Elisabeth regardait par la fenêtre, il n'y avait personne dans la rue. Cette fin de dimanche se trainait et n'en finissait plus, comme elle.
Elle était seule. Grant était chez un copain. Il ne supportait pas le silence de la maison, comme elle.
Elle se dirigea vers le congélateur, elle prit un pot de glace au chocolat avec des pépites. Depuis combien de temps était-il là ? Est-ce Carter qui l'avait acheté ? Elle prit une cuillère, la planta dedans. Aurait-elle encore l'occasion de partager une glace avec sa fille sur la table de cette cuisine ?
Elle s'en voulait de n'avoir pas su la protéger contre tous les coups qu'elle avait reçus.
Elle était si mature, qu'elle, comme les autres, avaient oublié trop souvent qu'elle n'avait que 16 ans lors de son retour.
Le matin où elle était rentrée dans sa chambre et avait découvert le lit vide, une peur incontrôlée l'avait saisie. Elle ne savait pas encore qu'un mot se trouvait sur cette table. Tout lui était passé par la tête. Elle avait envisagé le pire. Elle ne souvient pas d'avoir descendu les escaliers. C'est David qui avait trouvé la feuille. Il la tenait, l'air absent. Cette fois-ci, Carter était vraiment partie.
Pourtant malgré son angoisse, elle comprenait l'attitude de sa fille parce qu'à sa place, elle aurait fait pareil. Elle étouffait, elle souffrait. Elle avait besoin d'ailleurs pour essayer de se reconstruire.
Elle avait confiance en Carter, elle savait qu'elle saurait de débrouiller. Les ressources, ce n'est pas ce qui manquait à sa fille
Elle prit la décision cette fois-ci de ne rien tenter pour la retrouver. Carter devait faire son chemin et revenir quand elle l'aurait décidé. Elle le comprit d'autant mieux quand elle reçut son texto.
Elle replongea la cuillère dans la glace.
Lorsque Grant la reconnut sur la vidéo, il y eut comme un mouvement de folie. Elle était vivante et visiblement heureuse. Elle laissa faire les enfants qui se lançaient dans la recherche des Carter Wilson vivant en Géorgie. Elle ne fit rien pour les dissuader mais rien non plus pour les aider. C'était leur décision, les adultes s'étaient suffisamment mêlés de leurs vies.
La glace était bonne. Le chocolat fait passer beaucoup de choses.
Le coup de fil de Taylor l'avait rendu heureuse mais anxieuse. Et la conversation avec ce détective d'Atlanta l'avait terriblement perturbée. Une fois de plus, Carter s'était retrouvée plongée dans une histoire sordide dont elle se doutait qu'elle n'avait pas tous les détails. Même si ce collègue avait tenté de la rassurer, elle n'était pas tranquille.
Lors de son second appel, Taylor lui avait dit de ne pas s'inquiéter, que tout était réglé et que Carter allait bien. Mais cela ne suffit pas à la calmer totalement. Elle n'en dit rien à Taylor.
Elle n'attendait qu'une seule chose mais peut-être, était-ce trop tôt.
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Carter tenait le téléphone dans sa main, elle marchait dans le jardin., L'herbe sous ses pieds faisait un tapis agréable. Elle ouvrit le capot et appuya sur la touche appel.
Elisabeth vit son l'écran s'allumer et le nom de Taylor apparaître. Elle fit glisser l'icône.
« Oui, mon bébé.»
Carter respira. « Bonjour Maman. »
Elisabeth resta interdite une seconde puis elle répondit calmement. « Carter. Je suis si heureuse de t'entendre. Comment vas–tu ? » Pourtant en elle, c'était une explosion de joie.
« Je vais bien. »
« Vraiment ? Tes problèmes sont résolus ? »
« Oui, tout s'est bien terminé. » Elle hésitât. « Je suis désolé de vous avoir fait peur. Vous m'avez manqué. » Elle fit une pause, « tu m'as manqué. Mais je n'ai vu que cette solution pour ... »
Elisabeth poursuivi, « ... pour te sauver. Carter, je crois que tu as pris la bonne décision. Sois sûre d'une chose, personne dans la famille ne t'en veut. Au contraire, nous avons tous compris. »
Carter sentit un premier poids s'enlever de sa poitrine. « Merci.»
Puis elle lui raconta sa rencontre avec Barbara. Son amour pour cette femme qui avait pris une si grande importance dans sa vie. Elle lui détailla son travail à la bibliothèque, son amitié avec Frederico et de son restaurant. Elle lui parla de la coloc, de ses copains. Carter ne s'arrêtait plus, au fur et à mesure qu'elle avançait dans son récit, son débit s'accélérait et sa voix devenait plus joyeuse. Elisabeth compris alors que sa fille était heureuse dans cette nouvelle vie. Elle eut un pincement au cœur mais n'en laissa rien paraître. Elle écoutait Carter et le seul fait de l'entendre était un bonheur.
Carter avait reculé au maximum le moment de l'annonce mais elle devait le faire, même si elle savait qu'à nouveau elle allait faire mal à une personne qu'elle aimait.
