TOUT A COMMENCÉ UN VENDREDI S...

By suzanne1808

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À vingt-cinq ans, Jeanelle se retrouve seule et sans logement lorsque son petit ami Paul apprend qu'elle est... More

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Bonus 1# ~ Déprime hivernale
Bonus 2# ~ À contre sens
Bonus 3# - Poly Amour ?
Bonus 4# - Be My Valentine
Des nouvelles de Jeanelle !

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By suzanne1808




[ Paris – Novembre 2010 ]


Aujourd'hui, Noam a quatre ans et pour son anniversaire, j'ai posé un jour de congé. Ce sera du sans solde, tant pis ! Mon fils passe avant tout. Je suis tellement heureuse de l'avoir dans ma vie et tellement fière aussi.

Je me souviens de mon accouchement comme si c'était hier, j'ai perdu les eaux à trois heures du matin puis seule, je me suis rendue à la maternité, en conduisant ma vieille Twingo bleu nuit.

Je me souviens que ça m'avait semblé facile de pousser, j'ai eu mal c'est vrai, mais pas tant que cela. Quelques minutes après Noam est arrivé.

Il était beau mon bébé !

De nombreux sentiments s'étaient mélangés en moi, j'avais surtout eu peur d'échouer. Avec lui, je n'avais plus droit à l'erreur. Étrangement, je me suis sentie forte avec lui dans les bras et surtout, je n'étais plus seule. À l'époque, j'ai eu de la chance de trouver cet appartement dans lequel nous vivons encore aujourd'hui. Il y a une chambre pour Noam, et moi, je dors dans le salon. Ce n'est pas bien grand, mais au moins nous sommes chez nous. Pour nous deux, c'est bien suffisant.

— Maman ! Maman ! On va souffler les bougies ? dit Noam en sortant de sa chambre.

— Tout à l'heure ! Ne sois pas si pressé, je n'ai pas encore terminé.

J'aime voir mon petit garçon de si bonne humeur. Parfois je l'envie d'être si insouciant, rien que pour ça, j'aimerais tellement redevenir une enfant. Je pense à tellement de choses en ce moment. Je cumule trois jobs à la fois mais mon fils est mon moteur. C'est difficile ! Entre mon loyer que je n'arrive plus à payer, les factures qui s'entassent et tout le reste... Je galère.

Je pense que ça fait bien trois ans que je ne me suis pas achetée un seul vêtement. Pas d'argent ! Tout est pour mon fils qui grandit beaucoup trop vite, son père pourrait m'aider mais il agit comme si Noam n'avait jamais existé, il n'a même pas voulu le reconnaître ! Avec tout le fric qu'il a, il pourrait participer... Et puis mince, il n'a qu'à s'étouffer avec.

De toute façon, c'est mieux ainsi, j'élève mon fils comme je l'entends. J'ai croisé le père de mon fils pendant un moment, il continuait à fréquenter le bar dans lequel je travaillais. Paul me regardait trimer avec mon gros ventre en faisant comme s'il ne me voyait pas. Après mon accouchement, j'ai démissionné, je ne voulais plus de cette vie-là. Paul c'est du passé ! J'ai dû tout expliquer au petit le jour où il m'a demandé pourquoi à l'école tout le monde avait un papa sauf lui. Au départ j'esquivais et puis je me suis dit qu'il avait le droit de savoir. Après tout, cela faisait partie de son histoire. Alors avec les mots qu'un enfant de cet âge peut comprendre, je lui ai dit la vérité. Noam a fait preuve d'une grande maturité :

— Tant pis pour lui. N'est-ce pas maman ? Parce que nous deux on s'aime très fort.

— C'est vrai tu as raison. Nous deux on s'aime très fort.

— Maintenant, il faut que tu te fasses jolie pour qu'on trouve un papa.

— Tu crois ?

— Oui maman ! Tu dois mettre du rouge à lèvres et te faire un chignon. Je crois que les papas, ils aiment bien ça !

— Tu voudrais que je trouve un papa ?

— Oui maman ! Un amoureux qui sera mon nouveau papa. Je voudrais tellement un papa !

— Je vais y réfléchir, ai-je répondu, surprise par tant de spontanéité.

En réalité, je n'y pense pas, ce n'est absolument plus au programme. Je n'ai plus approché un homme depuis ma rupture avec Paul et je n'ai laissé aucun homme m'approcher non plus. Non pas que je sois traumatisée mais désormais mon fils est ma priorité. Je n'ai pas le temps de me perdre dans une nouvelle relation et puis au rythme où je travaille ça m'est carrément impossible, ce n'est absolument pas dans mes projets.

