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Le lendemain
Point de vue de Rougui
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— Salam anlaykum !
— Wa anlaykum salam ! me répondent mes parents en chœur.
— Gueye Ndioro Bassi, no fanano ? fait mon père.
— Jiam rek kay papa. Et toi ?
— Ça va Alhamdoulillah. Allez, viens t'asseoir près de moi.
Comme si je n'attendais que ça, je m'en vais m'asseoir à côté de lui. Mon frère qui regardait attentivement la scène dit :
— Et moi ? Je compte pour du beurre ?
— Un bonhomme n'a pas besoin d'affection ! lui répond notre père.
Et aussi immature que je suis, je lui tire la langue sans scrupule pour en rajouter.
Si seulement un regard pouvait tuer ...
Le voyant aussi jaloux, ma mère accourt à sa rescousse. Elle lève une main vers lui et commence à faire son éloge :
— Gueye Ndioro Bassi ma Ciré isseu Fatim, Penda ak Madiane Soxna Niane, Latsoukabé Ngoné Gueye Latir ma gueye sene, Thiato thiat ya beau tei am class !
Mon frère récupéré à la cuillère fait aussitôt son plus grand sourire. Elle continue :
— Sama domji yaw lodi tiit ? Lodi ragal lodi jioy ? Banga amei Baye danga amul Yaye ?
— Enh kay, fait-il.
— Kon lodi jioy ? Dabaax mane sa nday mala beug nak. Soula kein beugoul mala beug. Koula bagn nama bagnialei sama domji jiou goor ji kaarro kaarr !
— Mala guena beug Yaye boy.
Je les regardes avec un œil las, ennuyé par leur comportement. Mon père dans le même état d'esprit que moi se permet de dire à mon frère :
— Goorou Yaye mayma ñiex rek ...
— Eh bayil jiamoul nak, le défend ma mère.
— Humpf, fait son partenaire en secouant la tête.
Ma mère se tourne alors vers moi et me dis :
— Toi là, ton père m'a dit que tu voulais te remettre au basket ?
— Euh oui ... je murmure en lançant un regard inquiet à ce dernier, dubitative.
Ce dernier fuit mon regard et comme s'il n'était pas concerné, englouti rapidement son pain, ramasse ses lunettes puis se lève :
— Bon moi j'y vais.
Il se tourne ensuite vers mon frère Mame Abdou et lui ordonne comme à un de ses subordonnés :
— Hey, dépêche toi afin que je te dépose. Yeex nga trope, léku goor day gaw !
Sur ce, il sort rapidement de la maison. Je ressens son départ comme un abandon. Pourquoi il me laisse soudainement seule avec ma mère ? Qu'est-ce qui en ai découlé de leur discussion ? Ça ne me dit rien qui m'arrange.
Derrière lui, Mame Abdou souffle bruyamment, frustré de ne pas pouvoir déjeuner dans la tranquillité.
— Dabaax dawal gaaw bala mulafiy bayi, lui dit alors ma mère d'une voix craintive.
Mon frère sachant pertinemment que le paternel en est capable, prend son pain qu'il n'avait pas fini et l'enveloppe dans un torchon à la hâte, bois une dernière gorgée de son café puis se lève à son tour.
— J'y vais ! fait-il en partant.
— Oui à toute, lui réponds ma mère.
Une fois les hommes parties, ma mère se tourne à nouveau vers moi et me fixe avec un air pas très rassurant. Je comprends aussitôt que les nouvelles ne sont pas bonnes.
Elle commence :
— Meuf, t'es en classe d'examen.
Je la regarde, perplexe et voulant savoir là où elle voulait en venir. Ce qui ne tarde pas. Elle m'annonce :
— Je n'ai pas envie que ce genre de chose empiète sur tes études.
Je secoue alors la tête et me dépêche de la rassurer :
— Non, bien sûr que non. Cela m'est-il déjà arrivé ?
— Non. Mais tu reste quand même assez facile à perturbée.
Pendant que je fronce les sourcils, intriguée, elle poursuit :
— Je veux que tu te concentre sur tes études et uniquement sur tes études. Pas de baskets, pas d'amis, pas de garçons.