Elle fut directe. « Maman, je me suis inscrite en fac de psycho et a priori, j'ai été acceptée. Enfin, rien n'est fait, j'ai un entretien à passer. Et s'ils me prennent, j'aurai une bourse.»
Elisabeth poussa un cri. Elle voulait marquer sa joie et surtout encourager sa fille. Il ne fallait pas laisser le moindre doute. « Mon dieu, je suis heureuse pour toi. C'est formidable. Je te félicite Carter. »
Carter à la réaction de sa mère ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement. Elisabeth instinctivement le compris. Une mère a cette faculté surprenante d'être reliée émotionnellement à ses enfants et de percevoir leurs sentiments même s'ils sont très loin. Après, il suffit de choisir les mots.
« Carter, je suis fière de toi. Tu ne peux pas savoir comme je suis fière. Je crois en toi. Je sais que tu réussiras parce tu es brillante et que ton cœur est ouvert sur le monde. Je t'aime. »
Carter sentit les larmes coulaient sur ses joues. Elisabeth prit un mouchoir et s'essuya les yeux.
« Maman, cela veut dire que je ne vivrai plus avec vous. »
« Mais, crois-tu que j'ai pensé que tu resterais toujours dans cette maison ? Carter tu dois faire ta vie. Taylor sera en Californie et toi en Géorgie. Atlanta n'est pas si loin, on viendra te voir. Tu dois penser à toi. »
« Et Grant ? La situation est difficile. Taylor m'a dit pour papa et toi. »
« Ecoute, Grant doit apprendre à vivre sans vous. Ne t'inquiète pas, il a déjà commencé. Cet après-midi, il est avec un copain mais je soupçonne qu'il faut rajouter un « e » au mot. »
Elisabeth savait qu'il lui faudrait parler de la séparation et puisque Carter l'avait abordée.
« Je sais, que pour vous, cela doit être à nouveau compliqué mais nous devions prendre une décision. Je comprends que ton père a essayé de nous préserver mais je n'arrive pas à accepter toutes ses dissimulations. Je suis désolé. »
« Maman, tu n'as pas à être désolé. Bien sûr que cela nous fait mal de vous savoir séparés mais c'est votre choix et nous devons le respecter. Je sais que vous devez être très malheureux. Cela ne changera pas l'amour que nous vous portons à tous les deux. »
Elisabeth était rassurée. «Merci Carter pour ta compréhension. Moi aussi, j'ai besoin de me reconstruire, je crois. » Elle sourit, « les derniers mois ont été compliqués, n'est-ce pas ma puce ? »
Carter sourit elle aussi, il lui semblait entendre Barbara. Elle était sûre que toutes les deux s'entendraient très bien.
« Oui, mais je sais maintenant que nous nous en sortirons. » Elle marqua un temps. « Maman, je dois aussi te dire autre chose. »
« Je t'écoute. C'est important ? »
« Pour moi oui. Je vais rentrer avec Taylor mais je ne serai pas toute seule. J'ai rencontré une personne et j'aimerai te la présenter. Il s'appelle Thomas et il compte beaucoup pour moi. »
Elisabeth sentit qu'elle ne devait pas faire allusion à Crash. « Il est très gentil c'est ça ? »
« Il est plus que ça. Il me protège, me rassure, je découvre beaucoup de chose avec lui et ... » Elle était un peu gênée tout de même de le dire de cette façon à sa mère, « ... il me donne beaucoup d'amour. »
« Je vois qu'Atlanta t'as fait énormément de bien. » Elisabeth le lui dit avec une pointe de mélancolie mêlée à beaucoup d'amour. « Tu deviens une femme, Carter et j'aime la femme que tu deviens. »
Elisabeth continua. « Je vous attends avec impatience. »
« J'ai mon entretien la semaine prochaine, on viendra juste après. Je vais t'envoyer des photos comme ça tu verras où je vis et avec qui, d'accord ?»
« D'accord, je t'aime. »
« Je t'aime, Maman. Dis à Grant que je l'embrasse et que je l'appellerai. »
Carter referma le portable. Elle était totalement apaisée comme elle ne l'avait jamais été depuis plus d'un an.
Elle sentit ses aisselles et fit une grimace. Elle se dit qu'il était temps de prendre une douche. « Et puis j'ai faim. »
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Elle passa la semaine entre les mains de Douglas qui la préparait à l'entretien .... « Je suis membre du jury mais sur ton dossier, je ne veux pas siéger. Tu dois faire tes preuves seule mais je suis tranquille Carter, tu vas les éblouir.»
.... Les conseils du Barbara .... « Tu dois être toi-même. N'essaie pas de faire étalage de tes connaissances techniques qui de toute façon sont trop faibles, ce n'est pas cela qu'ils recherchent, ils veulent une personnalité, une motivation et pour cela tu as tout ce qu'il faut. »
.... Et son travail à la bibliothèque. Madame Rose avait refusé de lui aménager ses horaires.
« C'est une grosse salope, » en avait conclu Sally.
Entre temps, elle avait appelé David. Il se sentait coupable de tous ce qu'il lui était arrivé. Elle avait tenté de le rassurer mais elle savait qu'ils devraient avoir une conversation face à face, et seuls.