Ce qui est certain, c'est que Noam est heureux ce soir, il a eu droit à un petit cadeau. Faute de moyens, je n'ai pas pu lui offrir le Spider-Man qu'il voulait tant, j'essaierai de l'avoir pour Noël. Après notre célébration en duo, je mets mon fils au lit, mon petit bout s'est endormi avant même que je ne lise la troisième page du livre qu'il a choisi. Maintenant qu'il dort, j'en profite pour ouvrir le courrier de ce matin et il n'y a aucun miracle ; j'y trouve toujours et encore des relances de factures. Si seulement ils pouvaient tous m'oublier !

J'ouvre également le courrier recommandé que je suis allée récupérer ce matin au bureau de poste du quartier. Cette fois-ci, on m'assène le coup de grâce. C'est une notification pour un avis d'expulsion, mon propriétaire me met à la porte le saligaud. J'ai un retard de deux mois sur le loyer c'est vrai, mais avant cela j'ai toujours payé à temps. Cela fait quatre ans que je vis ici et jamais un manquement, jusqu'au jour où ma vieille Twingo est tombée en panne. Voilà d' où vient le trou dans mon budget... Parce que clairement, sans voiture pas de travail, je n'ai pas eu d'autre choix que de la faire réparer ; en transport je perds trop de temps.

Je fais et refais mes comptes et je réalise que je suis dans une misère noire. Faut-il que je prenne un quatrième job pour m'en sortir ? J'ai juste envie de pleurer, je ne vais jamais y arriver et je m'endors fatiguée et écœurée.


*


Le lendemain 7h00.

Je dépose Noam chez Mme El Kédouchi, ma voisine. Sa petite-fille Lina va dans la même école que mon fils et elle prend soin de lui lorsque je travaille. Cette dernière est à la retraite, elle vit avec sa fille et son gendre dans l'appartement juste en dessous du mien. Sans elle, je ne sais pas comment je ferais. Ce serait impossible d'aller travailler. Je la dédommage quand je peux. Mais ce n'est pas assez comparé à tout ce qu'elle fait pour moi. J'ai honte pour tout cela mais pas le choix. Je me promets chaque jour que je le lui rendrai un jour.

Je descends en trombe dans les escaliers et manque de faire tomber Mme Garmy, ma voisine de palier. Tous les matins à sept heures, elle sort Choupi. C'est un bichon maltais que je trouve bien laid mais Mme Garmy nous aime bien Noam et moi, alors je fais comme si je l'aimais. Ce chien c'est toute sa vie. Elle serait certainement très vexée d'apprendre tout le bien que je pense de son compagnon à quatre pattes.

— Bonjour madame Garmy ! Bonjour Choupi ! 

— Bonjour mademoiselle Jeanelle. Toujours aussi pressée dites-moi !

Elle refuse de m'appeler Nelle ! Je n'arrive pas à comprendre pourquoi.

— Oui madame Garmy ! Excusez-moi. Je file ! On papotera ce soir...

7h10 - Je file dans le 13ème. Je travaille pour une société de nettoyage, pour laquelle je fais le ménage dans un immeuble où se trouvent des bureaux. Je dois mettre tout le premier étage en état avant que les premiers employés n'arrivent.

8h15 - Je viens de terminer mais je dois partir pour mon deuxième boulot. Je fais le ménage et le repassage chez madame de Tulsac. La vieille dame est exigeante et agaçante mais elle me paye super bien.

9h20 - Je m'octroie une petite pause avant de commencer mon troisième job de la journée. Je suis préparatrice de commande à temps-partiel et en CDD chez Dejbox, une start-up qui fait livrer des paniers-repas en entreprise. C'est pour les bobos parisiens ces choses-là,  Personnellement, je n'accepterais pas de payer un repas qui fait presque le prix de mes courses pour une petite semaine.

— Ah tiens Jeanelle Perralta ! Pour une fois que tu arrives à l'heure ! me dit Raymond le chef de service. Ça mérite une médaille !

Je ne prends même pas la peine de lui répondre. Je hausse les épaules et poursuis mon chemin. Je badge et enfile mon tablier, ma charlotte et mes gants. Le travail est répétitif et inintéressant, pour faire passer le temps je me perds dans mes pensées au point où je n'entends pas Maroussia arriver.

— Hello ! Dis donc t'en fais une tête aujourd'hui ?

— Non ça va. Juste un peu fatiguée quoi.

— Je t'ai dit que ça y est, j'ai un nouveau mec ?

— Ah bon ?

