Trouble numérique

By Yvan-adams

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Cynthia est une métisse Afro-Canadienne d'origine ghanéenne qui a grandi dans l'Outremont au sein de la class... More

Chapitre II - Palier de la déchéance

Chapitre I - Profil cyamad12

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By Yvan-adams


Le public conquis ovationne une Afro-Canadienne. Sa prestation a été extraordinaire. Cynthia a tenu son public en haleine, pendant quarante-cinq minutes. La passion pour son art lui a permis encore une fois d'abreuver une assistance avide de sensations fortes. Son charisme est inégalable. Elle finit à peine sa prestation sur l'estrade, qu'un spectateur lui fait signe. Elle l'a remarqué, car, il a gesticulé plus que tout le reste de l'auditoire, dans le but d'attirer son attention. Une opportunité, s'enthousiasme-t-elle, je vais me faire de l'argent.

À mesure qu'elle s'approche, le visage de l'inconnu se découvre et elle se retrouve face à Peters. Il personnifiait son propre avatar. Elle ne s'attendait pas à le voir là. Elle ne s'attendait pas à le voir tout court. Cynthia n'est cependant nullement au bout de ses peines. Quand elle jette un coup d'œil par-dessus son épaule, une autre surprise la guette. Elle aperçoit Vukasin Grégoire, la pie bavarde du bureau. Ils sont assis à la même table, lui aussi incarnait son propre d'un avatar. Ce dernier lui fait un sourire large et goguenard. Peters se lève, et s'avance vers elle. Ses cheveux d'un vert citron sont taillés comme un punk. Ses yeux profondément injectés de sang brillaient encore plus que d'usage.

- Viens Tia, dit-il d'une de ses mille et une voix rauque, viens danser pour moi.

Cynthia s'étonne de l'invitation, car elle a été prise aux dépourvues. Elle ne peut pas le lui refuser. Elle voudrait bien certainement danser, quoique le faire pour Peters la mettrait mal à l'aise. D'ailleurs, elle est très gênée rien qu'à y penser, alors, elle hésite. Et elle se demande comment il a su, lui qui est demeuré technophobe, lui qui ne s'y connait en rien au monde virtuel ni aux réseaux sociaux. Comment a-t-il pu découvrir le pot au rose?

- Allez Cynoïde! encourage Vukasin dont la voix aigüe parvient du dos de Peters, ne fais pas languir le pauvre Polis.

Cynthia roule des yeux. Elle souffre d'inquiétude. Elle ne se fait aucune illusion sur le fait que l'annonceur national Vukasin, la BBC personnifiée du ragot diffusera la nouvelle à la vitesse de l'éclair. Elle ne sera plus un mystère pour personne.

- Un Africain, hippie, avec un style de bougre blanc, cela ne court pas les rues même dans un métavers, se dit-elle.

Les choses qui ne tournent pas rond, l'univers virtuel même qui est à l'envers, et tout son monde qui est sens dessus dessous lui indiquent qu'elle nage dans l'illusion. Elle est encore une fois en proie aux hallucinations, elle rêve. Et puis, ce n'est pas si surprenant que cela. Il lui arrive assez souvent de songer à Peters. Peters, perdu de vue depuis fort longtemps, perdu quelque part dans la nature.

Quand elle se réveille, un peu avant qu'il fasse jour, elle compte 12 cachets de Fluphénazine. Elle en ingurgite rapidement deux comprimés, en plus d'une capsule Rispéridone, afin de se rendormir cette fois paisiblement. Au moins quand cela arrive la nuit, ou chez elle, elle peut le gérer sans craindre d'éveiller les soupçons de son entourage. Elle vit le plus difficile lorsqu'en plein milieu d'une réunion, elle délire en silence, et qu'elle doit lutter pour reprendre le contrôle de son esprit. Heureusement que ces crises ne lui arrivent pas souvent, en tout cas, plus depuis qu'elle s'est elle-même procuré les comprimés.