Elle eut Grant sur Skype. Il avait changé, son regard était plus profond. Comme à son habitude, il commença à ne rien vouloir montrer puis peu à peu, il se livra et Carter comprit qu'il lui en voulait de ne pas l'avoir contacté. Pour ne pas rester sur cette note, elle lui demanda ce qu'il faisait de ses loisirs et d'une façon très naturelle s'il était toujours célibataire. Grant rougit jusqu'aux oreilles. Elle lui dit en riant, « Armadillo, nous devrons avoir une petite conversation quand je rentrerai. » Elle savait que celle-ci aussi serait indispensable.
Sinon, Thomas, qui était en vacance, s'occupait d'elle et essayait de devancer ses moindres désirs. Il avait un petit appartement sur le campus et ils passaient de la chambre de Carter à cet appartement au gré de leurs envies. Ils avaient ensemble acheté deux brosses à dent pour ne pas être pris au dépourvu.
Puis le jour arriva, si vite, trop vite, Carter n'avait pas vu passer la semaine.
Douglas s'était chargé de l'amener. Il était 8h du matin, l'aube quoi.
Elle se retrouva dans une salle de conférence qu'elle trouva immense, face à une table en bois travaillée très longue où derrière, 6 paires d'yeux la scrutait. « Il ne devait être que 5 » se dit-elle.
Il y avait 3 femmes dont une assez jeune qu'elle reconnut pour l'avoir servi à la bibliothèque. Et deux hommes d'âge mur.
Chacun se présenta, ils étaient tous professeurs en sciences humaines soit en psychologie, soit en sociologie, l'un était même médecin, psychiatre. La jeune femme était en post doctorat.
Quant au 6e, c'était un homme au regard clair et au sourire chaleureux. Il se présenta commet le président de l'université. Il lui serra la main. « J'avais hâte de vous rencontrer mademoiselle Wilson.»
Carter déglutit. Elle comprit que sa présence était exceptionnelle.
Elle regretta de s'être habillé aussi simplement même si tout le monde lui avait dit qu'elle devait porter des vêtements dans lesquels elle était à l'aise. Et c'est vrai qu'elle aimait ce jean noir avec ses bottines et ce petit top bleu que recouvrait un polo au rose un peu passé qui lui découvrait une épaule. Taylor lui avait lissé les cheveux. Toute la bande l'avait trouvée magnifique.
L'entretien porta essentiellement sur ses motivations, ses objectifs. Finalement, elle se rendit compte que ce n'était pas forcement ses anciens résultats scolaires qui les intéressaient le plus.
Il y a toujours la question qui tue dans un entretien d'évaluation, elle vint du psychiatre. Jusque-là, il n'avait fait que griffonner un carnet et ne l'avait jamais ni questionnée, ni levée les yeux sur elle.
« Pouvez-vous nous dire qu'elle est l'expérience la plus traumatisante de votre existence ? »
Carter le regarda, un blanc s'installa. Elle vit défiler les dernier mois. Comment faire une hiérarchie entre, ... il y en avait eu tellement, de ce travailleur social lui apprenant que sa mère n'est pas sa mère à ce couteau qu'elle a planté dans le ventre de Shane pour sauver Thomas. Mais elle savait que tous ces évènements n'étaient liés qu'à une seule chose.
« Ma vie, monsieur »
Les yeux du professeur s'éclairèrent, et il leva la tête. « Et comment essayer vous d'y répondre ? »
Carter sourit. « En étant libre, monsieur.»
A partir de ce moment, il ne cessa pas de l'observer tout en gardant le silence.
Après une bonne heure de ce régime, elle sortit de la salle totalement lessivée. Elle vit arriver Douglas en courant, qui lui sauta carrément dans les bras. « Tu as été formidable. »
Puis sur un fauteuil roulant, elle vit Barbara qui était accompagnée par Angela. « Ma puce, tu m'as fait honneur. »
Carter n'en revenait pas. « Mais Barbara tu n'es pas à l'hôpital ? »
« Tu crois que je pouvais rater ce moment ! Jamais de la vie. J'ai signé ma fiche de sortie.»
Carter était abasourdi. « Vous avez assistés à l'entretien, mais vous étiez où ? »
Douglas rit. « Dans la cabine de projection. »
Il sortit une grande feuille de la poche intérieure de son costume. « Passons aux choses sérieuses. Mademoiselle, voici les livres que vous devrez étudier pour la rentrée. Bien entendu, il me faut une fiche de lecture pour chacun d'eux. »
Les yeux de Carter devinrent ronds comme des billes. Douglas lui fit un clin d'œil, « je t'ai eu. »
Elle lui tapa le bras. « C'est pas gentil et puis je n'ai pas leur décision encore. »
Barbara attrapa la manche de Douglas. « Tu as vu la tête de Swarosky, quand elle lui a répondu, « mon expérience la plus traumatisante ? Ma vie, monsieur.»
« Crois-moi Carter, pour que Swarosky regarde un étudiant, il faut vraiment qu'il ait quelque chose de spécial. »
Douglas surenchérit. « Tu les as scotchés. Moi-même tu m'as étonné. Bienvenue à l'université d'Emory, mademoiselle Carter Wilson.»
