Un, deux, trois, quatre, ....
Soigneusement, je comptais mes bracelets bordeaux. La couleur allait à merveille avec mon haut noir et mon pantalon jean gris.
Mais, les bracelets avaient d'autres fonctions pour moi. Je ne les mettais pas pour m'embellir, mais plutôt, pour me protéger.
De quoi ? Des mutilations ? Pas seulement ça...
Et Dieu seul savait ce que se cachait derrière ces épais décorations de poings.
Je pris le crayon posé sur ma commode et traçai un trait fin sous mes cils bas.
J'ouvris grand les yeux et vis que les cernes n'étaient plus apparente.
Parfait.
Je pris mon sac posé sur le lit, jetai un dernier regard à mon miroir et descendis.
Ma mère était assise, seule comme toujours, à l'extrémité de la table à manger en bois.
- Attend attend, cette tête de mort en début d'année ... rétorqua ma mère avec un dégoût, change moi cette tête.
- Mais...
- Tout de suite. Ordonna-t-elle.
Je soupirai et m'assis en l'ignorant. Chaque matin, c'était la même habitude.
Ma mère qui critique ma vie, moi qui soupire. Cette habitude devint une routine étranglante.
Je grignotai un peu de mon assiette sans vraiment manger et bus mon verre de lait.
Je brossai mes dents et pris les clés de l'Audi que m'avait offert mon père cette année.
- Bonne journée maman. Lançai-je en sortant.
- Bonne journée et souris, Marilyne, souris. Répondit-elle.
J'hochai la tête et fermai la porte derrière moi.
Aujourd'hui, c'était le premier jour de l'école, enfin les gens l'appelaient ainsi mais moi, je l'appelais autrement.
Pour moi, c'était le premier jour du spectacle. Et commes tous les anciens, j'avais un même rôle, un même masque.
Marilyne Parfaite.
Et derrière les coulisses, se cachait Marilyne Harvidson.
Marilyne Abîmée.
Je conduis ma voiture et roulai à mon école. Le trajet de Pacific Heights à mon école me prenait une dixaine de minutes au maximum.
Une fois arrivée, je garrai ma voiture et pris une bonne inspiration par le nez et une expiration totale par la bouche.
J'ouvris le miroir que j'avais dans mon sac et inspectai mes yeux ainsi que mes dents.
Parfait.
Une année allait commencer et je verrai, pour la seconde fois après deux ans de relations ensemble, mon petit ami Robbert.
D'un pas sûr, mes talons claquaient à rythme réuglier au sol du hall de l'école. Les mèches de mes cheveux dansaient au mouvement de mes pas. Mes yeux verts sintillaient de loin et mon sourir faisait fondre les glaces.
Pour un esprit sombre, j'avais le plus lumieux sourir.
Je pris mon emploie de temps ainsi que mon code de casier et entrai en cours. Robbert me fit signe de s'assoir à côté de lui.
La porte toqua et la pierre calme entra, en retard, biensûr. Il s'assit à côté de ses amis et la professeur commença :
- Monsieur Dominguez vous changerez de place. Je ne tolère pas vos bavardages incessants avec vos amis pour une année de plus. Prenez la place de monsieur Fisher.
Je fis de gros yeux. Ne me dîtes pas que ce drogué va s'assoir à côté de moi ?!
Il me fit un beau sourir et répliqua :
- Avec grand plaisir, madame.
Je le toisai du regard et il s'assit à ma gauche. Par contre, Robert n'avait pas l'air gené, il souriait même à Malia, la fille à côté de lui.
- Vanessa Iris ? Samuel Dominguez ? Appela-t-elle.
- Mhm. Opina nonchalement le brun.
- Veuillez répondre plus poliment, monsieur Dominguez, objecta Mdme Eyre en le regardant au dessus de ses lunettes, Marilyne Harvidson ?
- Présente. Dis je avec beaucoup de sérieux qui fit sourir mon voisin.
- T'es trop formel, Harvidson. Ricana-t-il.
- Et t'es trop grossier, Guez'.
Je savais qu'il détestait qu'on l'appelle ainsi, et pour cette raison précise, je l'appelais toujours comme ça.
Son regard s'assombrit et je fis un beau sourir. Point marqué.
- Un peu d'attention s'il vous plait, alors, cette année est votre dernière à l'établissement mais la première au chemin de votre apprentissage secondaire. J'exige beaucoup de sérieux et une haute qualité d'entente. Les mathématiques sont la base des sciences...
- Elle parle beaucoup, la veille. Se plaigna Samuel.
J'acquiesçai d'un hochement de tête.
- Wow, moi et Miss Parfaite d'accord. Miracle !
- Cache ta joie, Guez. On était jamais d'accord et on le sera jamais.
- Pourtant tu es d'accord que la vielle là est chiante avec son discours de terminale.
Je soupirai.
- Mon cours vous amuse monsieur Dominguez ?
- Non madame. Juste que ma voisine a dit quelque chose de marrant sur vous.