Trois ans auparavant, au plus fort de la tourmente, lorsqu'elle subissait des flashes cérébraux répétés en plein jour, son neurologue lui avait temporairement prescrit les médicaments, pour une période de trois à quatre semaines, à titre d'essai, pour l'aider à réduire ses délires. Ensuite, il lui avait recommandé de moins naviguer sur le web, de réduire l'utilisation d'instruments électroniques au maximum, surtout de beaucoup dormir. Le traitement ayant été réussi, il n'avait pas jugé nécessaire de renouveler les prescriptions, alors Cynthia avait décidé de prendre les choses en mains elle-même. Ainsi, elle s'est procuré les comprimés elle-même, sur le marché noir, et elle ne s'en est plus jamais privée. Depuis, elle prend les capsules antipsychotiques à intervalle régulier, pour garder le cap. Peu importe si les effets secondaires la frappent de temps à autre, parfois de plein fouet, peu importe si cela peut parfois augmenter son rythme cardiaque, jusqu'à le rompre.

En fin de compte, la vie reste belle, aussi longtemps qu'elle peut naviguer la nuit dans la V Dimension jusqu'aux premières heures de la matinée, et malgré cela honorer ses engagements professionnels sans trop de mal le lendemain, elle en était satisfaite. Car, à son grand bonheur, les effets secondaires ne durent presque jamais longtemps.

* * *

Montréal 6 h 30 du matin, une mélodie de réveil se fait entendre, pendant que Cynthia s'étire. L'horloge numérique affiche mardi cinq avril 2067. L'éveil de la citadine, encore sous un corps visiblement fatigué, s'effectue lourdement. Elle use des premières forces que son organisme lui procure pour rapidement pianoter quelques mots sur son cellulaire.

« Aujourd'hui c'est le grand jour, je deviens Partenaire de ma boite. Souhaitez-moi de la merde peuple de Facebook! » Elle repose l'appareil sur l'un des coussins de tête du lit.

Hier, c'était le lundi de Pâques, un jour férié sur tout le territoire Canadien. Chaque année, elle se repose par tradition ce jour, fait un peu de ménage, s'adonne à ses passe-temps favoris et navigue dans la V Dimension de plus longues heures. Le jour d'avant, le dimanche, elle avait rendu visite à sa mère. Brenda est logée à la Renaissance; une résidence de personnes âgées autonomes. Ce foyer où elle vit depuis trois ans comporte de luxueux logements complètement fournis; dans le style d'appartements modernes. Cette année, Cynthia ne l'avait vu que très rarement. Ses derniers mois ont été un vrai défi au bureau, elle avait été absorbée par la course à la promotion.

Le souper terminé, elles étaient restées assises quelques minutes autour de la table à manger. Elles s'étaient servi du thé.

- Je sais que tu te bats pour cette promotion. J'espère de tout cœur que tu l'obtiennes. Prenant ensuite une gorgée elle renchérit, tu la mérites bien, ma fille. Viens, embrasse-moi mon petit héron.

Maame l'appelait déjà par ce sobriquet-là depuis qu'elle était toute petite. Car comme son amie Thalia, Cynthia avait de grandes jambes. Néanmoins, les siennes étaient moins frêles.

Elle n'accordait qu'a Brenda de l'appeler de la sorte, personne d'autre, même pas Andrews son père. La tonalité que sa mère utilisait en appelant son sobriquet, ainsi que sa douceur avait un effet enchanteur sur l'esprit de Cynthia et la calmait toujours.

Cynthia l'embrassa affectueusement.

- J'ose quand même espérer que tu ne me mettras pas encore dans les reliques. Je n'ai plus que toi, Tia.