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Elle ne s'attendait pas à une telle réception en arrivant à la coloc. Toute la maison était décorée. L'extérieur était couvert de ballons multicolores et de calicots. Mais c'est en rentrant dans le salon, qu'elle eut un choc. Outre la décoration avec une banderole où était inscrit « A notre ami Carter, nous t'aimons !», avec d'un côté un gros smiley et de l'autre un énorme cœur. Elle vit ses amis réunit, même Frederico était là avec Sofia.
Ils l'applaudirent très fort en poussant des cris. Chacun voulut l'embrasser pour la féliciter. Carter riait, un peu gênée par toute cette démonstration. Taylor se pencha à son oreille. « Je comprends maintenant pourquoi tu veux rester. »
C'est Sally qui s'avança pour le discours. Elle avait repris un peu des couleurs. Sa nervosité disparaissait peu à peu au fil des jours même si sans oser l'avouer, elle aimait bien quand un de la bande restait avec elle. Elle n'aimait pas être seule. Elle avait rejoint Shirley à la fondation et suivait une thérapie. Elle se soutenait l'une, l'autre. Et bien souvent, elle dormait chez Shirley et Vanina. De toute façon, elle avait jeté tous ses draps car même après les avoir lavés plusieurs fois, elle sentait encore l'odeur de Shane sur eux.
Elle avait un papier à la main, mais elle le plia et le mit dans sa poche.
« J'avais tout écrit mais finalement, je préfère, je ne sais pas, ... te dire les choses plus simplement.
Carter en deux mois, tu nous a, à tous, apporté une chose extraordinaire, ... ton amitié. A chacun d'entre nous, tu as donné tout ce que tu avais sans jamais calculer, sans jamais demander autre chose en retour. Tu as risqué ta vie pour me sauver. Et tu as aidé chacun d'entre nous à se retrouver. Il n'y pas une personne dans cette pièce qui ne te soit redevable de quelque chose. Alors on voulait tous de le dire et le montrer. Et aussi te féliciter pour ton intégration à la fac. Mais ça, c'est plus égoïste car ainsi on est sûr de t'avoir avec nous pendant plusieurs années. Merci notre amie.»
Elle s'approcha de Carter et la prit dans ses bras.
A ces mots, Indy et Nike poussèrent des hurlements de joie.
Vanina demanda. « Elle reste tout de même à la bibliothèque parce qu'on en a besoin.»
Shirley la pinça, Vanina cria et l'attrapa pour la chatouiller. Elles s'embrassèrent.
Carter était émue. Elle prit sa respiration, s'essuya le bord des yeux et avec une voix mal assurée, « c'est moi qui doit vous remercier. Vous tous, vous m'avez accepté dès que je suis arrivée alors que vous ne me connaissiez pas. Vous m'avez aidé dans une période difficile de ma vie. J'ai eu beaucoup de chance. » Elle fixa Barbara qui souriait assise dans le canapé avec Angela qui ne la quittait plus.
« Et puis, ... » Elle ne finit pas sa phrase, elle regarda Thomas qui du fond du salon l'observait avec son immense sourire. « Oui, j'ai eu beaucoup de chance.»
« Mais la journée ne fait que commencer, » déclara Indy. « Là tout de suite petit brunch dans le jardin, préparé par nos amis Alma, Sally et Nike. La décoration a été assurée par mesdemoiselles Vanina et Shirley. » Chacun fit une révérence.
« Puis ensuite, direction « chez Mo » pour le concert du siècle car ce soir, nous serons sur scène, mademoiselle Carter. »
Carter mis sa main devant sa bouche. Indy la coupa avant même qu'elle n'émette un son. « Je sais tu n'es pas prête, on t'a pas prévenue, et bla, bla et bla, bla. Ce soir on leur met le feu et tu seras géniale comme nous tous. Et enfin, ... » il désigna Frederico par une pirouette.
Celui-ci toussa. « Après ce concert de folie, Pasta per tutti « A casa ». Ma, Pasta con parmigiano. Avec la sauce tomate au basilic faite à l'huile d'olive. Un régal. Et en dessert le vrai tiramisu. »
Nike rajouta, « la programmation musicale est assurée par l'unique, le talentueux, le grand, Indy. » Qui cliqua sur l'ordi pour lancer la playlist.
Vous connaissez MisterWives ? Pour mettre l'ambiance, on peut commencer par « Imagination ».
Ainsi, des twins, se mirent à danser pieds nus dans l'herbe. Leurs cheveux volaient, elles se tenaient et tournaient, tournaient surtout quand passa « Reflections »
Thomas et Max étaient côte à côte, ils se regardèrent, ils se sourirent. Thomas dit à Max, « je crois que nous aussi, nous avons beaucoup de chance. » Max acquiesça, « les sœurs Wilson sont uniques. Elles ont un don mais ce n'est pas toujours de tout repos. » Thomas éclata de rire. « Pour le repos, je m'en suis aperçu. Oui, un don. Je dis aussi, magique. » Max rigolât. « Tu as raison, c'est le mot, magique. Elles sont magiques.»
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Carter frappa à la porte de la salle de bain. Elle entendit la voix de Vanina qui lui dit d'entrer.
« Je ne te dérange pas ? »
« Non, non, je me rafraichissais un peu.»