— Mais maman, le basket c'est toute ma vie ... je geint.
—Si c'était toute ta vie tu n'aurais pas arrêtée, réplique t'elle.
— Tu sais bien pourquoi j'ai arrêté...
— Oui et c'est exactement pour ça que je t'interdis également les garçons. Je veux que rien ne perturbe tes études.
Trouvant la situation injuste, je croise les bras et me met à faire la moue.
— Je ne peux même plus faire du sport maintenant ? je fait d'une voix grognonne, clairement frustrée.
— Faire du sport pourquoi ? À quelle fin ?
— J'en n'ai besoin ! je m'exclame en décroisant les membres pour les brandir désespérément. Il faut que je sortes, que j'aille courir certaines fois.
— Courir avec qui au juste ?
Je marque un temps d'arrêt, assimilant sa question.
— Parce qu'il faut que j'aille courir avec quelqu'un maintenant ? je m'insurge ensuite en levant une main révoltée.
— Bien sûr ! Avec tous ce qui s'est passé récemment dans notre quartier, l'agression de Madou, il en es hors de question que je te laisse courir tardivement la nuit seule.
— Bah dans ce cas j'irai courir avec Madou, je trouve à dire.
Comme cela suffisait à la convaincre, cette fois, elle ne rebondit pas. Au contraire elle m'interroge :
— Xana su weurei ?
C'est vrai que je n'y avais pas penser. Enfin, je réponds, plus courageuse que quiconque :
— Oui bien sûr.
Je regarde alors ma mère pousser un soupire. Prendre une bouchée de son pain et la mâcher tout en réfléchissant. Je m'arme alors de patience et attend qu'elle réagisse. Ce qu'elle fait au bout d'un moment :
— Et il faut vraiment que tu y ailles ?
— Oui, j'en ai besoin.
— Bon, d'accord ! Pas de souci. Va courir avec Madou mais restes concentrée sur tes études, tu m'entends ?
— Oui oui, c'est bon ...
— Bref, dépêche toi d'y aller maintenant.
Je me lève et elle ajoute :
— Madou n'est toujours pas retourné à l'école ?
— Toujours pas, je secoue la tête
Au même moment, je reçois un message de Ismail me disant de descendre. Je lui réponds que j'arrive.
— Mais il va mieux au moins ? m'extirpe ma mère de mes pensées.
Je hoche la tête en allant vers la porte et lui réponds tandis que je suis toujours penchée sur mon téléphone :
— Oui, il se porte bien.
— Hum... J'espère qu'il va bientôt retourner à l'école. Si seulement il pouvait revenir te chercher le matin et te raccompagner le soir après les cours comme avant, je serais davantage rassurée.
Je plisse les yeux à cela, détache les yeux du cellulaire, la regarde puis lui fait remarquer :
— Je suis une grande fille maman, je n'ai pas besoin de lui. Je sais me débrouiller.
Elle fait un petit rire et me rétorque :
— Madou le savait aussi mais ça ne l'a pas empêché de se faire agresser.
Offusquée, j'ouvre la bouche puis la referme, les mots m'échappant.
— Tu es vraiment pessimiste maman, je fini par dire.
Elle secoue la tête et me contredit :
— Ce n'est pas du pessimisme Rougui, c'est seulement mon cœur de maman qui n'est pas en paix.
Je la jauge, ne sachant pas quoi lui dire. Je conçois qu'elle s'inquiète, mais elle en rajoute un peu.
— C'est bon, moi j'y vais ! je met fin à la discussion en ouvrant la porte.
— D'accord, soit prudente.
— Oui, ne t'inquiète pas, je dis en sortant.