Brenda savait qu'elle pouvait attirer l'attention de sa fille dans n'importe quelle circonstance, quand elle l'appelait par cet autre sobriquet. Car même si elle était l'auteure de la forme complète du prénom Cynthia, Tia, la forme raccourcie était en revanche une pure invention de la meilleure amie de sa fille. Elle se faisait appeler de cette manière, depuis sa tendre enfance. Ce nom allait toujours la chercher au plus profond d'elle. À contrario, Brenda n'appelait sa fille par tous ses prénoms et son nom au complet, Cynthia Adoko Maddens, que lorsqu'elle n'était pas contente d'elle.

Brenda lui avait donné le prénom Cynthia, simplement parce qu'elle le trouvait beau, et Andrew avait été d'accord avec elle. Le deuxième prénom Adoko, lui est tombé dessus comme une punition, car son père avait ensuite insisté sur le fait qu'il lui fallait également un vrai prénom ashanti de l'ethnie des Akans. - Tu as de la chance Tia, lui avait-il répété pendant son enfance. Ton grand-père et ta grand-mère auraient également rajouté un troisième nom s'ils avaient été vivants. La participation à l'établissement des prénoms de petits-enfants est une fierté pour les grands-parents de chez nous. Ainsi, un enfant pouvait parfois se retrouver avec quatre à cinq prénoms issus de la famille.

Cynthia elle, s'en fichait royalement qu'on l'appelât par le premier ou par le deuxième prénom. Par contre, elle ne supportait pas qu'on alignât ces prénoms, comme s'ils étaient des baguettes de pains étalées à vendre. Sans vouloir être méchante, elle était bien contente de ne pas avoir à porter un troisième ou quatrième prénom proposé par la foule des tantes et oncles au pays dont lui parlait souvent Andrew.

- Maame, je te rendrai visite plus souvent, promis!

Brenda s'avança vers son petit salon, Cynthia lui emboita le pas. Assise dans le seul divan de la pièce, elle invita sa fille à s'asseoir dans le fauteuil à côté.

Cynthia profite d'une minute d'inattention de Brenda pour rapidement sillonner Tohomeh, afin de s'assurer qu'il n'y a pas d'aubaines qu'elle a manquées depuis sa dernière visite. Elle a un logiciel sur son cellulaire pour cela. Tohomeh; la célèbre plateforme virtuelle à l'intérieur de la V Dimension qui permet d'échanger des biens et des services. Les annonces gratuites de tout genre y figurent. Parfois, elle y fait des rencontres intéressantes, et noue des amitiés qui restent toujours strictement virtuelles. Parfois, elle y trouve des objets exotiques, des articles uniques en leur genre. En ce moment, ce n'est pas le cas, les aubaines sont rares, très rares même. De telles périodes de sécheresse sont courantes. Et même si ses nerfs sont éprouvés, Cynthia est habituée.

- Je le sais, soupira Brenda, ramenant Cynthia à elle, tu as toujours été présente pour moi. J'avais peur de t'avoir pourri la vie ces dernières années.

- Commence pas encore!

- Tu sais bien de quoi je parle Tia, reprit-elle les yeux larmoyants.

- Ton cœur va mieux maintenant, maame. On doit rester positif, a protesté Cynthia.

Elle l'encouragea d'une caresse, alors Brenda s'est ressaisit.

- En effet, ça fera bientôt une année que je n'ai plus eu de crises de ce genre. La dernière fois, j'ai bien cru que j'allais y laisser ma peau, a-t-elle finalement avoué.

- La dernière fois maame, a-t-elle rappelé, tu m'as fichu une sacrée frousse. Une chance que la dame de nettoyage est passée par hasard vérifier si ta salle de bain était propre. L'ambulance ne serait jamais arrivée à temps, et tu ne serais pas là aujourd'hui.

Elle balaya du regard le plafond de gauche à droite pour encore signifier sa stupéfaction par rapport au déroulement de ces évènements, fit un effort monstre pour ne pas fureter sur son cellulaire, par politesse pour sa mère. Elle aura sa dose à coup sûr, une fois sortie de la résidence de personnes âgées.

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