« Moi aussi, j'en ai besoin. Il fait très chaud. »
Vanina remarqua que Carter la regardait dans la glace. Elle sourit.
« Tu peux me parler, si tu veux. »
«Ok, en fait, enfin, ça ne me regarde pas mais, tu sors avec Shirley ? »
Vanina posa son rouge à lèvres. « Disons que lorsque tu m'a appelée pour m'apprendre ce qui lui était arrivée, tu m'as expliqué qu'elle avait besoin de moi. Je me suis rendu compte que j'avais besoin d'elle aussi. Quand tu as la chance de croiser dans ta vie une personne qui t'aime aussi fort, tu n'as pas le droit de la laisser partir... . Enfin, je me suis dit que je faisais peut-être une erreur en la rejetant. Je crois que j'ai eu peur de la perdre. Je ne sais toujours pas si je suis gay mais je suis heureuse avec Shirley et c'est le principal. »
Elle déposa un baiser sur la joue de Carter, « Merci » et elle sortit.
Carter se regarda dans la glace. La pensée lui traversa l'esprit. Elle n'arriva pas à la stopper. « L'amour est-il suffisant ? Et s'il est exclusif, il peut être destructeur. N'y a-t-il pas d'autres choses à vivre ? » Elle se passa de l'eau sur le visage. « Je devrais arrêter de me poser des questions à la con. » Elle rentra dans sa chambre pour se changer, la transpiration collait ses vêtements, « beurk ! » Après avoir enfilé un short et un tee-shirt, elle se mit sur le petit balcon.
Elle regardait ses amis. Barbara battait la mesure sur des musiques qu'elle ne connaissait certainement pas. Douglas dansait, enfin plutôt, il remuait, mais en riant avec Alma et Sally. Angela, Indy, Ben et Max étaient en grand conversation. Carter pariait pour un sujet sur la musique. Taylor parlait avec Vanina et Thomas certainement de finances. Shirley était avec Nike, Frederico et Sofia, un thème sportif n'était pas à exclure, puisque Sofia était une footballeuse de talent.
Elle avait une famille et des amis fidèles en Virginie et la même chose en Géorgie. « C'est ça aussi l'amour. » Elle pensa à Bird, Gabe, Offy, Mason. « Il faudra les réunir ensemble, » se dit-elle. « Ça fera une sacrée équipe. »
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Le bar de Mo était bondé. Carter était pétrifiée. Elle était assise à une table sur le côté de la salle avec Thomas, Barbara, Angela et Douglas. Le groupe avait répété une partie de l'après-midi au garage mais, là devant la scène tout cela lui semblait irréel. Elle allait se retrouver sur cette estrade à déclamer un texte dont elle oubliait un mot de plus à chaque seconde qui la rapprochait du début du concert.
« Thomas, ils sont fous. Jamais je n'y arriverais. » Celui-ci lui frotta les bras. « Fais-toi confiance, rappelle toi, tu es formidable. »
« Non, mais là, ce n'est pas suffisant. » Elle se rapprocha d'Angela. « Angela, j'ai le trac comment on fait pour qu'il disparaisse. »
Angela sourit. « Mais il ne disparait jamais, il fait partie du jeu. J'ai connue des artistes qui vomissaient avant de rentrer sur scène. Mais ne t'inquiète pas, une fois sous les projecteurs, la magie va opérer et tout disparaitra sauf le spectacle. »
« En plus, c'est moi qui débute. »
Angela vit le visage mortifié de Carter. Elle lui fit signe de la suivre et l'entraina vers l'arrière du bar où elles trouvèrent une sorte de réserve. « Assied toi ici. »
« Sur le tonneau ? »
« C'est un siège comme un autre. »
Carter obéi. Elle aurait fait n'importe quoi pour enlever cette boule de son estomac.
Angela lui prit les mains. « Carter, la clef, c'est la respiration. Régule ta respiration, fait la partir de ton ventre. Respire par le ventre. » Elle posa sa main sur son diaphragme. « Voilà, c'est bien. Ta voix doit venir de là. Concentre-toi sur ta respiration, rien d'autre n'existe. »
Carter inspirait et expirait. « Fait-le de plus en plus doucement. L'air glisse dans ta poitrine puis il remonte et expulse ta peur. » Elle se sentit moins nerveuse. Son esprit était plus clair.
« Maintenant ne laisse plus rien te perturber. Reste au calme et tout ira bien. »
Carter voulait la retenir, sa présence la rassurait. « Tu as été chanteuse ? »
« Pas était, Carter, quand on est artiste, on le reste toute sa vie. Je chante, j'écris de la musique, des textes, produit des spectacles, j'ai travaillé dans une maison de disques. J'ai une belle vie. »
Angela la regarda. « Je t'ai écouté tout à l'heure. C'est très bien ce que tu fais, il y a beaucoup d'émotion. Et tes amis sont de bons musiciens, Indy a du talent. Ce soir vous aurez du succès, crois-moi. »
Elle lui caressa la joue. « Allez, j'ai assez parlé, repose-toi. »
« Mais tu restes avec moi ? »
« Je reste avec toi. »
Elle est sur scène, le noir l'enveloppe. Elle perçoit, plus qu'elle ne voit, la présence du public qui bouge, chuchote. Il est comme un animal dont on sent la chaleur. Il faudra le dompter, l'apprivoiser, l'ensorceler.