Je le toisai du regard.
- Vous resterez tous les deux ici après la fin de la séance. Revenons à nos moutons, comme je l'ai dit, vous prendrez comme binôme votre voisin de table. Le sujet mère de cette année sera les théorèmes en général. Continua madame Eyre.
Après deux heures pénibles, la sonnerie retentit enfin et je ramassai mes affaires rageusement. Je m'appretai à sortir mais la prof m'appela.
- Demoiselle Harvidson, un instant s'il vous plaît.
¡ Mierda !
Je tournai les talons et souris à ma professeur principale.
- Quel est votre problème messieurs ? Demanda-t-elle.
- Je ne veux pas être la binôme de Guez. Rétorquai-je.
- Vous n'avez pas le choix. Et vous devez respecter monsieur Domniguez.
Le brun me fit un sourir sadique et je soupirai encore une fois.
- Entendu ?
- Oui madame. Opinames-nous en même temps.
- Vous pouvez sortir maintenant.
Nous sortâmes et j'allai au self. Je rejoignis "mes amis" à table.
Nous étions les "populaires de l'école" depuis trois ans successives.
Contrairement aux autres, je n'avais pas integré ce groupe cruel par choix. Je savais que les dits populaires écrasaient les petits et j'avais peur, en ce temps qu'on m'écrase, donc j'ai intégré le groupe pour me protéger et j'avais fini par écraser les petits qui, comme moi avaient peur.
Ils étaient tous les enfants gatés et j'étais la seule fille détériorée, sans que personne ne le sache.
- Vous avez vu la nouvelle ? Questionna Pamela avec dégoût.
- La Malia où je ne sais pas quoi ? Je n'y ai même pas fait attention !
- Elle me fait mal aux yeux. Ajoutai-je.
- N'exagère pas, Marilyne, elle est sympa. Retorqua Robbert.
- Ah vraiment ?
- Oui. C'est ma binôme.
- Et oui Marilyne, comment tu vas faire avec ton binôme ? C'est un dangereux ce gars.
- Bah c'est l'enfoirée de prof qui choisit.
Samuel était le fantôme du lycée, tout le monde avait peur de lui.
Pourquoi ?
Car il se battait avec tout le lycée ? Car il avait la rage aux yeux ?
Eh bien non, ils avaient peur de lui car il ne faisait jamais rien. Et ce manque de mouvement effrayait les élèves, car ils ne savaient jamais à quoi s'attendre avec lui.
Samuel Dominguez était un volcan endormi, prévoyant une soudaine éruption.
Il appliquait que la règle d'or de ma mère, celle que j'avais appris depuis l'âge de mes quatorze ans :
"Ce n'est qu'en épouvantant les gens que vous les dominez."
À la fin de la journée, j'allai au parking de l'école pour prendre ma voiture. Je montai côté conducteur et Isabelle, ma meilleure amie, de l'autre côté.
- Pamela organise une fête pour le début d'année ce samedi. Annonça-t-elle.
Je ne comprenais pas ces ados qui organisaient des fêtes de début d'année. Ils célébraient dix mois de calvère ou quoi ?
Pendant que je conduisais, je vis Samuel sur son vélo. Il avait des mollets musclés et il semblait libre sur sa byciclette. Il n'était pas étranglé par sa ceinture de sécurité et ne devait pas attendre des heures dans les files d'embouteillages. Avec son vélo, il pouvait voler sur terre, librement.
- Dis, comment étaient les rétrouvailles avec Rob ? Questionna mon amie en me sortant de mes pensées.
- Bof. Il semblait m'ignorer. Répondis je en haussant les épauls.
- Allons Marly', il t'aime.
- Si tu le dis.
Je déposai Isabelle chez elle et allai chez moi. Elle habitait à deux rues donc je n'avais pas un long trajet à faire.
- Ah, Marilyne, tu pourras passer me chercher demain matin ? Mon chauffeur est malade.
- Okep Belly. À demain.
Elle me mima un bisou et je roulai à ma maison. Ma mère n'étais pas encore rentrée. Je jetai mon sac sur la table basse et entrai en cuisine. Je préparai une petite salade et la posai sur table.
Je mangeais en pensant. Robbert avait changé un peu cette année, il n'était pas comme l'année d'avant. Il était devenu distant.
La porte s'ouvrit et ma mère entra.
- Bonsoir maman.
- Bonsoir. Eh oui avant que je n'oublie, prépare toi je vais t'emmener acheter une voiture.
- Papa m'a déjà acheté une.
- C'est exactement pour ça qu tu as besoin d'une autre.
Je soufflai, exaspérée par son comportement.
- J'ai cours maman.
- Après les cours on part.
- Si tu veux.
Il y a longtemps, lors des dînner, je parlais de ma journée et mes parents écoutaient.
Aujourd'hui, les dîners n'existent plus. Chez ma mère, le silence règne comme un roi et chez mon père, je dormais avant même qu'il revienne.
Et je ne comprenais pas, comment tout avait changé, si brusquement.