Une fois dehors, je suis accueillie par la brise matinale. Cette dernière très paisible et calme, abat doucement les mèches de ma perruque sur mon dos pendant que je reçois les yeux fermés l'odeur que peut être celle du banlieue. Cette odeur que je ne reconnais que trop bien, cette odeur avec qui j'ai grandis. Une certaine flagrance d'humidité, assez agréable et doux, mêlée aux bruits de claxons ou de remue-ménages sur la route. Tant de pieds marches, tant de buts fixés. Tant de confiances, tant d'espoirs fondés en ce jour naissant. Et peut-être se concrétiseront-ils, car à l'horizon, de timides rayons de soleils se présentent tels des caresses dorées ou des murmures rassurants, comme s'ils n'étaient que porteur de bonnes nouvelle, comme si rien de mauvais ne pouvait advenir de cette journée qui s'annonce.
Mais sera t'il réellement le cas ?
Moi qui me suis déjà fourrée dans les emmerdes de si bonnes heures , suis sceptique quant à cette éventualité. Sérieusement, j'arrive à peine à croire que j'ai dis à ma mère que j'irai courir avec Madou, alors que ce n'est absolument pas le cas, que je prévois de le faire avec un autre homme. Seigneur. Que vais-je bien pouvoir dire à Ismail maintenant ? Lui qui attend patiemment que l'on passe du temps ensemble ? ...Cela va sans dire, je suis dans de beaux draps !
Désespérée à souhait, je m'en vais rejoindre Ismail au coin de la rue.
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Point de vue de Cheikh
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Je venais de prendre un bain. Je sors du salle de bain et trouve ma tante couchée sur mon lit, recroquevillée sur elle-même dans un état lamentable. Je la fixe un instant avant de secouer la tête et de passer à côté d'elle sans un mot. On dirait que ce n'est pas elle qui a tout manigancé pour que l'on ai des relations. Cette femme est une vraie comédienne.
Je vais vers mon armoire, y sort des habits puis les mets. Une fois finie, mon regard tombe comme par hasard sur ma nappe de prière et je me fige.
Depuis quand n'ai je pas prier ?
Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que j'ai arrêté parce que je n'en avais plus le courage.
Quelle visage présenterai-je au seigneur en allant à sa rencontre ? Celui d'un homme qui fornique ? Celui d'un homme salie jusqu'aux os par l'impureté ?
Non, je n'ai vraiment pas le courage d'aller vers lui ainsi. Je préfère le fuir, même si je sais qu'IL me voit et qu'IL sait ce que je fais. Je préfère ne pas prier pour le moment. La prière est trop sacrée pour moi.
Je détourne mes yeux de la nappe et pars prendre mon sac.
— Je vais à l'école, je dis à ma tante.
Comme si elle ne m'avait pas entendu, elle ne me répond pas. Je l'entends à la place renifler contre son coussin, me faisant comprendre qu'elle pleure.
Je pousse un soupire et lui dit, ennuyé :
— Quand est-ce que tu vas arrêter ton numéro ? On sait tous que c'est ce que tu voulais.
En entendant ma voix s'élever, elle se met à sangloter. Je souffle alors et va vers elle. Son corps entier frémit en me sentant m'assoir près d'elle. Je me penche et constate qu'elle a fermé les yeux d'effroi. Davantage encore quand mon souffle l'atteint. Je la fixe serrer les draps avant de lui dire :
— Tu devrais plutôt être heureuse, vu que legui mangi jial sa guinaw.
Comme si elle vivait un instant de pur horreur, tout son corps se met à trembler. Elle sert la couverture contre elle et un torrent de larmes continue à déferler sur sa joue. Je regarde la scène sans ciller, pas le moins du monde atteint par son attitude.
Au même moment, des vibrations dans mon sac me parviennent. Je me dépêche de fouiller à l'intérieur. J'en sort un téléphone, celui de ma tante. Affiché sur l'écran, le nom de son mari, mon oncle. Sans broncher une seule fois, je lui tend le téléphone et lui dis :
— C'est mon oncle.
Lentement, elle rouvre les yeux et regarde le cellulaire. Puis ses yeux vont vers moi, méfiante.
— Fais comme d'habitude, je lui ordonne alors. Dis lui que tout va bien.
Tout doucement, elle se lève, s'assoit, prend l'appareil sous mon regard persistant et décroche. Je l'écoute attentivement débuter la conversation :
— S-salut ! ... J-je vais bien et toi ? ... A-Ah ma voix ? N-non ce n'est rien, c-c'est juste parce que je suis un peu malade. ... N-non, ne t'inquiète pas, ç- ça va aller. ... Tu me manque aussi...