La poursuite ouvre son œil. L'adrénaline monte en elle, elle adore ça. Le faisceau lumineux éclaire Carter peu à peu. Elle oublie tout, plus rien ne compte que le texte. Elle est la narratrice. Elle n'est plus Carter, elle est l'enfant qui ne croit plus au contes de fées. Elle ouvre la bouche, lance le premier mot et d'un coup, tout est en mémoire. Son corps connait l'histoire, les intonations, les pas, les gestes. Elle n'a plus qu'à se laisser porter par son instinct.
Puis le premier rif de guitare, suivi du synthé de Nike, le son mélodieux et rythmée de la musique d'Indy porte l'histoire. La batterie de Vanina entre dans le jeu. Carter s'efface et la voix d'Alma retentit. Les premiers applaudissements aussi.
Pendant plus d'une heure de concert, ils sont dans une bulle, ils voient le public, communient avec lui, comme dans un rêve. Ils sont un groupe et ce qui les uni sur cette scène, personne ne peut le comprendre. C'est leur histoire.
Indy fait une pause, boit un peu d'eau, s'empare du micro, présente ses partenaires puis : « ce soir, nous avons dans cette salle, une grande dame de l'histoire du blues. Alors j'aimerai, si elle le souhaite, qu'elle nous rejoigne sur scène. Madame Angela Mavies. »
Angela se lève, sourit au public qui l'applaudit et s'avance. Elle monte sur scène, Indy lui embrasse la main. Elle prend le micro qu'il lui tend.
« Merci, Indy. » Elle fait un clin d'œil au public. « Il est mignon, vous ne trouvez pas ? Ces jeunes gens ont beaucoup de talent. Ils m'ont gentiment demandé d'interpréter une chanson avec eux et c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai accepté. Mon style de musique est un peu différent du leur mais toutes les musiques se rejoignent. Alors en l'honneur d'un monsieur avec qui j'ai longtemps, très longtemps travaillé et qui nous a quittés il y a quelques semaines. Je vais vous interpréter une de ses chansons : « Every days i have the blues » de monsieur B.B King. J'aimerai la dédier à une personne qui n'a jamais quitté mon cœur et lui dire que depuis quelques jours, je n'ai plus le blues. »
Elle envoya un baiser à Barbara.
Angela se tourna, elle donna le tempo et Nike introduisit avec le piano.
Carter et Alma écoutaient cette femme de 77 ans dont la voix était toujours pure, le timbre clair, les intonations justes et d'une énergie déroutante. Elle n'avait pas d'âge sur la scène. Elles étaient sous le charme.
Après une reprise d'Avalon de Roxy Music avec la voix suave d'Alma, Carter donna les dernières tirades de son texte.
La petite fille avait grandie. Elle ne faisait plus de cauchemars. Elle avait saisi la main qui se tendait et trouvé l'amour qui dessinait son avenir.
La dernière chanson se mixait au texte. Lorsque l'ultime note s'envola, les spectateurs étaient debout, applaudissant à tout rompre. Mo se frottait les mains la recette sera bonne ce soir.
Ils étaient sur le devant de scène, se tenant par les épaules, saluant le public, le remerciant.
Carter était heureuse, elle l'avait fait.
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Frederico portât un nouveau toast, on avait perdu le compte de ceux-ci. Cette fois, c'était à la gloire de Paolo Conte, « un vrai chanteur italien de jazz et de blues. Piémontais en plus.» Il fut ému de savoir qu'Angéla le connaissait et l'appréciait.
Douglas suivait le rythme. « Ce n'est pas parce qu'on est professeur qu'on ne sait pas se tenir à table. » Son visage était rubicond et pouvait se confondre avec la bouteille de chianti qu'il avait devant lui.
Max, Thomas et Sofia avaient décidé d'être moins prolifique en matière de descente de verres. Ils se dirent que trois personnes ne seraient pas de trop pour ramener tout le monde.
Nike somnolait déjà sur la table. Vanina, elle aussi bien entamée, interpella Carter. « Qu'est-ce que je t'avais dit, au 4e verre, il dort. » Shirley se posa sur son épaule.
Mais Carter l'écoutât à peine, trop occupée à essayer de refreiner un fou rire provoqué par Taylor qui essayait désespérément d'attraper un spaghetti avec sa fourchette qui ne voulait absolument pas se laisser manger, « je t'aurai petit spaghetti, je t'aurais, » disait-elle, en sortant la langue et en plissant des yeux.
Même Barbara était grisée par cette ambiance et avait refusé de rentrer chez elle. « Je ne suis pas fatiguée. C'est pas comme si j'étais vieille.»
Alma se leva et déclara. « Oui, j'avoue j'aime Céline Dion. » Et elle entama, « My Heart Will Go On.»
Ben l'accompagnât en tapant le rythme sur la table et cria, « Céline, on t'aime.» Indy monta sur une chaise et mimant Léonardo, mit ses bras en croix. Il vacilla, la chaise glissa et il se retrouva étalé par terre sous les rires et autres quolibets de ses soi-disant amis. Il était mort de rire.
