.
Apparement, on ne m'a pas oubliée.
Je n'étais qu'au deuxième rang et je pouvais déjà voir deux visages étonnés tournés vers moi, malgré tout, je jouais la carte de l'indifférence jusqu'à ce que la professeur principale demande le calme.
***
* 10h - sonnerie *
Les élèves quittaient la classe précipitamment en me lançant un dernier regard confus pour certains. J'attendais que la classe se vide mais Ambre me tapota l'épaule alors que j'étais toujours raide comme une statue, fixant droit devant moi un bout de tableau noir cassé.
- Hum... Jade on peut te parler... s'il te plait
-...
Il en était hors de question.
- S'il te plait, suis nous.
-...
- Bon, on t'attend dans les escaliers.
Je restais là jusqu'à ce que Mme Perry, la professeur principale, me demande de m'en aller.
Je me rappelais de ce qu'Ambre me dit: les escaliers, c'est donc l'endroit que je devais éviter.
Je sortis de la classe en prenant par la gauche au lieu de droite mais je ne sais qui me retenait par le bras.
- On doit parler Jade, on mérite des explications.
Angelo.
Je me défit de son emprise assez aisément et accéléra le pas. Malgré tout, il continuait de me suivre au pas de cours et se mit devant moi.
- Détestez moi et ignorez moi. S'il vous plait... j'ai commencé ma phrase d'un ton sec et ferme, mais les derniers mots sont sortis tout seul, d'une voix pleine de regret, de tristesse et de doutes. Ce sont surement les neufs mots les plus douloureux que j'ai du prononcer de mon existence je pense. Je contourna Angelo qui ne me retint même pas.
- Dit nous au moins pourquoi t'as déserté les lieux et on te laissera tranquille si c'est ce que tu veux, sinon pourquoi t'es revenue?!
Et sur ces derniers mots, je les laissa sans réponse pour me rendre à la bibliothèque.
Sinon, même sans avoir ouvert un bouquin durant 2 ans, je m'en sort bien et aie l'un des meilleurs résultats de la classe. Mme.Perry me permet de garder ma capuche sur la tête en classe, ce qui fait que tout le monde ne connait qu'approximativement ce qu'est devenu mon visage, car mon couvre-chef est particulièrement "plongeant" et surtout ensorcelé. Et même si certains tentent de le découvrir, mes coudes se chargent de garder le mystère. Et ça non plus, je ne sais pas par quel miracle une simple capuche puisse couvrir autant mon visage.
Un autre "obstacle" sont les travaux de groupe, le plus souvent j'arrive à les éviter avec des excuses fondés avec soin, Mme.Perry n'insistant pas, volontairement. Mais lorsque même cette dernière ne peux pas m'empêcher d'y participer dû au fait qu'ils comptent dans le bulletin, elle me place avec le "gentil groupe de populaire" qui ne m'embête pas plus qu'avec deux trois questions indiscrètes auxquelles je n'ai jamais répondu.
Mais dans ce groupe, se trouve Matt, le p'tit boss. Et on ne peut pas dire que ses fréquentations m'aide beaucoup à rester discrète et loin des problèmes.