Puis soudainement elle commence à pleurer à chaude larmes. Le temps que je repose mon regard sur elle, elle se met à dire :
— J-je t'en prie, rentre au Sénégal ...
Je ne la laisse pas continuer, je lui arrache brusquement le téléphone des mains et raccroche. Ma réaction soudaine lui fait aussitôt sursauter, horripilée. Je lui dis d'une voix à la limite amusée :
— Qu'il rentre ? Nono, ce n'est pas encore le moment. J'en n'ai pas fini avec toi.
Je me lève ensuite, remet le téléphone dans mon sac en lui disant :
— Yaw beuss buma parei ci yaw, fo dégatei waxi ñialo dofa taxaw.
À mes mots, elle se tient la tête avec torpeur.
— Je veux trouver le repas à mon retour, j'ajoute en prenant les clés de la maison sur la table de chevet : Alors arrête de te morfondre sur ce lit et va prendre un bain.
Je vais vers la porte, à peine je pose la main sur le poignet qu'elle me dit :
— J-je veux aller travailler...
Je m'arrête, surpris qu'elle dise enfin quelque chose et me retourne pour la regarder. Assise sur le lit à moitié nue et seulement recouvert par la couverture, elle fuit mon regard, la tête contre ses genoux.
— Aller travailler ? je répète. Tu veux que je te laisse aller travailler et risquer que tu t'enfuis ?
— J-je ne m'enfuirai pas ...
Je secoue la tête, catégorique :
— Non, il en est hors de question. Tu restes ici et tu me fais à manger.
Je jette un regard à une pile d'habit sur la chaise à proximité et ajoute :
— Lave aussi mes habits tant que tu y es.
Sur ce, je lui lance un dernier regard avant de sortir de la pièce. Il n'en faut pas beaucoup pour que je me retrouve dehors. Mais avant de partir, je prend le soin de bien refermer la porte de la maison à clé, n'ayant pas envie qu'elle s'enfuit.
Comme je l'ai dis, on n'a encore des choses à régler.
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Point de vue de Rougui
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— Salam anlaykum ! je fais en entrant dans la voiture de Ismaïl.
— Wa anlaykum salam, me répond-il avec un sourire charmant armé de jolies fossettes.
Je n'eut pas le temps de le lui rendre. À la place, je met un temps d'arrêt pour le regarder. Sachant à quel point il est jaloux, je guette attentivement sa réaction.
— Qu'est-ce qu'il y'a ? fait-il alors devant mon regard insistant, intriqué par mon comportement.
— Ça te va ce que j'ai mis ? je lui demande en lui montrant d'une main mon habillement.
Ismaïl me regarde alors de haut en bas puis me réponds :
— Ouais ça va.
Rassurée, je pousse un ouf de soulagement puis referme la portière. Dans l'incompréhension, mon copain ouvre la bouche puis la referme. Je le regarde et le vois me fixer d'un air interrogatif. Il fini par me demander :
— Pourquoi tu me demande ça ?
— À ton avis !? je fais.
Il plisse les yeux, ayant à la limite l'air vexé :
— T'as cru que j'allais te dire quelque chose ?
— Chai pas ! je lâche en levant les mains en l'air.
Devant son regard perdu, j'ajoute :
— Tu es trop jaloux Ismaïl et je ne veux pas avoir de problème de si tôt.
En m'entendant dire ça, il fini par sourire et secouer la tête. Il me dit ensuite en reportant son attention sur moi :
— T'inquiète pas, je ne comptais rien te dire.
Puis en me jaugeant davantage continu :
— De plus, j'aime bien ce que tu as mis là. Tu es vraiment trop belle.
Je vois ensuite son regard s'abaisser jusqu'à ma poitrine et puis je le vois y bloquer. Je sens aussitôt son naturel revenir au galop. Et comme je le pensais, il lève lentement une main et réajuste mon manteau, de sortes à couvrir toute ma poitrine.
