Salle 212

By LOmbreDunSoupir

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Je m'appelle Tessa Ferrari. 17 ans. Dernière année. Réputation pourrie, capitaine de mon équipe de basket ,co... More

Chapitre 1 - Lundi, 07h00
Chapitre 2
Chapitre 3 - "T'as transpiré l'arrogance ou c'est juste ton parfum ?"
Chapitre 4 - "Elle m'a vue."
Chapitre 5 - L'écho
Chapitre 6 - « J'ai rien contrôlé »
Chapitre 8 - l'heure de colle
Chapitre 9 - le bar
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12 - le match
Chapitre-13
Chapitre 14 - Sous contrôle
Chapitre 15 - Première séance
Chapitre 16
Chapitre 17 - Week-end
Chapitre 17 - Match, bar et sauvetage
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21- restaurant
Chapitre 22- rendez-vous surpise
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25- Deux heures de colle
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28- Murs de glace
Chapitre 29- Dans le flou
Chapitre- 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 32
Chapitre 34
Chapitres 35- changements
Chapitre 36

Chapitre 7 -Sous surveillance

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By LOmbreDunSoupir

Le gymnase pue la cire usée et la sueur froide. Les néons vibrent un peu au-dessus de nos têtes, et chaque dribble résonne comme un coup de tonnerre sur le parquet. J'aime cet endroit, malgré tout. Ici, je sais où poser mes pieds, comment placer mes mains, quand accélérer. C'est mon terrain.

Je suis en short noir Nike , débardeur ample de l'équipe avec mon numéro imprimé en blanc. Mes chevilles sont serrées dans mes chaussettes montantes Nike , baskets bien lacées. J'ai attaché mes cheveux en bun, pas question qu'ils me gênent. Quand je bouge, ça claque sec, efficace. Rien à voir avec la course d'endurance du lycée : là, je suis chez moi.

Sur le banc, Inès est installée, jambes croisées, veste en cuir jetée sur ses épaules. Elle scrolle sur son téléphone d'une main, tout en jetant des coups d'œil vers moi. Fidèle au poste. Elle ne le dira jamais, mais je sais qu'elle kiffe me voir jouer.

Le coach siffle. On démarre un petit match interne. Les baskets crissent, les passes fusent, mes jambes filent toutes seules. Je domine. Normal.

Puis, mon regard dérive.
Vers les gradins.

Et là, je la vois.

Mme Elwan.

Elle est assise plus haut, légèrement en retrait. Comme si elle ne voulait pas vraiment être vue. Un pantalon de tailleur crème, fluide, qui tombe parfaitement sur ses chevilles. Un chemisier blanc, simple mais qui accroche la lumière. Ses cheveux bruns lâchés sur ses épaules, ses lèvres d'un rouge discret. Elle tient un carnet fermé contre ses genoux, mais elle ne note rien. Elle regarde.

Et moi, je la regarde.

Juste une seconde. Une seconde de trop.

Parce que BAM — un ballon me percute de plein fouet à la tempe.

— Ferrari ! rugit le coach. La tête dans les étoiles, c'est au planétarium, pas sur mon parquet !

Toute l'équipe explose de rire. Maya, qui joue avec moi ce soir, se tient les côtes en répétant « la tête dans les étoiles ! » Lina est pliée en deux sur le banc. Même Inès lâche un sourire moqueur en secouant la tête.

Je ramasse le ballon, mâchoires serrées, en essayant de garder la face.

Et quand je relève la tête... je croise son regard.

Mme Elwan n'a pas bougé. Son expression est impassible, mais — je suis sûre — il y a un éclat de malice au coin de ses lèvres. Presque un sourire. Pas assez pour que quelqu'un d'autre le remarque. Mais moi, je le vois.

Et je déteste ça.
Parce que mon cœur accélère. Parce que j'ai chaud aux joues. Parce que je me sens ridicule.
Sous son regard.

Je reprends le jeu comme si de rien n'était, mais chaque dribble résonne plus fort, chaque mouvement est un peu trop nerveux. J'essaie de retrouver ma fluidité, sans succès.

Quand le match se termine, je m'essuie le visage avec ma serviette. Je sais qu'elle est toujours là, je le sens comme une chaleur sur ma nuque. Et pourtant, quand je me retourne... elle n'est plus assise.

Disparue.

Il ne reste qu'Inès, qui descend des gradins avec son éternelle démarche de reine. Elle m'adresse un regard lourd de sous-entendus.

— Tu sais ce que j'ai vu ? demande-t-elle doucement.

— Que je me suis pris un ballon comme une débile ?

Elle esquisse un sourire.

