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Cette histoire appartient à ceux qui ont vécu une expérience difficile dans un monde cruel, elle appartient à ceux qui on bon cœur à faire, mais qui se retrouve confronté à notre société, aux normes et aux désillusions. Elle est aussi là pour prévenir, et pour offrir de l'espoir, car si j'ai réussit à aller mieux, vous aussi. J'espère qu'elle vous plaira autant qu'elle m'a fait du bien ! Bonne lecture !
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On n'est jamais prêt pour un cœur en miettes.
Même si l'on se réveille le matin avec l'espoir d'avoir, pour une fois, un courage surhumain afin de profiter de quelques rayons de soleil, on reste pourtant enfoui dans les draps, les volets fermés, alors même que l'esprit ne demande que révolte.
Les fenêtres closes, je n'entendais ni le chant des oiseaux ni le bruit des voitures qui passaient dans la rue face à ma chambre. Étrangement, ce silence me réconfortait autant qu'il me terrorisait. Si je devenais le seul être humain sur Terre, serais-je réellement heureuse ? Courrais-je dans les rues vides en criant, habillée comme je l'aurais toujours souhaité ? Ou avancerais-je lentement, sursautant au moindre bruit ? Aurais-je le courage d'entrer seule dans une salle de cinéma, ou resterais-je enfermée chez moi, attendant que la planète rende son dernier souffle ?
Mais c'était sans compter sur ma mère.
Elle entra violemment dans ma chambre, un balai à la main. Ses cheveux noirs, abîmés par l'âge, étaient déjà prêts à affronter une nouvelle journée dont elle savait pourtant que les regrets lui pèseraient, une fois encore, sur les épaules. Ma mère ne me comprenait pas. Elle qui restait debout coûte que coûte, elle qui m'avait élevée pour ne jamais pleurer, pour devenir une femme forte dans un monde où il ne faut faire confiance à personne — surtout pas aux hommes — ne comprenait pas que je puisse être aussi inerte.
Mais maman, je suis fatiguée de sourire.
— Ça ne va pas durer comme ça ! Tu as eu ton diplôme, je te laisse te reposer une semaine, mais ça ne me va pas !
Je venais d'obtenir ma licence de lettres, après trois années difficiles, non seulement sur le plan des études, mais surtout sur le plan relationnel. Côtoyer des personnes qui n'ont jamais voulu votre bien brise la confiance, lentement, sûrement. Mon grand-père me disait souvent que j'étais un petit rayon de soleil pour ce monde. Ce qu'il ne savait pas, c'est que briller en silence n'attirait que les mauvaises personnes. De toute façon, il n'était plus là pour s'en rendre compte. Alors qu'importe.
— Tu vas bouger ton cul !
Elle s'avança davantage dans la chambre, laissant mon chat noir entrer furtivement pour venir se poser sur ma hanche. Je le caressai machinalement avant que le soleil, brutal, ne me brûle les yeux. J'avais dormi à peine une heure. Je me sentais toujours mieux lorsque la lumière qui nous fait vivre disparaissait pour éclairer l'autre moitié du globe. J'ai toujours détesté la lumière. Et ma mère me l'avait imposée de force depuis que j'avais appris à parler.
Peut-être avait-elle raison. Prendre une année sabbatique après trois ans d'études n'était sans doute pas une bonne idée. Mais je ne pouvais pas me fier à elle. Elle se tuait à faire des ménages chez des particuliers, car si elle cessait de bouger, sa maladie la faisait souffrir. Peut-être ne supportait-elle pas de voir quelqu'un d'autre s'arrêter, sans conséquences immédiates, quand elle-même rêvait parfois du repos éternel.
— Maman... on avait dit un an...
— À rester enfermée dans ta chambre ? Jamais !
Elle tira brusquement ma couette, et une pensée que je n'osais pas formuler clairement me traversa l'esprit : je la détestais. Elle ne comprenait jamais ces moments où je n'arrivais plus à respirer normalement, quand mon corps combattait sans cesse mon esprit et qu'aucun des deux n'en sortait vainqueur. Pourtant, je me levais. Je faisais toujours ce qu'elle voulait : vivre.