— Ouais je te le présenterai quand il viendra me chercher. Il est beau et gentil...
Et bla-bla-bla et bla-bla-bla... Mon Dieu ce qu'elle parle celle-là !

Maroussia est ma collègue depuis six mois. C'est elle qui m'a tout appris lorsque j'ai été embauchée ici, elle est aussi sympathique que bavarde. Avec elle, c'est radio moquette. Ses oreilles traînent partout, elle est pire qu'un moteur de recherche sur Internet !

Elle me raconte tout ce qu'il se passe dans la boîte, parfois, je ne connais même pas les gens dont elle me parle. C'est fou ! Mais je l'écoute, au moins ça me fait une copine au boulot.

15h45 - Je débadge. Je vais enfin pouvoir retrouver mon fils. Je retire ma tenue de travail et je me dirige vers les vestiaires lorsque le superviseur m'appelle, je fais alors demi-tour en espérant que cet entretien ne dure pas trop longtemps.

— Vous m'avez demandée, monsieur Mittralet ?

— Oui. Asseyez-vous mademoiselle Perralta.

— Y a-t-il un problème ?

— Malheureusement, nous allons devoir nous séparer de vous.

— Ah non ! Je ne peux pas ! dis-je instinctivement. J'ai atteint tous les objectifs fixés, ne me faites pas ça s'il vous plaît !

— Je sais...

— S'il vous plaît !

— Désolé mais je n'ai pas le choix, vous êtes parmi les derniers salariés arrivés et notre activité est en baisse en ce moment. Nous vous ferons parvenir vos documents, solde de tout compte, certificat de travail...

— C'est dégueulasse !

— Je suis désolée mademoiselle Perralta. Nous n'avons pas le choix. Nous vous dispensons de votre préavis, ce n'est pas la peine de revenir demain. Votre paie vous sera adressée par courrier. J'espère que vous retomberez vite sur vos pattes ; bonne continuation !

J'ignore la main faussement chaleureuse qu'il me tend et je sors en courant. Je pleure bruyamment, je croise Maroussia qui me suit à grands pas.

— Nelle ! Nelle ! Qu'est-ce qu'il y a ? crie Maroussia.

Pour une fois qu'elle n'est au courant de rien celle-là !

Je refuse de m'arrêter et je sors du bâtiment. Ce n'est pas juste ! Où est passée ma bonne étoile ? Ce n'était que 990 euros par mois mais au moins c'était 990 euros !

Je me bats comme une dingue pour pouvoir m'en sortir et à chaque fois que je progresse le destin m'enfonce. Assise derrière le volant de ma voiture, je sèche mes larmes. Je ne veux pas que Noam sache que je suis triste. Dès demain, il faut que je trouve un nouvel emploi. Il ne me reste que deux petits boulots maintenant et le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas avec ça que je vais aller loin. Je ne sais même pas comment je vais faire pour rembourser mes deux loyers impayés.

Peut-être que mon père avait raison ? Peut-être que je ne suis qu'une bonne à rien ? Peut-être bien que j'ai la poisse ? Vingt-neuf ans, un enfant et aucune situation.

Beau bilan !

Je ravale mes larmes et cache mon angoisse lorsque j'arrive devant notre immeuble. Je remercie gentiment ma nourrice puis je monte d'un étage pour rentrer chez moi. La journée a été rude et j'ai peur de craquer. Le problème c'est que cette fois-ci, je vais vraiment être expulsée. Et je ne sais pas où aller.

Et puis, je ne vais jamais retrouver un appartement aussi chouette que le mien dans Paris intra-muros. Peut-être que je vais devoir m'éloigner de mon cher 19e ? La seule chose que je refuse avec force, c'est de retourner en banlieue. Je viens de là-bas, de Villiers-le-Bel plus exactement. Je refuse d'élever mon enfant dans cet endroit qui fleure bon la misère. Et puis là-bas, il y a mon père...

Quoi qu'il en soit, j'ai trois semaines pour libérer l'appartement, avant de me faire dégager manu militari par les huissiers et compagnie. Au fil des jours, je contiens ma peine et fais ce que je peux pour garder le moral mais j'admets volontiers que plus le temps passe, plus c'est difficile. Malgré mon optimisme habituel, mes nuits d'angoisses font leur retour.

Il faut à tout prix que je nous trouve un toit... Même s'il est tout petit. Il faut que je trouve aussi un travail qui paie vraiment mes factures tout en nous laissant vivre un minimum.

Je pense à Noam, mon pauvre Noam... Les idées se bousculent et défilent dans ma tête sans jamais s'arrêter. J'ai mal au crâne, mal partout. Je sais que je suis en train de vivre les trois semaines les plus longues de ma vie.

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