— Non. J'ai vu que la prof était là. Et... j'ai l'impression qu'elle était là pour toi.

Je détourne le regard, nouant mon sac un peu trop vite.

— Tu divagues, Inès.

Mais au fond de moi, je sais qu'elle n'a peut-être pas tort. Le lendemain matin, la salle de français est un vrai bazar. Les rideaux blancs sont à moitié tirés, laissant entrer une lumière trop vive. Les tables sont couvertes de graffitis — des cœurs, des initiales, des insultes minuscules gravées au compas. Ça sent le feutre usé et la craie poussiéreuse.

Je m'installe au fond avec Maya, Lina et Inès. Maya mâchouille un chewing-gum en douce, Lina sort son stabilo jaune fluo, Inès sort un carnet noir où elle note tout et n'importe quoi. Moi, je balance ma trousse sur la table et j'attends.

La porte s'ouvre.

Mme Elwan entre.

Elle porte un pantalon taille haute noir, une chemise en soie bleu nuit légèrement ouverte au col, et un blazer assorti. Ses cheveux sont attachés en queue-de-cheval basse, élégante. Elle avance d'un pas sûr, ses talons claquant doucement sur le carrelage. Quand elle pose son sac sur le bureau, un parfum discret — jasmin et cuir — flotte jusqu'à moi.

— Bonjour à tous, dit-elle avec sa voix claire.

Un « bonjour » mal coordonné lui répond. Elle lève un sourcil, amusée, puis sort quelques feuilles.

— Aujourd'hui, nous allons travailler sur... le silence en littérature.

Des soupirs parcourent la classe. Moi, je croise les bras.

Elle se lance dans une explication passionnée sur la valeur du silence dans certains textes : Hugo, Beckett, même Marguerite Duras. Sa voix est posée, chaque mot semble tomber avec précision. Mais je décroche. Pas parce que ça m'ennuie, non. Parce que je ne peux pas arrêter de la regarder. Son poignet qui bouge quand elle écrit un mot au tableau, ses yeux qui balayent la salle, son dos droit.

Et puis, sans réfléchir, je lâche :

— Franchement, le seul silence que je connais, c'est quand ma mère ouvre mon bulletin.

Éclat de rire général. Maya tape du poing sur la table, Lina se cache derrière sa main pour pas qu'on la voie rigoler. Même quelques mecs du premier rang se retournent pour me lancer des regards complices.

Moi, je souris. J'adore faire rire.

Mais je m'arrête net. Parce que je la vois.

Mme Elwan.

Elle ne rit pas. Enfin... presque. Un coin de sa bouche a bougé, mais son regard, lui, est d'une intensité glaciale. Elle pose le feutre, se tourne vers moi et croise les bras.

— Mademoiselle Ferrari.

Sa voix claque comme un fouet. Toute la classe se tait instantanément.

— Peut-être que le silence dont vous parlez est celui que vous devriez garder en cours.

Un « ooooh » traverse la salle. Maya me donne un coup de coude, mi-amusée, mi-choquée. Je garde mon sourire, mais je sens ma nuque chauffer.

— Une heure de colle, reprend-elle calmement. Pour bavardage inutile et perturbation de la classe.

— Sérieux ? je proteste. Pour une blague ?

— Non. Pour votre incapacité chronique à tenir votre langue quand ce n'est pas le moment.

Les rires fusent de nouveau, cette fois contre moi. Je sens ma fierté piquer. Mais au lieu de baisser la tête, je la fixe droit dans les yeux. Elle soutient mon regard, implacable.

Un silence épais tombe.

Puis elle détourne les yeux et reprend son cours comme si de rien n'était.

Je reste figée, mon cœur battant trop vite. J'ai l'air de m'en foutre, mais à l'intérieur c'est le chaos. Parce que je sais qu'elle aurait pu juste me recadrer. Mais elle a choisi de me marquer.

À la fin du cours, elle distribue les feuilles d'exercice. Quand elle arrive à ma table, nos mains se frôlent. Une seconde. Fugace. Mais assez pour envoyer une décharge dans tout mon bras.

Je relève les yeux. Elle continue son chemin, impassible. Comme si rien ne s'était passé.

Mais moi, je le sens encore.

Le reste de la matinée défile dans un brouillard. À la sortie, Maya balance :

— Alors, Tessa, première heure de colle du mois. Record battu.

Lina rigole. Inès, elle, ne dit rien. Elle me fixe seulement, avec son air qui fouille trop profond.

Et moi, je me répète en boucle la même chose :
Ce n'était qu'une heure de colle.
Rien qu'une heure.

Mais alors pourquoi ça me fait autant d'effet ?

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