Carter accompagna Frederico en cuisine pour prendre les tiramisus. Ils ne marchaient pas forcément très droit. « Je crois que je ne vais pas prendre un plateaux entier. Il vaut mieux être prudent. » Frederico hocha la tête, « déjà un plateaux vide, ce sera un exploit. » Ils se mirent à rire. Carter regarda Frederico. « Merci pour cette soirée, d'avoir réservé le resto que pour nous. »
Frederico avança ses mains les paumes en l'air. « Ma ! Soirée privée pour mes amis. C'est normal.»
Carter se mordit les lèvres. « Et encore merci pour ... ce que tu as fait pour moi. J'ai conscience que j'ai déconné. Je me suis jeté dans la gueule du loup sans réfléchir. »
« N'en parlons plus Carter. Je t'admire pour ce que toi, tu as fait. Ok, ce n'était pas forcément très malin mais si tu étais un mec, je dirais qu'il fallait en avoir. »
Carter baissa les yeux, elle sourit. Frederico poursuivi. « Je voulais aussi te dire que face aux flics tu as assuré. Mes amis ont apprécié. Nous savons que ce n'est pas facile quand on n'a pas l'habitude des interrogatoires. Je leur ai dit que j'étais sûr de toi mais quand même tu m'as épaté.»
Carter hésita. « Tes amis sont puissants, c'est ça. Les inspecteurs me l'ont fait comprendre.»
« Ils le sont, Carter. »
« Et toi, tu en fait partie ? Enfin, pour qu'il t'aide ... » Elle n'osa pas finir.
Frederico sourit. « Quand on est jeune et qu'on traine dans la rue, on a plus de chance de rencontrer des truands que des professeurs d'université. J'ai commis beaucoup d'erreurs dans ma vie. Je me sentais seul. Cela va te paraitre bizarre mais ils m'ont aidé à leur façon. Il existe un code. On appartient à un groupe, une famille. Cela te canalise. Et même si, grâce à Barbara, j'ai réussi à maîtriser ma souffrance et à reprendre en main ma vie, ils restent mes amis. Je peux compter sur eux et eux sur moi. Même si je ne participe plus, tu vois ce que je veux dire. Mais Carter, on ne sort pas d'une famille. Elle te colle à la peau pour le meilleur et pour le pire. »
Carter souffla. « Oui, je sais. Suarez, un des détectives, m'a dit de te passer le bonjour, cela veut dire quoi ? Il sait ? C'est grave ?»
Frederico rit. « Suarez est un ami d'enfance, on a fait les 400 cents coups ensemble. Il s'est calmé avant moi. C'est un type bien, un bon flic. Il sait d'où je viens, ce que j'ai fait. J'ai du respect pour lui. Dès qu'il a su que tu étais amie avec Barbara, il a fait le rapprochement avec moi et du coup, compris comment tu étais sorti des griffes de ce Gaucho. Mais pas de preuves et tu n'as pas parlé. Il ne pouvait rien faire. Et puis finalement on a fait le boulot pour eux, alors ... »
Sofia entra dans la cuisine. « Alors, ces tiramisu ? » Elle vint vers Carter et la prit dans ses bras. « Tu sais si tu te mets à écouter un italien, il est capable de te parler jusqu'au petit matin. »
« Parce que les cubaines, elles ne parlent pas, elles. Ce n'est pas vrai, ce qu'il ne faut pas entendre.» Frederico prit un plateau et le mit dans les mains de Sofia. « Puisque tu es là, aide nous. » Tout en se dépêchant de lui faire un bisou sur sa joue. « Et puis tu aimes bien quand je parle avec les mains. »
Sofia lui jeta un regard langoureux en lui tournant le dos.
Ils sortirent de la cuisine en riant. Frederico fit un clin d'œil à Carter.
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L'habitacle de la voiture raisonnait de la playlist d'Indy. Il avait choisi les morceaux spécialement pour elle et les lui avait donnés avant qu'ils partent. « La route est longue, au moins tu auras de la bonne musique. » La voix envoutante de Kyler England berçait Carter. « Eye of your storm. » Elle posa sa main sur le genou de Thomas. Ils étaient un havre de paix l'un pour l'autre. Thomas quitta la route des yeux, un instant, et sourit à Carter.
Ils suivaient sagement la voiture de Max. Thomas s'énerva un peu, « Max est toujours comme cela ? Aussi prudent. » Thomas avait l'impression de se trainer sur la highway.
Carter pouvait voir le bras de Taylor sur le bord de la fenêtre, « je crois que c'est la vie qui le lui a appris. »
C'était la première phrase construite de Thomas depuis le départ, cela agaçait voire inquiétait Carter. Certes elle avait somnolé au début du voyage, il faut dire que partir à 5h du matin c'est hard, mais ce n'était pas le Thomas bavard et jovial qu'elle connaissait.
« Ca va Thomas ? Tu ne dis rien depuis ce matin. » Elle hésita. « Tu es sûr que cela ne te gêne pas de rencontrer mes parents. Enfin peut-être que tu trouves que c'est un peu tôt ? » Carter le regardait à la dérobée.