Aucunement surprise, je lève les yeux au ciel :
— Qu'est-ce que je disais ?
Pas le moins du monde honteux de sa réaction, Ismael me surprend en se penchant soudainement vers moi pour me faire la bise. Surprise, je reste stoïque. Je le regarde me faire son sourire aguicheur et dire :
— Quoi ? Tu es vraiment trop belle.
Je ne relève pas et met ma ceinture. Il se remet à me demander :
— Ou bien je ne dois pas te faire la bise ?
Je secoue négativement la tête.
— Je n'ai pas dis ça, je lui réponds.
— Alors quoi ?
J'esquisse un sourire puis, soudainement à mon tour, me penche vers lui et lui fais la bise. Le faisant alors me regarder avec surprises. Je souris et lui fait un air condescendant :
— Quoi ? Je ne peux pas te faire la bise non plus ?
À cela, il rit, amusé par mon comportement.
— T'es pas possible, souffle t'il en démarrant la voiture.
J'esquisse un sourire, satisfaite de notre échange.
Pendant qu'il conduit, je le contemple. Il est vraiment charmant, dans cette chemise, cravate, costume. Je n'aurais jamais cru que je viendrai un jour à aimer ce genre de look classique. Moi qui de base aime plus les hommes en t-shirt, comme quoi ? Les mentalités changent. Ou bien, c'est surtout les gens que l'on côtoient qui nous font aimer de nouvelles choses ...
Me voyant le fixer, Ismail me lance un regard, souris puis me demande :
— Qu'est-ce que tu regardes ?
Je souris. Je sais qu'il sait pourquoi je le regarde. Mais je le connais assez bien maintenant pour savoir qu'il a envie de l'entendre.
Doucement, je pose ma main sur sa tête et lui caresse les cheveux. Je lui dis :
— Tu es vraiment beau.
Il souris.
— Tu es la plus sublime, me dit-il par la suite en me lançant un regard furtif.
Je reçois ce compliment avec un petit sourire. J'aime l'entendre me dire de si tendres choses. C'est vrai qu'encore une fois j'ai fais l'efforts de me mettre sur mon trente et un. Depuis que moi et Yacine on n'a eu cette discussion sur mon look, je fais de mon mieux pour me faire plus belle. J'espère d'ailleurs que mes efforts aboutissent. Moi qui met des jupes ? Qui met des décolletés ? Des collants ? Du gloss ? Des talons ? Qui l'eut cru ?
J'ai vraiment changé, et je le sais.
Alors que j'étais plongée dans mes pensées, Ismaïl m'en extirpe en me demandant une chose à laquelle je ne m'attendais absolument pas :
— Est-ce que tu regrettes d'être avec moi ?
Surprise, je me redresse aussitôt et le regarde avec incompréhension :
— Quoi ? Non ! Qu'est-ce que tu racontes ?
Il ne répond pas et continu de conduire.
— Pourquoi tu me demande ça ? je demande.
À ma question, il prend une grande inspiration et me répond, le regard toujours fixé sur la route :
— Parce que, la dernière fois qu'on s'est disputé, tu as dit que si tu avais su que j'étais aussi jaloux, tu ne serais pas sortie avec moi ...
Ah ! Je reste un moment silencieuse. Je vois. C'est donc pour ça qu'il se pose de telles questions ? Je ne savais même pas qu'il se rappelait encore de ça.
Délicatement, je pose une main sur son avant-bras et lui dis d'une voix rassurante :
— Ismaïl, j'ai juste dis ça sous le coup de la colère. Mais je t'assure que je ne regrette rien de ce qu'on n'a là. Je ne regrette pas d'être avec toi.
— Mais ... es-ce que tu m'aimes au juste ?
Cette question me cloue aussitôt le bec. Instinctivement, j'enlève ma main. Est-ce que je l'aime ? Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Je n'ose pas lui dire non, je n'ose pas lui dire oui non plus. Je suis, sincèrement partagée. Postée entre la tentation de lui mentir pour le garder et la crainte de le perdre en lui disant la vérité. Qu'est-ce que je dois faire ?