— Je t'ai trouvé un stage chez une fleuriste.
Je la regardai avec dédain avant de m'étirer, ce qui fit grogner mon chat avant qu'il ne disparaisse dans la maison. Mes os me faisaient mal alors que je n'avais qu'une vingtaine d'années.
— Je lis des livres, maman. Je n'enfile pas des fleurs.
— Je t'avais dit de faire un métier manuel ! Les livres ne sont plus rentables aujourd'hui !
Elle n'avait pas tort. J'avais été refusée en master d'écriture, et je ne me voyais pas poursuivre pour devenir professeure. Si la compétition était rude en licence, je n'osais même pas imaginer ce que cela aurait été ensuite. Je laissais cette violence à ceux qui aimaient brûler les ailes des autres. Peut-être finiraient-ils tous dans un bain de sang au milieu d'un amphithéâtre. Moi, je regarderais ça de loin.
— C'est où ?
Débattre de l'utilité des livres ne servait à rien. Elle ne lisait jamais. Moi, je dévorais des pages entières, non pas pour le simple plaisir de lire, mais pour celui de m'évader, de me refermer encore davantage sur moi-même, et de disparaître dans n'importe quelle histoire qui n'était pas la mienne.
— Une petite boutique, à côté de l'Intermarché. Habille-toi, elle t'attend pour discuter du stage.
Avais-je l'habitude que l'on décide pour moi ? Toujours. Je n'avais même pas eu le droit de pleurer le jour où mon grand-père était mort, ni les nuits où je consolais ma mère lorsqu'elle pleurait son fils enfermé derrière les barreaux. Je n'avais pas le droit. Je n'ai jamais eu le droit d'abandonner. Même si j'en mourais d'envie.
— D'accord, maman.
Elle fronça les sourcils, comme pour s'assurer que j'étais encore capable de me relever, puis partit nettoyer la maison de fond en comble, bien qu'elle l'eût déjà fait la veille. Un monstre de propreté, que même mon beau-père redoutait parfois.
Je jetai un coup d'œil par la fenêtre : une journée ensoleillée, encore, comme le sud de la France sait si bien les offrir, même en hiver. L'horreur. Ma chambre empestait le renfermé. Des vêtements traînaient au sol, et des feuilles de cours s'éparpillaient sur mon bureau en bois. L'angoisse du désordre monta en moi, sans que je fasse quoi que ce soit pour y remédier.
Je me déshabillai devant le miroir. Des bourrelets s'étaient installés là, décidés à élire domicile jusqu'à la fin de mes jours. Je n'ai jamais été mince, et le monde entier s'est toujours chargé de me le rappeler : à l'école, dans la rue, dans ma famille. Ma grand-mère, ma mère... Seul mon grand-père n'avait jamais parlé de mon poids. Ce qui l'intéressait, c'était ce que j'avais dans la tête.
Un dernier regard de dégoût pour moi-même. Une douche rapide. Des vêtements simples pour dissimuler ces formes jugées grossières. J'étais prête, une fois encore, à faire quelque chose que je ne voulais pas.
Il faisait bon dehors. La piste cyclable se remplissait d'enfants à vélo, de mères poussant des poussettes chargées, de coureurs, et de vieux profitant peut-être de leurs dernières marches. Il me fallut vingt minutes à pied pour atteindre la boutique. Une fois devant, je serrai mon téléphone dans ma main. Je n'avais pas envie d'entrer. Vraiment pas. Pendant une seconde, je crus que j'allais enfin m'écouter : mon pied recula légèrement.
Mais la porte s'ouvrit.
— Oh ! Bonjour.
Ses yeux bleus, glacials, me figèrent sur place. Un sourire espiègle s'étirait sur son visage rond. Très rond.
— Je peux vous aider ?
Puis, comme frappée par une soudaine évidence, elle me détailla de haut en bas.
— Tu es la fille de Johanne ? Celle qui vient pour le stage.
Je hochai lentement la tête.
Sans le savoir, je venais d'entrer dans un enfer qui durerait des années.
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