Thomas la laissait parler. Elle grattait une tache imaginaire sur son jean. « C'est vrai, finalement cela ne fait que deux mois que l'on se connait. Si ça va trop vite, dis le moi.»
Carter attendit une réaction, elle lui lança un regard. « Pourquoi tu ne me réponds pas ? » Sa voix était de moins en moins assurée. « Thomas ? »
Sans quitter la route des yeux, il lui dit, « C'est à moi que tu parles ? »
« Ben oui, à qui veut-tu que je parle ? Il n'y a que toi et moi dans cette voiture. »
Thomas se tourna vers elle « C'est vrai, mais c'est peut-être à Carter que tu posais ces questions. »
Il ralentit. « Si tu n'es pas sûre de toi, ce n'est pas grave. C'est normal que tu es peur. Tu es jeune, peut-être un engagement trop formel t'inquiète. Rien ne t'oblige à cela. Je t'aime, quelle que soit ta décision, elle me conviendra. »
Carter ne comprenait pas, « Non Thomas, je suis sûre de moi. J'ai vraiment envi que ma famille te connaisse. » Elle s'approcha de lui et mit sa tête contre son épaule. «Tu es important. J'ai envie de vivre des choses avec toi. Je t'aime aussi, tu le sais.»
Thomas sourit, « alors tout va bien.» Mais son regard était lointain.
Carter fronça les sourcils et se raidit. « Non, il y a quelque chose. Tu n'es pas bien depuis le départ. Dis-moi. Ce sont nos dépositions hier à la police. Pourtant tout c'est bien passé, le procureur ne nous poursuit pas pour l'intrusion et l'explosion sur le chantier. Tout est réglé. Il y autre chose ? »
Thomas fixait la route. « Non, Carter. Non, excuse-moi si je te parais distant. Je ne voulais pas t'ennuyer surtout aujourd'hui. »
« Et si tu me parlais, jusqu'à présent ça nous a plutôt réussi. » Carter avait levé sa tête et regardait Thomas. « Ce que je veux, c'est tout partager avec toi les bonnes et les moins bonnes choses. »
Il s'engagea sur une aire de repos, se gara et coupa le moteur. Il se tourna vers Carter. « J'appartiens à une association qui dénonce les exactions des groupes rebelles ougandais et celle du gouvernement. Ils m'ont appris ce matin que des combats se déroulaient dans ma région et que des villages avaient été pillées et la population massacrés. L'armée a attaqué leurs positions du coup, ils ont dû être obligés de se déplacer et voilà. Ça ne finit jamais Carter, d'autres enfants ont dû être enlevés et quand j'y pense la rage s'empare de moi. »
Son regard redevint noir. « Tu sais hier j'ai dit que je voulais juste arrêter Shane pour le livrer mais j'ai menti. Je voulais le tuer et si tu n'avais pas mis ta main sur mon cœur, c'est ce que j'aurais fait.»
Il ouvrit la portière et sortit. Carter le suivit et s'approcha de lui. « C'est pour ça que nous devons rester ensemble pour nous aider, l'un et l'autre. »
Il se détourna d'elle. « J'ai toujours cette rage sanguinaire en moi. Elle ne me quitte pas et ça me fait peur, ... pour toi. Ils ont fait de moi un monstre, un tueur.»
Carter se mit devant lui et posa une nouvelle fois sa main sur son cœur. « Non, c'est faux, tu es doux et aimant. Ne les croit pas, ils continuent à te mentir, à te faire croire que tu es un autre. Tu es un garçon intelligent, sensible et bon. » Son regard la fuyait à nouveau. Elle lui prit le menton et le força à lui faire face. « Tu me le prouves à chaque seconde que je suis avec toi. Tu as voulu tuer Shane parce que tu m'aimes non parce que tu es un assassin. Tu avais peur pour moi et tu as tout fait pour me protéger. Tu en veux la preuve ? »
Thomas ne bougeait plus. « Quand je t'ai demandé de le lâcher tu l'as fait immédiatement, parce que c'est la vie que tu voulais sauver et non la mort que tu voulais donner. »
Elle posa ses lèvres délicatement sur les siennes. « La vie, c'est nous deux ensemble Thomas. »
Il prit le visage de Carter dans ses mains. « Je t'aime chaque jour, un peu plus Carter. Je crois chaque fois que c'est impossible et pourtant c'est chaque jour plus fort. Il suffit que tu me parles et mon cœur grandit. Je veux ton bonheur mais ...»
Elle le coupa. « Mon bonheur, Thomas, c'est quand tu me prends dans tes bras, que tu m'embrasses, que nous faisons l'amour. Quand tu es en moi et que nos désirs se mélangent à travers nos regards. Je sais alors qu'il ne pourra jamais rien m'arriver de mal de toi. Je l'ai su dès le premier soir.»
Carter se pendit à son cou, il glissa ses mains dans son dos, la souleva légèrement et ils s'embrassèrent. Un camion qui démarrait, klaxonna et fit jouer sa corne de brume pour les saluer.
Au moment, où ils remontaient dans la voiture le téléphone de Carter sonna, Taylor s'inquiétait de ne plus les voir. Elle lui répondit qu'ils s'étaient juste arrêtés pour s'aimer.