Alors que je réfléchissais, Ismaïl se met soudainement à secouer la tête comme si mon silence lui en avait dis long. Je le vois d'ailleurs arborer par la suite un triste sourire en coin, l'air d'avoir été énormément déçu.
— C'est bien ce que je me disais, il souffle ensuite.
Comme un tonnerre qui s'abat, un silence de mort tombe dans la voiture. Pesée par cette soudaine ambiance, je me triture les ongles, assaillie par la honte. Oui, je sais pertinemment que c'est le moment idéal pour dire quelque chose, n'importe quoi pour lui prouver qu'il se trompe et le rassurer, mais, le puis-je seulement ?
J'adore Ismaïl, vraiment. Je me suis fortement attachée à lui c'est sûr, mais, delà à dire que je l'aime, je ne crois pas non.
On sait tous de qui je suis amoureuse...
Quelques minutes plutard, on arrive dans un coin discret, non loin de l'école. Je descends et lui dit timidement, :
— Bonne journée.
Sans y répondre ou ne me lancer ne serais ce qu'un simple regard, il démarre et s'en va sans un mot de plus. C'est triste que je regarde sa voiture s'éloigner tout en déglutissant. Le pire, c'est que je sais très bien que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même ...
Lentement et plongée dans mes pensées, je marche le peu qu'il en reste pour atteindre l'école. J'arrive rapidement devant les grandes portes de l'établissement et trouve Cheikh et Omar juste devant. Je pars les rejoindre et on se salut rapidement :
— Salut les gars. Comment ça va ?
— Ça va Rougui, et toi ? me répond Cheikh.
— Tranquille, je fais en allant me mettre à côté de Omar.
À côté de lui, je vois ce dernier se mettre à bailler. Je le charrie :
— T'as passé la nuit où toi ?
À cela, il sourit et me dit :
— Chez toi.
J'ouvre grandement la bouche, étonnée par son audace.
— Enh legui danga may sossal ?
Il lève les mains en l'air innocemment :
— C'est toi qui a demandé.
Je hoche la tête et me touche le visage, lui faisant comprendre que je retiens son acte en tête et que je me vengerais un jour.
— C'est enfin le week-end ! dit-il.
Je le regarde puis esquisse un sourire. Je le rectifie :
— Dis plutôt que c'est enfin Dimanche, t'oublie que nous on n'a qu'un jour du week-end ?
— C'est pas faux ...Sinon, des nouvelles de Mia ?
Je secoue la tête :
— Non malheureusement. Je n'ai aucune nouvelles d'elle. Ce n'est pas faute de lui avoir envoyé des messages. Elle ne veut pas m'adresser la parole.
— C'est fou. Je ne pensais pas qu'elle pouvait agir ainsi.
— Moi non plus, mais j'imagine qu'elle a ses raisons...
— Je l'espère.
— D'ailleurs je pensais à aller lui rendre visite. Ça te dit qu'on n'y aille ensemble après les cours ?
— Volontier ! dit-il aussitôt.
Je hoche la tête, mon cœur se serrant en même temps.
Parler de Mia m'attriste en tout point, car la façon dont elle agis m'est franchement inconnue. Je n'arrive pas à la comprendre, mais je me dis qu'il ne faut peut-être pas que je la juge. Elle est quand même mon proche amie, il faut alors que j'essaye d'y aller doucement avec elle et de ne pas la brusquer, surtout si elle est en phase à des situations difficiles. Et cette idée est fondée d'après mon avis étant donné que depuis l'année dernière j'ai commencé à avoir des soupçons. Après tout elle a brusquement arrêter l'école sans explication. Je me demande encore pourquoi et maintenant que j'ai vu des griffures sur son corps, je m'inquiète davantage. J'espère d'ailleurs que ce n'est pas ce que je crois. C'est pour ça que je dois aller chez elle comme me l'avait conseillé Ismail. J'espère qu'elle me parlera une fois là-bas. Je veux vraiment qu'elle ressente que je suis cette amie dont elle a besoin, même si elle me rejette.
Rapidement mes pensées vacillent vers un autre sujet. Je songe à nouveau à Ismaïl.
J'ai une profonde boule au ventre à chaque fois que je pense à lui. Savoir qu'il est en colère contre moi ne me plais pas. À croire que je me suis attachée à lui. Ses états d'âmes comptent maintenant pour moi. J'ai peur de ne pas pouvoir régler ce problème, j'ai peur de le perdre. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pour arranger les choses ? Comment je vais devoir m'y prendre ?
Alors que j'étais dans une profonde réflexion, Ibrahima débarque avec sa sœur. On se salut rapidement puis il vient se mettre à côté de moi.
On échange puis à un moment donné, il se penche soudainement vers moi. Je lève la tête vers lui d'un air interrogatif et le vois sembler hésiter. Mais il se lance quand même :
— Alors, ça se passe comment avec Madou maintenant ?
Je fronce les sourcils, intriguée et lui dis :
— Ça se passe bien. Pourquoi ?
— Rien. Je demandais juste comme ça.
Je fronce les sourcils, pas très convaincue de la véracité de ses mots.
— C'est sûr ? j'insiste. Qu'est-ce qu'il t'a raconté ce fou ?
Il hausse les épaules et me répond :
— Bon rien hein. Juste il m'a dit que vous n'arrêtiez pas de vous disputer ces derniers temps.
— Bah oui et c'est totalement normal d'ailleurs. C'est lui qui n'arrête pas de me faire chier, je dis en levant les mains.
Il sourit. Prend un instant pour me répondre :
— Dans tout les cas, sache qu'il a sincèrement peur de te perdre.
Je le regarde avec surprise. De quoi parle t'il ?
— Me perdre ? je répète. Comment ça ? Pourquoi pense t'il à ça ?
— Apparemment il a l'impression que tu lui file entre les doigts depuis ce qui s'est passé entre vous, me dit-il.
— Quoi ? je fronce les sourcils. Qu'est-ce qui s'est passé entre nous ?
Il hésite un instant avant de me répondre :
— Bah tu sais !? ...le baiser.
À l'entente de cela, mon cœur s'emballe. Je me fige, stupéfaite. Quoi !? Je n'avais aucune idée qu'ils savaient.
— Toi t'es au courant de ça ? je l'interroge.
— Bah oui ...
Ébahi, je souffle. Je n'arrive pas à y croire. Mais en même temps c'est logique.
— J'aurais dû m'en douter, je dis. De toute façon lu yendou ci mom fanane ci yaw.
Mais même si je sais ça. Je reste quand même déconcertée. À mon avis, il aurait quand même pu fermer sa bouche ... pour une fois.
— J'arrive pas à y croire, je souffle, légèrement énervée.
Quand j'y pense, j'espère qu'il ne l'a pas dis aux autres aussi, non ? Inquiète, je me tourne à nouveau vers Ibrahima et lui demande :
— Vous êtes combien à être au courant au juste ?
Sachant clairement que la réponse risque de ne pas me plaire, il hésite un instant avant de me répondre, prudemment :
— Nous tous ...!?
Choquée, j'ouvre la bouche et les mots m'échappent. Quoi ? Comment ?
— Je suis désolé... s'excuse t'il aussitôt devant mon air hébété.
— Vous tous !? je répète, abasourdie.
— Oui ...
Je porte une main à ma bouche, dépassée par cette histoire.
— Oh mon Dieu ! je souffle.
— Je suis désolé...
Je serre les dents et murmure :
— Je vais le tuer !
— Non s'il te plaît, il intervient. Je t'assure qu'il n'y es pour rien. Il ne voulait même pas que les autres saches. Ne lui en veux pas s'il te plaît...
Je secoue la tête, croise les bras et murmure :
— Je ne peux pas te promettre cela.
— Allez ! Mais plus sérieusement. Dis moi ; Ça va mieux maintenant entre vous ?
— Bah, je crois que oui, dis-je finalement.
— J'espère surtout que tu lui as pardonné pour cette histoire, il dit. Il s'en est voulu, tu sais ? Pendant toutes les vacances, il n'a pas arrêté d'y penser. Il est conscient d'avoir fait une bêtise.
— Je sais, d'ailleurs il s'est excusé.
— Tu lui a pardonné ?
— J'essaie... je murmure.
Enfin, je fais ce que je peux. Mais j'avoue que ce n'est pas facile. Incapable de cacher la douleur qui refait surface, je souffle longuement avant de lui avouer :
— Tu sais, il m'a sérieusement brisé le cœur Khalil. Tu ne peux même pas comprendre à quel point...
Il me regarde, l'œil compatissant.
— Je sais, dit-il ensuite. Et je t'assure qu'il s'en est réellement voulu. D'ailleurs je te le dis parce que je sais qu'il ne le fera pas. Tu sais mieux que moi à quel point il est orgueilleux.
Puis il reprend :
— Il s'est sérieusement inquiété pour toi ...
À ça, je ris. Un rire jaune.
— Il s'est inquiété pour moi ? je répète. C'est drôle, j'ai du mal à y croire. Tu sais combien de fois j'ai attendu un message de sa part ? Un appel, n'importe quand, pendant que je souffrais en silence ?
Ibrahima reste silencieux, me laissant vider mon sac. Une larme glisse furtivement sur ma joue. Je me hâte de l'essuyer en ajoutant :
— Ça lui aurait coûté quoi, un message, juste pour demander de mes nouvelles ? S'il s'inquiétait tant que ça, pourquoi ne m'a-t-il pas contactée ?
— Tu sais bien, c'est un idiot, murmure t'il avec un sourire triste.
Je souffle, lasse qu'il le défende autant. À mon avis, c'est trop facile.
— Pardonne le. Tu l'as suffisamment torturer à mon avis.
— Non, je ne crois pas, je secoue la tête, un soupçon rancunière.
— Allez, insiste t'il. Je sais bien que tu t'es vengée en le renvoyant de chez toi après qu'il soit venu te voir après ton voyage de Louga.
Je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour.
— Oui c'est vrai. Et j'avoue qu'il l'a bien mérité, ce salaud.
— Je suis d'accord, rit-il. Allez excuse le.
— Je vais voir.
Puis il reprend :
— Tu étais amoureuse de lui à ce point ?
Je prends une grande inspiration, hésitant avant de répondre.
— C'est pas une question d'être amoureuse ou pas. Khalil, c'est lui qui m'a embrassé en premier. Pour me dire quoi au final ? Que je suis comme sa soeur. Comment l'aurais tu prie si c'était toi ?
— J'avoue que j'aurais été aussi en colère ...
— Voilà. C'est juste ça.
Ma voix est calme, presque résignée, mais je sens le poids de cette vérité s'alourdir en moi.
— Bref, quoiqu'il en soit, tout ça maintenant ça fait partie du passé. Je suis passée à autre chose. Tout ce qui compte aujourd'hui, c'est de préserver notre amitié.
Ibrahima hoche la tête, visiblement gêné, avant de répondre :
— J'espère que vous y arriverez. Tu sais, avec Madou vous avez une relation très spéciale, Rougui. Alors peu importe ce qui se passe, faites en sorte de ne pas la gâcher.
— J'essaie de mon côté, en tout cas.
Il baisse un peu la voix, adoptant un ton plus confidentiel.
— Tu sais, un jour, tu as posté une photo où tu étais enlacée à un garçon. Tu t'en souviens ?
Je fronce les sourcils.
— Oui, et alors ?
— Madou a pété les plombs ce jour-là. Il était furieux.
Je reste bouche bée. Je me souviens de ce jour, mais je croyais que ça ne l'avait pas affecté.
— Il était dans tous ses états, reprend Ibrahima. Et tu sais ce que je pense, Rougui ? Je crois qu'il t'aime, mais qu'il a peur de se l'avouer.
Je détourne la tête, le cœur lourd. Que des mots ! J'y crois à peine. D'ailleurs je murmure en desserrant enfin les bras :
— Peu importe. C'est du passé maintenant.
La cloche sonne à partir de cet instant là, déterminant ainsi la fin de cette discussion. On s'élance tous vers l'entrée.